Interview de M. Jean-Jacques Urvoas, garde des sceaux, ministre de la justice, avec BFMTV et RMC le 26 octobre 2016, sur les relations entre juges et policiers et sur la radicalisation en prison. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Jacques Urvoas, garde des sceaux, ministre de la justice, avec BFMTV et RMC le 26 octobre 2016, sur les relations entre juges et policiers et sur la radicalisation en prison.

Personnalité, fonction : URVOAS Jean-Jacques, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Garde des Sceaux, ministre de la justice;

ti :
JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Jacques URVOAS, qui est garde des Sceaux et que vous connaissez, est avec nous ce matin. Bonjour.

JEAN-JACQUES URVOAS
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous sur RMC et BFMTV. Est-ce que la justice est laxiste ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Non, évidemment pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment non ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Je sais bien que c'est ce que l'on ressent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que l'on dit et ce que l'on entend au-delà du ressenti des policiers. C'est ce qu'ils disent.

JEAN-JACQUES URVOAS
Oui, c'est ce qu'ils disent. C'est d'ailleurs ce qu'ils m'ont dit puisque la semaine dernière, pendant deux heures et demie, j'ai reçu les syndicats de police – par ailleurs avec lesquels j'avais déjà travaillé dans le passé, quand j'étais à la Commission des lois de l'Assemblée nationale. Si j'utilise le terme de « ressenti », ce n'est pas le hasard parce que je crois effectivement que beaucoup d'entre eux et une partie de l'opinion est convaincue que la justice est laxiste. Ma volonté, c'est de démontrer que ce n'est pas le cas. C'est ce que j'ai proposé et que je leur redirai ce soir, puisque je serai aux côtés du président de la République à l'Elysée.
Moi, je suis partisan du fait que l'on regarde très concrètement. Parce qu'il y a les faits et puis il y a la manière dont on les appréhende. Un policier qui fait très bien son travail, et d'ailleurs il s'est engagé pour ça, sa vocation est d'interpeller le délinquant. Et lui, il considère que quand il a interpellé le délinquant, c'est fini, le travail est terminé. Il le remet à la justice et la justice après sanctionne. Sauf qu'à partir du moment où le policier remet le délinquant à la justice, un autre travail commence : celui du contradictoire. Celui où la défense intervient et il y a donc une autre période. Monsieur BOURDIN, si vous me permettez, moi je suis partisan que tout nouveau policier qui occupe une fonction opérationnelle dans un commissariat vienne passer trois jours dans une juridiction sans participer au délibéré.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez organiser cela ? Attendez, c'est très intéressant. Les policiers vont aller passer trois, quatre jours dans un tribunal ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Non. Je vous propose de le faire, puisque je ne dirige pas les policiers. Je propose donc qu'un policier qui va occuper une fonction opérationnelle, c'est-à-dire qui va être sur le terrain, quand il rentre dans un commissariat de police dans un territoire où il intervient, puisse venir découvrir ce que c'est que le métier de juge sans participer au débat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc partager le métier du juge pendant trois jours.

