Interview de Mme Laurence Rossignol, ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes à RTL le 22 novembre 2016, sur les propositions de François Fillon sur la politique de la famille et les droits des femmes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Laurence Rossignol, ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes à RTL le 22 novembre 2016, sur les propositions de François Fillon sur la politique de la famille et les droits des femmes.

Personnalité, fonction : ROSSIGNOL Laurence, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes;

ti :


YVES CALVI
Elizabeth MARTICHOUX, vous recevez ce matin Laurence ROSSIGNOL, ministre des Familles, de l'Enfance et du Droit de femmes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Laurence ROSSIGNOL.

LAURENCE ROSSIGNOL
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci d'être avec nous dans ce studio ce matin. Vous avez voté dimanche à la primaire de la droite et du centre ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Non, je n'ai pas voté. C'est une primaire qui concerne d'abord la droite, je pense que ça n'aurait pas été fairplay de la part d'une socialiste, ministre, que d'aller voter à la primaire de la droite. Je serais...

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez compris les 600 000 électeurs de gauche, dimanche, qui sont allés aux urnes ? Vous les comprenez ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, eh bien ils l'ont dit, ils se sont exprimés, ils sont allés voter parce qu'ils ne voulaient pas de Nicolas SARKOZY...

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour faire barrage.

LAURENCE ROSSIGNOL
On va voir dimanche prochain, d'ailleurs, s'ils sont retournés pour faire barrage à François FILLON. Et puis effectivement quelque chose qui est en train de changer dans la vie politique française avec ces primaires, et qui est intéressant à observer. Je trouve que c'est un beau mouvement démocratique qu'on a eu dimanche dernier, j'espère le même pour la primaire de la gauche en janvier.

ELIZABETH MARTICHOUX
Autrement dit, vous ne seriez pas choquée que la droite aille massivement voter en janvier à la primaire de la gauche.

LAURENCE ROSSIGNOL
Si je serais choquée...

ELIZABETH MARTICHOUX
Ah bon...

LAURENCE ROSSIGNOL
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je n'y suis pas allée, c'est ce que je vous disais il y a un instant, je trouve que...

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, mais vous disiez « je suis ministre et socialiste donc je n'y vais pas », mais finalement c'est un bel exercice démocratique, et s'il y a 600 000 votants à gauche, eh bien...

LAURENCE ROSSIGNOL
Je pense qu'on ne peut pas réduire la primaire de la droite aux électeurs de gauche qui sont venus. Indépendamment des électeurs de gauche, il y a eu une belle participation à droite, et d'ailleurs, de cette primaire de la droite, avec beaucoup d'électeurs de droite, est sorti en tête un candidat de droite, ce qui n'est somme toute pas si surprenant.

ELIZABETH MARTICHOUX
En tout cas, mission accomplie, si le but pour la gauche était de faire éliminer Nicolas SARKOZY, se faisant c'est maintenant François FILLON qui est le favori. Et depuis hier c'est haro sur François FILLON, l'ultraconservateur, l'ultralibéral. Alain JUPPE, François FILLON, ce ne sont pas les mêmes ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Écoutez, j'observe que les sujets que moi je porte, les droits de femmes, l'égalité, la conception de la famille, aujourd'hui, sont devenus dans les dernières semaines de la primaire de la droite, des sujets centraux. Alors, deux remarques. La première c'est que je suis assez satisfaite en fait de voir qu'une partie de la droite aujourd'hui, celle qui est derrière Alain JUPPE, combat François FILLON en s'appuyant sur les réformes que la gauche a portées, que ce soit le mariage pour tous ou globalement toutes les grandes réformes de société. J'observe que des féministes de droite, que je connais, sont quand même plutôt derrière JUPPE que derrière François FILLON, et que François FILLON est le candidat, effectivement, qui prolonge la Manif pour tous. Et donc, il y a un clivage, incontestablement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a un clivage. Alain JUPPE dit : « Moi je suis le moderne, lui il est le réac ». Vous validez ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Moi je dis, sur les sujets de société, les modernes, c'est la gauche. D'abord, ils sont, ils discutent de nos réformes qu'ils ont tous combattues d'ailleurs au moment où nous les avons faites. Mais c'est vrai que le plus réac est incontestablement François FILLON sur ces sujets-là et c'est aussi le plus libéral et le plus offensif contre les acquis sociaux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Quand Jean-Christophe CAMBADELIS affirme que François FILLON, je cite, « c'est une droite ultra, une droite passerelle avec le FN, sur le terrain de l'identité, de la conception de la famille ». Mais qu'est-ce qu'il veut dire ? François FILLON a le même programme que le Front national sur la famille ? Il va loin, « est une droite passerelle avec le FN ».

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, on voit bien qu'il y a entre, au moins Marion MARECHAL LE PEN, et une partie des soutiens des François FILLON, des proximités, des porosités sur les questions de la famille...

