Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à France Inter le 26 octobre 2016, sur le climat politique et social, le bilan de l'action menée par le gouvernement depuis 2012, les relations entre le président de la République et le Premier ministre et l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à France Inter le 26 octobre 2016, sur le climat politique et social, le bilan de l'action menée par le gouvernement depuis 2012, les relations entre le président de la République et le Premier ministre et l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, COHEN Patrick.

FRANCE. Premier ministre;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
Trois chiffres dans l'actualité ce matin. 4 %, c'est, d'après IPSOS, la proportion de Français satisfaits de François HOLLANDE. 66.000, c'est le nombre de chômeurs en moins en septembre, ça baisse. 567.000, ce sont les chômeurs en plus depuis le début du quinquennat. Qu'est-ce qui compte, la tendance ou le bilan ?

MANUEL VALLS
Le bilan va compter, bien évidemment, nous sommes dans une démocratie et donc les Français vont à la fois juger le bilan…

PATRICK COHEN
Et le bilan il n'est pas bon.

MANUEL VALLS
Ils vont aussi pouvoir comparer avec ce que présente l'opposition, et son programme est dur pour les Français, notamment sur le plan social. Mais, au-delà des chiffres, et contrairement à ce que vous affirmez, moi je veux défendre ce bilan, parce que dans bien des domaines, j'en suis fier bien sûr, il y a eu des manques, bien sûr il y a des erreurs, mais je veux défendre le bilan. Mais peut-être, d'abord, je veux vous dire ce que j'entends autour de moi, y compris à partir des chiffres que vous venez d'évoquer. J'entends, chez les parlementaires - que je rencontre évidemment régulièrement et que je respecte, parce qu'ils représentent le peuple, les élus, les militants, les sympathisants socialistes, mais les Français, et puis aussi à travers vous, bien sûr, la presse, les médias, ils s'expriment – j'entends de la résignation, une forme de désespoir, d'accablement, et même, parfois, de honte. Et c'est bien le paradoxe, parce que cette réalité que j'entends, que personne ne va nier, qui agit comme une forme d'abattement sur l'ensemble de la gauche, alors que la droite tient sa primaire, alors que son programme est particulièrement dur pour les Français, supprimer 300.000, 500.000, 700.000 fonctionnaires, créer les conditions d'une retraite à 70 ans, s'en prendre aux syndicats, aux corps intermédiaires, gouverner par ordonnances, alors…

PATRICK COHEN
Mais chez vous, de la honte à l'égard de qui et de quoi ?

MANUEL VALLS
Alors qu'il y a le Front national qui est là, aux portes du pouvoir, les sondages lui donnent 30 %, tous les commentaires rappellent que le Front national, Marine LE PEN, seront présents au deuxième tour, moi je veux porter un autre message, y compris à partir des chiffres que vous venez d'évoquer. Un message de fierté, sur l'action qui est la nôtre depuis 2012, et dans l'actualité même, il y a des raisons de sortir de cette résignation, de cette sinistrose. Oui, il y a le chômage, alors bien sûr il est beaucoup trop haut, nous vivons avec un chômage de masse depuis 30 ans, il y a des hommes et des femmes qui sont au chômage depuis longtemps, et il y a de la précarité, mais il y a 90.000 chômeurs de moins depuis le début de l'année – parce qu'au-delà des chiffres par mois, ce qui compte c'est la tendance, 90.000 chômeurs de moins. Notre économie a créé, au cours de ces derniers mois, 120.000 emplois. Les mesures que nous avons prises à travers le Pacte de responsabilité, les mesures de soutien, d'accompagnement, notamment aux petites et moyennes entreprises, l'attractivité retrouvée de la France.

PATRICK COHEN
Êtes-vous sûr, Manuel VALLS, que c'est la politique du gouvernement qui produit ces effets ? Vous n'avez pas été ébranlé par le rapport du FRANCE STRATEGIE sur le CICE ? 28 milliards d'euros rendus aux entreprises en 2013/ 2014, 50 à 100.000 emplois créés ou sauvegardés seulement.

MANUEL VALLS
2013/2014, 2015/2016, je suis convaincu que le Pacte de responsabilité, les mesures que nous avons prises pour les PME, soutien à la première embauche, sur-amortissement pour les petites entreprises, le fait que le Crédit Impôt Recherche joue énormément dans l'innovation et dans la recherche, et dans la nouvelle économie, nous avons besoin d'innovation et de recherche.

PATRICK COHEN
Vous n'avez pas le sentiment d'avoir fait fausse route ?

