Déclaration de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'orientation scolaire et professionnelle, Paris le 18 octobre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'orientation scolaire et professionnelle, Paris le 18 octobre 2016.

Personnalité, fonction : VALLAUD-BELKACEM Najat.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti :


M. le président. L'ordre du jour appelle le débat sur les conclusions de la mission d'information de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication sur l'orientation scolaire, organisé à la demande de cette même commission. (rapport d'information n° 737, 2015–2016).

(…)

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. Monsieur le président, madame la présidente de la commission de la culture, monsieur le président de la mission d'information, monsieur le rapporteur, mesdames, messieurs les sénateurs, il faut une certaine dose de courage pour se retrouver à cette heure avancée, plutôt en nombre, pour évoquer ce sujet – je vous remercie donc de votre présence.

Il faut aussi un certain sens de l'humour, monsieur Grosperrin. Ainsi, je préfère prendre avec beaucoup de légèreté vos derniers propos et concentrerai plutôt mon intervention sur cette question de l'orientation, sujet particulièrement important, qui met en jeu rien de moins que l'avenir de nos élèves et, à travers eux, celui de notre pays.

Je voudrais tout d'abord, monsieur le président de la mission d'information, monsieur le rapporteur, mesdames, messieurs les sénateurs ayant contribué à l'élaboration de ces conclusions, saluer très sincèrement la qualité de votre travail. Je vous en remercie.

Comme tous les orateurs l'ont souligné, la scolarité convoque, pour chaque élève, un horizon qui ne peut jamais être occulté : l'horizon de l'insertion professionnelle et citoyenne. Certes, il n'est pas le seul de la scolarité, mais nous connaissons tous son importance et l'attente qui est celle des familles et des élèves sur cette question.

Bien évidemment, la meilleure garantie d'une insertion professionnelle réussie, c'est effectivement, en amont, une orientation réussie.

Il y a là un enjeu que l'on doit aborder à la fois avec un sentiment de responsabilité – vous l'avez tous fait ici – et avec une grande humilité.

Un sentiment de responsabilité, car l'école et ses professionnels jouent un rôle majeur, dont j'ai pleinement conscience, dans l'orientation des jeunes.

Une grande humilité, car l'école, clairement, ne peut pas tout, toute seule. Elle n'est pas le seul facteur ; la trajectoire de l'élève, nous le savons bien, ne dépend pas uniquement de l'institution scolaire.

C'est d'ailleurs à cette logique que répondent les dispositifs que nous appelons « parcours d'excellence » et que nous développons en cette rentrée scolaire. Ces parcours – je n'en dirai qu'un mot car il n'en a pas été question ce soir – permettent, dans les réseaux d'éducation prioritaire, un accompagnement des élèves, depuis la classe de troisième jusqu'à la classe de terminale, par des tuteurs étudiants ou salariés d'entreprises volontaires. Leur mission consiste à ouvrir les horizons, lutter contre l'autocensure, apprendre aux élèves à mieux s'informer et s'orienter.

La trajectoire de l'élève, je le disais, ne dépend pas que de l'institution scolaire et il est important de mobiliser l'ensemble des acteurs, sans, bien sûr, priver l'école du rôle qui est le sien.

Mon action, en tant que ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, s'appuie d'abord sur une certaine vision de l'orientation.

Il s'agit de respecter un équilibre, décrit dans le premier article du code de l'éducation. Celui-ci rappelle que le droit à l'éducation passe par l'opportunité, pour chaque élève, « de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation […], de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté. »

L'orientation est donc, bien entendu, tournée vers l'insertion professionnelle des jeunes, construite pour tous les élèves, et mobilise l'ensemble des équipes pédagogiques.

Une fois ce cadre posé, quelles sont les conséquences ?

Cela implique d'abord que l'orientation ne soit pas, en effet, monsieur Abate, une étape de tri, à la fin de la troisième, entre ceux qui s'orienteront vers des formations en alternance et ceux qui emprunteront la voie de l'enseignement général.