JEAN-JACQUES URVOAS
Mais pas que seulement. Je propose exactement aussi, comme cela a été proposé hier à Grenoble, que tout nouveau magistrat, qu'il travaille au siège – c'est-à-dire qu'il s'occupe des fonctions de juge des enfants ou juge de la liberté – ou au parquet puisse venir passer trois jours dans un commissariat de police.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Là, ça dépend de vous. Vous allez organiser cela ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Moi je propose cela. Je vais vous dire : avant de venir, monsieur BOURDIN, j'ai appelé le Premier président de la cour d'appel de Grenoble parce que c'est lui qui a eu l'idée. Il a réuni hier au commissariat de police de Grenoble, en présence du préfet, avec l'accord du préfet. Avec le directeur départemental de la sécurité, ils ont reçu les syndicats de police et des représentants de policiers qui avaient l'intention hier de venir manifester devant un palais de justice. Ils ont discuté de tout : de la légitime défense, de cette question de connaissances réciproques. La proposition leur a paru intéressante. Pourquoi ne le ferions-nous qu'à Grenoble ? Faisons-le ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, le président de la République et le Premier ministre vont vous suivre sur cette proposition ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Je pense que ma fonction, c'est de faire des propositions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez faire la proposition et vous verrez bien. Vous en avez parlé ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Non. Parce que j'ai vu les policiers, j'ai découvert cette initiative ce matin, je la trouve intéressante. Je crois vraiment que la police et la justice ont le même objectif : protéger la société.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les policiers, en se rassemblant hier devant les tribunaux, font pression sur les juges ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Je ne sais pas, il faut leur demander. Je trouve que ce n'est pas une bonne idée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Atteinte à l'état de droit ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Je trouve que c'est une manière d'engager une espèce de procès d'intention. Je trouve que ça contribue à faire une espèce justement de suspicion. Et moi, je suis quelqu'un qui souhaite que les deux forces regardent dans la même direction. Police et gendarmerie, justice de l'autre côté, ils ont – nous avons – tous le même intérêt. Il n'y a pas un magistrat qui ait choisi ce métier avec autre chose que l'envie de servir le bien public. Il n'y a pas un policier ou un gendarme qui soit devenu policier ou gendarme en ayant autre chose que de servir l'intérêt public.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je lis ce qu'ont déclaré plusieurs policiers qui affirment qu'ils sont nargués par des délinquants arrêtés la veille et libérés trop vite. Je lis : « J'interpelle un délinquant en flagrant délit. Le lendemain, je dois retourner au service pour une confrontation avec le délinquant qui nie les faits, cette fois avec son avocat. Je dois confirmer mon procès-verbal devant un officier de police judiciaire. Nos PV sont donc mis en cause, ils ne suffisent plus. Pourquoi les rédiger ? Si je suis en congé, si je n'assiste pas à la confrontation, le délinquant est relâché à la demande du parquet. Lors de la confrontation, les délinquants obtiennent le nom des fonctionnaires de police qui l'ont interpellé. L'autre jour, j'avais mon nom tagué sur un mur de la cité. »

JEAN-JACQUES URVOAS
Témoignage transpirant de sincérité et qui illustre ce que je vous disais. C'est-à-dire qu'un policier consciencieux considère que quand il a fini son travail, il doit y avoir immédiatement une sanction. Simplement il y a, au moment où il a fini son travail, un deuxième travail qui commence : celui du respect du droit de la défense, celui du contradictoire. Vous savez que juger – je ne le suis pas, vous n'êtes pas juge – ce n'est pas un métier facile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je sais.

JEAN-JACQUES URVOAS
Parce que c'est un métier dans lequel on est toujours entre une histoire concrète et un principe abstrait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais que dites-vous au policier qui retrouve ce délinquant le lendemain ou deux jours après dans la rue face à lui ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Je dis qu'il doit d'abord savoir pourquoi le juge a pris cette décision, parce que je pense qu'il y a ce besoin d'explication et de pédagogie. Là aussi, j'ai proposé aux syndicats de policiers jeudi dernier que nous organisions mieux l'information. Qu'entre le directeur départemental de la sécurité et le chef de juridiction, ils prennent les cas qui ont posé difficulté et qu'il y ait ce travail d'explication réciproque. Tout réside pour moi souvent dans une méconnaissance du travail de l'autre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La justice des mineurs, les mineurs délinquants récidivistes. Est-ce que vous allez changer les choses ou pas là encore ? Parce que là aussi, il y a beaucoup de choses qui sont dites.

JEAN-JACQUES URVOAS
On en parle beaucoup. La justice des mineurs, c'est moins de huit pour cent de la délinquance globale. Ce n'est pas quatre-vingts pour cent, c'est huit pour cent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Délinquance des mineurs, moins de huit pour cent.

JEAN-JACQUES URVOAS
7,8 pour cent de la délinquance globale. C'est-à-dire que l'année dernière, il y a eu cinquante-cinq mille sept cents condamnations de mineurs. La spécificité de la justice des mineurs, c'est que c'est une justice à huis-clos, parce qu'on ne juge pas quelqu'un à quinze ans comme quelqu'un qui a trente ans. Dans la justice des mineurs, on ne sait donc pas ce qui se passe parce qu'on protège le mineur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà. C'est ce que dit d'ailleurs l'ordonnance de 1945.

