Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à France 2 le 4 novembre 2016, sur l'évacuation des migrants du campement dit de Stalingrad, au nord de Paris, et l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à France 2 le 4 novembre 2016, sur l'évacuation des migrants du campement dit de Stalingrad, au nord de Paris, et l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : COSSE Emmanuelle, DARET Guillaume.

FRANCE. Ministre du logement et de l'habitat durable;

ti : WILLIAM LEYMERGIE
Ce sont les « 4 vérités ». Aujourd'hui, Guillaume DARET reçoit la ministre du Logement, Emmanuelle COSSE.

GUILLAUME DARET
Absolument. Elle a en charge effectivement ce dossier du logement et surtout elle est en première ligne pour cette délicate gestion de la question des migrants. Elle était il y a quelques minutes dans le Nord de Paris où un campement de migrants est en train d'être évacué. C'est dont elle va nous parler dans quelques instants.

- Jingle -

GUILLAUME DARET
Bonjour à tous, bonjour Emmanuelle COSSE.

EMMANUELLE COSSE
Bonjour.

GUILLAUME DARET
Vous étiez il y a quelques instants sur le campement dit de Stalingrad, où les migrants sont en train d'être évacués dans le Nord de Paris. Comment est-ce que ça se passe ?

EMMANUELLE COSSE
Les choses se passent bien, à 07h30 on avait déjà évacué une quinzaine de bus et à peu près 800 personnes, ça se passe dans le calme, et ces personnes, en fait, attendent d'être prises en charge dans des centres d'hébergement, c'est ce que nous faisons ce matin.

GUILLAUME DARET
Combien de personnes sont à évacuer ? On parle de 3 à 4 000 personnes. Il y a combien de personnes ?

EMMANUELLE COSSE
On a fait plusieurs recensements et nous pensons qu'il y a entre 3 et 4 000 personnes. Nous avons la capacité d'évacuer 4 000 personnes si nécessaire, mais pour tout vous dire, on le voit aussi, on va voir les choses heure par heure, on a des équipes sur place très importantes. Il faut dire les choses, c'est la trentième opération d'évacuation sur Paris, de personnes qui sont arrivées très récemment en France, parfois depuis seulement quelques jours, parfois depuis quelques semaines, et on a ce matin plus de 200 personnes bénévoles d'associations et de services de l'Etat qui nous aident à faire cette évacuation, des forces de police qui organisent le va-et-vient des bus, et l'idée est d'arriver à mettre dans la journée l'ensemble des personnes à l'abri.

GUILLAUME DARET
Justement, cette évacuation sera terminée ce soir, c'est ça votre objectif ?

EMMANUELLE COSSE
Oui vous savez, c'est la trentième que nous faisons, donc nous sommes assez rodés, et je pense que dans l'après-midi nous en aurons terminé pour cette évacuation. Après il y a un enjeu énorme, qui est que ces personnes, dans les centres sur lesquelles nous les hébergeons...

GUILLAUME DARET
Où vont justement ces personnes ?

EMMANUELLE COSSE
Elles vont dans des centres d'hébergement, des centres d'accueil et d'orientation, c'est les mêmes centres que...

GUILLAUME DARET
Partout en France ou essentiellement en région parisienne ?

EMMANUELLE COSSE
Alors, essentiellement en Ile-de-France et aussi un peu en régions, puisque nous avions des places encore disponibles suite au démantèlement de Calais. Et l'objectif est de les informer sur leurs droits, de présenter la demande d'asile et aussi de leur faire comprendre qu'une fois arrivées ici, il faut qu'elles s'inscrivent dans le droit d'asile en France.

GUILLAUME DARET
Est-ce qu'il y a encore suffisamment de places, essentiellement en région parisienne notamment, parce que certains disent qu'il y a une forme de saturation.

EMMANUELLE COSSE
Mais, vous savez, au moment où on s'occupe des migrants et on répond à des objectifs très importants de mise à l'abri, et je crois que ça fait honneur à notre pays, j'entends certains discours qui expliquent que l'on ne ferait plus rien sur la prise en charge des personnes en difficultés, à la rue, ou qu'il n'y aurait pas assez de places. Je pense qu'il ne faut pas confondre deux choses. D'une part, il faut une action spécifique, massive, sur l'accueil des migrants, et il faut aussi, et c'est ce que nous faisons, renforcer continuellement l'offre d'hébergement pour des personnes en difficultés de logement.

GUILLAUME DARET
Qu'est-ce qui vous garantit...

