Interview de Mme Audrey Azoulay, ministre de la culture et de la communication à France-Inter le 15 novembre 2016, sur le conflit du travail à I-Télé et le climat politique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Audrey Azoulay, ministre de la culture et de la communication à France-Inter le 15 novembre 2016, sur le conflit du travail à I-Télé et le climat politique.

Personnalité, fonction : AZOULAY Audrey, SALAME Léa.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication;

ti :


PATRICK COHEN
La ministre de la Culture et de la Communication est votre invitée, Léa SALAME.

LÉA SALAME
Bonjour Audrey AZOULAY.

AUDREY AZOULAY
Bonjour Léa SALAME.

LÉA SALAME
Merci d'être avec nous ce matin. Vous seriez journaliste aujourd'hui à iTélé », vous feriez grève ?

AUDREY AZOULAY
Je pense que le combat qui est mené, celui pour l'indépendance de la Rédaction, ne concerne d'ailleurs pas seulement les journalistes, ce n'est pas un combat catégoriel, ça concerne l'information qui est donnée au public, qui a droit à une information indépendante, loyale, et c'est d'ailleurs l'objet d'un texte de loi que j'ai soutenu, qui va être promulgué aujourd'hui même au Journal Officiel.

LÉA SALAME
Le texte de Patrick BLOCHE notamment, donc vous feriez grève si vous étiez journaliste. C'est la grève la plus longue depuis mai 68 dans l'audiovisuel, 30ème jour de grève, c'est même plus long depuis ce matin que la grève de Radio France il y a deux ans. Vous avez reçu la Direction hier, les salariés la semaine dernière. On en est où, comment on sort de cette crise ?

AUDREY AZOULAY
On les a reçus d'ailleurs depuis plus longtemps que ça, dès le début du conflit, en laissant le temps au dialogue. Chacun en son endroit a essayé de jouer son rôle, moi-même, la ministre Myriam El KHOMRI pour les aspects sociaux du conflit, et puis le CSA qui a un rôle important à jouer, parce qu'iTélé exerce son rôle, dans le cas d'une convention qui est donnée par le CSA, on ne peut pas faire n'importe quoi avec son antenne. Et là, le conflit...

LÉA SALAME
Il faut qu'iTélé reste une chaine d'info, pour être clair, notamment.

AUDREY AZOULAY
Ah, c'est pour ça qu'elle a eu une fréquence, et cette convention doit être scrupuleusement respectée, le CSA y veille et est déjà intervenu assez fortement dans des mises en demeure.

LÉA SALAME
On en est où, là ? On en est où ? 30 jours de grève, qu'est-ce qu'on fait quand on...

AUDREY AZOULAY
D'abord, un conflit beaucoup trop long, vraiment beaucoup trop long. Ce record que vous évoquez, c'est quand même un triste record, la plus longue grève audiovisuelle publique et privée depuis la fin de l'ORTF, ce record est battu aujourd'hui. On en est, alors hier, il y a des discussions qui ont duré plus de 8 heures, suite au rendez-vous que nous avons eu avec Myriam El KHOMRI, la Direction d'iTélé et de VIVENDI, qui est l'actionnaire de référence. Il y a une réunion qui a duré plus de 8 heures. Ils discutent à la fois sur deux sujets, celui dont je vous parlais, qui me préoccupe, qui est celui de l'indépendance, et des garanties qui sont données à la Rédaction, pour son indépendance.

LÉA SALAME
C'est-à-dire, ils veulent une charte – pour faire clair – les salariés veulent une charte, ça c'est un sujet.

AUDREY AZOULAY
Voilà, pour... Un peu plus que ça. Un peu plus que ça. Pour aller au fond de ce sujet-là, enfin, il y a le sujet de l'indépendance, et il y a le sujet social, je dirais, puisqu'il y a aussi des ruptures conventionnelles qui sont proposées et donc, il y a des négociations sociales qui peuvent exister, comme dans tout conflit. Mais la spécificité, parce que je l'ai d'ailleurs entendu à cette antenne, pour moi, une entreprise de médias, contrairement à ce qui a été dit par d'autres responsables politiques de l'opposition, ce n'est pas une entreprise comme une autre, donc le sujet, moi, qui m'intéresse, c'est celui de l'indépendance, et pour là, il y a trois choses qui sont demandées par les équipes : une charte, une charte d'éthique, et ce sera rendu obligatoire par la loi, un comité d'indépendance, là aussi ce sera une obligation faite par la loi, et la troisième chose, avoir un interlocuteur spécifique pour la Rédaction, un patron de la Rédaction. Il me semble que ce ne sont pas des revendications extravagantes.

LÉA SALAME
On en est où sur ça ? Notamment sur le fait que, à l'heure actuelle...

AUDREY AZOULAY
C'est encore en discussions.

LÉA SALAME
... c'est la même personne qui est directeur général d'iTélé et qui est directeur de la Rédaction.