JEAN-JACQUES URVOAS
Et tant mieux, et tant mieux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Protéger en même temps que punir.

JEAN-JACQUES URVOAS
Absolument. La philosophie n'a pas changé et elle est pertinente. Pourquoi ? Parce que quand on regarde les décisions qui ont été prises, l'écrasante majorité de ces cinquante-cinq mille sept cents condamnations de l'année dernière ne récidiveront pas. Parce que justement la sanction a cette dimension pédagogique. Et puis, il y a des cas où il y a des récidivistes et là, il y a donc des structures. Ça s'appelle des centres éducatifs fermés, ça s'appelle même des prisons. Il y a des prisons, on les appelle les établissements pour mineurs, et des quartiers mineurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La différence, c'est qu'aujourd'hui les mineurs se sont endurcis, notamment les mineurs qui ont seize, dix-sept ans et qui sont récidivistes.

JEAN-JACQUES URVOAS
Oui, mais Jean-Jacques BOURDIN, la sanction aussi. Il y a dix ans, il n'existait pas de centre éducatif fermé. Il y a dix ans, il n'existait pas d'établissement pour mineurs. Il y a aujourd'hui, dans les établissements pénitentiaires, mille cent cinquante et une places pour les mineurs. Vraiment, la sanction est au rendez-vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Certains policiers, pas tous, demandent un assouplissement des règles de la légitime défense.

JEAN-JACQUES URVOAS
J'entends ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous entendez cela.

JEAN-JACQUES URVOAS
Oui, j'entends ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable ou pas ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que la loi suffit aujourd'hui ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Oui, et je vais vous dire pourquoi. D'abord parce que cette proposition est venue l'année dernière sur la base d'une idée d'un député UMP, Eric CIOTTI. Le ministre de l'Intérieur avait à l'époque dit : « Ce n'est pas inintéressant, il faut qu'on discute de ça. Par principe, je ne suis pas hostile. Regardons. » Il y a un travail très long qui a été conduit autour de Bernard CAZENEUVE, auquel il avait associé les parlementaires. Vous me permettrez de dire, parce que c'est une vérité même si c'est une petite vilénie, que le député qui avait suggéré cette évolution n'a pas participé aux travaux. Mais peu importe, le travail a été conduit.
Ç'a abouti à une évolution de la loi dans la loi du 3 juin 2016. La légitime défense, elle se caractérise par quoi ? Par la notion d'immédiateté. Dans la loi de juin 2016, nous avons détendu le principe d'immédiateté. Aujourd'hui, la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme et la loi permet à un policier de se défendre. La légitime défense, c'est pour lui mais c'est aussi pour quelqu'un d'autre qui est menacé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Jacques URVOAS, ce matin je recevais sur RMC Farad KHOSROKHAVAR que vous connaissez et qui est un sociologue qui a fait un livre sur les prisons.

JEAN-JACQUES URVOAS
C'est même l'un des spécialistes. Il a écrit le livre « Prisons de France », remarquable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. « Prisons de France » qui est un livre remarquable. Mais dans ce livre, alors qu'il n'y a pas de statistiques officielles parce que la loi l'interdit, il avance le taux de quarante à soixante pour cent de détenus de confession musulmane en prison. Vous reprenez ces chiffres ou pas ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Non. Parce que je n'ai évidemment pas les outils et, surtout, quelle serai la finalité ? Quel est l'intérêt de savoir s'il y a des musulmans, des bouddhistes, des juifs, des témoins de Jéhovah ? En quoi, dans la fonction qui est celle de l'administration pénitentiaire, ce paramètre est-il utile à garantir à la société que, pendant que le temps de la détention est avéré, le détenu est incarcéré ? À quoi ça me sert ? A rien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A rien. Vous n'êtes donc pas pour un changement de la loi pour savoir ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Sur un plan général dans la société, est-ce qu'il doit y avoir des statistiques ? Si j'étais ethnologue ou sociologue, peut-être aurais-je un avis. Mais comme ministre de la Justice confronté à la gestion de l'administration pénitentiaire, ce paramètre-là ne m'est pas utile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça veut dire beaucoup de choses, ça veut dire beaucoup de choses. Ça ne veut pas dire que tous les musulmans sont des terroristes en puissance ou des délinquants en puissance, mais ça veut dire peut-être que dans certains quartiers où la population musulmane est importante, d'origine maghrébine par exemple est importante, il y a des problèmes sociaux ou autres qui parfois conduisent à la prison. C'est peut-être ce que ça veut dire. C'est un travail intéressant.

