Interview de Mme Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion à RTL le 15 novembre 2016, sur le chômage des travailleurs handicapés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion à RTL le 15 novembre 2016, sur le chômage des travailleurs handicapés.

Personnalité, fonction : NEUVILLE Ségolène, CALVI Yves .

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion;

ti :


YVES CALVI
Bonjour Ségolène NEUVILLE.

SÉGOLÈNE NEUVILLE
Bonjour.

YVES CALVI
Secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l'exclusion. Bonjour à vous Véronique BUSTREEL. Vous êtes conseillère nationale Emploi à l'Association des Paralysés de France. Merci à toutes les deux d'être avec nous ce matin en direct. Ségolène NEUVILLE, comment expliquer que la situation des personnes handicapées se soit à ce point dégradée sous le quinquennat de François HOLLANDE alors que les plans se sont succédés ?

SÉGOLÈNE NEUVILLE
Ce chiffre du chômage des travailleurs handicapés est évidemment beaucoup trop élevé. C'est vrai que c'est une injustice pour les personnes handicapées qui cherchent un emploi ; mais il faut dire quand même que le nombre de personnes handicapées qui travaille a aussi très largement augmenté sur la durée du quinquennat. A peu près cent mille personnes en plus, c'est-à-dire qu'on est passé de huit cent quatre-vingt mille à neuf cent quatre-vingt mille personnes handicapées en emploi. En réalité, il y a plus de gens qui demandent la reconnaissance administrative de leur handicap parce que c'est moins stigmatisant qu'auparavant. Ça, c'est plutôt une bonne chose. Après, que peut faire l'Etat ?

YVES CALVI
Excusez-moi, je rappelle les deux chiffres. Voilà, le chômage aurait progressé de soixante-cinq pour cent et le taux de chômage des personnes handicapées est de dix-huit pour cent. C'est presque le double du tout-public si je puis dire.

SÉGOLÈNE NEUVILLE
Oui, c'est ça. On estime que le taux de chômage est aux alentours de vingt pour cent, le double de la population générale. Que peut faire l'Etat pour remédier à cette situation ? Parce que l'Etat ne peut pas tout faire seul dans ce domaine-là ; chacun en a bien conscience. La loi, c'est fait puisqu'il y a cette obligation d'emploi de six pour cent – privé et public. Ensuite quand on regarde les travailleurs en situation de handicap, qu'est-ce qu'ils ont comme caractéristique ? Ils sont moins formés que les chômeurs en général, de la population générale, et que la population générale de façon globale. Nous avons donc mis le paquet sur la formation professionnelle et c'est ce qu'a fait Myriam EL KHOMRI avec le Plan 500 000 formations ; c'est fléché sur les personnes en situation de handicap. Après, il y a des tas d'autres mesures qu'on peut prendre.

YVES CALVI
On va y revenir. Je voudrais d'abord une première réaction de Véronique BUSTREEL. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Et quel bilan faites-vous des cinq années déjà ?

- Intervention de Véronique BUSTREEL

YVES CALVI
Vous pensez qu'on doit aller plus loin, Ségolène NEUVILLE ?

SÉGOLÈNE NEUVILLE
Il y a beaucoup de choses qu'on peut faire et qu'on peut continuer à faire.

YVES CALVI
On s'arrête sur l'obligation d'emploi pour l'instant.

SÉGOLÈNE NEUVILLE
Oui, mais c'est de ça dont je veux parler. Quelle est la situation actuellement de l'obligation d'emploi ? Dans le privé, on est passé de 3,1 pour cent à 3,3 ; ça, c'est les chiffres 2014, on n'en a pas de plus récent. Dans le public, on est passé de 4,4 à 5,17. Evidemment, je souhaiterais qu'on soit à six pour cent aussi bien pour le privé que pour le public. Mais même seulement ça, ça ne suffira pas parce qu'il y a d'autres causes.

YVES CALVI
Pardonnez-moi mais pourquoi on n'est pas à six puisque c'est une obligation ? Je dis ça sans hypocrisie parce qu'on peut aussi comprendre ce que sont les difficultés pour les chefs d'entreprise.

SÉGOLÈNE NEUVILLE
Parce que les entreprises privées comme publiques, si elles n'ont pas six pour cent de personnes handicapées dans leurs agents, elles payent en fait une amende à des fonds. Il y a un fonds public qui s'appelle le Fiphfp et un fonds pour le privé qui s'appelle l'Agefiph.

YVES CALVI
Donc beaucoup préfèrent payer plutôt que de prendre des handicapés.

SÉGOLÈNE NEUVILLE
Ce n'est pas qu'elles préfèrent.

YVES CALVI
Mais si.

SÉGOLÈNE NEUVILLE
C'est que tant qu'elles n'ont pas embauché telle ou telle personne, elles ont cette obligation. Il y a d'une part un travail des partenaires sociaux qui a été démarré par la ministre du Travail et avec les associations représentant d'ailleurs les personnes handicapées. Ce qu'on constate, c'est que quand les entreprises ont des accords d'entreprise – il n'y en a pas suffisamment ; il n'y a qu'onze pour cent en fait qui sont rentrées dans ces accords d'entreprise -, celles-là sont de bonnes élèves. Nous ce qu'on cherche à faire, la puissance publique, c'est inciter les partenaires sociaux à faire en sorte que toutes les entreprises rentrent dans ces accords d'entreprise pour permettre qu'il y ait plus d'embauches de personnes handicapées. Au-delà de ça, dans le nombre de personnes handicapées qui sont au chômage, il y a un nombre considérable de personnes qui sont en inaptitude, qui ont été déclarées inaptes alors qu'elles étaient en emploi, et qui du coup se retrouvent sans emploi. Comment faire pour remédier à cela ? C'est la raison pour laquelle nous avons crée le compte pénibilité, parce qu'il y a la réalité quand même. La réalité, c'est qu'il y a beaucoup de métiers qui sont plus pénibles que d'autres, parce qu'on porte des charges lourdes pour toute une série de choses, et les gens finissent par avoir mal au dos passé cinquante ans, et ne peuvent plus exercer leur métier. Le compte pénibilité sert à cela. Il n'est pas efficace tout de suite mais il faut avoir une vision sur le long terme.

YVES CALVI
Réaction de Véronique BUSTREEL.

- Intervention de Véronique BUSTREEL

YVES CALVI
Ce débat est lancé ce matin sur RTL. Merci Ségolène NEUVILLE, merci Véronique BUSTREEL. Vous continuez de réagir si vous êtes concerné, si vous êtes chef d'entreprise ou vous-même victime d'un handicap. On attend vos réactions au 32 10 et nous continuerons d'en débattre aujourd'hui sur l'antenne de notre radio. Bonne journée à toutes les deux, merci.

SÉGOLÈNE NEUVILLE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 novembre 2016

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