Déclaration de Mme Erika Bareigts, ministre des outre-mer, sur la défense des intérêts commerciaux et agricoles des régions ultrapériphériques (RUP) au sein de l'Union européenne, au Sénat le 22 novembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Erika Bareigts, ministre des outre-mer, sur la défense des intérêts commerciaux et agricoles des régions ultrapériphériques (RUP) au sein de l'Union européenne, au Sénat le 22 novembre 2016.

Personnalité, fonction : BAREIGTS Ericka.

FRANCE. Ministre des outre-mer

Circonstances : Débat au sujet d'une proposition de résolution européenne sur "l'inadaptation des normes agricoles et de la politique commerciale européenne aux spécificités des régions ultrapériphériques", au Sénat le 22 novembre 2016

ti : Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,


Cette intervention devant vous me permet de rappeler quelques vérités, quelques fondamentaux, exprimant les convictions qui m'animent, et exposant les combats du Gouvernement auquel j'appartiens.

J'ai eu l'occasion, quelques jours après ma prise de fonctions rue Oudinot, de les développer à Madère, devant les présidents des neuf Régions Ultra-périphériques (RUP) européennes. Il est important, aujourd'hui, de rappeler ces éléments de contexte.

A l'instar des départements et collectivités d'Outre-mer en France, les RUP souffrent, au sein d'une certaine Europe, d'un regard distinct, souvent paternaliste, parfois méprisant, toujours mal informé.

Force est de constater, hélas, que l'écart de richesse et de développement entre les RUP et l'Europe continentale ne s'est pas suffisamment résorbé. Il a même tendance à s'accroître à nouveau depuis 2008-2009.

Les dernières données d'EUROSTAT de Février dernier, présentant les PIB régionaux pour l'année 2014, montrent que, depuis la crise, le rattrapage de la moyenne communautaire en termes de PIB par habitant s'est interrompu en moyenne dans les RUP. Il est donc inexact de prétendre, comme je l'ai entendu dire ici ou là, que les RUP seraient des territoires « privilégiés ».

Ainsi, avec en moyenne 66 % du niveau de l'UE 28 en 2014, la moyenne des DOM français est inférieure à celle de la Hongrie et de la Pologne (68 %).
Le niveau de vie de La Réunion (70 % de la moyenne communautaire) est inférieur à celui de la Lituanie (75 %).
Et la deuxième région la plus pauvre d'Europe reste Mayotte, avec 31 % de la moyenne de l'UE.

Contrairement à certaines idées reçues, les RUP restent donc empreintes de précarité et de pauvreté, d'autant plus que les contraintes structurelles (éloignement, insularité), elles, demeurent…

Il est donc nécessaire, plus que jamais, de maintenir un niveau optimal de dépenses publiques en faveur de ces territoires : la puissance publique doit continuer à investir pour l'avenir des Outre-mer, et leur cohésion sociale.

Nous demandons donc la solidarité européenne, ni plus ni moins. Cette solidarité ne saurait être assimilée à de l'assistanat. Au contraire, elle doit nous permettre de prendre nos destins en main en valorisant nos atouts.

Dans cette optique, les RUP doivent être mieux connues et reconnues.

Car l'économie des RUP est, nolens volens, avant tout structurée par son appartenance à l'Union Européenne, sous réserve des adaptations et dérogations permises par les Traités à l'attention desdites collectivités en vertu de l'article 349 du Traité de Lisbonne. Or, cet article emblématique pour nous a été, fort opportunément, consolidé le 15 Décembre dernier par un important arrêt de la Cour de Justice de l'UE. Cet arrêt réaffirme clairement la possibilité d'adaptations du droit de l'UE en faveur des RUP dès lors qu'il s'agit de dispositions ou politiques spécifiques.

En effet, la Commission doit mieux prendre en compte les RUP dans ses politiques publiques. Tel est le sens que je retiens de son document de Juin 2012 et, surtout, de la lettre de Jean-Claude JUNCKER au Président de la République François HOLLANDE, le 2 Septembre 2015.

La Commission, en effet, ne manque pas une occasion de déclarer que les RUP font l'objet de toutes ses attentions. Et nous devons veiller, collectivement à ce que, sur le terrain, ces paroles soient bien suivies d'effets.