Vous le soulignez aussi dans votre rapport, monsieur Kennel : nous ne devons pas penser l'orientation au regard de nos impératifs d'affectation des élèves dans les différents établissements scolaires en fonction du nombre de places. Je suis mille fois d'accord avec vous sur ce point.

Enfin, il faut sortir de l'opposition quelque peu stérile entre une école qui serait « adéquationniste », c'est-à-dire gouvernée par les seuls besoins du marché du travail, et une école qui transmettrait des savoirs et des connaissances éthérés sans tenir aucun compte de ce marché du travail.

Sans se résumer à la préparation des élèves au monde du travail, l'école doit penser son offre de formation en lien avec les évolutions à long terme de l'univers professionnel.

À cet égard, permettez-moi, mesdames, messieurs les sénateurs, d'ouvrir à nouveau une parenthèse.

C'est bien parce que j'ai totalement conscience de cet enjeu que j'ai entamé, en collaboration avec les différents présidents de région, la construction de 500 nouvelles formations, qui seront effectives à la rentrée prochaine.

Leur particularité est de concerner des filières professionnelles qui, sur le fondement des travaux de France Stratégie, ont été identifiées comme comprenant des métiers susceptibles de manquer de main-d'œuvre à l'horizon de dix ans. Ce sont aussi bien les filières de l'aéronautique, de la sécurité, des services à la personne ou, bien sûr, du numérique.

En nous appuyant sur les conclusions de l'institution, nous avons donc commencé à définir ces 500 filières de formation, qui mobiliseront, dès la rentrée de 2017, 1 000 enseignants en lycée professionnel.

Donc, oui, l'école doit penser son offre de formation en lien avec les évolutions du monde professionnel. De ce fait, et vous constaterez que nous convergeons très nettement sur la question, l'orientation ne peut être un choix imposé à un carrefour : elle doit être un parcours progressif, pour tous les élèves, indépendamment de leur filière.

Le fait de penser l'orientation comme un parcours représente un véritable changement de paradigme par rapport aux pratiques qui avaient cours, voilà encore peu, au sein de l'éducation nationale.

Cela a une influence sur l'ensemble de la scolarité des élèves. Ainsi, si nous voulons avoir une appréhension cohérente et sur le long terme de l'orientation, alors la scolarité elle-même doit être cohérente.

C'est cette mise en cohérence que nous avons réalisée depuis 2013.

Nous avons tout d'abord refondé le socle commun de connaissances, de compétences et de culture, en définissant ce que tout élève doit pouvoir maîtriser à la fin de sa scolarité obligatoire.

Nous avons également révisé les programmes scolaires, pour les neuf années de scolarité obligatoire, en liaison avec le socle repensé – si l'on veut atteindre les objectifs, encore faut-il disposer de programmes cohérents avec ces objectifs !

À ce titre, je vous rappelle qu'avant que nous ne réalisions ce travail, qui n'était en rien mince – tout le monde l'aura constaté –, nous disposions, depuis la loi Fillon sur le socle commun de connaissances et de compétences, de programmes scolaires n'ayant rien à voir avec le socle adopté par les parlementaires.

C'est donc – pardonnez-moi d'entrer à ce point dans les sujets techniques – un travail considérable qui a été réalisé, depuis 2013, pour donner une cohérence à la scolarité, lui assurer une certaine progressivité et faire en sorte que les élèves, concrètement, acquièrent bien les connaissances dont ils auront besoin, y compris pour s'insérer dans le monde professionnel.

Enfin, il ne vous aura pas échappé – le sujet n'a pas été évoqué en soi – qu'une réforme du collège est entrée en vigueur à l'occasion de cette rentrée scolaire.

Cette réforme du collège comprend un lien évident avec l'insertion professionnelle.

Les compétences nouvelles acquises, au travers, notamment, du travail en interdisciplinarité, de l'accent mis sur la collaboration dans le cadre de projets créatifs ou autres, d'une plus grande place accordée à l'oral, de l'apprentissage plus précoce des langues vivantes, offriront aux élèves autant de plus-values qui leur serviront dans le monde professionnel.