MANUEL VALLS
Pas sur l'essentiel et pas sur la stratégie. Bien sûr il y a un contexte économique, bien sûr il y a eu la baisse de l'euro, bien sûr il y a eu la baisse du prix du pétrole, mais nous sommes dans un contexte qui reste, aujourd'hui, international et européen, plutôt morose, et nous allons vivre de toute façon avec une croissance relativement faible, dans les années qui viennent, dans nos industries modernes. Donc, fierté de ce qui a été engagé, et du fait que le chômage baisse, ça veut dire qu'il faut continuer les efforts. Fierté, prenons un autre exemple, nous l'évoquerons, ce qui est en train de se passer à Calais, parce que c'est un beau visage de la France, voilà une opération humanitaire, qui est menée en tenant compte d'hommes et de femmes qui fuient la guerre, qui demandent l'asile, et qui est menée aussi avec fermeté. Attendons la fin de la semaine, mais il y a déjà plus de 4000 personnes qui aujourd'hui ont été évacuées de Calais, il en reste encore 1000 à 2000, et puis l'accueil se passe, aujourd'hui, dans les centres d'accueil et d'orientation, plutôt bien, et il faut le faire avec humanité et fermeté.

PATRICK COHEN
Là l'État a bien fonctionné.

MANUEL VALLS
Et là l'autorité de l'État s'exprime. Fierté de ce que nous avons fait, pardon…

PATRICK COHEN
Ce n'est pas le cas partout.

MANUEL VALLS
En matière d'école, en matière de politique environnementale, parce qu'il y a eu la COP21, parce que l'école est notre première priorité, ce que la droite, demain, veut détruire. Donc, cette fierté autour, y compris du chiffre que vous avez évoqué, et de ce que je rajoute, doit redonner de l'espoir. Et moi je suis convaincu, contre tous les pronostics, contre tous les pronostics, que nous pouvons demain représenter un espoir, de l'espérance.

PATRICK COHEN
Demain…

MANUEL VALLS
A condition, demain, dans les mois qui viennent.

PATRICK COHEN
A la prochaine élection présidentielle ?

MANUEL VALLS
Oui, bien sûr. Pourquoi ? Parce que, toutes les propositions de la droite, d'Alain JUPPE, de Nicolas SARKOZY ou de François FILLON, toutes, ne rencontreront jamais l'adhésion des Français. Mettre à mal l'État républicain, nos services publics, notre modèle social, mettre à mal ce qui est le fondement même de la France, de la République, ça je suis convaincu que les Français le refuseront.

PATRICK COHEN
Un espoir incarné par qui, Manuel VALLS ? C'est la question politique, parce que le sentiment de résignation ou de honte que vous venez d'évoquer, il est lié, aujourd'hui, à la personne du président de la République, dont vous n'avez pas parlé depuis le début de cet entretien, c'est un problème. « Un président ne devrait pas dire cela », c'est le livre qui continue de dévaster la majorité, vous saviez, vous, que le président disait cela, ou du moins qu'il parlait à ce rythme à ces deux journalistes du Monde ?

MANUEL VALLS
Moi je vous ai parlé de ce que je ressens autour de moi, et j'ai le plus profond respect à l'égard du président de la République, je suis ministre de l'Intérieur entre 2012 et 2014, et Premier ministre, il m'a nommé en 2014. Ce que j'ai à dire au président de la République, je lui dis directement, parce que je pense que l'exercice du pouvoir c'est l'intimité, c'est le respect de la confidence, c'est le respect, bien sûr, du secret. Et ce qu'un Premier ministre a à dire…

PATRICK COHEN
C'est exactement le contraire de ce qu'a fait François HOLLANDE.

MANUEL VALLS
Ce qu'un Premier ministre a à dire au président de la République, le président de la République, dont chacun s'accorde à dire et à penser qu'il a été digne et à la hauteur de la situation quand il y a eu les attentats, à la fois auprès des victimes, vis-à-vis des Français, encore il y a quelques jours à Nice, son discours, bien sûr, au Congrès, rassemblant les Français, qu'il a été à la hauteur de la situation quand il a engagé nos armées au Mali, à la hauteur de la situation quand il a sauvé la Grèce qui était menacée de sortie de l'euro. Donc, ce que j'ai à dire au président de la République, je ne le lui dis pas sur une antenne, je lui dis directement.

PATRICK COHEN
Le président, lui, a révélé certaines de ses conversations, avec des chefs d'État, avec des ministres, avec le Premier d'entre eux, vous-même, avec Claude BARTOLONE, le président de l'Assemblée, qui en a été très blessé. Vous étiez auprès de lui hier, Claude BARTOLONE. Et vous, avez-vous été blessé par la lecture de ce livre et par les révélations, les confidences qu'a faites le président de la République ?