JEAN-JACQUES URVOAS
Dans la détention, ça ne sert à rien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez que ce ne serait pas intéressant d'avoir ces chiffres ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Non. Dans la détention ce qui est utile, c'est que quelqu'un qui fait le ramadan puisse avoir… Ça, effectivement, il y a aujourd'hui une capacité de s'inscrire pour cela. De la manière que quand vous avez un catholique qui veut faire la prière de la messe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a combien de détenus qui font le ramadan ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Je crois que les chiffres, c'est autour de vingt-sept mille sur les cinquante-huit mille places, soixante-huit mille détenus. Je crois que c'est ça. Je ne vous le garantis pas mais c'est de cet ordre-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va parler des prisons justement, parce qu'hier vous avez présenté vos mesures pour essayer de lutter contre la radicalisation qui est un vrai problème. Un vrai problème. Aujourd'hui, combien y a-t-il de détenus radicalisés, des radicalisés que l'on pourra qualifier d'extrêmes ? Combien sont-ils en France dans les prisons ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Je vais vous dire le chiffre d'aujourd'hui puisque ce n'est pas le chiffre d'hier. Évidemment, ça change tous les jours puisqu'il y a les incarcérations. Il y a en ce moment trois cent cinquante et un détenus qui ont une incrimination d'association de malfaiteurs à but terroriste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ceux-là, ce sont les plus radicaux.

JEAN-JACQUES URVOAS
Ceux-là, ce sont les plus déterminés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez les regrouper dans des quartiers. On est bien d'accord.

JEAN-JACQUES URVOAS
Je vais faire beaucoup de choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, expliquez-nous. Parce que vous avez changé de politique.

JEAN-JACQUES URVOAS
Oui. Nous avons changé de politique parce que nous avons tiré les leçons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que l'autre ne marchait pas.

JEAN-JACQUES URVOAS
Non. Parce que nous avons tiré les leçons. Parce que quand vous lancez une expérience, vous avez très justement dit que c'était quelque chose de nouveau. Quand on est confronté à ce défi, c'est-à-dire à l'intérieur des établissements pénitentiaires à un mouvement de radicalisation et donc de détermination, comment vous gérez ça ? Quand ils sont cinquante, c'est facile mais quand ils sont trois cents c'est compliqué. Vous m'avez demandé les terroristes mais je dois vous dire, pour être tout à fait précis, qu'il y a aussi des détenus de droit commun qui ont été incarcérés pour d'autres sujets et qui se sont radicalisés en prison. Et cela, aujourd'hui nous les avons identifiés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc trois cent cinquante et un dangereux.

JEAN-JACQUES URVOAS
Association de malfaiteurs  but terroriste dont le juge a estimé qu'il y avait une potentialité de dangerosité. Détenus radicalisés à l'extérieur ou en détention : mille trois cent trente-six.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mille trois cent trente-six. Et ça augmente.

JEAN-JACQUES URVOAS
Et ça augmente. Par esprit de comparaison, les associations de malfaiteurs à but terroriste en 2014, il y en avait quatre-vingt-dix. Les radicalisés, l'année dernière à la même date, nous en avions sept cents. Nous en avons aujourd'hui mille trois cents parce qu'il y a les incarcérations supplémentaires. Moi, je suis confronté à ce défi. Il y a un an, neuf mois plus exactement, la décision avait été prise de créer des unités de regroupement dans cinq établissements – à Fresnes, à Fleury, à Rosny, à Lille. Nous avons laissé faire cette expérimentation et je l'ai soutenue parce que je la croyais à la fois courageuse et intelligente. Comment faire ? Parce qu'en réalité, on se demande toujours si on a le choix entre deux mauvaises solutions. Ou on regroupe et on craint l'effet de concentration ; ou on disperse et on craint l'effet de contagion d'une difficulté. Pendant neuf mois, on a regardé ce qu'on a fait et maintenant je prends des décisions qui vont pour la totalité de la…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors regardons. Les plus radicalisés…

JEAN-JACQUES URVOAS
Première chose essentielle, évaluer. Evaluer. Parce que justement vous me dites : « Celui-ci est dangereux » mais moi je ne le sais pas. Donc nous créons six structures d'évaluation de la violence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De la violence, oui.