ELIZABETH MARTICHOUX
Lesquelles ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Conception très traditionnelle de la famille, François FILLON veut revenir sur l'adoption par les couples homosexuels, il tolère...

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, il ne veut pas abroger par exemple la loi Taubira, contrairement au FN.

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, mais François FILLON est probablement davantage en situation d'avoir une majorité parlementaire que le FN, donc ses engagements, il est plus tenu au devoir de responsabilité, très certainement, et il a surtout compris que dans la société, les Français ne veulent pas qu'on revienne sur la loi sur le mariage pour tous, d'abord parce que cette loi est une bonne loi, et ensuite parce qu'ils ne veulent pas rouvrir un débat autour de ce sujet. Donc, François FILLON a aussi un peu de sens politique, probablement, et il évite de n'être que le candidat des franges les plus réactionnaires et les plus conservatrices.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, ce qui fonde votre « accusation », c'est le fait qu'il est hostile à l'adoption plénière qui autorise deux homosexuels à être parents à part entière. C'est essentiellement ça ou il y a d'autres ambigüités ou d'autres éléments de son programme qui vous semblent dangereux ?

LAURENCE ROSSIGNOL
C'est le seul par exemple qui propose de revenir sur la modulation des allocations familiales, cette réforme qui n'a touché que 9 % des familles...

ELIZABETH MARTICHOUX
Il est pour l'universalité.

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, mais l'universalité elle existe toujours, parce que toutes les familles continuent de percevoir des allocations familiales. Mais cette réforme, qui a touché les familles qui gagnent plus de 6 000 € par mois et qui touchent un peu moins d'allocations familiales aujourd'hui, effectivement, François FILLON est le seul candidat à droite qui propose de revenir dessus. Mais, globalement, moi...

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ça c'est quoi ? C'est de l'inégalité sociale ? Ça c'est quoi ? Parce que les familles sont très sensibles au fait qu'effectivement tout le monde... parce que toutes les familles, quelles qu'elles soient, quels soient leurs revenus, touchent la même somme, ça peut se défendre.

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui mais... Mais c'est le cas aujourd'hui, nous n'avons pas touché à ça, mais...

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas la même somme.

LAURENCE ROSSIGNOL
Pas la même somme, 9 % des familles, mais toutes les familles modestes, nombreuses, qui ont vu leurs allocations familiales augmenter, grâce aux économies que nous avons faites, et à la redistribution que nous avons rendue davantage opératoire avec la modulation, ces familles-là sont attachées à notre réforme. Ceci dit, un mot. Moi je ne peux pas distribuer des bons points et des mauvais points. Ce que je vous disais il y a un instant, les féministes sont plutôt derrière Alain JUPPE, et la semaine prochaine il va y avoir, à l'Assemblée nationale, une loi qui va être discutée sur l'extension du délit d'entrave, en matière d'information à l'IVG. Je souhaite que tous les modernes des Républicains votent cette proposition de loi, et s'ils peuvent dire dès aujourd'hui que contrairement à leurs collègues du Sénat, qui ont repoussé cette proposition, cet amendement, ils vont la voter à l'Assemblée nationale, ce serait un bon point pour incarner, matérialiser, témoigner, de cette modernité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le deuxième tour de la primaire sera passé, et cela dit ils auront leur candidat.

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, mais ils peuvent s'engager maintenant.

ELIZABETH MARTICHOUX
En ce qui concerne l'avortement, puisque vous en parlez, François FILLON a été clair récemment, il ne reviendra pas sur l'avortement, même si par convictions religieuses, il y est personnellement hostile, il n'y a pas d'ambiguïté sur cette position, vous ne lui faites pas de procès d'intention, comme d'autres, sur ce sujet-là.

LAURENCE ROSSIGNOL
Moi je préfère toujours m'en tenir à ceux qui disent qu'ils ne toucheront pas à la loi sur l'avortement, et c'est sur ces déclarations-là que je m'appuierai dans les mois et les années à venir, si c'est nécessaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il y a un risque de régression pour les droits des femmes avec François FILLON ou avec Alain JUPPE ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, sa conception de la famille n'est pas une conception de la famille qui est fondée sur une famille moderne, avec des femmes qui travaillent, sa politique familiale elle est bien davantage tournée vers les allocations que vers les modes de garde. Moi je crois qu'une politique familiale moderne c'est avant tout des crèches, des modes d'accueil, des moyens donnés aux familles pour que les deux membres d'un couple puissent travailler. Lui il est dans une conception probablement plus traditionnaliste, avec une politique familiale faite pour aider les familles, mais pas pour aider les mères à travailler tous les jours.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, vous, vous voulez aider très concrètement les femmes qui sont victimes de violences, notamment conjugales, vous présentez demain un nouveau plan, c'est le cinquième je crois en 15 ans, pour les aider. Il y a 122 axes, on ne va évidemment pas les détailler. Combien de femmes encore sont victimes de violences aujourd'hui ?