MANUEL VALLS
Tout mot, de ma part, toute phrase, aujourd'hui, évidemment, est lu, précisément à la lecture, à l'analyse, de ce qui se passe, bien sûr…

PATRICK COHEN
Donc vous ne voulez pas faire comme lui.

MANUEL VALLS
Ce que j'ai à lui dire…

PATRICK COHEN
Vous, vous ne raconterez rien.

MANUEL VALLS
Non, mais je le répète, ce que j'ai à lui dire, je lui dis, parce que je pense qu'aujourd'hui les Français attendent, de ma part, comme Premier ministre, et de la part de ceux qui gouvernent, qu'ils s'expriment sur ce qu'ils attendent, sur leurs préoccupations, et leurs préoccupations c'est la sécurité, la lutte contre le terrorisme, l'emploi, et donc la lutte contre le chômage, l'avenir de leurs enfants, parce qu'il y a aujourd'hui une crainte, une peur profonde de déclassement. Et, peut-être, à travers votre question, puisque vous me poussez dans mes retranchements, je vais essayer de vous dire quelle est ma conception précisément de la loyauté, en l'occurrence, parce que le rôle du Premier ministre est très différent de celui des autres. J'anime le gouvernement…

PATRICK COHEN
Oui, vous êtes chef de la majorité.

MANUEL VALLS
Je suis chef de la majorité.

PATRICK COHEN
D'où la question qui s'impose naturellement, François HOLLANDE est-il le candidat naturel de la majorité à la prochaine élection présidentielle ?

MANUEL VALLS
Dans ces moments-là, périlleux, périlleux pour la gauche, nous le voyons bien, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, elle est menacée de division, de dispersion…

PATRICK COHEN
De pulvérisation, avez-vous dit.

MANUEL VALLS
Elle peut être pulvérisée, elle peut même sortir de l'histoire, donc chacun doit agir, chacun à sa place, le président de la République, le Premier ministre, le président de l'Assemblée nationale, tous ceux qui ont une responsabilité, les parlementaires. Avec deux idées, pas trois, deux idées, en tête : préserver la gauche et lui redonner de la force, et donc la rassembler pour redonner de l'espoir, et la France. Moi c'est ma boussole, ma seule boussole : la gauche et la France. Et la loyauté, précisément, c'est le dévouement, quelle que soit notre position à chacun. Le dévouement, bien sûr au président de la République, le dévouement à la gauche, le dévouement et la loyauté à la France. Je suis plus que jamais, avec ce que nous avons vécu avec le président de la République, avec les ministres de l'Intérieur ou de la Défense, plus que jamais serviteur de l'État. Et face aux fractures de la société française, à la menace du populisme, au programme dur de la droite, et parce qu'il y a ces divisions de la gauche, nous devons être à la hauteur plus que jamais, et moi je suis…

PATRICK COHEN
François HOLLANDE est-il le candidat naturel ?

MANUEL VALLS
Mais, ça, ça dépend de sa décision.

PATRICK COHEN
Non, ce n'est pas une décision personnellement seulement. Pour faire campagne il faut une équipe, des soutiens, des fidèles, où sont ses soutiens ? Quand vous entendez Claude BARTOLONE, je reviens à lui, dire – il était près de vous hier – dire « il y a un problème d'incarnation au sommet de l'État », quand vous entendez le patron du PS, Jean-Christophe CAMBADELIS – il était à votre place il y a deux jours – dire « si ce n'est pas HOLLANDE ça pourrait être VALLS », qu'en dites-vous Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Mais tout cela, je l'entends.

PATRICK COHEN
Oui, et donc ?

MANUEL VALLS
Tout cela vous venez de le répéter, vous pensez que moi je vais rajouter, par mes mots, par mes commentaires, parce que je ne suis pas là pour commenter, de la crise. Il y a…

PATRICK COHEN
En tout cas vous ne rajoutez pas des encouragements, au président, à se déclarer candidat.

MANUEL VALLS
D'abord parce que c'est une décision intime, il doit tenir compte de la situation, il doit donner un sens à ce que pourrait être sa candidature et un nouveau quinquennat, cette décision lui appartient. Mais chacun d'entre nous, je le dis bien, chacun d'entre nous, c'est vrai pour le président de la République, et c'est vrai, et je le dis modestement, pour ce qui me concerne, nous devons parler et agir en tenant compte de ces deux éléments : comment rassembler la gauche, comment lui redonner de l'espoir, en étant en même temps fier du bilan, fier du bilan, et en éclairant, bien sûr, l'avenir. L'avenir c'est plus de moyens pour la sécurité, la défense et la justice au cours du prochain quinquennat. L'avenir c'est plus de moyens pour l'école, pour continuer à lutter contre les inégalités. L'avenir c'est la culture, parce que ce pays a besoin de faire de la culture, plus que jamais, sa priorité. L'avenir c'est la compétitivité de nos entreprises. L'avenir c'est le financement de notre modèle social, et cette belle utopie qu'on crée, que je défends, et qui va être expérimentée dans un département comme la Gironde, j'irai demain, qui est ce Revenu Minimum Garanti, qui fait aujourd'hui beaucoup réfléchir. L'avenir c'est l'Europe et son nouvel horizon, et je le pense, plus que jamais indispensable pour relever les grands défis de l'Europe et de la France, immigration, terrorisme, religion, jeunesse, le grand continent d'avenir, et je serai en fin de semaine en Afrique. Voilà ce sur quoi nous devons discuter.

