Interview de Mme Hélène Geoffroy, secrétaire d'Etat à la ville à RFI le 28 octobre 2016, sur le développement et la reconquête de la citoyenneté dans les banlieues et les quartiers populaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Hélène Geoffroy, secrétaire d'Etat à la ville à RFI le 28 octobre 2016, sur le développement et la reconquête de la citoyenneté dans les banlieues et les quartiers populaires.

Personnalité, fonction : GEOFFROY Hélène, RIVIERE Frédéric.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la ville;

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JULIETTE RENGEVAL
Il est 7 h 50 à Paris et sur RFI, Frédéric RIVIERE vous recevez Hélène GEOFFROY, la secrétaire d'Etat chargée de la Ville auprès du ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports

FRÉDÉRIC RIVIERE
Bonjour Hélène GEOFFROY.

HÉLÈNE GEOFFROY
Bonjour.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Le premier Forum des conseils citoyens s'est tenu hier, c'était la conclusion de la rentrée citoyenne, est-ce qu'on peut dire que c'est une opération de reconquête des banlieues à quelques mois de l'élection présidentielle ?

HÉLÈNE GEOFFROY
Non, c'est à l'occasion plutôt de mon point de vue de montrer l'énergie de ceux qui vivent et de ceux qui travaillent dans les quartiers populaires. Nous sommes depuis un plus d'un an déjà dans un débat public que l'on peut trouver très stigmatisant pour les quartiers les plus populaires de notre pays, il était temps que plutôt que des commentateurs qui n'y vivent pas que ce soit ceux qui sont au coeur des quartiers populaires qui puissent s'exprimer, et d'ailleurs l'expression de ce point-de vue-là et les débats depuis six semaines sur les territoires et hier à la journée nationale ont été de ce point de vue-là marqués par une envie de montrer des réussites et des potentiels. Je rappelle que les conseillers citoyens qui se réunissaient hier ce sont des instances qui ont été mises en place par la loi Lamy, votée pendant ce quinquennat en 2014, ce sont des habitants qui aux côtés des élus, des services de l'État participent à la prise de décision pour transformer leurs quartiers et, hier, ils ont dit leur engagement : ce sont des bénévoles finalement qui décident de prendre du temps pour améliorer la vie au quotidien dans leurs quartiers.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Il n'empêche que François HOLLANDE, qui est allé faire le discours de conclusion, a annoncé hier - on pourrait dire assez opportunément à six mois de l'élection présidentielle - un milliard d'euros supplémentaire pour la politique de la ville et on se souvient que l'électorat des banlieues avait largement soutenu François HOLLANDE en 2012 ?

HÉLÈNE GEOFFROY
Bien sûr. Dans les quartiers populaires on a une appétence quand même ceux qui ont la considération pour les habitants qui, malgré les difficultés, malgré la précarité - c'est ainsi que sont définis les quartiers populaires aujourd'hui – s'engagent et veulent le meilleur pour la jeunesse et, hier, le président de la République a été d'ailleurs chaleureusement applaudi parce qu'il a rappelé des évidences : que nos quartiers populaires sont pleinement dans la République, que la promesse républicaine doit aussi s'appliquer-là et que là nous sommes pour rétablir et réajuster lorsqu'il y a des inégalités ; et le un milliard d'euros de l'ANRU, en plus, c'est une façon... c'est l'Etat...

FRÉDÉRIC RIVIERE
C'est l'Agence Nationale de Rénovation Urbaine !

HÉLÈNE GEOFFROY
L'Agence Nationale de Renouvellement Urbain, c'est elle qui finalement accompagne la transformation physique des quartiers populaires pour que le cadre de vie s'améliore et, là, ça va permettre d'aller plus loin sur les équipements publics : les écoles, les gymnases, les centres culturels, là où la vie se fait et les écoles c'est le premier lieu où l'on donne l'espoir.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Qu'est-ce qui ressort finalement de cette rentrée citoyenne et de ce forum citoyen, c'est l'envie de quitter les quartiers difficiles pour ceux qui y vivent ou l'envie d'y rester et d'essayer de les transformer ?