Tout se passe en effet comme si, après l'impulsion politique et le temps passant, la permanence et la spécificité de la situation des RUP, qui rappelons-le, souffrent de handicaps permanents, était oubliée, voire occultée…

Or, ces territoires possèdent des atouts formidables qui ne demandent qu'à être exploités grâce à des aides et des politiques appropriées. Encore faut-il leur en donner les moyens !

Et laisser les RUP se développer sans entraves !

Car il existe, s'agissant des Outre-mer, une suspicion permanente et tatillonne, particulièrement stigmatisante qui obère notre développement.

Deux points, à cet égard, m'interpellent tout particulièrement :

a- D'une part, je voudrais ainsi évoquer, juste en quelques mots, le dossier du RGEC.

Pour qu'il reste adapté aux caractéristiques des RUP, ce texte ne doit pas devenir un instrument de plafonnement des aides au fonctionnement dans nos régions, mais au contraire demeurer un instrument de soutien pour nos économies. L'image de l'Union européenne en dépend, et c'est la raison pour laquelle, nous avons demandé, et obtenu, certaines adaptations dans le cadre de ce qu'il est convenu d'appeler les « lettres de confort ». Preuve du pragmatisme de la Commission, l'existence de ces lettres de confort démontre également Mesdames et Messieurs, la nécessité absolue d'une adaptation réelle et profonde du droit communautaire aux réalités économiques ultramarines. Car sinon, tout simplement, cela ne fonctionne pas !

Certes, depuis près de deux ans, le dossier avance. A l'issue d'intenses débats techniques et après l'intervention personnelle du Président HOLLANDE en Septembre dernier, le Gouvernement français a obtenu l'enclenchement d'une révision rétroactive du RGEC pour les RUP.

Un texte rénové devrait être publié d'ici Mars 2017 et le prochain Forum des RUP. Nous travaillons avec pugnacité pour aboutir d'ici là. Nous oeuvrons, avec le soutien des socio-professionnels des DOM (la FEDOM et EURODOM), pour que des solutions pragmatiques soient trouvées dans le cadre des Traités actuels : concrètement, nous souhaitons d'une part, que l'octroi de mer soit « sorti » du périmètre de calcul des taux maxima d'aides, d'autre part, que la notion de surcoûts soit mieux reconnue, et, enfin, que le mode de contrôle des aides par entreprise soit neutralisé. Nous avons bonne espérance de trouver une issue favorable dans les semaines à venir ; je m'en entretiendrai lundi prochain avec la commissaire à la concurrence, Margrethe VESTAGER.

b- Enfin, la prise en compte des RUP dans la négociation des accords commerciaux de libre échange nous interpelle.

Pour nous c'est clair : il faut défendre des intérêts des Européens, et pas une idéologie, fût-elle prétendument vertueuse car favorable au libre-échange. Il nous appartient d'être vigilants quant à la défense des intérêts des RUP car, il faut bien le reconnaitre, dans les grandes tractations internationales, il est tentant de sacrifier nos économies insulaires, et nos acteurs locaux, qui pèsent si peu au regard des grandes entreprises implantées au coeur du continent.

Oui, nos régions fragiles subissent la concurrence d'Etats tiers non soumis aux mêmes réglementations sociales, fiscales ou environnementales. On le voit au niveau des négociations agricoles, les concurrents des pays tiers étant par exemple singulièrement avantags par un moindre niveau d'exigences environnementales.

Ainsi, nos socio-professionnels comprennent d'autant moins que les intérêts des RUP soient délibérément oubliés voire « sacrifiés ». Et ce, au nom d'un libre-échange de plus en plus perçu, par nos compatriotes, comme dogmatique. On vient de le voir récemment avec l'affaire de l'accord avec le Vietnam, qui initialement imposait aux RUP les conséquences d'une politique commerciale communautaire trop souvent synonyme de concessions unilatérales.

Il faut le rappeler d'emblée : les acteurs économiques ultra-marins ont la volonté de se conformer aux règles communautaires.