PATRICK COHEN
Tout cela dessine un programme pour les années à venir.

MANUEL VALLS
Non, tout cela dessine, oui, bien sûr…

PATRICK COHEN
Un programme pour les années à venir.

MANUEL VALLS
Un projet, pour la France, qui doit être celui de la gauche. Mais, la gauche, si elle commence uniquement en disant, dans les prochains jours, qui doit être écarté, ou qui doit prendre la place de qui, elle va se tromper. Donc, notre responsabilité, collective, c'est de réfléchir à cette situation, et de trouver, bien sûr, la bonne solution. Mais avant, comme Premier ministre je veux, y compris ce matin sur France Inter, défendre ce que nous avons fait sur le plan économique, dans la lutte contre le chômage, ce que nous faisons à travers la situation de Calais, parce que c'est aussi une vision que nous avons portée, que j'ai aussi portée, que j'ai aussi incarnée, comme ministre de l'Intérieur ou comme Premier ministre, ça m'a parfois été reproché. Nous n'avons pas mené la même politique que l'Allemagne et pourtant, aujourd'hui, par la maîtrise de l'immigration, nous sommes capables, progressivement, de sortir de la situation de Calais grâce à un grand ministre de l'Intérieur, qu'est Bernard CAZENEUVE, et à l'engagement très fort, aussi, d'Emmanuelle COSSE, et c'est tout cela que je veux aujourd'hui défendre. Comme je veux défendre également mon soutien aux policiers, rappeler tout ce que nous avons fait, tout ce que nous avons engagé et ce qu'il faudra faire, encore, pour nos forces de l'ordre qui nous protègent tous les jours.

PATRICK COHEN
On aura l'occasion d'y revenir dans quelques minutes, Manuel VALLS invité de France Inter ce matin.

[Pause, puis Inter-Activ, à 8h38]

PATRICK COHEN
Le pouvoir pourrait donc être dans les mains de Manuel VALLS.

LAETITIA GAYET
Oui, vous en parliez tout à l'heure avec Manuel VALLS justement, qui veut encore du candidat HOLLANDE ? Huit portraits à la Une de l'Opinion avec des croix vertes sur ceux qui souhaitent la candidature du chef de l'État, benoît HAMON, Arnaud MONTEBOURG et Jean-Luc MELENCHON, pour mieux lui régler son compte écrit le journal et des croix rouges sur les portraits de ceux qui n'en veulent plus, Claude BARTOLONE, Jean-Christophe CAMBADELIS, Jean-Pierre MIGNARD, Emmanuel MACRON et à en croire l'Opinion, une croix rouge aussi sur votre photo Emmanuel VALLS. La solution serait-elle donc Manuel VALLS, explication de Libération, Manuel VALLS est en mode, je me sacrifie, dit un cadre hollandais, s'il perd, il dira que c'est de la faute de François HOLLANDE. A priori tous les mecs dans l'avion mourront calcule un ancien conseiller de l'Élysée, mais c'est comme dans Lost, il y a des survivants sur l'ile et VALLS pense être de ceux-là.

PATRICK COHEN
Voilà c'est la conclusion du papier de Laure BRETON. Ca vous amuse la métaphore de l'avion Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Non parce que le président je pense qu'il faut sortir de ces métaphores, des sacrifices, de la sinistrose, des accidents…

PATRICK COHEN
Et de l'avion qui se crashe.

MANUEL VALLS
De l'échec, du crash, du crash général parce que je pense que les valeurs de la gauche, de la sociale démocratie, même si elle est en difficulté, de cette gauche réformiste, qui allie à la fois la République, l'autorité, le social réformisme, c'est-à-dire la réforme tout simplement, la transformation, l'écologie, sur toutes ces questions-là, je suis convaincu que nous sommes majoritaire dans la société et nous sommes le plus à même de rassembler les Français face à l'extrême droite. Donc raison de plus pour se donner la peine de réfléchir un peu et de sortir de cette situation. En tout cas moi, je veux y contribuer, pas par esprit sacrificiel, mais parce que je pense que c'est tout simplement de ma et de notre responsabilité.

