Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France 2 le 14 novembre 2016, sur la prolongation de l'état d'urgence dans la perspective de l'élection présidentielle, l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis et les relations entre François Hollande et Manuel Valls. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France 2 le 14 novembre 2016, sur la prolongation de l'état d'urgence dans la perspective de l'élection présidentielle, l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis et les relations entre François Hollande et Manuel Valls.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, ROUX Caroline.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : WILLIAM LEYMERGIE
Pour l'instant, les « 4 vérités ». Caroline ROUX reçoit Jean-Marie LE GUEN, secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement.

CAROLINE ROUX
Oui, il a callé ses pas dans ceux de Manuel VALLS, le Premier ministre qui tente de s'imposer peu à peu comme le candidat naturel face aux difficultés du président, et ce à un mois seulement du dépôt des candidatures pour la primaire à gauche.

- Jingle -

CAROLINE ROUX
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
Le Premier ministre a déclaré hier à la BBC que l'état d'urgence allait sans doute être prolongé de quelques mois, dans la perspective notamment de la présidentielle, sans doute. Le doute repose sur quoi ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Sur le vote du Parlement, il faut que ça soit voté par l'Assemblée nationale et le Sénat. Je crois que c'est ce qu'il a voulu indiquer, et puis une décision formelle aussi du Conseil des ministres qui le propose. On est plus dans la problématique du formalisme, mais c'est le bon sens...

CAROLINE ROUX
Il y a une forme d'unanimité au Parlement sur la prolongation de l'état d'urgence ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je crois que dans cette période qui va être marquée par les élections, il est tout à fait logique qu'on peut s'attendre à ce que quand même il y ait un maximum de protection qui soit donné. On voit bien quelle pourrait être... La stratégie des terroristes a toujours été de créer le chaos et la division à l'intérieur des démocraties, donc une période électorale mérite une surveillance particulière.

CAROLINE ROUX
Pourquoi une période électorale mérite une surveillance particulière ? Vous avez l'air de trouver ça normal. Ça sera la première élection qui sera dans ce climat-là, ça veut dire que cette période-là, selon vous, ouvre une période de fort risque d'attentats ?

JEAN-MARIE LE GUEN
D'abord, nous sommes sans une période de très haut niveau de risque, c'est sans cesse rappelé par les Autorités de l'État, a fortiori dans une période électorale, puisqu'on sait que la volonté des terroristes, c'est pas simplement de tuer, c'est de créer la division, le chaos à l'intérieur des sociétés démocratiques, et donc une période électorale peut être le moment opportun dans leur stratégie mortifère.

CAROLINE ROUX
Mais en fait, ce n'est plus un état d'urgence, c'est un état de sécurité permanent, il va falloir s'y faire, ça va durer. Qui aujourd'hui prendrait la responsabilité de sortir de l'état d'urgence, en réalité ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'un certain nombre de choses vont arriver, notamment la chute de Raqqa et de Mossoul, on verra comment vont se réorganiser les terroristes, car je ne prétends pas que la chute de ces deux villes sera la fin, mais ça sera une victoire importante, il faudra mesurer les choses, justement, dans le courant du printemps.

CAROLINE ROUX
Mais vous avouez que c'est compliqué aujourd'hui de sortir de l'état d'urgence.

JEAN-MARIE LE GUEN
Nous sommes dans une période longue, alors il faudrait, je pense que ce qui avait été aussi proposé au Parlement l'année dernière, qui n'avait pas été retenu à la fin, qui était d'inscrire les choses d'une façon plus modeste, plus régulière, moins spectaculaire, avait du sens, donc peut-être qu'il faudra trouver des formes juridiques plus souples que ce fameux état d'urgence. En attendant, il faut qu'il soit, me semble-t-il, prolongé, pour qu'il nous protège.

CAROLINE ROUX
Donald TRUMP a accordé hier sa première interview. Quelle doit être la réponse de la gauche française à l'élection de Donald TRUMP. Est-ce que ça a secoué la gauche française, l'élection de Donald TRUMP ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je crois que ça a secoué beaucoup de gens dans le monde et beaucoup de Français. Donc il y a deux choses, il y a le fait qu'il soit président des États-Unis, ça a des conséquences sur la manière dont on voit le monde, dont on voit notre relation avec les États-Unis, et puis il y a aussi ce que signifie son élection, c'est-à-dire le fait qu'un certain nombre d'Américains, je pense notamment à effectivement ces Américains qui ont été laissés par la mondialisation et qui ont cru, par le biais du vote TRUMP, pouvoir se faire entendre, tout ça est en phase avec ce que l'on connait dans d'autres pays et notamment en France, donc il va falloir...

CAROLINE ROUX
Donc je vous repose ma question : est-ce qu'il y a des leçons à tirer pour la gauche française, d'une élection qui se passe aux États-Unis ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui.