Mais celles-ci ne sauraient relever du dogme, et devraient prendre en compte les réalités locales, notamment sociales, démographiques, et, c'est l'occasion d'en parler plus en détail ce soir, agricoles …


L'enjeu économique et social est de première importance pour les DOM, qui, tout le monde le sait, connaissent un niveau de chômage et de pauvreté dramatiquement élevé, qu'aucun département de l'Hexagone ne supporterait, comme je l'ai rappelé à l'Assemblée nationale le mois dernier, et comme je le soulignerai en Janvier prochain devant vous, lorsque je présenterai le projet de loi portant sur l'Egalité Réelle Outre-Mer.

L''agriculture représente ainsi, dans les cinq DOM, une valeur ajoutée évaluée à 844 millions d'euros en 2013, soit environ 2,4 % de la valeur ajoutée totale, contre 1,7 % dans l'hexagone ; cette proportion atteint même 3,1 % en Martinique, soit presque deux fois plus qu'en métropole. Il s'agit de secteurs à forte teneur en emplois. A titre d'exemple, la filière canne rhum représente près de 40 000 emplois dans les DOM, dont 22 000 directs. La filière banane joue également un rôle économique fondamental : 37 000 emplois en dépendent, directement ou indirectement et elle garantit la viabilité de la desserte maritime.

Les trois grandes filières exportatrices – la banane, la canne à sucre et le rhum – ont réalisé d'importants efforts en matière de qualité et de respect des normes environnementales, dans l'objectif d'assurer une « montée en gamme », qui serait reconnue à sa juste valeur par les consommateurs européens.

Parallèlement, l'UE a très opportunément financé la modernisation de la filière sucrière ultramarine et son positionnement sur les sucres haut-de-gamme.

Il faut en effet reconnaître l'indéniable engagement consenti par l'UE au profit des RUP : sur la période 2014-2020, 859 M. € sont ainsi prévus au titre du FEADER, soit 7,5 % du total dévolu à la France entière, alors que les RUP représentent 3,2 % de la population nationale.

C'est un effort conséquent dans un contexte d'argent public plus rare, et j'en profite pour rappeler que ces fonds doivent être programmés, engagés et consommés le plus rapidement possible : c'est pour moi une impérieuse priorité.

Il serait donc absurde, voire criminel, de compromettre tous ces efforts de long terme, par rigidité normative ou en ouvrant brutalement le marché européen à des pays où le coût de la main d'oeuvre est entre quinze et vingt fois moins élevé que dans nos outre-mer.

Avant de rentrer plus en détail dans les sujets que vous soulevez et les propositions que vous formulez dans cette proposition de résolution, je souhaite également vous faire part du fait que les autorités françaises préparent un document officiel qui sera transmis au niveau européen afin de contribuer à l'élaboration d'une nouvelle communication de la Commission européenne relative aux RUP, courant 2017. Cette contribution officielle de la France comprend un volet relatif à l'agriculture et la forêt sur lequel je travaille avec le Ministre chargé de l'agriculture.

Vos travaux permettront donc, sans aucun doute, d'enrichir ce document.


Le constat de la Délégation aux outre-mer est très clair, et je le partage : les normes nationales et européennes sont imbriquées et conçues pour une application uniforme, sur la base d'un climat tempéré. L'agriculture des régions ultramarines se situe donc dans ce que l'on pourrait qualifier d' « angle mort réglementaire ».

Dans ces conditions, il n'est guère surprenant de constater l'indisponibilité de nombreux usages phytosanitaires. On estime aujourd'hui que seulement 29 % des besoins phytosanitaires sont couverts en moyenne pour toutes les cultures d'outre-mer, contre 80 % en métropole.

Les cultures « secondaires » sont les plus pénalisées. Celle des ananas, en particulier, a accusé au cours des dernières années une chute de production importante, car on ne dispose que d'un seul produit phytosanitaire autorisé pour les protéger.

Des dérogations sont possibles, mais dans un cadre très limité. Et ce, d'autant plus que la Délégation à l'Outre-mer fait également valoir un risque d'interprétations françaises « maximalistes » des normes européennes par rapport à celles des autres États membres de l'Union. Sur ce point comme sur d'autres, si la vigilance et le « principe de précaution » s'imposent, il faut sortir du « complexe du bon élève ».

Il s'agit donc d'inviter la Commission européenne à acclimater les normes européennes agricoles au milieu tropical.

Le ministère de l'Agriculture prend de plus en plus largement en compte les régions ultrapériphériques et j'en profite pour saluer l'action de mon collègue Stéphane LE FOLL.