(…)

PATRICK COHEN
8 h 42 !

VOIX OFF
France inter, le 7-9, intervenez.

PATRICK COHEN
Au 01.45.24.7000 Nicolas nous appelle de Nantes, bonjour.

NICOLAS, AUDITEUR DE NANTES
Oui, bonjour.

PATRICK COHEN
Nous vous écoutons.

NICOLAS
Question toute simple ! On sent bien, d'ailleurs il y a des manifestations de policiers qui sont jugées et qui sont tout à fait illégales, j'aurais aimé avoir le sentiment de Manuel VALLS, savoir si, sans langue de bois, il est capable de nous répondre et de nous dire qu'il condamne ces manifestations – qui tombent donc sous le coup de la loi – et que c'est sans calcul politique qu'on ne l'entend pas, enfin qu'on ne l'entend pas, c'est-à-dire qu'il ne nous dit pas exactement ce qu'il en pense et qu'on sent que derrière il y a une petite considération purement politicienne, ce qui est très choquant. Moi j'aimerais l'entendre en tant que chef du gouvernement rappeler que ces manifestations sont illégales, que le Front national qui fait 57 % de parts, enfin de votes, d'intentions de vote dans la police c'est inquiétant et qu'on sent bien que ce n'est plus du tout lui qui a la main dans ce débat, j'aimerais sa réponse sans langue de bois monsieur VALLS.

PATRICK COHEN
Merci Nicolas.

MANUEL VALLS
Merci Nicolas. Je suis allé à la rencontre des policiers au commissariat de Tours samedi dernier et il y a un policier qui a pris la parole assez ému et qui nous a dit à moi et à ses camarades, à ses collègues qu'il était marié avec une femme d'origine maghrébine, que ses enfants étaient métis, qu'il était à l'image de ce qu'est beaucoup la police dans notre pays par ses origines et qu'il n'acceptait pas lui qui était profondément républicain et patriote qu'on le confonde avec le Front national. Je pense que nous devons entendre, c'est de notre responsabilité, les malaises de la société et donc aussi les malaises qu'on peut entendre exprimer par les policiers, sur la violence qu'ils rencontrent dans la société. Je trouve qu'on n'en parle pas assez, il y a de la violence dans notre société, elle s'exprime de différentes manières évidemment à l'égard des forces de l'ordre, alors que nous avons créé des postes et que nous continuerons à créer et qu'il faudra continuer à en créer – nous en avons créés au cours de ce quinquennat 9.000 alors qu'on en avait supprimés 13.000 sous le quinquennat de Nicolas SARKOZY – que nous avons augmenté les moyens, mais le nombre de missions : menaces terroristes, questions d'ordre public, défis des migrants, violences dans la société, trafic de drogue... le nombre de missions a augmenté incontestablement.

PATRICK COHEN
Les missions pourraient être redéfinies, c'est l'une des revendications des policiers ?

MANUEL VALLS
Vous savez qu'avec le président de la République, avec le ministre de l'Intérieur et je crois le ministre de la Justice nous recevons en fin d'après-midi les policiers ainsi que les représentants...

PATRICK COHEN
Syndicaux !

MANUEL VALLS
Des gendarmes, les syndicats policiers et les représentants des gendarmes, et donc c'est vrai sur les missions, sur les moyens, sur - ce que nous avons déjà fait – sur la revalorisation pardon des carrières, sur la question qui sera posée, nous y avons déjà apporté une réponse sur les conditions de légitime défense, sur la réponse pénale, il faut entendre les forces de l'ordre qui ont un soutien fort des Français parce que les Français aiment leur police et cette la belle chanson de Renaud – c'est dire – qui embrasse désormais les policiers ce 11 janvier 2015 dans cette immense manifestation d'amour aux forces de sécurité, bien sûr d'abord à la République. Je réponds à Nicolas très clairement, je suis évidemment choqué - et le ministre de l'Intérieur a déjà eu l'occasion de le rappeler – il y a des manifestions, quand on utilise les voitures, les gyrophares, des manifestations cagoulées, cela est évidemment contraire aux règles tout simplement de la police.

PATRICK COHEN
Oui, mais ça se répète nuit après nuit, ça été dit dès le premier jour.

MANUEL VALLS
Le ministre de l'Intérieur a écrit à tous les policiers, il est tous les jours à leur coté, il va leur rendre visite sans presse dans les commissariats, il apaise, il dialogue et nous recevons aujourd'hui leurs représentants. Voilà ! Je pense qu'il faut agir avec maîtrise, à l'écoute et trouver des solutions.