HÉLÈNE GEOFFROY
Moi je dis des quartiers populaires parce que nous avons une richesse et hier...

FRÉDÉRIC RIVIERE
Oui, mais l'un n'empêche pas l'autre, ils peuvent être populaires et difficiles.

HÉLÈNE GEOFFROY
Oui, mais hier nous n'avons pas nié les difficultés. Moi vous le savez j'étais il y a encore peu députée maire de Vaulx-en-Velin, j'y habite encore, nous n'avons pas nié les difficultés et les personnes parlaient des questions de cadre de vie, des questions de sécurité, des difficultés d'accès à l'emploi, mais aussi ils ont dit qu'ils pouvaient peser sur le cours des choses - et c'était ce qui était essentiel hier - c'est de dire : « Voilà des habitants sont prêts aux côtés des élus locaux, aux côtés des services de l'Etat, des bailleurs sociaux, sont prêts à faire les diagnostics poussés dans leurs quartiers » et à se dire : « Entraînons aussi les habitants » parce que l'une des caractéristiques de nos quartiers les plus populaires c'est aussi des taux d'abstention élevés parce qu'il peut y avoir une défiance vis-à-vis de l'action publique, en se disant dans le temps : « Elle est longue, on n'en voit pas forcément les fruits » et il faut renouer ce lien.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Est-ce l'emprise de l'Islam radical dans les quartiers populaires est un sujet qui ressort de ce que disent les gens qui y vivent ?

HÉLÈNE GEOFFROY
Les gens ont redit, peut-être à contrario - parce que ce débat public a été stigmatisant - d'abord que la question de la radicalisation est une question qui traverse toute la société française, ce n'est pas une question des quartiers populaires, les questionnements ils sont partout ; mais nous avons aussi redit hier l'attachement aux valeurs de la République et au principe de laïcité et je crois qu'il est temps que s'arrête cette injonction particulière auprès des quartiers populaires, toute la France de mon point de vue doit se réapproprier les valeurs de la République et le principe de la laïcité doit se redire pourquoi c'est important de les remettre dans le contexte historique dans lequel les choses ont été établies ; et hier finalement le sujet et toute cette rentrée citoyenne depuis six semaines sur les territoires, avec les associations, nos adultes-relais, les habitants conseillers citoyens, ça été de dire : « nous sommes là et nous sommes en train de produire nos propres anticorps face aux tenants du développement séparé». Parce que nous croyons au vivre-ensemble, vous savez le vivre-ensemble c'est quelque chose, c'est une réelle expertise dans les quartiers populaires.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Oui. Ma question au fond c'était de savoir si c'était une préoccupation qui ressortait des débats de ces conseils citoyens ?

HÉLÈNE GEOFFROY
Je vais vous dire l'essentiel des préoccupations qui ressortait...

FRÉDÉRIC RIVIERE
C'est l'emploi ?

HÉLÈNE GEOFFROY
Bien sûr. Bien sûr que tout le monde se dit : « il faut tenir bon pour que le vivre-ensemble perdure évidemment » parce qu'on y est tous attachés, tout le monde a une volonté d'appartenance à la Nation, mais le sujet était de se dire : « comment notre jeunesse a un meilleur accès à l'emploi, réussit mieux à l'école », cela a été quand même les sujets les plus marquants de ces six semaines.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Vous appelez hier François HOLLANDE à être candidat à l'élection présidentielle, vous le souhaitez...

HÉLÈNE GEOFFROY
Oui, clairement.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Pour quelles raisons ? Vous n'avez pas envie que la gauche gagne ?

