Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RTL le 17 novembre 2016, sur la pré-campagne pour l'élection présidentielle et la déclaration de candidature de M. Emmanuel Macron. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RTL le 17 novembre 2016, sur la pré-campagne pour l'élection présidentielle et la déclaration de candidature de M. Emmanuel Macron.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : YVES CALVI
Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez ce matin le secrétaire d'Etat des Relations au Parlement, Jean-Marie LE GUEN.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci d'être avec nous dans ce studio. Avant de parler de votre ancien collègue MACRON, qui est candidat à la République depuis presque 24 heures, un petit mot de cette rose bleue qui est apparue hier dans le paysage politique, et qui est le nouvel emblème sur les affiches de Marine LE PEN. C'est un hold-up de prendre cette rose, pour porter la candidature à la République du Front national ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, je crois que c'est assez... enfin, moi, la manière dont je le ressens, elle fait référence effectivement à 1981 quelque part, c'est-à-dire un profond bouleversement qui s'était passé à ce moment-là. Donc il y a cette volonté. Cela nous dit deux choses. La première c'est qu'il y a un vrai danger, je pense qu'elle est vraiment sur l'idée d'une prise de pouvoir, et donc après le Brexit, après TRUMP, après beaucoup de choses, il serait temps que tous ceux qui ne sont pas d'accord avec ce que propose potentiellement le Front national, en prennent conscience, du danger, et ça veut dire aussi autre chose, c'est-à-dire une espèce, en permanence dans le Front national il y a une falsification, c'est-à-dire qu'il s'habille, en l'occurrence là, d'un symbole, qui n'est pas son histoire, qui n'est pas sa tradition. Et donc voilà, j'attire l'attention de vos auditeurs...

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous diriez qu'elle a...

JEAN-MARIE LE GUEN
... avec deux idées. Premièrement, il y a un danger, et deuxièmement il y a une falsification.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et elle a un culot monstre, de prendre encore une fois...

JEAN-MARIE LE GUEN
Elle n'en manque pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle n'en manque pas, mais vous n'est pas choqué ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, si je devais être choqué par le Front national, je le serais d'abord par ce qu'il ferait à ce pays si par hasard et par malheur il était aux responsabilités.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais c'est une façon de...

JEAN-MARIE LE GUEN
Et surtout à ceux qui croient qu'ils peuvent lui faire confiance.

ELIZABETH MARTICHOUX
Tentative de gommer, quand même, les clivages, puisqu'elle dit qu'à la fois c'est la rose du Parti socialiste et le bleu qui est la couleur emblématique des Républicains, c'est-à-dire l'ancien UMP.

JEAN-MARIE LE GUEN
Là aussi il y a plusieurs choses, c'est encore une fois une falsification, elle est ce qu'elle est, c'est-à-dire un parti extrémiste qui propose des mesures extrémistes, quoi pousserait ce pays dans des conflits dont ils ne finiraient pas, à la fois en son sein et avec ses voisins et son environnement, et puis en même temps, si vous voulez, elle correspond à une aspiration du moment qui est réelle, c'est-à-dire que ce dépassement de la gauche et de la droite, c'est une réalité, le problème c'est de savoir dans quel cadre on construit ce dépassement. Il y a une aspiration à ce dépassement. Je pense d'ailleurs que la gauche doit porter ce dépassement, mais pas dans l'illusion, pas dans la falsification.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, de façon subliminale, vous nous parlez aussi là, évidemment, d'Emmanuel MACRON, qui tente ce dépassement de la gauche et de la droite. L'ancien ministre est candidat à la présidence de la République, on le disait, depuis hier. C'est irrévocable a-t-il dit hier soir sur France 2. C'est un effet de manche ou selon vous, il peut quand même, par exemple, face à la candidature de François HOLLANDE, éventuelle, encore changer d'avis ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Si c'est vis-à-vis de... Si vous me demandez des pronostics, vis-à-vis de la candidature de François HOLLANDE, je pense qu'il a déclenché, de façon un peu plus rapide que prévu, si j'ai bien compris, sa candidature, même si ce n'est pas une surprise, elle était inscrite dans sa démission du mois de septembre, mais je pense que vis-à-vis...

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, je vous demande si c'est irrévocable.

JEAN-MARIE LE GUEN
Vis-à-vis de la candidature de François HOLLANDE, je ne crois pas qu'il est prêt à se retirer. Maintenant, est-ce qu'elle est irrévocable, la vie politique est pleine de déclarations d'irrévocabilité, donc, si vous voulez...

ELIZABETH MARTICHOUX
On se rappelle d'un irréversible il y a quelques années.

JEAN-MARIE LE GUEN
Voilà, donc, je vous laisse le commentaire...

ELIZABETH MARTICHOUX
Chez les écologistes.