La réforme du brevet, qui, elle aussi, entre en vigueur cette année, leur en offrira d'autres.

Ainsi, l'examen prévoit désormais une épreuve orale. Nous savons très bien, en effet, qu'à l'heure actuelle on vous jugera non pas sur la beauté de votre curriculum vitae ou de votre lettre de motivation, mais bien sur votre entretien d'embauche.

Donc, nous avons déjà remis de la cohérence dans la scolarité, et c'est une première réponse à ce besoin d'un parcours menant vers l'insertion professionnelle.

À cela, s'ajoute la construction de l'orientation.

Jusqu'à présent, les élèves – pour résumer – devaient attendre la classe de troisième, donc la fin du collège, pour acquérir leur première expérience professionnelle. Ils le faisaient à travers un stage, et quel stage ! Tous ne parvenaient pas à trouver un lieu d'accueil avec la même facilité et, là encore, il y avait, selon les cas, le stage choisi et le stage subi, voire pas de stage.

Qu'avons-nous changé depuis notre arrivée aux responsabilités ? Quel dispositif avons-nous mis en place, qu'il faut sans doute encore améliorer ? Le parcours Avenir !

Ce parcours, qui commence désormais non pas en troisième, mais en sixième, consiste à offrir régulièrement aux collégiens, pendant toute leur scolarité, des expériences du monde professionnel sous formes très diverses : visites d'entreprise, réception d'entrepreneurs et de chefs d'entreprise dans la classe, création de mini-entreprises permettant d'expérimenter le développement de projet ou la réalisation d'études de marché, etc. Ce type d'activités, grâce au parcours Avenir, fera partie du quotidien des élèves, et ce dès la classe de sixième.

Dans votre rapport, vous estimez qu'il faut prévoir un horaire dédié à l'orientation. Notre préférence va pourtant clairement à ce parcours Avenir, parce qu'il est conçu comme une ouverture culturelle, en articulation avec des contenus disciplinaires. Par exemple, on peut recevoir un chercheur à l'occasion d'un cours de sciences pour qu'il explique à quoi ressemble le monde de la recherche quand on aime les sciences et que l'on veut atteindre l'excellence ; ou bien, pendant le cours d'anglais, on peut faire une expérience de pratique de la langue anglaise en lien avec le monde professionnel.

Nous défendons ainsi l'idée que l'insertion professionnelle vienne « mailler » l'ensemble des enseignements disciplinaires et enrichir les représentations des métiers et des formations pour tous les élèves.

Dans ce parcours Avenir, les conseillers d'orientation-psychologues, que vous avez évoqués, jouent aussi un rôle important. Il faut, à ce sujet, cesser d'opposer le conseiller d'orientation tourné vers l'insertion professionnelle des jeunes et le conseiller d'orientation-psychologue. En effet, il existe bien une psychologie de l'orientation, qui consiste à aider le jeune à faire le lien entre ce qu'il est et ce qu'il veut devenir dans le monde tel qu'il est. Cette dimension doit être reconnue et la création d'un corps unique de psychologues de l'éducation nationale – PsyEN–, de la maternelle au lycée, va clairement dans ce sens ; je vous confirme qu'elle entrera en vigueur cette année. Les écoles supérieures du professorat et de l'éducation, les ESPE, participeront à cette nouvelle formation, afin que ces personnels intègrent pleinement les équipes éducatives.

Vous le voyez, avec le parcours Avenir et la réforme de l'ensemble de la scolarité obligatoire, nous aurons en réalité inscrit l'orientation dans un processus progressif, cohérent, continu, qui ne se résume plus à un choix réalisé lors de la troisième, ou à une découverte trop sommaire du monde professionnel.

Notre action en faveur d'une orientation progressive et choisie se déploie aussi par des mesures concrètes concernant certains moments charnières que vous avez relevés dans votre rapport : le passage de la troisième à la seconde, ou celui du lycée à l'enseignement supérieur.