HÉLÈNE GEOFFROY
Mais moi je pense que nous n'avons pas à rougir du bilan que nous avons eu, moi je l'ai vu sur les sujets qui sont les miens ou pour la première fois nous avons pleinement repensé la politique de la ville, en redisant : « partout le droit commun doit s'appliquer, partout les ministères doivent avoir des politiques publiques qui vivent réellement dans les quartiers populaires, là où parfois elles étaient plutôt présentes dans les quartiers plus favorisées », nous avons remis les moyens, les moyens aux associations financées et puis la considération je crois qui est essentiel, c'est-à-dire dire aux habitants des quartiers populaires : « vous faites partie pleinement de la République », c'est ce qu'a rappelé le président hier. Donc, de mon point de vue... et puis nous avons redressé les comptes publics, protéger notre modèle social, traverser une période très douloureuse pour notre pays, nous avons fait tenir bon l'état de droit... donc, moi, je crois que nous avons ce qu'il faut pour nous présenter et le président de la République est le mieux placé aujourd'hui me semble-t-il pour y aller, pour défendre ce qu'il a porté avec nous.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Oui. Vous êtes quelques-uns comme ça autour de lui - secrétaires d'Etat, ministres - à rester légitimistes, loyalistes et à dire donc qu'il est le meilleur d'entre vous aujourd'hui pour porter les couleurs de la gauche en 2017...

HÉLÈNE GEOFFROY
Oui.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Pourquoi dans ce cas-là les sondages lui sont-ils aussi défavorables, il a des sondages littéralement catastrophiques François HOLLANDE ?

HÉLÈNE GEOFFROY
Mais vous voyez, hier, il devait... hier je ne dis pas au Forum national des conseils citoyens qu'il avait potentiellement des électeurs mais il y avait le respect en tout cas qui était présent et le fait que les habitants ont eu aussi envie de pouvoir échanger avec lui, c'est-à-dire que nous étions dans une relation de respect mutuel et de dialogue, ce qui veut dire qui est quand même assez éloigné de ce qu'on peut entendre en termes de commentaires.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Oui, ça ne répond pas à ma question sur les sondages.

HÉLÈNE GEOFFROY
Ah ! Oui, mais les sondages c'est un instant donné vous le savez, une photographie, lorsque...

FRÉDÉRIC RIVIERE
Oui, avec en principe un panel représentatif.

HÉLÈNE GEOFFROY
Oui, oui. Mais à un moment donné, lorsque le président déclarera sa candidature, lorsqu'il sera dans un mode de campagne, vous savez j'en ai fait – enfin je n'ai pas fait d'élection présidentielle mais j'ai fait quelques campagnes – il y a le moment où l'on répond à la vraie question, qui est : quel projet veut-on pour la France et qui veut-on pour l‘incarner ? Nous n'en sommes pas encore là, me semble-t-il.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Alors, savez-vous qui a dit hier : « si la gauche est déboussolée, n'a plus de chef, plus de candidat, plus de programme, elle peut toujours se ressaisir, ne sous-estimons pas François HOLLANDE, il a du talent, il sait faire campagne, restons sur nos gardes » ?

HÉLÈNE GEOFFROY
Alors, si c'est restons sur nos gardes, j'en conclus que c'est un candidat de droite qui a du dire ça...

FRÉDÉRIC RIVIERE
Oui, c'est Alain JUPPE qui a dit ça.

HÉLÈNE GEOFFROY
Alain JUPPE, oui, eh bien ça veut dire que lui il ne fait pas attention uniquement aux sondages, il a une bonne compréhension de ce qui est...

FRÉDÉRIC RIVIERE
Oui, et en même temps il dit : « quand on est si bas dans les sondages, on ne peut que remonter », ce qu'a déjà fait d'ailleurs François HOLLANDE dans le passé.

HÉLÈNE GEOFFROY
Vous savez sa capacité à rebondir je n'y reviendrai pas, la réalité aussi c'est quand nous serons en campagne nous présenterons des projets et moi je crois que les Français sont profondément attachés - parce que c‘est leur demande – à de la justice sociale, à une capacité à protéger un modèle et que malgré tout lorsqu'on a rétabli le nombre de postes d'enseignants, le nombre de postes de policiers, lorsque nous essayons aujourd'hui de faire cohésion nationale, ce sont des sujets qui seront au coeur de la campagne, on parlera de ce qui nous rassemble et je crois que le président de la République sera bien placé pour cela.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Merci Hélène GEOFFROY, bonne journée.

HÉLÈNE GEOFFROY
Merci.

JULIETTE RENGEVAL
Hélène GEOFFROY, la secrétaire d'État chargée de la Ville, était l'invitée ce matin de Frédéric RIVIERE.


Source : Service d'information du gouvernement, le 2 novembre 2016

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