JEAN-MARIE LE GUEN
... ante rétrospectif, si j'ose dire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, donc on n'est pas engagé par ce type de promesse en politique, et Emmanuel MACRON, à votre avis, ne va pas forcément aller jusqu'au bout, ne pourra pas aller jusqu'au bout ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je crois que sa candidature, là, est celle d'un moment, celle d'une illusion, qui est que l'on peut faire le dépassement de la gauche et de la droite dont je parlais tout à l'heure, mais en faisant abstraction de la gauche et de la droite. Je ne crois pas que ça soit possible. Mais c'est une vieille illusion de l'élection présidentielle française. A chaque élection présidentielle, devant l'obstacle, avant l'obstacle, quand il n'y a pas encore l'offre politique de la droite l'offre politique de la gauche et ce qui est nouveau aujourd'hui, l'offre politique de l'extrême droite, eh bien il y a toujours la tentation d'aller chercher ailleurs...

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce que vous nous dites, c'est que tant qu'on n'a pas l'affiche, de toute façon, tout cela peut encore bouger. Mais revenons sur MACRON, 38 ans, vierge en politique, il y a encore quelques années, pas de structure traditionnelle derrière lui ; il est quoi, téméraire, courageux, présomptueux, inconscient ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je pense que c'est une illusion, je reprends le mot d'illusion.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un hologramme, avait dit François BAYROU.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, c'est assez juste...

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un peu la même image.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, c'est vrai, c'est un peu juste. Je crois, moi, à l'idée encore une fois qu'on doit faire bouger les camps tels qu'ils existent. Je crois, je vous l'ai dit, à l'idée du dépassement. Mais je crois que l'on doit emmener...

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais qu'est-ce qui vous gêne dans sa démarche ? Qu'est-ce qui vous gêne dans le fond ? Vous dites : « c'est une illusion ». Pourquoi ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Il ne me gêne pas, je n'y crois pas. Je la pense ambigüe.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est le candidat des médias...

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est le candidat des bobos parisien, il ne vous ringardise pas du tout Emmanuel MACRON ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais non. Moi je l'ai longtemps soutenu dans sa démarche à l'intérieur de la gauche et à l'intérieur du gouvernement, donc je n'ai pas de problème avec ce qu'il peut représenter en termes de sensibilité, même si je pense que... Mais aujourd'hui il essaie de gommer lui aussi son identité, qui est celle, une identité du centre gauche, pour dire les choses comme elles sont.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il a dit : « Je suis de gauche ».

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien voilà, alors c'est aussi bien comme ça, mais je pense qu'il représente une identité de centre gauche que je crois fertile, quand elle est au service de la gauche entière. Quand elle se sépare de la gauche, elle est isolée, elle est marginale et elle n'est pas productive. Donc c'est pour ça que sa démarche me parait une démarche qui n'a pas de raison d'être...

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais si vous permettez, Jean-Marie LE GUEN, comme disait Jacques CHIRAC « on comptera les bouses à la fin de la foire ». Vous dites « elle n'est pas pour l'instant...

JEAN-MARIE LE GUEN
Je peux me permettre de reprendre cette formule.

ELIZABETH MARTICHOUX
Exactement, donc vous dites « elle n'est pas productive...

JEAN-MARIE LE GUEN
Très macronnienne.

ELIZABETH MARTICHOUX
... on verra dans quelques mois s'il va jusqu'au bout ». MACRON président, pour vous, ça n'est pas une option, c'est impossible.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, c'est...

ELIZABETH MARTICHOUX
Ah ben...

JEAN-MARIE LE GUEN
MACRON c'est un peu « California dream », si vous voulez, c'est--dire tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, on a un avenir comme ça. Je crois que ça ne correspond en rien à l'offre, à la situation de notre pays, même s'il apporte des idées, d'ailleurs très peu, honnêtement, mais enfin, si sa posture a quelque chose d'un petit peu rafraichissant par ailleurs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais disant cela, est-ce que vous ne protégez pas tout simplement votre pré carré, ce système contre lequel Emmanuel MACRON prétend, c'est lui, il a eu cette phrase hier matin : « J'ai vu de l'intérieur la vacuité de notre système politique qui poursuit son propre intérêt ». Vous avez vu l'état dans lequel sont les partis politiques aujourd'hui ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui. Eh bien les partis politiques qui sont dans un état, rendez-moi grâce, je les ai plutôt dénoncés, mais au moins ils ont eu le courage à droite et à gauche d'organiser des primaires, c'est-à-dire que ce n'est pas des démarches individuelles. Depuis quand l'auto-proclamation a une valeur plus démocratique, n'est-ce pas, que la construction collective et à savoir le fait qu'il y a des millions de Français qui vont aller voter à des primaires. Donc, quand lui-même s'abstrait de cette primaire, il est sur une position...