LAURENCE ROSSIGNOL
On pense qu'il y a 200 000 femmes qui subissent des coups chaque année encore, plus de 100 femmes, 120 l'année dernière, qui sont assassinées par leur conjoint ou leur ex-conjoint.

ELIZABETH MARTICHOUX
Une tous les trois jours meurt sous les coups de leur conjoint.

LAURENCE ROSSIGNOL
Voilà, une tous les trois jours sous les coups de leur compagnon ou de leur ex-conjoint. Et puis cette année, au 15 novembre, il y a déjà près de 100 femmes qui ont déjà été assassinées, des enfants qui sont victimes aussi de cette folie feutrière...

ELIZABETH MARTICHOUX
Par extension.

LAURENCE ROSSIGNOL
Par extension, ou qui sont... mais qui sont victimes directes, parce qu'il n'est pas rare que...

ELIZABETH MARTICHOUX
De coups, de violences.

LAURENCE ROSSIGNOL
De violences, d'assassinats, d'assassinats également. Et puis un enfant témoin des violences faites à sa mère est un enfant victime. Ce nouveau plan contre les violences faites aux femmes s'inscrit dans ce que j'ai déjà fait avec le plan contre le sexisme, mobiliser la société. Quand il y a 200 000 femmes victimes de violences, on en connait tous une, dans notre environnement professionnel, dans notre quartier, on ne la voit pas forcément. Première chose, mobiliser tout le monde, et l'intolérance sociale aux violences faites aux femmes, est déjà... a monté, mais elle doit continuer de monter, et ce plan c'est des moyens supplémentaires pour la mise à l'abri, des moyens supplémentaires pour aider les femmes à l'accès aux droits, on voit que les femmes portent peu plainte, ce n'est pas parce que le Code pénal n'est pas accueillant avec elles, c'est parce que...

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc les inciter à porter davantage plainte.

LAURENCE ROSSIGNOL
Les inviter à porter plainte, davantage, et puis aussi aller au-delà de ce qu'on appelle les violences conjugales, les violences de couples, et les violences dont les jeunes filles sont victimes, les violences dont les femmes handicapées sont victimes, qui sont spécifiques, les violences contre les enfants. Voilà. On a là... Demain je présenterai un plan, qui est un plan de mobilisation supplémentaire, avec des moyens nouveaux, et surtout la volonté de couvrir tout le territoire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et sur la prescription, par exemple les délais de prescription pour les jeunes filles qui sont mineurs, notamment, et victime de viols ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, on voit bien qu'il y a actuellement un sujet avec la prescription des viols commis sur les mineurs. J'ai décidé de proposer, et elle a accepté, à Flavie FLAMENT, de conduire une mission de consensus, elle sera accompagnée par un pénaliste, pour justement mettre en présence les positions, comprendre et faire avancer, un consensus sur l'allongement ou pas de la durée de prescription. C'est une victime, mais c'est une experte de ce sujet aujourd'hui également.

ELIZABETH MARTICHOUX
Flavie FLAMENT, que l'on connait bien sur RTL, et on parlera, on détaillera dans les 24 heures bien sûr, votre plan, avec 122 mesures pour aider les femmes victime de viols. Un mot de politique, Laurence ROSSIGNOL. Stéphane LE FOLL, dans Libération ce matin, dans une interview, est assez « ironique », avec Manuel VALLS, il dit qu'il a bien compris qu'il était disponible éventuellement pour être candidat à la présidentielle, mais qu'il faut respecter la fonction et le calendrier présidentiel. Il sous-entend que Manuel VALLS ne serait pas totalement loyal avec le président.

LAURENCE ROSSIGNOL
Je comprends que Stéphane LE FOLL soit inquiet dans la période, mais je crois que ce n'est pas juste de diriger son inquiétude à l'encontre du Premier ministre, de Manuel VALLS. Manuel VALLS est loyal, aussi bien à l'égard de la fonction qu'à l'égard de l'homme qui occupe la fonction. Aujourd'hui, Manuel VALLS est aussi loyal à l'égard de son camp ; dans une période où nous serons dimanche soir les seuls, non seulement à ne pas avoir de candidat mais à ne même pas être en primaire, je crois que Manuel VALLS a raison aussi de faire connaitre sa disponibilité, il est aussi loyal à son camp.

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà, la défense de Manuel VALLS par Laurence ROSSIGNOL, ce matin, sur RTL. Merci beaucoup d'avoir été notre invitée ce matin.

YVES CALVI
Et concernant les femmes victimes de violences, Laurence ROSSIGNOL confirme ce chiffre : 200 000 femmes victimes chaque année dans notre pays, une femme qui meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon, et elle nous rappelle que les enfants ne sont pas épargnés. Merci à toutes les deux. L'entretien et à retrouver bien entendu sur le site RTL.fr, et je rappelle Elizabeth que demain vous recevez Alain JUPPE et que vendredi ce sera le tour de François FILLON.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 novembre 2016

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