Parlons du premier de ces passages. Chaque orateur s'est exprimé sur l'orientation subie, qui est insupportable et explique bien des décrochages. Je ne m'attarderai pas sur ce sujet : nous avons tous rencontré des jeunes qui nous ont expliqué leur frustration, dix ans après, d'avoir dû arrêter leurs études parce qu'ils avaient été mal orientés…

M. Jacques Grosperrin. Eh oui !

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. … et n'avaient pas trouvé de passerelles à leur disposition.

M. Jacques Grosperrin. Absolument !

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. On remarque malgré tout que ces jeunes sont souvent passés par l'enseignement professionnel.

Disons donc les choses clairement : trop souvent, l'enseignement professionnel est considéré, y compris par ceux qui orientent, comme une voie de relégation de jeunes qui rencontrent des difficultés scolaires. Ce n'est pas normal, ce n'est pas pour cela que l'enseignement professionnel a été conçu il y a trente ans, ce n'est pas comme cela que nous le voyons et que nous voulons le valoriser !

Pour remédier à cette situation, qui peut encore exister, parce que les représentations culturelles ont la vie dure, nous avons, à l'occasion de cette rentrée scolaire, pris une décision importante qui est passée inaperçue des médias, comme c'est souvent le cas des décisions qui comptent véritablement. Je vais donc prendre le temps de vous l'exposer.

Pour la première fois, les élèves de seconde professionnelle, qu'ils aient choisi cette orientation ou qu'ils y aient été incités à la choisir, ont la possibilité de changer d'orientation jusqu'aux vacances de la Toussaint. S'ils considèrent, après quelques jours ou quelques semaines, que cet environnement n'est pas fait pour eux et ne leur convient pas, ils peuvent demander à changer d'orientation, soit pour rejoindre une autre filière de l'enseignement professionnel, soit pour aller dans l'enseignement général ou technologique. (Mme Vivette Lopez s'exclame.)

C'est une véritable nouveauté qui se concrétise, puisque vous vous êtes intéressés au sujet, par l'ouverture d'un « troisième tour » sur l'application Affelnet aux vacances de la Toussaint. Ce changement d'orientation s'effectue bien évidemment en concertation avec l'équipe pédagogique. Il s'agit d'une innovation très importante, car elle devrait permettre d'éviter que ces élèves n'aient le sentiment d'avoir subi leur orientation.

L'autre moment charnière est le passage de l'enseignement scolaire à l'enseignement supérieur. Parler d'orientation à ce moment conduit trop souvent à parler beaucoup de la plateforme d'admission post-bac, ou APB, même si, je le répète, APB n'est pas et ne doit pas être un outil d'orientation. Il s'agit d'un outil dédié à l'expression des vœux, qui est la dernière étape de l'orientation.

L'orientation, le projet d'entrée dans l'enseignement supérieur doit se construire bien en amont, et non pas au moment où le lycéen saisit ses vœux, au deuxième ou au troisième trimestre de l'année de terminale.

Il doit être élaboré, d'une part, grâce à la découverte des métiers et à l'élaboration de son projet professionnel par l'élève et, d'autre part, avec la dcouverte de l'offre de l'enseignement supérieur. Concrètement, c'est désormais dès la classe de première que le conseil en orientation doit trouver sa place, comme nous le faisons de plus en plus.

Bien sûr, APB est un outil souvent perçu comme complexe,…

M. Jacques Grosperrin. Injuste !

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. … beaucoup plus par les parents, d'ailleurs, que par les jeunes eux-mêmes, qui se déclarent très satisfaits lorsqu'ils sont interrogés.

Il est donc nécessaire que l'apprentissage de la maîtrise de cet outil soit également anticipé et son fonctionnement bien présenté au sein du lycée. Ce dernier point vaut autant pour les élèves, dès la classe de première, que pour les équipes pédagogiques, afin que les enseignants puissent aider leurs élèves au quotidien.