ELIZABETH MARTICHOUX
Il l'a dit : « Je ne vais pas à la primaire, je ne suis pas socialiste », ce n'est pas une bonne raison ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non mais, il est du centre gauche, quoi qu'il le dise lui-même.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas une bonne raison ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, ce n'est pas une bonne raison. Il n'y aura pas que des socialistes dans cette primaire, il y aura ce qu'est la gauche, de responsabilité et de gouvernement, et son rôle et sa place est là-dedans. En s'en abstrayant, il est dans une aventure individuelle et un parcours sans issue.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il ruine les chances de la gauche ? C'est ça, derrière votre inquiétude.

JEAN-MARIE LE GUEN
Il le ferait, s'il devait se maintenir jusqu'à terme, mais je n'y crois pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous n'y croyez pas du tout. Mais il va s'arrêter quand alors ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Il s'arrêtera quand il constatera l'impasse dans laquelle il s'est mise.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est-à-dire ? Vous voyez ça à quoi, janvier/février ? Il ne peut pas...

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, vous savez, l'élection présidentielle, cette fois-ci, je pense, elle se jouera très tardivement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas l'échec de François HOLLANDE qui a enfanté Emmanuel MACRON candidat ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je pense simplement que nous sommes dans une période au milieu des difficultés et avec nos propres responsabilités.

ELIZABETH MARTICHOUX
On ne peut pas dire que votre « non », ait été extrêmement massif. Vous reconnaissez qu'il y a une colère qui ... en France.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non mais attendez, je vais terminer, je dis simplement que... si vous voulez me faire dire que la gauche de gouvernement est en difficultés, elle l'est. Si elle a plutôt... Si vous voulez, on a eu les frondeurs, on a un frondeur de centre gauche. On avait les frondeurs de la gauche contestataire, on a un frondeur. Voilà. On est dans cette situation-là, elle nous affaiblit, mais j'espère que nous allons nous reprendre, devant la gravité de la situation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Avec qui, avec François HOLLANDE ou avec Manuel VALLS ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Écoutez, cette question, vous le savez, le président de la République a son agenda, il a dit qu'il donnerait sa décision de candidature ou de non candidature début décembre et je pense qu'il faut respecter...

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous souhaitez qu'il soit candidat ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Respecter les gens.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que c'est lui qui est le mieux pour rassembler la gauche, pour faire un peu, enfin, tenter de faire gagner la gauche ou est-ce que Manuel VALLS a la stature, l'énergie, la légitimité de le faire à sa place ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que, une fois que François HOLLANDE aura pris sa décision, nous verrons, mais vous avez raison de dire que je pense que Manuel VALLS a le parcours, a l'identité, a la force, a les propositions, je pense qu'on pourrait aussi parler de ce qu'il a dit hier, sur cette Nation éducative, c'est-à-dire le coeur de son projet de société, il a une vision pour le XXIème siècle...

ELIZABETH MARTICHOUX
Il le souhaite, lui, il souhaiterait être candidat, pour 2017 ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non je ne crois pas, absolument... Il est... Manuel VALLS est un homme de fiabilité, et de responsabilité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous aimeriez, vous, qu'il le soit. C'est ce qu'on entend, qu'on croit comprendre.

JEAN-MARIE LE GUEN
Moi, je veux que la gauche soit capable d'être au second tour de l'élection présidentielle, et surtout de l'emporter face à Marine LE PEN.

ELIZABETH MARTICHOUX
En tout cas vous ne dites pas que François HOLLANDE doit lui céder la place, ou vous aimeriez qu'il lui cède la place.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, je ne suis pas dans ce rapport avec le président de la République.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un tout petit mot avant qu'on se quitte, un tout petit mot sur le méga-fichier controversé TES. Il y a eu un débat assez rapide, il y a des sénateurs de droite et de gauche hier qui demandent à ce qu'on suspende le décret, le temps que les différents organismes se prononcent sur la pertinence à l'égalité....

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, c'est très particulier du Sénat, qui aime bien d'ailleurs critiquer tous les fameux organismes en question et qui tout d'un coup ne prend pas ses responsabilités. Que le Sénat, que les assemblées prennent leurs responsabilités, en l'occurrence ça serait plus simple. Franchement il faut maintenant arrêter de faire des polémiques qui n'ont pas lieu d'être. Bernard CAZENEUVE a donné toutes les garanties, on est dans un pays très calme, tout va bien.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez déposé plainte pour diffamation contre le livre de CHESNOT et MALBRUNO...

JEAN-MARIE LE GUEN
Je vous le confirme ! Il y a longtemps déjà.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous n'avez pas de nouvelle ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ah ben la diffamation, vous savez, c'est... il y en a pour quelques mois, malheureusement. J'aimerais mieux que ça aille un peu plus vite.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci d'avoir été dans notre studio ce matin. Jean-Marie LE GUEN, sur RTL.

JEAN-MARIE LE GUEN
« La candidature d'Emmanuel MACRON est celle d'un moment et d'une illusion », vient de nous dire le secrétaire d'État des Relations avec le Parlement. L'entretien est à retrouver sur le site RTL.fr.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 novembre 2016

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