Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à LCI le 14 novembre 2016, sur le décrochage scolaire et le niveau scolaire français. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à LCI le 14 novembre 2016, sur le décrochage scolaire et le niveau scolaire français.

Personnalité, fonction : VALLAUD-BELKACEM Najat.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti :

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour à tous, bonjour Najat VALLAUD-BELKACEM.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, vous annoncez ce matin dans la colonne des + du bilan de François HOLLANDE, nous sommes passés sous la barre des 100.000 décrocheurs scolaires, mais le niveau scolaire il est toujours très mauvais, la France elle est 25e sur 65 parmi les pays de l'OCDE dans le classement PISA.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Il y a plusieurs sujets dans le système scolaire. Il y a le niveau global, sur lequel on agit depuis 2012, notamment en recréant des postes de professeurs et puis en ayant fait un certain nombre de réformes pour… tous les élèves, qui nous occupe notamment ce matin, qui est celui du décrochage, qu'on se traîne quand même depuis des années, on sait que les fameux 150.000 jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification, on avait fini par croire que c'était une fatalité, eh bien non ! On démontre depuis quelques années, et les chiffres sont particulièrement notables, notamment depuis 2014, que le décrochage est à la baisse. Et donc, cette année, on est à 98.000 décrocheurs qui sont sortis du système scolaire sans qualification, à comparer aux 140.000 qu'il y avait au début du quinquennat. Donc, oui, la politique qu'on conduit produit des résultats.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, vous dites en France on est autour de 9 % des 18-24 ans sans diplôme, contre 10 % en Allemagne, 11 % pour la moyenne européenne, mais en France on est à 25 % de chômage chez les jeunes quand il n'est qu'à 14 % au Royaume-Uni et à 7 % en Allemagne. Alors, on se demande, oui, à quoi ça sert d'avoir un diplôme si c'est pour ne pas avoir de travail à la sortie, il y a un décalage qui est quand même effrayant.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
D'abord ce chiffre de 9 % à comparer en effet aux 10 % allemands par exemple, c'est le chiffre européen de jeunes âgés de 18 à 24 ans qui sont sortis du système scolaire et qui n'ont pas de solution de formation, et pour lesquels tous nos pays, parce que là-dessus, en Europe, on est sur la même longueur d'onde, estiment qu'il faut leur donner une formation pour les qualifier, parce que même quand ils ont un job, ce qui peut être davantage le cas en Allemagne, le jour où ils le perdent, n'ayant pas de qualification, ils n'arrivent pas à se revendre, et donc c'est ça le sujet.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais il y a l'apprentissage en Allemagne aussi, qui aide à mettre sur le marché du travail beaucoup de jeunes.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Simplement, je termine. Le fait que la France ait réussi à faire baisser à 9,3 % son taux de jeunes dans cette situation, contre 11 % en Europe, c'est une bonne nouvelle, ça veut dire que les dispositifs qu'on a développés depuis 3 ans, notamment de droit au retour en formation pour tout jeune de moins de 25 ans, qui le demandent, ça marche. Ça veut dire que les jeunes reviennent, qu'on leur trouve une formation, une qualification, et qu'ensuite ils sont mieux armés sur le marché du travail. Alors, ça passe en effet par des mécanismes d'alternance et d'apprentissage, que nous développons pour eux. Il faut aller plus loin, mais en tout cas on voit qu'on a la clé.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous avez la Une du Parisien, le rapport du Conseil national d'évaluation du système scolaire : « Les enseignants : pourquoi l'école recrute au rabais. » Taux de réussite au concours de recrutement des professeurs des écoles en 2015, alors plus le taux de réussite aux concours est élevé, moins celui-ci est sélectif, et donc moins le niveau des enseignants recrutés est élevé. En 2015, dans l'académie de Créteil, un exemple, le dernier recruté a obtenu 8/20 aux épreuves, et qui en paye le prix cher, c'est nos enfants.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Alors, d'abord sur la question des notes, il faut être clair. Les concours de l'enseignement sont des concours et pas des examens, donc, dans un concours vous pouvez obtenir une note qui va vous paraître basse, ça ne veut pas dire que vous êtes mauvais.

AUDREY CRESPO-MARA
Ça ne veut pas dire que l'enseignant est mauvais quoi !

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Voilà, ça ne veut pas dire que l'enseignant est mauvais, ça veut juste dire que dans le classement il est arrivé après les notes obtenues par X autres enseignants, mais ça ne veut pas dire qu'il est en dessous de la moyenne en termes de valeur objective de l'enseignant. Mais pour revenir à votre question, indéniablement nous avons eu un problème de vivier de candidats aux concours de l'enseignement depuis 2012. Pourquoi ? Pour une raison très simple, je suis désolée de le répéter à chaque fois, lorsque ce vivier avait été asséché avant 2012 parce qu'on avait supprimé 80.000 postes dans l'Education, eh bien les jeunes étudiants n'imaginaient pas aller passer les concours de l'enseignement, ce n'était pas un métier d'avenir. Donc, quand en 2012, nous nous avons dit on va recréer 60.000 postes d'enseignants dans l'Education, eh bien il a fallu du temps pour que ça prenne et pour que les étudiants entendent le message et se disent je vais passer les concours, je vais m'inscrire dans une formation qui me mène à passer les concours. Donc c'est seulement maintenant qu'on récolte les résultats. Regardez le nombre d'inscrits aux concours de l'enseignement de cette année, il est en augmentation dans quasi toutes les matières, y compris dans les matières difficiles.

