Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur l'enseignement français à l'étranger, à Paris le 23 novembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur l'enseignement français à l'étranger, à Paris le 23 novembre 2016.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Réunion interministérielle sur l'enseignement français à l'étranger, à Paris le 23 novembre 2016

ti :
Madame la Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, Chère Najat,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Directrices et Directeurs,


Je suis très heureux de vous accueillir ce soir pour cette deuxième réunion interministérielle sur l'enseignement français à l'étranger. Je suis très heureux de renouveler cet exercice, deux ans après la première rencontre de ce type, Cette réunion se tient car il y a une volonté commune, exprimée au plus haut niveau de l'État, de renforcer nos actions autour de ce véritable instrument d'influence, de rayonnement et d'attractivité, qu'est notre réseau d'enseignement à l'étranger.

Je vous remercie, Madame la Ministre de l'éducation nationale, d'avoir accepté de co-présider cette réunion à mes côtés. Je saisis également cette opportunité pour saluer notre coopération sur d'autres sujets qui sont au coeur des compétences élargies du Quai d'Orsay. Je pense à l'attractivité de notre territoire qui doit être renforcée par une offre éducative étoffée, en direction des cadres des entreprises internationales, car c'est un atout de compétitivité pour la France.

Je pense également au tourisme, avec la création d'une conférence des formations d'excellence du tourisme, sous l'égide de nos ministères et de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris-Île-de-France.

Notre réseau d'enseignement à l'étranger se situe au croisement des enjeux d'éducation, d'égalité des chances, de coopération et de diplomatie d'influence. C'est ce qui fait sa force et sa singularité. Une singularité qui mérite notre pleine attention et tout notre engagement, afin d'en protéger le modèle et d'en améliorer le fonctionnement, pour le bien-être des enfants comme celui des parents d'élèves et des personnels qui y travaillent quotidiennement avec passion.

Il est, dès lors, normal que dans les débats parlementaires, ce réseau suscite des débats, souvent passionnés, de parlementaires qui sont vraiment engagés en soutien et donc exigeants, c'est bien légitime. J'y vois la preuve de sa vitalité et de son actualité. Je remercie d'ailleurs les parlementaires d'y être tant attachés et de le défendre, comme ce fut encore le cas lors de nos échanges dans le cadre du PLF 2017.

Dans son dernier rapport sur l'enseignement français à l'étranger, la Cour des comptes a rappelé combien cet outil devait être préservé, en plaidant pour le maintien, voire l'augmentation, des crédits de l'État dans le financement de son opérateur, l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger. C'est assez rare que la Cour des comptes demande que l'on augmente les dépenses. C'est ce à quoi je me suis personnellement attaché, en garantissant, en 2017, le maintien des moyens de l'agence et en obtenant d'importants crédits supplémentaires de sécurisation, afin que nos écoles et lycées français puissent continuer à fonctionner et à accueillir les élèves, même dans les pays où la situation sécuritaire se dégrade. Ceci donne des marges de manoeuvre au réseau et à chaque établissement.

Notre réseau doit suivre cette double vocation : offrir aux Français vivant à l'étranger une éducation de qualité pour leurs enfants, et proposer à des publics étrangers, un accès privilégié à la conception française de l'enseignement. Je reviens de Doha au Qatar, il y a des familles qataries dans les deux lycées dont celui dont j'ai fêté le 40e anniversaire. Je peux vous dire que ces familles apprécient notre système d'enseignement. C'est vrai dans tous les établissements que je visite et partout dans le monde, et c'est plutôt réconfortant.

Nous nous attachons à former, à travers le monde et dans les meilleures conditions, les citoyens de demain, dans le respect de nos valeurs démocratiques.

Notre langue, notre système éducatif et les valeurs que notre réseau véhicule sont reconnus et appréciés, ils attirent bien au-delà des frontières de la France, en formant les futures élites de nombreux pays. Dans certains établissements, il y a un tiers de Français et deux tiers de personnes d'autres nationalités. Au lycée Bonaparte, que je citais, ce sont 40 nationalités différentes, c'est dire.

Il s'agit de poursuivre l'attractivité de notre pays de cette façon auprès des jeunes et de leurs familles partout dans le monde. Je salue les efforts que l'AEFE et le réseau déploient pour inciter les étudiants étrangers, qui ont fait le choix d'une éducation dans nos établissements ou dans les filières francophones, à s'orienter vers l'enseignement supérieur et la recherche en France. C'est important d'insister sur ce point. C'est aussi une clé de la cohérence des parcours que nous offrons et nous devons aller plus loin encore dans ce domaine. Je crois que c'est tout à fait possible.

Dans le cadre de la feuille de route fixée il y a deux ans, des réformes structurelles ont pu être menées à bien grâce au travail collectif dont vous êtes tous ici les acteurs. Ainsi, si le réseau des établissements français continue de croître, cette évolution est aujourd'hui maîtrisée, à la faveur d'un pilotage politique plus étroit, dans les pays identifiés comme prioritaires et essentiellement porté par des établissements partenaires, financièrement autonomes.

J'ai donc évoqué la qualité de l'enseignement pédagogique, c'est un fait, ce n'est pas de l'autosatisfaction. Cette excellence pédagogique existe et elle est appréciée. J'ai pu m'en rendre compte en discutant avec de jeunes élèves et étudiants, j'ai pu constater leur enthousiasme.

On peut dire que ces lycées français à l'étranger sont de vraies «vitrines de la France», et il faut veiller à garder ce cap.