AUDREY AZOULAY
Justement, c'est encore en discussions. Hier, la Direction nous a promis, à Myriam El KHOMRI et à moi-même, faire des propositions constructives sur le sujet, nous attendons ces actes, et manifestement, les propositions qui ont été faites hier n'ont pas suffit à conclure, en revanche elles ont permis, je crois, d'avoir des discussions plus approfondies qu'auparavant.

LÉA SALAME
Mais, Audrey AZOULAY, face à Vincent BOLLORE qui dit « c'est mon argent, je suis l'actionnaire, je fais ce que je veux chez moi », vous avez quoi à répondre à ça ? Il a raison ?

AUDREY AZOULAY
C'est ce que je vous disais, on n'est pas dans une entreprise...

LÉA SALAME
Il fait ce qu'il veut ?

AUDREY AZOULAY
... comme une autre.

LÉA SALAME
Ah.

AUDREY AZOULAY
On a une réglementation pour ça, je vous le disais, le rôle du CSA, on a une loi que nous venons de renforcer, d'ailleurs c'est quand même intéressant, parce que quand cette loi a été proposée, une proposition de loi de Patrick BLOCHE, j'ai entendu des voix à droite pour dire « mais de quoi vous mêlez-vous, vous allez trop loin, cette loi n'est pas nécessaire », mais on voit qu'elle est justement nécessaire.

LÉA SALAME
D'accord, mais les sanctions du CSA sont symboliques, c'est très bien...

AUDREY AZOULAY
Non, elles ne sont pas symboliques, elles sont fortes, et puis les obligations législatives qui vont exister, elles sont importantes. Maintenant, justement, cette charte, ou ce comité d'éthique, qui n'existaient pas ou qui étaient moribonds, vont être rendus obligatoires. Ce qu'on demande, ce que demandent les salariés, c'est que cette obligation soit maintenant mise en oeuvre.

LÉA SALAME
Jean-Marc MORANDINI mis en examen pour corruption de mineurs aggravée, a-t-il sa place sur iTélé, selon vous ?

AUDREY AZOULAY
Moi, je ne me prononce pas là-dessus. Sur qui doit être, quel animateur à l'antenne, etc., je comprends que ça préoccupe les équipes d'iTélé et elles sont...

LÉA SALAME
Vous, ça vous préoccupe comme ministre de la Communication ?

AUDREY AZOULAY
J'ai un avis personnel là-dessus, mais ce n'est pas à moi...

LÉA SALAME
Qui est ?

AUDREY AZOULAY
Ce n'est pas à moi en tant que ministre, et c'est pour ça que vous m'interrogez, ce n'est pas à moi de donner, je pense, mon avis là-dessus.

LÉA SALAME
Vous aviez quand même parlé, vous, Madame la Ministre, de trumpisation de l'information.

AUDREY AZOULAY
Absolument. Ce que je visais et que je vise toujours, c'est une dérive en réalité, c'est de séparer l'information du reste, de le mélanger à des programmes autres, qui ont par ailleurs leur légitimité, mais on ne mélange pas l'information avec le spectacle.

LÉA SALAME
Aujourd'hui, Donald TRUMP est président des Etats-Unis...

AUDREY AZOULAY
Absolument.

LÉA SALAME
Peut-être que l'expression est un peu maladroite, je ne sais pas.

AUDREY AZOULAY
Non, pas du tout, je la revendique tout à fait.

LÉA SALAME
Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET est la seule à droite à soutenir les salariés d'iTélé, elle dit : « Les autres se taisent pour ne pas se mettre à dos BOLLORE ». Pourquoi il fait si peur, Vincent BOLLORE ?

AUDREY AZOULAY
Eh bien il faut le demander à ceux qui se taisent, mais, pour moi, c'est l'actionnaire de référence, je l'avais reçu d'ailleurs tout au début quand j'ai pris mes fonctions, sur les sujets de création audiovisuelle et cinématographique. Voilà.

LÉA SALAME
Il vous avait rassuré sur le cinéma ?

AUDREY AZOULAY
Disons que j'avais plutôt dit quelles étaient nos attentes et nos exigences.

LÉA SALAME
Et aujourd'hui vous êtes rassuré ?

AUDREY AZOULAY
Et aujourd'hui je reste vigilante.

LÉA SALAME
Vous trouvez ça normal que des milliardaires se partagent la Presse aujourd'hui, qu'ils s'achètent des journaux, BOLLORE, PIGASSE, NIEL, BERGE, DRAHI, Bernard ARNAULT, chacun son média, chacun sa danseuse, c'est normal ça ?

AUDREY AZOULAY
Mais c'est justement pour ça que cette loi qui sort aujourd'hui, qui est promulguée aujourd'hui, est importante, parce que le principe de cette loi, qu'est-ce que c'est ? C'est de protéger l'information de l'intérêt des annonceurs ou de l'intérêt des actionnaires. Donc, les actionnaires vous l'avez dit aujourd'hui, il y a des grands groupes qui ont d'ailleurs des intérêts très diversifiés, ce qui compte pour protéger la déontologie, pour protéger l'information, c'est justement cette séparation claire entre l'intérêt des actionnaires et l'information.

