Déclaration de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, sur les grands axes de la politique de protection des femmes victimes de violences, à Nevers le 25 novembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, sur les grands axes de la politique de protection des femmes victimes de violences, à Nevers le 25 novembre 2016.

Personnalité, fonction : MEADEL Juliette.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes

Circonstances : Colloque organisé par l'Association nivernaise d'aide aux victimes d'infractions sur le thème "Les femmes victimes et leurs droits : enjeux, perspectives et réalités", à Nevers (Nièvre) le 25 novembre 2016

ti : Mesdames, Messieurs,


Je vous remercie de m'avoir conviée à votre colloque autour de la question des femmes victimes et de leurs droits.

En 2010, 146 femmes mouraient sous les coups de leur conjoint, contre 143 aujourd'hui – et même 200 personnes, avec les enfants et les suicides consécutifs. De nos jours, ce sont plus de 200 000 femmes qui sont victimes de violences conjugales chaque année, et seulement 14% d'entre elles portent plainte.

Preuve, s'il en fallait, qu'un long travail reste à faire pour la protection et l'émancipation des femmes. La gauche porte historiquement ce projet. Je suis fière d'appartenir à un gouvernement qui s'est tant mobilisé depuis 2012.

S'il y a bien une volonté politique, nous devons admettre que les mentalités n'évoluent pas aussi facilement que l'on voudrait bien le croire. Nous devons tenir compte qu'il s'agit là d'un travail au long cours.

L'évolution des droits n'a rien d'autonome ni rien d'irréversible. Elle implique un éveil et un effort constant de notre part. Nous devons donc continuer de penser ces questions, car la somnolence est la meilleure alliée d'un retour tranquille de ce qu'on ne prend plus la peine d'imaginer, confortablement installé dans le quant à soi et dans le sens l'histoire.

Cette foi dans le cours autonome du progrès est évidemment naïve mais, plus encore, dangereuse. Je me réjouis donc de ne pas vous voir y souscrire, vous qui faites l'effort de vous réunir aujourd'hui pour réfléchir à ces questions.

Ces dernières années, le droit a beaucoup évolué pour tenir davantage compte des victimes, en particulier s'agissant des femmes, trop souvent victimes de violences. Ce colloque permet encore de le mesurer, tout en offrant l'occasion de réfléchir à d'autres perspectives d'améliorations supplémentaires de l'arsenal juridique et des pratiques qui en découlent.

Vous avez évoqué ce matin des questions aussi essentielles que :

- le droit pénal protecteur des femmes victimes,
- leurs prises en charge psychologiques,
- les sanctions et dispositions d'indemnisation,
- ou encore l'action coordonnée de l'Agence régionale de Santé contre les violences faites aux femmes.

Sur tous ces sujets, le ministère de Laurence Rossignol a beaucoup travaillé. Son nouveau plan de lutte contre les violences faites aux femmes, annoncé cette semaine (le 23 novembre) mérite d'être salué. Je tiens à en rappeler devant vous les trois axes majeurs.

Le premier axe est bien entendu la protection des femmes victimes à travers la consolidation de leur parcours, du repérage à la prise en charge. Pour qu'une femme qui quitte le foyer, parfois avec ses enfants, ne soit pas laissée au bord du chemin et qu'elle trouve un refuge, une oreille attentive, une main tendue le plus tôt possible pour se relever.

Pour mettre en oeuvre cette protection, nous devons former les intervenants à l'écoute, assurer une prise en charge globale et la mise à l'abri des victimes, et enfin les accompagner vers l'autonomie. Car il s'agit avant tout d'aider les victimes à se reconstruire, et à sortir autant que possible de la situation de victime dans laquelle elles ont été enfermées.

Le deuxième axe majeur consiste à assurer l'action publique sur l'ensemble du territoire et pour toutes les femmes victimes. Car aucune ne doit être négligée, et la solidarité à leur égard ne saurait dépendre de leur situation géographique ou autre.