Pendant l'année scolaire 2015–2016, à ma demande, une expérimentation portant sur l'accompagnement rapproché des lycéens a été menée dans cinq académies. Les équipes pédagogiques des lycées devaient se concentrer sur les lycéens repérés comme ayant formulé des choix d'orientation problématiques par rapport à leur profil ou à leurs chances de réussite dans la filière visée. Ces jeunes ont bénéficié d'un accompagnement beaucoup plus personnalisé : ils ont pu notamment être reçus par les enseignants pour pallier leur connaissance défaillante des réalités des filières du supérieur.

Cette expérimentation a donné des résultats assez extraordinaires, c'est pourquoi nous la généralisons cette année. C'est l'occasion pour moi de préciser – je suis sans doute un peu brouillonne, mais tous les sujets se tiennent – que nous sommes tous contre le tirage au sort dans l'enseignement supérieur, c'est une évidence, car cette pratique nous heurte tous.

Entre la rentrée universitaire de l'an dernier et celle de cette année, nous avons réussi à réduire de 60 % le nombre de filières qui recourent au tirage au sort. Nous l'avons fait notamment grâce à l'information en amont dispensée auprès des élèves de terminale, avant la saisie de leurs vœux dans APB, sur leurs chances de succès, les capacités d'insertion professionnelle offertes par les filières, etc. Il faudra poursuivre dans cette voie.

En même temps, nous agissons aussi pour favoriser un parcours cohérent entre le lycée et l'enseignement supérieur. Je reprendrai l'exemple des bacheliers professionnels, parce qu'ils constituent un sujet à part entière, dans la mesure où personne ne peut se satisfaire que leur taux de réussite en licence soit seulement de 3 %, même si l'on ne peut que se réjouir de leur aspiration à poursuivre des études supérieures. Ici encore, agir pour l'orientation, c'est tenir compte de la singularité des voies et des filières.

Les lycéens professionnels sont les seuls bacheliers à être formés en alternance. Il est donc logique qu'ils puissent aussi poursuivre leurs études supérieures en alternance, puisque cette modalité constitue leur plus-value, qu'ils y sont habitués et qu'elle leur convient. Autrement dit, il est très important que les bacheliers professionnels trouvent des places en BTS, puisque c'est dans cette filière que leur taux de réussite est le plus élevé, de huit à dix fois supérieur à celui qui est observé en première année de licence.

Nous avons donc décidé, premièrement, d'instaurer des quotas de places réservées aux bacheliers professionnels en BTS et, deuxièmement, de créer 10 000 places nouvelles en BTS sur les cinq ans qui viennent, à raison de 2 000 places par an à partir de 2017. Ainsi, les bacheliers professionnels pourront poursuivre leurs études de manière cohérente et y connaître eux aussi le succès.

Nous agissons donc, vous le voyez, sur l'orientation scolaire en recourant à des leviers qui lui sont spécifiques, mais nous agissons aussi à une échelle plus large, en impliquant l'ensemble des acteurs jouant un rôle dans l'orientation.

Concernant les acteurs institutionnels, vous évoquez dans votre rapport un objectif de clarification et de rationalisation de leur organisation. L'idée est très juste et nous avons commencé à l'appliquer.

Aujourd'hui, l'État définit et met en œuvre au niveau national la politique d'information et d'orientation des jeunes dans les établissements scolaires et d'enseignement supérieur. Les centres d'information et d'orientation, les CIO, l'Office national d'information sur les enseignements et les professions, l'ONISEP, et les services communs universitaires d'information et d'orientation, les SCUIO, viennent appuyer l'État dans la mise en œuvre de cette politique.

De son côté, la région organise le service public régional de l'orientation tout au long de la vie, le SPRO, et coordonne sur son territoire les actions des autres organismes qui y concourent en direction des publics jeunes et adultes.

Vouloir ouvrir à nouveau, comme vous le suggérez, le débat sur le transfert des CIO aux régions me paraît contre-productif. Nous sortons à peine d'une période difficile : les départements se sont désengagés des CIO et l'État a fait ce qu'il a pu pour remédier à cette situation. On entretiendrait ainsi des inquiétudes qui ont pu légitimement s'exprimer et qui se sont apaisées maintenant. Il me semble donc préférable d'en rester à la situation actuelle. Les conseillers d'orientation-psychologues sont et restent des personnels de l'État comme la loi du 5 mars 2014 le réaffirme. Par ailleurs, cette situation est d'ailleurs favorable à l'élaboration de partenariats et complémentarités entre l'État et les collectivités.

