Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à Sud Radio le 25 novembre 2016, sur les propositions de la droite en matière de politique du logement, les chiffres du chômage et la préparation de l'élection présidentielle à gauche. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à Sud Radio le 25 novembre 2016, sur les propositions de la droite en matière de politique du logement, les chiffres du chômage et la préparation de l'élection présidentielle à gauche.

Personnalité, fonction : COSSE Emmanuelle.

FRANCE. Ministre du logement et de l'habitat durable

ti : DIMITRI PAVLENKO
Bonjour Emmanuelle COSSE.

EMMANUELLE COSSE
Bonjour.

DIMITRI PAVLENKO
La primaire de la droite concentre toute l'attention des médias en ce moment, vous, vous avez regardé JUPPE/ FILLON hier soir ?

EMMANUELLE COSSE
Oui, oui, bien sûr, j'ai regardé ce débat, et j'ai été servie, sincèrement…

DIMITRI PAVLENKO
Pourquoi ? Vous avez eu peur en les entendant ?

EMMANUELLE COSSE
Non, ce n'est pas peur, mais j'ai vraiment des désaccords extrêmement profonds avec ce que j'ai entendu, quels que soient leurs désaccords aux deux. J'ai été extrêmement choquée sur certaines propositions, quand FILLON a développé son histoire sur la Sécurité sociale réduite aux affections longue durée, je rappelle quand même que l'on parle de 33 maladies, c'est ce qui aujourd'hui donne des statuts particuliers pour les personnes extrêmement malades, c'est une vision tout à fait différente de ce que je me fais de la société. Et je ne vous cache pas que j'ai été choquée, vraiment, par certains passages, notamment sur la Syrie, notamment sur l'IVG. En tout cas voilà, je pense qu'à partir du résultat de cette primaire, qui est un succès populaire par ailleurs, il va y avoir un grand débat entre la droite et la gauche dans ce pays, mais je pense que c'est aussi important qu'il y ait ce débat national tous les 5 ans.

DIMITRI PAVLENKO
La rupture promise, en tout cas, elle se fera dans le débat entre la gauche et la droite, pour le coup il y a une clarification.

EMMANUELLE COSSE
En tout cas, me semble-t-il, quand on veut donner un projet à la France et à ses concitoyens, eh bien il faut qu'il y ait des débats, sur le fond, sur les projets, sur la capacité à agir, et moi je peux vous dire que sur un grand nombre de sujets, même je pense tous, j'ai des désaccords extrêmement profonds, et par ailleurs je ne me fais pas du tout la même lecture que celle de François FILLON et d'Alain JUPPE sur la situation de la France actuellement.

DIMITRI PAVLENKO
Justement, un dossier en particulier, le vôtre, celui du logement. Voilà ce que propose JUPPE et FILLON, ils sont d'accord pour casser vraiment les marqueurs de gauche, ils promettent de supprimer la loi ALUR, d'abroger notamment l'encadrement des loyers, modulation de la loi SRU qui oblige les communes à avoir 25 % de logements sociaux, ils veulent la reconcentrer uniquement dans les zones tendues. On va massacrer tout ce que vous mis 5 ans à faire la gauche.

EMMANUELLE COSSE
Je peux même vous dire que dans les propositions, notamment de François FILLON, il remet en cause des politiques qu'il a menées en tant que Premier ministre et qu'il avait totalement assumées. C'est beaucoup de communication, moi je regarde les faits aujourd'hui. La situation du logement n'a jamais été aussi bonne, nous avons les meilleurs chiffres de construction depuis 7 ans, nous allons faire 140.000 logements sociaux quand on en faisait avant 80.000…

DIMITRI PAVLENKO
Les loyers n'ont jamais été aussi chers aussi, dans Paris par exemple.

EMMANUELLE COSSE
Non. Non. Alors, là-dessus, sur les loyers, il y a eu des fortes hausses, il y a eu aussi des fortes baisses en fonction des régions, il y a une situation qui n'est pas du tout uniforme, il y a, par contre, l'encadrement des loyers qui est maintenant mis en place à Paris, qui le sera à Lille très prochainement. Mais surtout, derrière ces communications de, je vais supprimer telle ou telle loi, la réalité c'est que depuis 5 ans, avec l'ensemble des professionnels, nous avons travaillé à une simplification législative, et surtout une relance de la construction. Et je peux vous dire, quels que soient ces professionnels, que je vois très souvent, aujourd'hui ils nous demandent simplement une stabilité, ils nous demandent que la dynamique, qui est réelle, avec des indicateurs que nous n'avons pas connus depuis plus de 7 ans, ne bouge pas, que l'on continue, parce qu'il y a en plus une période favorable avec des taux d'intérêt qui sont très bas. Que l'on continue à accompagner l'accession à la propriété, la production de logements sociaux là où il y en a besoin, et la lutte contre la précarité, notamment précarité énergétique, parce qu'aujourd'hui beaucoup des Français souffrent de logements qui sont impossibles à chauffer, et il faut poursuivre ce travail-là. Et oui, la politique du logement, c'est une politique nationale, c'est une politique qui nécessite des budgets importants, mais qui en même temps répare des inégalités très fortes. Et je le rappelle, sans une politique de logement offensive nous n'aurons pas une politique de l'emploi offensive parce que la mobilité professionnelle est aussi très liée aux difficultés de se loger, par exemple des personnes qui veulent venir travailler ici en Ile-de-France, et qui ont des difficultés à trouver des logements abordables.