PATRICK COHEN
Bref, il n'y aura pas de sanction ?

MANUEL VALLS
Si on commence à dire qu'il va y avoir des sanctions, curieuse conception du dialogue.

PATRICK COHEN
Non, mais vous êtes souvent pour le retour de l'autorité, donc c'est pour ça.

MANUEL VALLS
Mais je pense que l'autorité elle s'exerce-là pleinement et les policiers le savant

PATRICK COHEN
Thomas, de l'Oise, bonjour Thomas.

THOMAS, AUDITEUR DE L'OISE
Bonjour Patrick, bonjour monsieur VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour.

THOMAS
Un ministre, Jean-Marie LE GUEN, qui est accusé dans un livre d'avoir reçu de l'argent occulte du Qatar, est-ce qu'il ne doit pas se mettre en retrait du gouvernement en attendant de démontrer le contraire ?

MANUEL VALLS
Oui, mais d'abord je crois que...

PATRICK COHEN
Il n'est pas accusé d'avoir reçu de l'argent, il est accusé d'en avoir demandé pour être précis, non mais soyons précis.

MANUEL VALLS
Le ministre en question a saisi tout simplement la justice pour diffamation.

PATRICK COHEN
Vous êtes sûr de cela ?

MANUEL VALLS
Oui.

PATRICK COHEN
Vous êtes sûr de cela ?

MANUEL VALLS
En tout cas il le fera.

PATRICK COHEN
Il l'a annoncé mais je crois qu'il ne l'a pas fait en réalité.

MANUEL VALLS
Interrogez-le. Mais, très honnêtement, vous voulez que je vous dise mon sentiment ?

PATRICK COHEN
Oui.

MANUEL VALLS
Dans le même papier et dans le même livre, il est dit que Jean-Marie LE GUEN est mon ami - c'est vrai - et que moi je suis un ami du Qatar parce que je suis allé une fois comme parlementaire et une fois comme ministre de l'Intérieur accompagnant le président de la République. Vous voulez qu'on continue comme ça avec ce genre d'accusation, avec ce type d'analyse qui consiste à jeter de la boue sur les gens ? Il y a une justice dans notre pays et il y a des journalistes qui enquêtent, qui font des papiers et puis ensuite il faut apporter des preuves, des démonstrations et ces accusations sont insupportables.

PATRICK COHEN
Mais pas davantage troublé par les accusations portées précisément contre Jean-Marie LE GUEN ?

MANUEL VALLS
Et contre d'autres, et sur cette relation avec le Qatar, non.

PATRICK COHEN
Vous n'êtes pas troublé ?

MANUEL VALLS
Non, non.

PATRICK COHEN
Vous pensez qu'il n'y a pas matière à...

MANUEL VALLS
Absolument.

PATRICK COHEN
A enquêter sur les rapports entre certains hommes politiques et...

MANUEL VALLS
Ah ! Ça, c'est autre chose sur les liens avec le Qatar, ça fait déjà des années. Mais moi je suis Premier ministre et nous avons une relation avec le Qatar, elle est parfois questionnée, nous avons cette relation avec oui les pays du Golfe, les pays sunnites, vous voulez qu'on rompt les relations, qu'ion n'est plus de relation avec ces pays qui comptent dans la région, qui sont des pays sunnites ? Moi je n'accepte pas ni versement d'argent, ni relations incestueuses, évidemment que c'est tout à fait insupportable, mais enfin qu'on apporte tout de même des démonstrations, des preuves...

PATRICK COHEN
Didier est en ligne au standard d'Inter, bonjour.

MANUEL VALLS
Ou alors qu'on évoque aussi les relations... Non mais parce que tout est comme ça, par l‘insinuation, qu'on parle des relations avec la Russie, des prêts bancaires...

PATRICK COHEN
Mais enfin les journalistes en question Christian CHESNOT et Georges MALBRUNOT ont dit et y compris à ce micro qu'ils avaient les preuves...

MANUEL VALLS
... des SMS.

PATRICK COHEN
Les preuves de ce qu'ils avancent.

MANUEL VALLS
Qu'ils le démontrent.

PATRICK COHEN
Didier au standard de France inter, bonjour Didier...

DIDIER, AUDITEUR
Oui, bonjour.

PATRICK COHEN
Nous vous écoutons.

DIDIER
Bonjour Monsieur le Premier ministre, j'avais juste une question - je fais partie des 4 % qui résistent – et, en fait, les deux questions que je me pose sont la pédagogie de vos actions qui visiblement ne passe pas, sinon on ne serait pas à ce niveau-là de popularité et le rôle de chef en tant que président de la République, à droite il ne pose pas de problème, à gauche souvent c'en est un.