CAROLINE ROUX
Oui.

JEAN-MARIE LE GUEN
Les risques du populisme et de la manière dont se traduit la colère d'une partie des perdants de la mondialisation, est tellement radical et peuvent se perdre dans des voies qui sont celles qui vont à la fois à l'encontre de leur intérêt, mais qui posent aussi un certain nombre de grandes questions sur l'avenir des démocraties. Donc il faut absolument prendre la mesure de ce phénomène, et donc se colleter avec lui, entendre, comprendre...

CAROLINE ROUX
Vous ne l'avez pas suffisamment, fait, ça, Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je crois qu'il y a...

CAROLINE ROUX
Franchement.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais c'est vrai que le langage et les idées promus par la gauche mais aussi par les autres forces traditionnelles, sont aujourd'hui soit du suivisme vis-à-vis des discours de l'extrême droite, qui font semblant de répondre à ces questions, soit une ignorance et un mépris. L'ignorance et le mépris n'est plus possible, il faut entendre, il faut écouter, il faut se saisir de cette colère et la transformer.

CAROLINE ROUX
En faire quoi ? Le Premier ministre a considéré que l'élection de TRUMP était la preuve d'un besoin de frontière, de régulation de l'immigration. D'un autre côté, il y a Christiane TAUBIRA qui dit : « Non non, glisser dans les problématiques identitaires n'est pas une réponse ». On parle toujours de ce qui s'est passé et de cette vague populiste. Qui va trancher ce débat-là ? Vous dites : il faut écouter.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il ne faut surtout pas tomber dans l'opposition. C'est-à-dire, il y a besoin de donner, face à une anxiété culturelle, un certain nombre de réponse qui apaisent, et en même temps, on le sait bien, la question qui est posée, c'est celle des inégalités. Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais ce que nous dit cette élection américaine, c'est que les inégalités qui se sont accrues sur les couches moyennes, se sont tournées non pas vers les forces progressistes qui d'ailleurs n'ont pas su, évidemment, mais au contraire vers des forces qui vont vraisemblablement accroitre ces inégalités, mais donnent un élément de réponse.

CAROLINE ROUX
Vous ne le découvrez pas aujourd'hui, Jean-Marie LE GUEN, ça.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais ça le dit avec une force suffisamment puissante, et des conséquences... Il faut enrayer cette mécanique qui fait que le progressisme n'est plus capable de répondre aux couches moyennes prolétarisées dans ces situations de grande déperdition face à la mondialisation. Tout ça c'est des concepts, c'est des mots, mais il faut se colleter à cet électorat qui a... qui était traditionnellement sensible aux inégalités sociales, qui pouvait se retrouver dans la gauche et qui ne sent plus dans le...

CAROLINE ROUX
Que vous avez laissé.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, c'est pas qu'on l'a délaissé, parce que beaucoup de choses ont été faites, mais il n'y a pas cette façon de s'y adresser.

CAROLINE ROUX
Peut-on, dans un tel climat, quand on est chef de l'État, entre TRUMP et POUTINE, face à la pression électorale du Front national, ne pas se présenter, au moins par devoir ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Par devoir, il faut faire ce qui est bon pour le pays, d'une part, et d'autre part, les dangers que vous soulignez, qui sont importants, ce monde qui bascule, doit redonner finalement un rôle à chacun. Le rôle du président de la République...

CAROLINE ROUX
Ce n'est pas la vraie réponse, Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais la vraie réponse, il n'y a pas de réponse automatique à ce que vous dites, c'est-à-dire que l'on pourrait penser... Bien sûr qu'il faut être au niveau de responsabilités, voilà, il faut être au niveau de ses responsabilités historiques, mais ça ne veut pas, mécaniquement dire quelque chose dans un sens ou dans un autre, puisque vous me posez la question de ce que doit faire...

CAROLINE ROUX
De la candidature.

JEAN-MARIE LE GUEN
... le président de la République. Bien sûr qu'il doit regarder les choses avec un niveau de responsabilités particulier, parce qu'on est à un moment où finalement l'histoire est en train de basculer. Dans quel sens elle va basculer ? Voilà, c'est ça l'enjeu considérable de cette période.

CAROLINE ROUX
Manuel VALLS était une hypothèse, est-ce qu'il est devenu une solution ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que, dans sa génération, il est un homme d'État, il est un repère pour beaucoup de Français. Je pense qu'il a un potentiel considérable, parce que c'est bien normal, il est Premier ministre et il doit appliquer une politique et il joue à fond dans la loyauté son rôle de Premier ministre, je pense...

CAROLINE ROUX
Il est devenu une solution.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il a beaucoup de choses, effectivement, à apporter à notre pays.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup, Jean-Marie LE GUEN. C'est à vous William.

WILLIAM LEYMERGIE
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 novembre 2016

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