DIMITRI PAVLENKO
Alors, vous parlez de l'emploi, il y avait les chiffres du chômage qui tombaient hier soir, -12.000 demandeurs au mois d'octobre, la baisse se poursuit donc. C'est le trou de souris qui est en train de s'élargir pour François HOLLANDE, qui, rappelons-le, promettait de se présenter ?

EMMANUELLE COSSE
Vous savez, je pense qu'il ne faut pas réfléchir comme ça. François HOLLANDE a pris un engagement très courageux et très clair sur le chômage il y a plusieurs années, et nous voyons, sur cette année, et mois après mois, avec des résultats qui étaient parfois en dents de scie, là des résultats très clairs, sur le chômage…

DIMITRI PAVLENKO
Ce n'est pas l'effet des passages en formation de nombreux demandeurs d'emploi !

EMMANUELLE COSSE
Non, et justement, c'est ça qui est très intéressant, c'est qu'on voit qu'il y autant de personnes, qui rentrent en formation, qui en sortent pour retrouver un emploi, ce qui veut dire que ce passage par la formation permet de se qualifier mieux pour trouver un emploi. Mais surtout, il y a, grâce à ces politiques, déjà des personnes qui sortent du chômage, et ça c'est la première chose qu'il faut noter, et ensuite nous avons des résultats qui sont très intéressants, notamment sur le chômage des jeunes. Donc, il faut aussi le dire très clairement. Cet engagement, résolu, avec beaucoup de mesures depuis plusieurs années, sur le chômage, aujourd'hui prennent totalement leur effet, c'est -100.000 chômeurs sur l'année, depuis janvier, mais ça veut dire qu'il faut continuer, et je crois très sincèrement qu'aujourd'hui c'est ça qui doit nous animer et ce n'est pas de savoir si c'est ou pas un moment important pour décider…

DIMITRI PAVLENKO
Justement, François HOLLANDE, on dit qu'il va y aller, vous allez le soutenir s'il est candidat à la primaire de la gauche avec ce risque d'élimination qui serait une catastrophe pour lui ?

EMMANUELLE COSSE
La première chose, c'est ce que je dis toujours, c'est qu'une gauche divisée c'est une gauche qui est élimine au second tour, et c'est pour ça que depuis longtemps je me suis battue pour qu'il y ait une primaire de la gauche et des écologistes…

DIMITRI PAVLENKO
Donc il faut soutenir François HOLLANDE, c'est la traduction du message !

EMMANUELLE COSSE
Aujourd'hui il y a une primaire, il y a un candidat écologiste, François de RUGY, que je soutiendrai au premier tour…

DIMITRI PAVLENKO
Vous voterez de RUGY si François HOLLANDE est candidat à la primaire ?

EMMANUELLE COSSE
Oui, au premier tour, et au second tour je voterai certainement pour François HOLLANDE s'il est candidat, mais surtout…

DIMITRI PAVLENKO
Pas de vote utile dès le premier tour ?

EMMANUELLE COSSE
Je suis écologiste, et je défends l'écologie, et je le fais dans le cadre de la primaire, et c'est le rôle de la primaire. Mais, je le dis très clairement, je pense qu'à un moment il faut que la gauche regarde quel est l'avenir que la droite lui promet. J'ai encore entendu, hier, une absence totale de discours des deux candidats sur la question de l'écologie, alors quand même qu'on a une situation planétaire dramatique. C'est quand même dingue, vous savez, on voit que des températures ont augmenté de 20 degrés sur les pôles, et personne n'en parle hier. On est dans des bouleversements incroyables, personne n'en parle. Et je pense, et je vous l'ai dit, il faut que la gauche soit unie, et c'est pour ça que je n'ai pas du tout soutenu d'autres primaires, vous parlez de la primaire du candidat EELV, le sujet c'est qu'il faut que cette gauche débatte, comme l'a fait la droite, ait un candidat, et après soit dans une discussion avec le candidat du camp d'en face.

DIMITRI PAVLENKO
Et si Manuel VALLS n'était pas, finalement, un meilleur candidat, le Premier ministre ne serait pas mieux qualifier pour aller à la primaire ?

EMMANUELLE COSSE
Vous savez, aujourd'hui je pense que nous avons la chance d'avoir un grand président de la République, et un grand Premier ministre, et donc je ne suis pas là pour dire lequel serait le mieux dans cette fonction. Il me semble que le président sortant est celui qui est aujourd'hui le plus en capacité de poursuivre, mais, très clairement, nous avons un Premier ministre d'une grande qualité, et ce que nous avons fait ces dernières années, les résultats que nous avons aujourd'hui, sur le chômage, sur le logement, c'est aussi parce qu'il a souhaité, à un moment, qu'on ait des politiques très offensives sur le sujet.

DIMITRI PAVLENKO
Merci Emmanuelle COSSE, ministre du Logement.

EMMANUELLE COSSE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 novembre 2016

Rechercher