JEAN-JACQUES URVOAS
Parce que moi, je ne sais pas ce que c'est que déradicaliser. Je sais comment on peut essayer de sortir quelqu'un de la violence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Six structures.

JEAN-JACQUES URVOAS
Six structures, cent places, quatre mois. Chaque détenu suspecté de la radicalisation passera quatre mois dans ces centres pendant lesquels nous évaluerons. Parce que quatre mois, c'est ce qui nous paraît le bon temps avec des sociologues.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la radicalisation la moins construite en quelque sorte.

JEAN-JACQUES URVOAS
C'est ce qui nous permet de soupçonner et surtout de détecter s'il n'y a pas une dissimulation. Vous pouvez avoir un garçon qui est parfaitement charmant et qui, en fait, est endurci. Quatre mois. Une fois qu'on a cette évaluation, orientation. Pour les détenus les plus difficiles, les plus durs, les plus prosélytes, les plus violents, nous allons créer trois cents places dans lesquelles ils seront incarcérés dans un régime de sécurité renforcée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des quartiers très sécurisés.

JEAN-JACQUES URVOAS
Dans un quartier que nous appelons des quartiers de la radicalisation violente.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans quelles prisons ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Dans les maisons centrales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les maisons centrales. Partout dans les maisons centrales ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Non. Dans quelques maisons centrales, cinq ou six. Nous allons voir parce que la question de l'architecture est essentielle. Il nous faut des lieux bien identifiés avec une culture professionnelle et je rends hommage aux personnels qui travaillent dans ces établissements. Ils ont une culture professionnelle, celle de la sécurité, avec le respect de la dignité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils seront isolés du reste des détenus ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Ils seront seuls dans leur cellule.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Seuls dans leur cellule.

JEAN-JACQUES URVOAS
Pas isolés totalement. C'est-à-dire que nous avons exactement expérimenté cela dans le centre de Lille-Annoeullin où il y a des détenus radicalisés, difficiles, dans une unité dédiée. Quand ils sont en promenade, ils ne sont pas plus de trois. Mais je ne veux pas qu'ils soient seuls non plus, parce qu'à un moment donné, l'ensauvagement peut venir du traitement que l'on donne. Quand vous avez quelqu'un déjà de difficile, s'il est totalement déterminé, il ira à l'affrontement. Ce n'est pas le but. Jean-Marie DELARUE, qui était le contrôleur des prisons, disait « si vous traitez les hommes comme des animaux, ils finiront comme des bêtes sauvages ». Donc les plus durs dans 300 établissements. Les moins durs, nous créons donc 27 établissements autour de 400 à 500 places dans lesquels nous mettrons un régime de sécurité qui sera supérieur à ce qu'est la détention aujourd'hui. Et nous avons listé. Et puis pour ceux qui ne sont pas encore totalement enkystés dans une radicalisation et dont nous pensons que nous pensons que nous pouvons les sortir du processus, ils resteront dans les établissements de la détention …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les constructions de places de prison, rappelez nous les chiffres parce que ça prend dix ans.

JEAN-JACQUES URVOAS
Nous les amorçons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous les amorcez en 2016.

JEAN-JACQUES URVOAS
On amorce en 2016 les recherches foncières. En ce moment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous auriez pu amorcer ça en 2012 cela dit.

JEAN-JACQUES URVOAS
Pour le moment on fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
ca n'a pas été fait jusqu'à maintenant.

JEAN-JACQUES URVOAS
Nous avons financé 8000 places

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des places qui avaient déjà été prévues sous le quinquennat précédent.