Cela étant dit, je suis d'accord avec l'idée que le SPRO, tel qu'il a été construit par la loi, n'est pas pris en main de la même façon par toutes les régions. Beaucoup de travail reste à faire sur ce sujet.

Nous associons aussi davantage les parents, autres acteurs importants, au processus d'orientation, et nous le faisons avec plus de transparence. Votre rapport le précise à juste titre, la confusion entre le processus d'orientation et l'affectation est fréquente chez les parents. C'est pourquoi il est très important d'expliquer ces procédures d'orientation et d'affectation aux familles et de les accompagner dans la formulation des vœux de leurs enfants. C'est un enjeu dont nous nous sommes emparés.

À ce sujet, je comprends la demande de transparence des procédures d'affectation qui s'incarnent dans des outils APB et Affelnet : comme vous le savez, nous avons publié l'algorithme qui, dans APB, propose des affectations au recteur lorsque le nombre de candidats dépasse la capacité d'une filière non sélective. Concernant Affelnet, dans le cadre du nouveau système d'évaluation des acquis des élèves à l'école et au collège, sachez que nous travaillons à un cadrage national qui harmonise les pratiques et les critères entre les académies, ce qui permettra de répondre à un certain nombre d'interrogations légitimes.

Enfin, je veux souligner que le principe de coéducation parents-enseignants, qui était au cœur de la loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République, nous a conduits à mener une expérimentation consistant à donner à la famille le dernier mot sur le choix de la voie d'orientation de son enfant. À ce jour, 445 établissements répartis dans 20 académies sont impliqués dans l'expérimentation de ce choix ouvert aux familles, qui sont de plus en plus nombreuses à souhaiter pouvoir y accéder.

Les premières observations des résultats de cette expérimentation ont montré que l'orientation était davantage préparée, que l'association de la famille contribuait à nourrir un dialogue centré sur le projet de l'élève et que les choix d'orientation des élèves étaient pris en compte bien avant la fin de la troisième. Nous incitons donc d'autres établissements et d'autres académies à mettre en œuvre cette méthode.

Enfin, je veux parler d'un autre partenaire essentiel pour la réussite de l'orientation, à savoir le monde professionnel. Vous me donnez l'occasion ce soir, mesdames, messieurs les sénateurs, de vous dire à quel point je suis attachée aux relations entre l'école et les entreprises.

Peut-être l'ignorez-vous, j'ai créé des pôles de stage dans chaque bassin d'emploi. Ils visent précisément à répondre aux difficultés rencontrées par les jeunes qui n'arrivent pas à trouver de stage, lorsqu'ils sont en troisième ou en lycée professionnel. Dans chaque bassin d'emploi, nous avons donc créé une structure, appelée « pôle de stage » – il en existe aujourd'hui 330 –, qui a vocation à trouver un stage pour chaque jeune dont la recherche est restée infructueuse. Pour y parvenir, chaque pôle recourt à un réseau d'entreprises de son bassin d'emploi avec lesquelles il a l'habitude de travailler et de communiquer.

Autre exemple – cela devrait vous plaire –, j'ai décidé d'inscrire un stage obligatoire en entreprise dans la formation statutaire des chefs d'établissement.

Enfin, nous avons aussi généralisé l'accès au stage en entreprise pour tous les professionnels de l'éducation nationale, ce qui demande un important travail de mobilisation de nos partenaires.

Dernière idée qu'il faut avoir à l'esprit lorsque l'on envisage le lien entre l'école et l'entreprise, de plus en plus de candidats aux concours de l'enseignement effectuent une reconversion professionnelle. Ainsi, pour de plus en plus de nouveaux enseignants, la réussite au concours ne prélude pas à leur première expérience professionnelle, parce qu'ils ont déjà une vie active derrière eux.