EMMANUELLE COSSE
Nous avons, juste pour vous dire, augmenté de plus de 50 % les places en cinq ans, et aujourd'hui on a 118 000 places d'hébergements pérennes tous les jours, qui permettent de loger des personnes en difficultés.

GUILLAUME DARET
Qu'est-ce qui vous garantit, Emmanuelle COSSE, que ce campement ne va pas se reformer ?

EMMANUELLE COSSE
Mais la question, c'est pas d'avoir des garanties, c'est que nous mettons ces personnes à l'abri. La semaine prochaine, ou dans les semaines à venir, un centre d'accueil provisoire va ouvrir dans le...

GUILLAUME DARET
En région parisienne.

EMMANUELLE COSSE
... en région parisienne, qui va être un sas et...

GUILLAUME DARET
Ce type de campement, on a vu que ça se reproduit, vous l'avez dit. Ce matin, vous nous dites : tous vos campements, quand il y en aura, on les évacuera à nouveau ?

EMMANUELLE COSSE
Mais bien sûr, et c'est ce que nous avons déjà fait, et aujourd'hui...

GUILLAUME DARET
C'est-à-dire, vous évacuerez tout nouveau campement.

EMMANUELLE COSSE
Aujourd'hui – excusez-moi – aujourd'hui nous avons beaucoup d'attention médiatique sur ce que nous faisons, je peux vous dire que c'est la trentième opération, et donc régulièrement nous faisons des opérations de mise à l'abri, et jusque-là de manière beaucoup plus confidentielle, mais c'est quand même plus de 20 000 personnes qui ont été touchées par ces opérations de mise à l'abri, et notre objectif est qu'à chaque fois qu'on a des personnes qui arrivent par nos maraudes sociales, puisque nous en avons, elles soient prises en charge immédiatement...

GUILLAUME DARET
Donc l'objectif c'est de faire en sorte que ces campements ne se reproduisent pas.

EMMANUELLE COSSE
Oui, mais surtout que les personnes soient prises en charge immédiatement, pour aller vers des centres d'hébergement et qu'elles ne restent pas à la rue.

GUILLAUME DARET
Visiblement, une partie de la droite et de l'opposition est toujours hostile à l'accueil des migrants. Il y a une motion qui a été adoptée hier en Provence-Alpes-Côte d'Azur, par la majorité Les Républicains, avec le Front national qui l'a votée, qui dit : non à l'accueil de migrants. Accueillir plus de 1 000 clandestins d'ici la fin 2016, semble à la fois irréaliste et irresponsable. Qu'est-ce que vous répondez à Christian ESTROSI ?

EMMANUELLE COSSE
Est-ce que vous croyez vraiment qu'une région qui compte plus de 6 millions de personnes ne peut pas accueillir dignement 1 000 personnes ?

GUILLAUME DARET
C'est ce que dit Christian ESTROSI.

EMMANUELLE COSSE
Et, d'une part c'est faux, puisqu'aujourd'hui la région PACA, nous arrivons à le faire, nous avons des élus qui nous aident. Ensuite, je note que dans cette histoire, le FN s'est insurgé de plagia auprès de monsieur ESTROSI, et moi j'aimerais surtout dire à monsieur ESTROSI qu'il a un peu oublié comment il a été élu, en décembre dernier, parce qu'il était le seul candidat républicain au second tour de ces élections régionales, que le peuple de gauche s'est mobilisé pour que le Front national ne gagne pas ces élections régionales, et que ce que fait monsieur ESTROSI aujourd'hui, est totalement inadmissible. Heureusement qu'en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, nous avons de nombreux élus, de droite comme de gauche, qui nous aident, tant sur l'accueil des migrants, d'ailleurs, que sur l'accueil de publics en grandes difficultés.

GUILLAUME DARET
Les candidats à la primaire de la droite, hier, ont abordé cette question des migrants...

EMMANUELLE COSSE
Oui, trois minutes.

GUILLAUME DARET
... pour eux, ils disent tous, dès le début de ce débat : la solution c'est de dénoncer ce que l'on appelle les accords du Touquet, qui font que la frontière franco-britannique est à Calais, est-ce que c'est la bonne solution ?

EMMANUELLE COSSE
La bonne solution c'est déjà de discuter et de prendre en compte les parcours de ces migrants, et la question n'est pas de...

GUILLAUME DARET
Est-ce qu'il faut faire pression sur la Grande-Bretagne ?