AUDREY CRESPO-MARA
Ça ne veut pas dire que les enseignants sont mauvais, que les étudiants qui prétendent enseigner à nos enfants sont pour autant mauvais, ils sont mal aimés, ils sont mal payés.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, attendez, d'abord les enseignants sont très bons en France, honnêtement. Vous avez des cas particuliers, des exceptions, où on est obligé de faire appel à un contractuel, on a vu des exemples comme ça, qui n'est pas au niveau, mais si on veut bien ne pas généraliser et s'intéresser à…. d'aujourd'hui, d'abord ils sont de nouveaux formés, car nous avons remis en place une formation, ils sont impliqués, engagés, et pour le salaire, la rémunération qui est la leur, ils donnent beaucoup, donc ne laissons pas entendre le contraire. Que l'institution Éducation nationale puisse avoir du mal à recruter ici ou là dans certains territoires, c'est un fait, mais nous apportons des solutions qui font qu'aujourd'hui la situation s'améliore.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais vous vous rendez compte aussi que, alors il y a eu le vote du budget 2017 la semaine dernière, avec l'Éducation qui est le premier budget de l'État, 68,5 milliards, donc c'est en hausse, mais malgré ça il y a de nombreux parents qui s'orientent vers le privé parce que, il y a l'absentéisme des professeurs, parce qu'il y a des niveaux des classes qui sont bas, des niveaux bas, et donc il y a des parents qui sont, pour certains, très modestes, qui payent deux fois, qui payent les impôts et qui payent à nouveau dans le privé. Est-ce que c'est normal ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Vous savez, ce qu'il faut comprendre c'est que le service public, qu'il s'agisse de l'Éducation, de l'hôpital, le service public accueille tout le monde, c'est la différence avec un service privé qu'on paye, une clinique par exemple, dans le domaine hospitalier. Le service public, en accueillant tout le monde, par définition, a à faire face à des défis que n'a pas à gérer le service privé, enfin le privé, et donc dans le service public il faut investir davantage et c'est la raison pour laquelle nous avons augmenté le budget, rien que pour 2017 c'est plus de 2 milliards d'euros supplémentaires pour le budget de l'Éducation nationale. Pourquoi ? Pour lui permettre d'embaucher mieux, d'avoir des professeurs de bonne qualité, en nombre, formés, et un système scolaire tout simplement efficace, mais pour cela il faut une priorité budgétaire. Enfin, regardez, je demande aux parents de regarder dans le débat politique actuel qui sont ceux qui accordent cette priorité budgétaire au service public de l'Éducation, car seuls ceux-là sont en mesure de le faire fonctionner.

AUDREY CRESPO-MARA
Il y a aussi un problème majeur, c'est qu'on a l'impression que c'est un peu « tournez manège » chez les ministres de l'Éducation nationale, il y a eu 8 ministres en 10 ans, sous François HOLLANDE il y a eu PEILLON, HAMON et vous, donc ça fait 3 ministres en 4,5 ans, vous, vous l'êtes depuis 2 ans. Comment prétendre sérieusement réformer un système quand on est aussi peu de temps en poste, à ce ministère ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Alors, s'agissant de ce qui se passe depuis… 3 ministres d'affilée, mais enfin conduits par la même loi de refondation de l'école, la même priorité donnée à l'Éducation, le budget a toujours été le premier de la Nation depuis que nous sommes revenus aux responsabilités, et voilà, c'est ce qui importe, c'est la ligne politique.

AUDREY CRESPO-MARA
Benoît HAMON et vous, par exemple, vous avez la même ligne ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais sur l'Éducation, honnêtement oui. Interrogez-le, vous verrez vite, pour une raison simple c'est que sur l'essentiel nous sommes d'accord, il faut redonner des moyens à l'Éducation. Pour quoi faire ? Pour remonter le niveau d'exigence pour tous les élèves, pour assurer plus de justice, c'est-à-dire l'égalité des chances, véritable, pour tous les élèves quelle que soit leur condition initiale, et puis pour faire en sorte que l'école soit aussi là pour transmettre les valeurs de la République et faire des futurs citoyens.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous êtes présentée, Najat VALLAUD-BELKACEM, partout comme la bonne élève du gouvernement, alors vous mettriez quelle appréciation à François HOLLANDE, aurait pu mieux faire, devrait se concentrer sur son travail, trop bavard avec les journalistes ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Un quinquennat trop court, demande un deuxième quinquennat pour avoir tous les résultats souhaités.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous souhaitez qu'il se représente François HOLLANDE ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, bien sûr, je l'ai dit, pour une raison très simple, c'est que je pense que nous avons besoin de continuité dans l'action conduite et que l'action conduite depuis 2012 est bonne.