Ainsi, le Ministère peut-il délivrer des autorisations de mise sur le marché en urgence, en cas de crise phytosanitaire. Ses services suivent attentivement les besoins des filières agricoles ultramarines, notamment ceux des grandes cultures exportatrices. À ceci s'ajoutent les activités des instituts de recherche nationaux : l'Institut National de Recherche Agronomique (INRA), le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et l'institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (IRSTEA). Ces trois organismes publics dépenses en moyenne 60 millions par an dans les Outre-mer.

Le travail de ces différentes institutions témoigne donc d'une volonté de remédier aux contraintes normatives pesant sur les agriculteurs ultramarins. Pour moi, il est important que cet effort public soit maintenu, voire amplifié durant ces prochaines années.

Parallèlement, je souhaite saluer les efforts et progrès importants qui ont été entrepris en matière environnementale et au regard de la qualité des produits, par les producteurs agricoles ultramarins.

J'en veux pour preuve, suite à la mise en oeuvre des plans successifs ‘banane durable', la production de la banane française dans les Antilles qui a diminué considérablement le recours aux produits phytosanitaires (-85 % en 10 ans, avec un usage dix fois moins important que dans certains pays voisins aujourd'hui).

Pour les espèces cultivées en Outre-mer et soumises à la réglementation européenne, la demande de dérogation à la réglementation européenne que vous formulez ne nous paraît pas forcément constituer la priorité pour parvenir à la diffusion de variétés résistantes aux ravageurs. L'enjeu est avant tout de résoudre la difficulté à identifier les variétés résistantes et leurs mécanismes de résistance, et de créer des variétés intégrant ces résistances. Il s'agit donc plutôt d'une problématique de recherche.

A cet égard, il conviendrait donc de demander à la Commission européenne un soutien adapté en faveur des organismes de recherche susmentionnés, tels que le CIRAD, l'INRA et l'IRSTEA, et de pouvoir développer davantage de démarches partenariales.

Dans le même objectif, je vous annonce ici ce soir que le ministère en charge de l'agriculture va très prochainement publier une nouvelle version du plan "Semences et plants pour une agriculture durable". Une des actions de ce plan porte spécifiquement sur les territoires ultra-marins : elle prévoit de "Définir des objectifs de sélection des variétés pour les principales espèces tropicales cultivées dans les Outre-Mer".

J'en arrive au développement de l'agriculture biologique dans les outre-mer, sur la question à laquelle vous avez souhaité donner une place centrale dans votre résolution, à savoir, l'équivalence des normes ‘biologiques' entre les RUP soumises à la réglementation européenne, et les normes applicables dans les pays-tiers qui exportent vers les RUP et entraînent une concurrence sur les mêmes produits agricoles tropicaux.

Il ne sera pas possible d'évoquer ce soir tous les aspects de ces problématiques, très techniques, mes services et ceux du ministère de l'Agriculture seront en mesure de répondre plus en détail à vos interrogations.

Mais j'aborderai ici un point clé. Afin de clarifier encore davantage les règles qui s'appliquent dans les pays tiers, dans le nouveau projet de règlement BIO en cours de révision, la Commission européenne a proposé, et la France soutient fortement cette proposition, de remplacer le régime d'équivalence délivrée aux organismes certificateurs par un régime de conformité. Cela constituera un gage de confiance pour le consommateur et garantira des conditions de concurrence équitables pour les producteurs européens. Le Conseil et le Parlement européen soutiennent cette proposition. Vous le voyez, nous avançons dans la bonne direction.

Sur l'ensemble de ce dossier, l'approche qui est défendue par les autorités françaises, c'est de réussir à maintenir un standard européen exigeant, et cela est tout aussi important en métropole que dans les RUP, au regard de l'importance de ce marché pour l'Europe dans son ensemble, au niveau mondial. Ce qu'il faut que l'on réussisse à faire, c'est imposer nos critères aux autres pays, sur les produits tropicaux comme sur les autres. Pour cela, l'un des leviers à renforcer, au-delà du renforcement de réglementation européenne, et de l'assurance de la bonne tenue des contrôles douaniers, est la recherche permanente d'une meilleure valorisation des productions tropicales françaises.