LÉA SALAME
Audrey AZOULAY, un mot ou deux sur vous. Vous êtes une nouvelle venue en politique, on apprend ce matin en Une de l'Opinion, que vous renoncez à être candidate aux législatives en juin prochain à Paris. Est-ce que vous confirmez, d'abord ?

AUDREY AZOULAY
D'abord, première chose, je fais de la politique tous les jours, donc je lis des choses qui ne me vont pas de ce point dans la Presse de ce matin. Ce que dit la Presse est exact au sens où je ne suis pas candidate aux législatives, mais je n'ai jamais dit que je le serais.

LÉA SALAME
Vous avez dit...

AUDREY AZOULAY
J'ai lu beaucoup de chose... J'ai dit que je m'engagerai...

LÉA SALAME
Vous avez dit sur RTL : « En écoutant le discours de François HOLLANDE, salle Wagram, ça me donne envie ».

AUDREY AZOULAY
De m'engager.

LÉA SALAME
Ah, pas d'être candidate à Paris.

AUDREY AZOULAY
Oui. Et d'ailleurs, la question m'a été posée. Après, dans les choses que je dis il y a aussi une chose qu'il faut dire, c'est un message qu'il faut entendre, je pense que la politique qui n'est vécue que des questions d'apparatchiks ou de parachutés, ou de fief local, mais tout ça les Français n'en peuvent plus. Je pense qu'il y a un besoin de renouvellement...

LÉA SALAME
Oui, vous dites ça, parce que, en l'occurrence, il semblerait d'Anne HIDALGO ait dit : « Je ne veux pas d'Audrey AZOULAY à Paris, je ne veux pas d'un parachutage présidentiel ».

AUDREY AZOULAY
Je ne sais pas si elle a dit ça. En l'espèce, il n'y a pas de matière à se prononcer là-dessus, elle l'a dit pour...

LÉA SALAME
Donc vous n'êtes pas, vous ne serez pas candidate aux législatives.

AUDREY AZOULAY
Non, et je n'ai jamais dit que je le serai. En revanche, je fais de la politique tous les jours et je reste engagée.

LÉA SALAME
Vous connaissez bien Emmanuel MACRON, vous l'avez côtoyé quand il était à l'Elysée, il a...

AUDREY AZOULAY
Très peu, non, nous n'étions pas ensemble en fonctions.

LÉA SALAME
Vous ne le connaissez pas ?

AUDREY AZOULAY
Très peu. Au gouvernement.

LÉA SALAME
Il devrait présenter sa candidature dans les prochains jours, que François HOLLANDE y aille ou pas, ça s'appelle de la déloyauté ?

AUDREY AZOULAY
Je préfère ne pas commenter encore ce qui n'est pas annoncé. En revanche, ce que je sais, c'est que je pense, je l'ai d'ailleurs déjà dit, je pense que c'est quelqu'un qui a beaucoup de talent, qui a d'ailleurs aussi pour lui le mérite d'être nouveau et qu'il y a une demande très forte de nouveauté. S'il fait de la politique aujourd'hui, c'est aussi parce qu'il a été nommé, comme moi-même j'ai eu la chance d'être nommée, novice en politique, comme vous le dites, par le président de la République. Je crois qu'on a besoin aussi, en politique comme ailleurs, je dirais, dans notre société, d'un peu de loyauté et aussi de cohérence, surtout dans le monde actuel.

LÉA SALAME
Ça s'appelle de la déloyauté d'y aller, contre François HOLLANDE ?

AUDREY AZOULAY
On verra ce qu'il fait. Écoutez, pour l'instant, on est dans la politique fiction puisque pour l'instant, ni l'un, ni l'autre, ne sont candidats.

LÉA SALAME
François HOLLANDE est-il toujours le candidat naturel pour la gauche, pour vous ?

AUDREY AZOULAY
Moi, je souhaite qu'il soit candidat en tout cas. Je l'ai déjà dit et je le redis.

LÉA SALAME
S'il ne l'était pas, Manuel VALLS est-il candidat naturel à se succession ?

AUDREY AZOULAY
Et là aussi pour moi c'est de la politique fiction, on verra.

LÉA SALAME
Mais vous dites que vous êtes engagée, donc vous avez un avis.

AUDREY AZOULAY
J'ai un avis, mais on est dans la politique fiction, il faut aussi commenter ce qui se passe en ce moment.

LÉA SALAME
Merci beaucoup, Audrey AZOULAY, d'avoir été avec nous ce matin.

AUDREY AZOULAY
Merci à vous. Avec plaisir.

LÉA SALAME
Très belle journée.

AUDREY AZOULAY
Merci à vous.

PATRICK COHEN
Merci Léa SALAME et sur iTélé, émission spéciale tout à l'heure dans « L'instant M », Sonia DEVILLERS recevra Antoine GENTON, le président de la société des journalistes d'iTélé et Jean-Jérôme BERTOLUS.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 novembre 2016

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