Enfin, le dernier de ces trois axes est celui de la prévention ; c'est pourquoi c'est peut-être le premier volet de notre action, car c'est celui qui peut, non pas soigner le mal, mais l'empêcher. Ainsi, le gouvernement a souhaité axer une part majeure de son action sur la prévention des violences en luttant contre le sexisme et la récidive, en sensibilisant les esprits, et notamment celui des plus jeunes : enfants et adolescents.

Laurence Rossignol a mené un travail remarquable en faveur des femmes victimes de violence. Mais des efforts restent à faire.

Dans l'élaboration de ce plan d'action, le Secrétariat d'Etat à l'aide aux victimes a joué un rôle important, notamment afin d'améliorer les connaissances des traumatismes les plus graves et de leurs modalités de traitement. C'est sujet qui me tient particulièrement à coeur et pour lequel j'ai confié une mission de résilience à Françoise Rudetzki, qui devra nous remettre bientôt un rapport sur le projet de création d'un centre de résilience.

Je compte bien aller plus loin dans cet effort de solidarité auprès des femmes victimes de violences : nous devons en effet améliorer l'offre des soins, notamment en développant les initiatives de formations des psychologues et psychiatres au psycho-traumas, qu'il s'agisse d'accompagner les victimes dans l'urgence comme dans la durée.

Mon Secrétariat d'Etat a mis en place une méthode de co-construction avec les associations de victimes et d'aide aux victimes, c'est-à-dire entre la puissance publique et la société civile. Je me réjouis de voir que cette démarche féconde a déjà inspiré les pouvoirs publics à l'égard des femmes victimes de violence.

Dans le même esprit, nous organisons des tables rondes à caractère scientifique, consacrées à l'accompagnement psychologique des victimes. Ces échanges pourraient permettre d'avancer sur les méthodes les plus adaptées pour mieux prendre en charge les femmes et enfants victimes, gravement traumatisés. Ce cycle débutera le 5 décembre et s'achèvera en février 2017.

Vous le voyez, les pouvoirs publics français ont à coeur de progresser en restant à l'écoute de la société civile – qu'il s'agisse des victimes, via leurs représentants associatifs, ou des professionnels de santé notamment, qui sont au plus près d'elles.

C'est d'ailleurs le sens de l'évaluation des politiques publiques sur l'aide aux victimes, axée sur le pilotage et le financement des associations, que nous avons lancée récemment et dont le rapport devra nous être remis d'ici à fin janvier. Nous interrogerons les femmes victimes afin de répondre plus humainement et plus efficacement à leurs besoins. Il nous faut apprendre à adapter nos services à l'exigence d'humanité que nous impose le visage d'autrui, et a fortiori le visage de la victime.

Le Secrétariat d'Etat à l'aide aux victimes a certes été créé pour répondre dans l'urgence à la menace terroriste, car il s'agissait là d'une exigence républicaine. Mais nous avons d'emblée souhaité inscrire cet élan dans des perspectives larges et à long terme. C'est pourquoi nous n'oublions aucune victime – quelles qu'elles soient, où qu'elles soient, d'où qu'elles viennent.

Ce secrétariat d'Etat incarne ainsi, au plus haut sommet de l'Etat, le principe républicain fondamental de fraternité. La création prochaine d'un service public dédié à l'aide aux victimes donnera les fondements stables sur lesquels nous pourrons édifier une réponse pérenne au monde et aux vulnérabilités de demain.

Je peux vous assurer que dans cet effort de solidarité, les femmes victimes de violences ne seront pas oubliées.

Je compte bien aussi réfléchir avec les associations spécialisées aux dispositifs supplémentaires éventuellement nécessaires pour limiter encore les ruptures de droits sociaux en cas de séparation soudaine suite aux violences et nous serons très attentifs à la mission confiée à Flavie FLAMENT par Laurence ROSSIGNOL sur la prescription du viol.

Cette démarche de consultation de la société civile est essentielle pour aiguillonner l'action des pouvoirs publics en vue de répondre au mieux aux besoins des victimes ; elle est le moteur de mon action.

Aux femmes victimes de violence comme à toutes les victimes, je veux donc profiter de ma présence aujourd'hui parmi vous pour leur rappeler qu'elles ne seront plus jamais seules.


Je vous remercie.


Source http://juliettemeadel.fr, le 30 novembre 2016

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