La volonté de nous doter d'instruments d'analyse prévisionnelle et de pilotage du réseau s'est traduite, dans cet esprit, par la mise en place de «plans enseignement» en 2016, dans des pays à grands réseaux ou présentant un caractère prioritaire pour notre diplomatie d'influence. Cela répond aux exigences de la Cour des comptes. Ces initiatives répondent également à leur demande de mettre en place une cartographie prospective, reposant sur plusieurs critères de l'offre d'enseignement français.

Parallèlement à ces évolutions, notre réseau complémentaire a connu un essor sans précédent, s'affirmant comme un deuxième pilier de l'enseignement français à l'étranger. Le réseau d'excellence bilingue «LabelFrancEducation», créé en 2012, a ainsi rencontré un succès sans précédent et rassemble, à présent, 158 écoles à travers 35 pays et près de 70.000 élèves.

Pour autant, il nous faut poursuivre notre travail et faire preuve d'imagination et de créativité, pour ouvrir de nouvelles perspectives de développement dans un environnement fortement concurrentiel. C'est l'objet de notre réunion interministérielle : tracer la feuille de route pour l'année à venir.

Environnement concurrentiel oui, avec parfois des offres moins chères, sans doute de moindre qualité, mais qui peuvent être attractives pour les familles. Il faut donc faire très attention. Par notre système de bourse, nous restons malgré tout moins chers. Si l'on va dans un autre pays et que l'on compare les lycées français avec l'école américaine par exemple, cela reste moins cher et plus accessible pour les familles. Mais dans certains pays, il peut y avoir des offres au rabais auxquelles il faut faire très attention.

La formation des femmes et des hommes, qui font vivre le réseau et qui ont la mission d'y enseigner, est un enjeu crucial. Les besoins de personnels de qualité et d'enseignants disposant d'une bonne maîtrise du français sont essentiels et représentent un défi qui va parfois bien au-delà de l'enseignement français. Il faut en être conscient. D'importantes demandes de coopération, d'expertise technique et de formation des cadres et des enseignants émanent de systèmes éducatifs dans le monde entier. Notre savoir-faire doit être mieux mobilisé. Pour ce faire, la mise en place d'un comité d'orientation sectoriel «éducation, enseignement supérieur et recherche», placé sous l'égide d'Expertise France et avec la participation active de nos administrations, permettra de répondre à ces sollicitations dans le domaine de la coopération technique en éducation.

Par ailleurs, pour garantir la qualité de notre réseau et pour assurer une diffusion large de la francophonie, il est indispensable d'envisager une politique ambitieuse de formation des enseignants, je viens de l'évoquer, et plus particulièrement des recrutés locaux. Je sais qu'il existe des initiatives pilotes dans ce domaine, menées par l'AEFE ou par les partenaires du réseau, comme la Mission laïque française et l'Association franco-libanaise pour l'enseignement et la culture. Il importe de les structurer partout où une demande existe. Parmi les pistes qui pourraient être explorées, je pense à celle de la mise en place d'un réseau de formateurs, avec la possibilité de créer une certification qui tienne compte des spécificités de l'enseignement français à l'étranger.

Un autre défi d'ampleur est celui de la mobilité des ressources humaines. Sans les titulaires de l'éducation nationale, le réseau d'enseignement français à l'étranger ne pourrait pas atteindre le niveau d'excellence qu'il a aujourd'hui. Je tiens ici à saluer, à travers vous, Madame la Ministre, l'action de ces personnels ainsi que l'ensemble des acteurs de votre ministère, en premier lieu la direction générale des ressources humaines et les académies, qui rendent possible les départs à l'étranger.

Nous devons envisager une gestion des ressources humaines qui réponde à un triple objectif : l'efficacité, à travers une adéquation des ressources aux besoins identifiés ; l'anticipation, afin de limiter certaines situations de blocage dans nos établissements à l'étranger ; et, surtout, une gestion en amont qui prenne pleinement en compte des contraintes - et elles sont fortes - liées à l'expatriation et au retour en France.

Il convient également de faire preuve d'imagination concernant les viviers potentiels, par des politiques de recrutement suffisamment incitatives et par une meilleure identification et mobilisation d'enseignants résidant à l'étranger ou de jeunes retraités.

Sur ces sujets, celui de la mobilité comme celui de la formation, je propose la mise en place d'un groupe de travail entre nos deux ministères, chargé de faire des propositions d'amélioration des dispositifs existants et de mise en place de nouveaux instruments.

Enfin, je souhaite terminer sur l'un des grands enjeux de notre réseau : celui de la croissance. Le réseau homologué, tel qu'il existe, ne saurait être étendu indéfiniment, au risque d'en diluer la spécificité et la qualité. Au même moment, s'exacerbe une compétition dans le domaine du numérique éducatif, secteur en pleine mutation et qui révolutionne déjà toutes les pratiques d'apprentissage. Le ministère des affaires étrangères et du développement international, a souhaité initier le projet d'une école française numérique à l'étranger.

Cette école en ligne devra s'adresser à tous les publics : les élèves, bien sûr, mais aussi les enseignants et, de manière générale, tous celles et ceux qui souhaitent apprendre et se perfectionner en français. Cette initiative aura également vocation à venir en appui aux réseaux culturel et d'enseignement grâce à des cours, dont elle démultipliera l'influence car il y a une forte demande. Il faut s'y adapter et, là aussi il y a de la concurrence. Il y a notamment des demandes qui ne sont pas que culturelles pour apprendre le Français, elles sont aussi liées à des besoins professionnels et il faut savoir y répondre.


Je vous remercie.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 novembre 2016

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