Déclaration de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'enseignement des métiers d'art en Polynésie, Papeete le 22 octobre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'enseignement des métiers d'art en Polynésie, Papeete le 22 octobre 2016.

Personnalité, fonction : VALLAUD-BELKACEM Najat.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti :

1. IA ORANA

Pendant longtemps, le mot « art » désignait autant le travail de l'artiste que celui de l'artisan. Et ce que je viens de voir montre en effet tout ce que cette distinction a de superficiel. C'est donc à juste titre que ce centre des métiers d'arts, dans son nom même, ne pratique pas cette distinction.

Cette visite est pour moi, une vraie découverte.

Elle m'a permis d'appréhender la richesse culturelle de la Polynésie dans des domaines artistiques divers, et je veux saluer la qualité du travail réalisé dans ce centre créé en 1980 par un ancien de l'Ecole Boulle, monsieur Henri BOUVIER.

Cela, n'est évidemment pas anodin. Si les pratiques et les domaines diffèrent, on retrouve ici un sens du savoir-faire uni à la créativité qui a fait le prestige de l'Ecole Boulle, et qui fait la force de votre centre.

Ce centre nous rappelle aussi que la tradition ne s'oppose pas à l'innovation et au contemporain : ces deux domaines s'enrichissent l'un l'autre, et c'est une magnifique alliance à observer.

Ce centre témoigne du souci de préserver les traditions et le patrimoine culturel polynésien et océanien sans jamais le fossiliser, sans jamais le figer, mais au contraire en rendant hommage à ce qui est en lui vivant et vibrant aujourd'hui.

Transmettre un patrimoine vivant, cela demande un travail spécifique dans l'enseignement.

Enseigner est aussi, à bien des égards, un art et un artisanat, un savoir-faire et un savoir-être.

Cela se traduit très concrètement en ce lieu par une pédagogie différenciée et très interactive entre les enseignants et les élèves qui m'a marquée.

En perpétuant des traditions, vos élèves se préparent aussi un avenir.

Ce centre leur permet, d'abord, de s'insérer dans le tissu économique de la Polynésie française, que ce soit par l'entrepreneuriat individuel ou en tant que salariés, dans des ateliers de créateurs.

Mais il leur offre aussi la possibilité d'envisager des poursuites d'études supérieures d'arts et, à terme, de devenir créateurs en art visuel.

Ancré dans la transmission d'un patrimoine, mais ouvert sur l'avenir, ce centre est aussi ouvert sur le bassin pacifique, où il s'est fait une solide réputation : vous avez ainsi su nouer des liens avec les universités d'Arts et d'Architecture en Nouvelle-Zélande, à Hawaii, en Californie, mais aussi avec des territoires océaniens comme par exemple le centre Djibaou en Nouvelle-Calédonie où je me rendrai d'ailleurs, dans quelques jours.

2. Votre travail remarquable s'est appuyé jusqu'ici sur des diplômes polynésiens, mais il a rapidement mérité que l'on se pose la question de leur équivalence sur le territoire métropolitain.

Voilà deux ans de cela, vous avez saisi, en vous appuyant sur le vice-recteur, mon ministère sur cette question.

Pour faire aboutir votre projet, un groupe de travail s'est mis en place, en réunissant l'ensemble des acteurs concernés, avec des inspecteurs en arts appliqués de la métropole et des professionnels et des enseignants locaux.

Si je salue le travail des artistes et des artisans que vous formez, je veux aussi saluer ici le travail considérable qui a été accompli par tous les membres de ce groupe de travail.

Vous le savez, il est si aisé de critiquer mon ministère en le disant parfois sourd aux demandes qu'expriment les professionnels. La réussite collective dont témoigne l'aboutissement de votre projet montre qu'un bon projet trouve toujours une écoute attentive.

Vous avez conduit une tâche de longue haleine, qui a abouti à des projets de référentiel pour des CAP et pour un brevet de maitrise d'art. Et aujourd'hui, cet énorme travail d'écriture des textes certificatifs est formalisé.

Au coeur de ce texte, se tisse un lien qui est à mes yeux essentiels, entre l'éducatif et l'artistique.

Un lien que j'ai voulu nourrir dans la scolarité de chaque élève, avec la mise en place du Parcours d'Education Artistique et Culturelle qui est à la fois une éducation à l'art et une éducation par l'art.
C'est là un point essentiel, car nous ne sommes pas uniquement des êtres sensés : nous sommes des êtres sensibles.

Et ne pas tenir compte à l'Ecole de la façon dont l'art fait partie intégrante de notre vie, dont il nourrit notre existence, serait laissé de côté ce qui fait de nous, selon la belle expression du philosophe Georges Steiner, « un animal dont le souffle de vie est celui des rêves parlés, peints, sculptés et chantés ».

3. Puisque la Polynésie française ouvre avec brio cette voie, par votre initiative, j'ai donc le plaisir, Madame la ministre, de vous annoncer aujourd'hui que si vous souhaitez, dans le cadre des procédures de votre territoire, demander l'équivalence de ces diplômes, mon avis sera enthousiaste et favorable.

Cela permettra ainsi de reconnaitre, à terme, 4 nouveaux CAP (sculpture, gravure, tressage et tatouage), et à la suite le brevet des métiers d'art, diplôme de niveau 4.

C'est pour vous un enjeu important. Soyez assurés que cela l'est aussi pour moi.

Je suis sincèrement très heureuse de pouvoir ainsi reconnaître officiellement les compétences artistiques polynésiennes qui s'expriment au quotidien dans ce centre des métiers d'arts.

Je conclurais simplement mon propos en vous remerciant pour la magnifique découverte que fut cette visite, et je souhaite, à ce centre, et à ses élèves, beaucoup de réussite, parce que vous la méritez amplement !


MAURURU ROA


source www.polynesie-francaise.pref.gouv.fr, le 27 octobre 2016

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