AUDREY CRESPO-MARA
Elle est bonne, c'est-à-dire qu'il a un suffisamment bon bilan François HOLLANDE, pour espérer un second mandat ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais, vraiment, oui, sans la moindre hésitation, le bilan est évidemment bon.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc les Français ne comprennent rien, quand il est à 4 % d'opinion publique ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, ce n'est pas une question de mécompréhension, c'est simplement… Regardez l'exemple de l'Éducation, vous voyez bien que des décisions que l'on prend en 2012, on va rouvrir les postes dans l'Éducation nationale, ne produisent leurs effets, le temps de reconstituer les viviers, de reformer les enseignants, etc., que 4, 5 ans plus tard, donc vous voyez bien qu'on a besoin de temps, qu'il y a un décalage, que les Français ne perçoivent, parfois, pas suffisamment, qui fait qu'il y a un doute parfois sur le bilan, mais qui n'a pas de raison d'être.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous n'êtes pas vous un peu déçue du quinquennat, vous l'aviez imaginé comme ça ce quinquennat ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Le quinquennat aura été difficile, indéniablement, mais je pense qu'il sera difficile… dans une ère de l'immédiateté permanente qui fait que les gens ne comprennent pas, par exemple, que pour adopter une loi il faille, aujourd'hui, 1,5 an en moyenne.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais dans votre propre camp beaucoup doutent de la capacité de François HOLLANDE à tenir et à à nouveau se présenter, même Ségolène ROYAL estime qu'il n'y a pas de candidat naturel à gauche. Est-ce que ça pourrait être aussi votre candidate, est-ce que Manuel VALLS, qui est sans doute le plus proche de François HOLLANDE aujourd'hui, qui semble se différencier quelque peu ces derniers temps, serait aussi un bon candidat, ou pour vous c'est François HOLLANDE et personne d'autre ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Moi je vais vous dire, mon sentiment initial c'est qu'il ne fallait pas particulièrement de primaires à gauche, parce que le candidat naturel c'était en effet le président sortant.

AUDREY CRESPO-MARA
Même si son bilan est contesté dans votre propre camp ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, mais la question de la contestation du bilan, vous savez, tout cela est assez subjectif, ça dépend aussi comment on en parle du bilan. Si en notre propre sein on commence à émettre des doutes ou des hésitations sur le bilan, c'est sûr qu'il apparaîtra plus contestable que si on l'assume totalement, or moi j'estime que ce bilan, toute la gauche doit l'assumer, tous ceux qui se sont retrouvés derrière François HOLLANDE en 2012, qui l'ont fait élire, doivent assumer ce bilan. Et donc, aujourd'hui, moi je vous dis, je l'assume totalement, il y a eu des secteurs dans lesquels on aurait aimé obtenir des résultats plus rapidement ou différemment, je pense par exemple à l'emploi, même si les chiffres maintenant, enfin, apparaissent positifs, mais bien sûr qu'on aurait aimé que ce soit plus rapide, mais à côté de cela il y a eu une politique économique, une politique éducative, une politique sociale, qui a, me semble-t-il, recousu la France sur bien des points.

AUDREY CRESPO-MARA
Rapidement, votre réaction à la dernière déclaration de Nicolas SARKOZY, puisque ça porte sur l'école : « pour les enfants qui ne mangent pas de porc, eh bien qu'on leur donne une double portion de frites, c'est ça la république » dixit Nicolas SARKOZY.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
L'imagination au pouvoir, il est temps que cette campagne se termine.

AUDREY CRESPO-MARA
Tous les matins je pose une question récurrente, la question off, mais devant les caméras. C'est off, entre nous. Vous êtes la première femme – je vous vois inquiète là, un peu crispée…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, non, je vous écoute, je n'aime pas le off.

AUDREY CRESPO-MARA
La première femme ministre de l' Éducation, vous êtes une femme, vous êtes jeune, vous êtes musulmane, qu'est-ce qui est le plus handicapant quand on fait de la politique ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oh ! non, mais comme je ne crois pas à la fatalité, c'est d'ailleurs pour ça que je suis de gauche, je ne crois pas que ce soit des handicaps, c'est-à-dire que je pense qu'il y a un moment où, peut-être, ça peut rendre votre candidature plus difficile que d'autres, mais vous pouvez très vite en faire des forces aussi. Moi j'estime que ce sont des forces d'être jeune, tout de même, d'être une femme, c'est merveilleux, d'être d'origine étrangère, c'est connaître plusieurs cultures, je crois que c'est avoir un regard plus riche.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Najat VALLAUD-BELKACEM.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 novembre 2016

Rechercher