MANUEL VALLS
Oui, mais... C'est vrai, parce que peut-être le rapport au chef et à l'autorité dans les institutions de la Vème République notamment a été questionnée, et pourtant la société elle doit marcher comme ça, elle a besoin d'incarnation, elle a besoin d'autorité et dans notre pays on a besoin d'une référence, c'est vrai dans une commune avec le maire, c'est vrai au niveau de l'Etat avec le président de la République parce qu'il donne le cap, le sens, il a en main l'essentiel : l'avenir du pays ; et en même temps nous avons besoin, ça été dit tout à l'heure à l'occasion de la revue de presse – beaucoup de démocratie, c'est d'ailleurs l'une des grandes questions très difficiles à traiter, nous avons besoin de syndicats, de partis, d'associations, d'engagements, les gens veulent s'engager et s'engagent beaucoup. Comment on fait fonctionner notre démocratie ? Moi ce qui me frappe c'est que dans notre pays vous avez une minorité, mais une minorité forte de Français qui s'interroge même sur ce qu'est la démocratie, et cette interrogation nous ne l'avons pas seulement en France, nous l'avons dans beaucoup de pays en Europe, aux États-Unis dans les débats actuels de la campagne électorale et je pense qu'on a besoin de celui ou de celle qui donne le cap et qui incarne cette autorité, je pense que François HOLLANDE l'a incarnée dans les moments que j'ai évoqués il y a un instant alors que l'essentiel de la France était en jeu.

PATRICK COHEN
Exemple concret du délitement ou de l'autorité de l'Etat qui se cherche, qui gouverne, François HOLLANDE qui commande une consultation pour en finir avec le feuilleton du nouvel aéroport de Nantes, le Premier ministre qui dit : « Regardez le oui a gagné, on va faire démarrer l'évacuation de la zone et les travaux » ou la ministre de l'Environnement Ségolène ROYAL qui dit que le projet ne va pas bien et qu'il faudrait revoter et procéder à une nouvelle consultation avec d'autres règles ?

MANUEL VALLS
Qui gouverne ? Le peuple ! C'est le peuple qui gouverne dans une démocratie et c'est lui qui s'est exprim. Le président de la République, contrairement à l'avis d'ailleurs des élus locaux qui se sont rangés finalement à cette idée, parce qu'ils considéraient que les élections locales avaient déjà donné leur avis, parce que toutes les procédures – on parle de Notre-Dame-des-Landes – avaient été respectées, il a été décidé d'un référendum. Personne ne pensait que la participation serait importante et pourtant 51 % des électeurs de la Loire-Atlantique se sont prononcés en faveur, plus de 55 %, du projet et en toute connaissance de cause. Il y a eu des débats dans la presse, sur Internet, il y a eu des réunions publiques. Chacun savait qu'il s'agissait de transférer l'aéroport de Nantes vers Notre Dame des Landes. Un projet avec deux pistes. Un projet discuté jusqu'au bout. Donc les électeurs se sont prononcés et quand on aime la démocratie, quand on respecte le peuple et pas seulement leurs représentants, les élus, eh bien on respecte les décisions. Et donc la décision c'est de construire cet ouvrage.

PATRICK COHEN
Pourquoi elle dit ça Ségolène ROYAL ?

MANUEL VALLS
Mais elle l'a toujours pensé, elle ne s'est jamais cachée comme ministre de l'Environnement de son hostilité ; et elle a par ailleurs une réflexion que je partage avec Bernard CAZENEUVE c'est que nous savons que sur place – je ne parle pas de ceux qui ont manifesté pacifiquement il y a encore quelques semaines - je parle de ces zadistes qui veulent créer les conditions d'un drame, qu'il y ait des « victimes », je mets des guillemets, qu'il y ait des « martyrs » de leur côté du côté des forces de l'ordre ! Qui s'opposent et qui l'avaient d'ailleurs déjà dit à une décision démocratique. Céder à cela c'est tout simplement mettre en cause l'autorité de l'État. C'est céder à la démocratie. C'est bafouer la parole du peuple. Donc, avec méthode, sérieux, comme nous le démontrons sur d'autres dossiers, en faisant respecter l'État ; vous savez moi l'amour de la France, elle s'incarne, c'est comme ça qu'on m'a appris, à travers la République et ses valeurs, et elle s'incarne par l'autorité de l'État. C'est cela la France.

PATRICK COHEN
Ségolène ROYAL elle l'affaiblit l'autorité de l'État !

MANUEL VALLS
Oui, bien sur, quand on s'exprime, et ça n'est pas n'importe quelle personnalité Ségolène ROYAL…

PATRICK COHEN
Et la parole de François HOLLANDE quand il dit dans le livre que Notre Dame des Landes ne se fera jamais.