JEAN-JACQUES URVOAS
Bien sur. Et d'avant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et le quinquennat précédent nous dit « moi j'ai construit des places de prison, non, non, des places de prison qui avaient été préparées sous le quinquennat ou le septennat précédent.

JEAN-JACQUES URVOAS
Tout ça est vrai. Et l'année prochaine, en 2017, je vais inaugurer une prison qui a été décidée par Dominique PERBEN en 2002.

JEAN-JACQUES BOURDIN
2017 – Quinze ans.

JEAN-JACQUES URVOAS
Mon sujet c'est de faire en sorte qu'avant l'élection présidentielle, droite et gauche, Assemblée nationale et Sénat, disent « ce sujet-là ce n'est pas un sujet de dispute ».

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord.

JEAN-JACQUES URVOAS
En ce moment les préfets ont des consignes pour avant le 16 décembre nous trouver dans un certain nombre de départements bien identifiés 15 hectares pour construire des prions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien de prisons ?

JEAN-JACQUES URVOAS
33. 32 maisons d'arrêt, un centre de détention. Et je le dis à votre micro, si les terrains sont gratuits, c'est-à-dire si les collectivités nous les donnent, nous irons évidemment beaucoup plus vite que si nous devons avoir des procédures contentieuses d'achat des terrains.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question politique. Est-ce que Manuel VALLS, vous êtes proche de Manuel VALLS, est le meilleur candidat de la gauche pour 2017 ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Ecoutez je vais vous dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, allez-y.

JEAN-JACQUES URVOAS
Quand vous m'avez invité à votre micro je suis venu et je me suis dit « à un moment je vais avoir cette question-là ».

JEAN-JACQUES BOURDIN
A la fin.

JEAN-JACQUES URVOAS
Oui. Mais ce n'est pas la question à laquelle j'ai envie de répondre. Vous n'allez pas être content. Parce que honnêtement vu ce que ….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas important, oui mais ça approche la présidentielle.

JEAN-JACQUES URVOAS
Si c'est important. Mais vu ce qui est mon quotidien… je me lève tous les matins en me disant « depuis que je suis Garde des Sceaux, j'ai actionné six fois la cellule de crise de la Direction de l'administration pénitentiaire, six fois ». J'ai eu à faire face à une agression terroriste à Osny. Je pense à ce surveillant. Je me lève tous les matins en me disant qu'aujourd'hui je vais avoir un autre problème. Je me couche tous les soirs en me disant cette nuit on va me réveiller. Mon travail c'est de protéger, protéger la détention, les autres prisonniers, parce que le droit à la sécurité c'est aussi en prison. Et donc l'importance de l'élection présidentielle je ne la nie pas, mais chaque chose en son temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une autre question corolaire, est-ce que vous avez demandé des explications au président de la République après ses propos tenus sur les magistrats, franchement ? Est-ce que vous êtes allé le voir pour lui dire ….

JEAN-JACQUES URVOAS
Ce n'est pas le rôle du Garde des Sceaux qui appartient à un gouvernement qui a été nommé par le président…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les magistrats vous les défendez, vous défendez l'institution de la justice.

JEAN-JACQUES URVOAS
Constitutionnellement c'est le président de la République qui le fait, c'est l'article 64 de la Constitution…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca vous a choqué ?

JEAN-JACQUES URVOAS
Je trouve que c'était dommage parce que personne ne peut dire que le bilan de François HOLLANDE n'est pas un moment de renforcement de l'indépendance. Et les magistrats le reconnaissent. Et donc cette espèce de brouillage par ce livre était quelque chose qui était ….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les confidences, ce n'est pas le livre ! Les confidences du président de la République !

JEAN-JACQUES URVOAS
C'était regrettable. Et quand j'ai reçu les représentants des magistrats, je leur ai remis la lettre du président de la République. Nous avons eu une discussion. Moi je souhaite maintenant que nous puissions garder ce travail avec eux pour renforcer l'indépendance de la justice parce que la justice ça sert tout le monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
8h56, merci Jean-Jacques URVOAS, Garde des Sceaux, notre invité ce matin RMC et BFMTV.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 novembre 2016

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