J'insiste sur ce phénomène assez nouveau qui est évidemment lié au retour de la formation initiale et à la création des ESPE. Bien entendu, lorsque la formation initiale a été supprimée, rares étaient ceux qui acceptaient d'affronter une classe sans formation préalable, comme des frites jetées dans l'huile bouillante.

M. Jacques-Bernard Magner. Effectivement !

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Maintenant que cette formation a été rétablie, les candidats sont de plus en plus nombreux et le fait qu'ils aient déjà une expérience professionnelle contribue à améliorer les relations entre le monde de l'entreprise et le monde éducatif.

M. Guy-Dominique Kennel. « Ça va mieux ! »

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Après vous avoir dit tout le bien que je pense du resserrement des relations entre l'école et l'entreprise, j'ajoute qu'il faut que la sensibilisation soit mutuelle. Les entreprises ont aussi un rôle social à jouer et, si elles souhaitent que les élèves les connaissent mieux, elles doivent aussi accepter de se mobiliser pour les accueillir en stage, en troisième ou au lycée professionnel, ou encore en contrat d'apprentissage.

Sur un sujet aussi important, il y aurait encore, vous vous en doutez, bien des choses à dire. J'aborderai cependant deux points avant de conclure.

Tout d'abord, je suis très heureuse de vous avoir tous entendus évoquer la réforme du master qui me tient tant à cœur. Certains d'entre vous se sont légèrement moqués de moi en scandant les mots « accord historique », mais il s'agit bien d'un accord historique, monsieur Grosperrin !

M. Jacques Grosperrin. On l'attendait depuis treize ans !

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Quatorze ans, même ! Je sais que vous allez en discuter dans une semaine, je ne m'attarderai donc pas plus longtemps. Quoi qu'il en soit, il serait formidable que ce texte soit adopté, car il organise de façon beaucoup plus claire et sécurisante pour chaque acteur les études dans l'enseignement supérieur.

Certes, l'étudiant n'aura pas l'assurance d'être toujours accepté dans le master de son choix, mais quand il aura été admis en M1, il pourra continuer en M2, ce qui, de manière incompréhensible, n'était pas garanti jusqu'à présent. Cette clarification, le droit à la poursuite des études que vous avez évoqué à juste titre, représente une solution équilibrée et je vous remercie donc par avance de voter ce texte.

Ensuite, je souhaite aborder un sujet qui me chiffonne : les chiffres du décrochage. Ce phénomène est évoqué comme une fatalité depuis si longtemps que l'on finit par négliger les bonnes nouvelles, et je vous invite à les marteler autour de vous.

Le chiffre des jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans qualification est passé de 140 000 à 110 000 – encore s'agit-il des chiffres de novembre 2015, j'en annoncerai de nouveaux le mois prochain.

Mme Vivette Lopez. Ça, c'est sûr !

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Ces chiffres concernent le flux. Quant au stock, c'est-à-dire le nombre de jeunes de moins de vingt-cinq ans sortis du système scolaire sans aucune solution, il est passé de 620 000 – chiffre cité précédemment – à 492 000. Ce résultat n'est pas encore idéal, mais il est source d'espoir.

M. Jacques-Bernard Magner. Encore cinq ans ! (Sourires.)

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre. Je suis très heureuse, monsieur le président de la mission d'information, monsieur le rapporteur, qu'un travail aussi considérable ait pu être mené dans votre Haute Assemblée. En effet, comme je l'ai dit dans mon propos introductif, la question de l'orientation et de l'insertion professionnelle des jeunes ne relève pas uniquement de la responsabilité de l'école, elle relève de toute la société et c'est bien le message que vous avez fait passer ce soir. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain. – Mme Françoise Laborde et M. Claude Kern applaudissent également.)

M. le président. Nous en avons terminé avec le débat sur les conclusions de la mission d'information de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication sur l'orientation scolaire.


Source http://www.senat.fr, le 25 octobre 2016

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