EMMANUELLE COSSE
Mais, est-ce que l'on peut dire les choses simplement ?

GUILLAUME DARET
Mais oui ou non, pression...

EMMANUELLE COSSE
Quelle est la proposition de la droite ? Supprimer les accords du Touquet, et donc quoi, on laisse ces migrants se noyer dans la Manche ? Moi je vais...

GUILLAUME DARET
Non mais ils disent : il faut aller négocier, mener un bras de fer avec le Premier ministre britannique.

EMMANUELLE COSSE
Non non, mais moi je vais parler des choses concrètement, parce que contrairement à ces personnes, moi je m'occupe des migrants pour de vrai, dans le concret. Donc, dénoncer ces accords du Touquet, je voudrais savoir ce que ça veut dire pour la prise en charge de ces migrants. On les laisse franchir tout seul la Manche ?

GUILLAUME DARET
Mais vous trouvez que la Grande-Bretagne assume ses responsabilités aujourd'hui ?

EMMANUELLE COSSE
Non, mais ça n'a rien à voir avec les accords du Touquet, excusez-moi. Aujourd'hui, la Grande-Bretagne doit par exemple admettre des mineurs au titre du regroupement familial.

GUILLAUME DARET
Est-ce qu'elle le fait suffisamment ?

EMMANUELLE COSSE
Elle ne le fait pas suffisamment, et ça n'a rien à voir avec les accords du Touquet. Elle doit appliquer les règlements internationaux, c'est une pression que nous exerçons très fortement sur la Grande-Bretagne. Vous nous avez suivis sur ce sujet-là dernièrement, nous avons 1 700 mineurs que nous avons mis à l'abri depuis Calais, dont une grande partie doivent bénéficier du regroupement familial, et le président de la République, le Premier ministre, Bernard CAZENEUVE, ont rappelé les Autorités britanniques à leurs responsabilités.

GUILLAUME DARET
Emmanuelle COSSE, vous n'est plus membre d'Europe écologie les Verts, mais la semaine prochaine, les écologistes ont un candidat, Michèle RIVASI ou Yannick JADOT. Si vous aviez un choix à faire, vous voteriez pour qui ?

EMMANUELLE COSSE
Je ne ferai pas un choix, parce que je ne voterai pas à cette primaire, que je sois ou non membre de ce parti. Aujourd'hui, il me semble nécessaire qu'il y ait une gauche qui arrête les enfantillages et les disputes. Il y a eu...

GUILLAUME DARET
Emmanuelle COSSE a trahi les Verts, dit Michèle RIVASI.

EMMANUELLE COSSE
Mais, vous savez, comme je vous le dis, moi ce qui m'intéresse c'est d'avoir une gauche unie, responsable, qui s'occupe des migrants pour de vrai, qui s'occupe des Français, qui avance sur le logement, c'est ce que l'on fait aujourd'hui...

GUILLAUME DARET
Vous n'estimez pas avoir trahi les Verts, comme elle dit.

EMMANUELLE COSSE
Absolument pas, et surtout, je crois que tous les jours, dans ma fonction de ministre, je fais vivre l'écologie et je fais vivre ce pourquoi je me suis engagée en politique, c'est-à-dire agir pour son prochain et être en capacité de montrer que la solidarité est une valeur, et aussi qu'il n'y a pas de fatalités aux difficultés sociales.

GUILLAUME DARET
Votre candidat à vous, c'est François HOLLANDE ?

EMMANUELLE COSSE
Mon candidat c'est celui qui gagnera la primaire de la gauche. Et je vais vous dire les choses très simplement...

GUILLAUME DARET
François HOLLANDE c'est le meilleur candidat ?

EMMANUELLE COSSE
Mon candidat c'est celui qui gagnera la primaire de la gauche, je soutiens au premier tour François de RUGY, qui est écologiste, et moi, ce que je souhaite, c'est que la gauche soit unie. Je n'ai pas regardé le débat hier de la primaire de la droite, mais j'ai vu quelques extraits dans la Presse ce matin. Moi, je ne souhaite pas que dans quelques mois ça soit une droite qui veut mettre à mal la cohésion sociale, qui veut détruire notre modèle social qui gouverne ce pays, et je ne souhaite pas du cahot qu'ils nous annoncent, et c'est pour ça qu'à un moment, il faut que la gauche maintenant retrousse ses manches, fasse part de son bilan et agisse pour la victoire de 2017.

GUILLAUME DARET
Merci beaucoup Emmanuelle COSSE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 novembre 2016

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