MANUEL VALLS
Et je la respecte cette parole, et Ségolène ROYAL joue un rôle très important, par exemple dans la mise en oeuvre de la COP21, et c'est un vrai succès. Mais on ne peut pas affaiblir la parole de l'État et c'est pour ça qu'à l'Assemblée nationale en rencontrant les élus locaux, en m'exprimant sur ce sujet-là, je le dis, il faut respecter la parole de l'État mais pas de manire désincarnée. Elle a en plus la légitimité du peuple français qui s'est exprimé en Loire Atlantique. Donc il y aura progressivement évacuation…

PATRICK COHEN
Progressivement.

MANUEL VALLS
Oui parce qu'il faut le faire avec méthode, territoire par territoire…

PATRICK COHEN
Quand ?

MANUEL VALLS
À partir de cet automne, parce qu'il faut défricher, parce qu'il faut des soubassements pour Notre Dame des Landes, pour cet aéroport, donc cela se fera. Parce que si ça ne se fait pas, ça veut dire que demain, demain, ceux qui parlent de démocratie directe, de démocratie participative nous ne pourrons plus en parler puisque tout référendum d'initiative locale, soit l'initiative des collectivités, soit l'initiative de l'État sur un projet important ne pourra pas être mis en oeuvre. Je crois que c'est important, surtout dans ces moments de grands doutes qu'il y a sur la démocratie de respecter la parole de l'État et la parole de ceux qui se sont exprimés et moi je suis très déterminé, il ne peut pas en être autrement. Pour moi, pour moi c'est une des manières d'incarner précisément l'autorité de l'État et la démocratie. Et on ne se met pas au travers de la démocratie et de la volonté des citoyens.

PATRICK COHEN
Manuel VALLS, on marque une petite pause avant d'accueillir Augustin TRAPENARD et de retrouver Nicole FERRONI.

(…)

AUGUSTIN TRAPENARD
On a commencé ce 7/9 quand même par des chiffres, et notamment par les chiffres du chômage qui sont tombés hier et dont vous vous réjouissez à raison mais qui réduisent quand même la précarité à un chiffre, qu'est-ce que vous dites au Daniel BLAKE français qui ne se reconnait pas dans vos bonnes nouvelles, qu'est-ce que vous lui dites ce matin ?

MANUEL VALLS
J'aime beaucoup Ken LOACH, même si on ne partage pas forcément toujours elles bonnes idées, mais pour moi il est l'auteur d'un film magnifique « Land and freedom » sur la guerre d'Espagne et reprenant le très beau livre de OROEL jeune sur la Catalogne et sur ce qui s'est passé au sein même du camp républicain. Donc ça éveille évidemment beaucoup de choses à travers mes origines et ma famille. On ne peut pas parler de statistiques, d'ailleurs ces chiffres mensuels du chômage sont terribles, parce qu'ils peuvent cacher une réalité. La réalité c'est celle de ceux qui retrouvent un emploi et qui retrouvent donc de la dignité, de l'espoir, mais la réalité c'est aussi en effet la précarité. Il y a aujourd'hui plusieurs millions de Français qui vivent avec 600, 700, 800 euros, c'est-à-dire avec pas grand-chose. Et même si nous avons augmenté le RSA régulièrement tous les ans, parce que c'est indispensable, même si je suis indigné vis-à-vis de ceux… par rapport à ceux qui disent… Qui parlent d'assistanat quand il s'agit d'aider ceux qui sont au bord du chemin, la lutte contre les inégalités, la lutte contre les précarités doit être plus que jamais le grand défi du prochain quinquennat. Parce que c'est pour nous une question de dignité. C'est pour ça que je travaille beaucoup sur cette question du revenu minimum garanti qui doit être expérimenté, qui est expérimenté dans des pays, qui est expérimenté aujourd'hui dans des collectivités, qui va l'être aussi en France, qui peut coûter très cher, donc il faut être capable de maitriser ce coût, mais qui doit permettre aux gens d'avoir un minimum de subsistance, mais aussi au fond une deuxième chance pour à travers une formation, à travers une activité retrouver un emploi et tout simplement de la dignité. Je vois que beaucoup d'ailleurs de ceux qui cherchent un emploi passent par Pôle Emploi mais passent aussi par les réseaux sociaux, par internet, ça veut bien dire que notre système ne fonctionne pas toujours très bien et qu'on passe sans doute à côté de nombreuses opportunités.

//// Chronique de Nicole FERRONI ////

MANUEL VALLS
C'est la première fois que je rencontre un taureau qui parle.

PATRICK COHEN
Merci Manuel VALLS d'être venu ce matin au micro de France Inter.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 octobre 2016

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