Car nos productions ont de quoi être fières, pour ce qu'elles sont en termes de qualité, aussi bien au plan environnemental, sanitaire que social, par rapport à certains de leurs voisins. Des instruments existent déjà à travers la réglementation européenne, comme le logo RUP, qui permet de mettre en avant la qualité des produits européens, et il convient de renforcer ces actions.

De la même manière, en termes de consommation locale, il convient de renforcer l'usage de la mention valorisante ‘produit pays' : une véritable politique alimentaire en faveur de la qualité et des produits locaux, en particulier à destination des jeunes générations dans les cantines scolaires, ne doit pas s'arrêter aux limites de la métropole, nous devons aussi la voir se développer dans les outre-mer, c'est ce que je souhaite, avec l'ensemble du Gouvernement et des Collectivités.

Il faut diffuser, défendre et valoriser nos saveurs d'Outre-mer !


En matière de commerce, la situation, comme vous le soulignez et comme je viens de le rappeler dans mes propos introductifs, est préoccupante et déséquilibrée. Ainsi, en 2015, les bananes de Guadeloupe et de Martinique ne représentaient que 4,5 % de l'approvisionnement de l'Union européenne. Pour le sucre, en 2014, la part de marché des DOM français s'élevait à 2,5 %. Celle du rhum des DOM atteignaient certes encore 24 % du marché européen, mais en diminution de moitié par rapport au niveau de 1986 (51 %).

Or, nous le savons, les régions ultrapériphériques ne sauraient concurrencer les pays tiers sur le terrain des coûts salariaux et de la protection sociale : personne de sensé, heureusement, n'envisage un tel nivellement par le bas ; ce serait absurde et mortifère.

Le maintien et le développement des parts de marché des producteurs ultramarins reposent donc exclusivement sur une stratégie de montée en gamme.

Juridiquement, des mécanismes de protection sont prévus sous deux formes.

D'une part, une clause de sauvegarde spécifique prévoit que l'Union peut suspendre le droit de douane préférentiel si l'augmentation des importations de bananes depuis les pays partenaires causent ou menacent de causer un préjudice grave à l'économie de l'Union.
D'autre part, un mécanisme de stabilisation permet à l'Union de suspendre temporairement - pas plus de trois mois et pas au-delà de la fin de l'année civile - le droit de douane préférentiel si les importations de bananes dépassent les seuils d'importation prévus dans les accords.

Toutefois, jamais, depuis 2013, la Commission européenne n'a activé un seul de ces dispositifs. Alors même que l'évolution du marché pouvait, à plusieurs reprises, et chaque année depuis trois ans, le justifier.

Je tiens donc ici, parmi vous, à souligner que la position de la France est constante : la politique commerciale européenne doit répondre aux exigences d'ambition, d'équilibre et de bénéfice mutuel.

Le Gouvernement, par la voix de Matthias FEKL, porte ce message depuis 2015 ; il a encore rappelé récemment, s'agissant du projet de traité Transatlantique.

Comme l'a encore rappelé récemment le Premier ministre Manuel VALLS, il faut que l'Europe, en matière de négociations commerciales, « sorte de l'innocence ». Nos intérêts économiques et nos emplois doivent prévaloir sur les théories, les postures et les dogmes.

Le gouvernement a pleine connaissance des enjeux pour les régions, notamment les RUP et leurs filières, que ce soit le sucre ou la banane particulièrement. Le Gouvernement est attentif, au niveau communautaire, à la prise en compte des territoires ultra-marins dans les négociations.

Vous aviez eu notamment eu l'occasion de débattre de la place des sucres spéciaux dans l'accord entre l'Union européenne et le Vietnam, conclu en août 2015. Si l'accord commercial était satisfaisant, le traitement des sucres spéciaux ne nous convenait pas : la France considérait que l'accord présentait le risque que le Vietnam utilise le contingent octroyé pour exporter des sucres spéciaux. Le Gouvernement s'est alors fortement mobilisé car les sucres spéciaux sont un secteur économique clé pour deux régions ultrapériphériques françaises : La Réunion et la Guadeloupe. L'accord définitif inclut ainsi une clause de contingentement strict des importations de sucres roux. Plus précisément, alors que le projet d'accord de libre-échange prévoyait la libéralisation d'un quota de 20 000 tonnes de sucres pour le Vietnam, au final, les sucres spéciaux ont fait l'objet d'une limitation à 400 tonnes par an. Comme quoi, la vigilance et la ténacité paient…

C'est pourquoi, pour l'avenir, la France insiste pour que les études d'impact que présente la Commission soient aussi solides et rigoureuses que possible avant tout accord, et prennent dûment en compte les sensibilités agricoles des Etats membres de l'Union, ce qu'elle s'est engagée à faire.

La France est ainsi active au niveau européen pour que des solutions concrètes soient trouvées pour améliorer le suivi du marché de la banane et rendre les dispositions de sauvegarde plus opérationnelles. Car vous avez raison, les dispositifs prévus dans ces accords sont inopérants ; ils doivent être améliorés et pérennisés.

S'agissant du mécanisme de stabilisation et de la clause de sauvegarde, les dispositions permettant leur déclenchement sont trop contraignantes et les délais incompressibles d'analyse du marché limitent l'efficacité des dispositifs et la capacité de la partie européenne à réagir rapidement.

Par exemple, il est nécessaire de ne pas attendre le dépassement des seuils pour que le mcanisme de stabilisation se déclenche, car il serait trop tard, le marché européen serait déjà déséquilibré par l'arrivée massive des exportations des pays tiers. Il est donc indispensable de prévoir une alerte précoce du Conseil lorsque qu'un pays atteint 80 % du seuil prévu dans le cadre du mécanisme de stabilisation, avec la transmission d'un rapport d'analyse sur la situation du marché européen de la banane.

S'agissant des bases de données permettant le suivi du marché de la banane, les autorités françaises souhaitent, là aussi, proposer des évolutions. L'amélioration de l'Outil statistique Outre-mer est d'ailleurs l'un des combats que je porte dans le cadre du projet de loi « Egalité réelle Outre-mer ». Car les bases de données utilisées par la Commission pour suivre le marché européen de la banane sont perfectibles : par exemple, les données ne sont disponibles qu'avec un retard de deux mois, ce qui ne permet pas d'être réactif en cas de dépassement des seuils ou d'augmentation brutale des importations.

Il faut donc un partage plus régulier et transparent d'informations entre les Etats membres, le Parlement européen et la Commission sur le suivi des flux d'importations de bananes, sur l'état du marché et surtout, sur l'impact des importations sur les producteurs européens. Ces données sont essentielles pour mieux évaluer et anticiper le déclenchement des mécanismes de sauvegarde. Cela passe par des améliorations au niveau des bases de données Eurostat.

Il est également nécessaire de ne pas s'arrêter à de simples études de prix ou de marché. Ce qui fait la stabilité du marché européen, c'est aussi et surtout la situation économique et sociale réelle de ses producteurs. Celle-ci doit être évaluée dans chaque région, et dans les territoires ultra-marins évidemment, avec une étude sur l'évolution de l'emploi, et la prise en compte des différences en termes de structures, de capacités de production et d'exportation.

La priorité française porte, par ailleurs, sur la prorogation au-delà du 31 décembre 2019 du mécanisme dans le cadre de la clause de révision prévue en 2019. C'est un point important.

Enfin, je veux conclure en saluant le travail de très grande qualité accompli par la Délégation des Outre-mer du Sénat, et bien sûr son président Michel MAGRAS dont je connais l'engagement au service de nos territoires. Vos travaux nous sont essentiels. Ils nous permettent d'enrichir tant notre réflexion que notre action et ainsi de porter des politiques publiques toujours plus pertinentes pour les Outre-mer. Je veux donc sincèrement vous en remercier.


Mesdames et Messieurs,

Vous le voyez, ce Gouvernement est déterminé à défendre les intérêts des RUP au sein de l'Union européenne.

Les spécificités des Outre-mer doivent être pleinement prises en compte afin de soutenir l'activité économique et l'emploi au sein de ces territoires.

Nos régions sont riches de leur agriculture, de la qualité de leur production et de leur savoir-faire: nous pouvons en être fiers !

Les Outre-mer disposent de formidables atouts : donnons-leur toutes les opportunités d'en tirer pleinement avantage !


Je vous remercie.


Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 25 novembre 2016

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