Interview de Mme Laurence Rossignol, ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes à France-Info le 1er décembre 2016, sur la répression du délit d'entrave dans le cadre de l'IVG. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Laurence Rossignol, ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes à France-Info le 1er décembre 2016, sur la répression du délit d'entrave dans le cadre de l'IVG.

Personnalité, fonction : ROSSIGNOL Laurence, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes;

ti :

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Laurence ROSSIGNOL.

LAURENCE ROSSIGNOL
Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est le débat du jour, une proposition de loi va être examinée tout à l'heure à l'Assemblée nationale, elle vise à réprimer ce que l'on nomme un délit d'entrave, c'est-à-dire des informations, que certains qualifient de fausses, que donnent des sites Internet à des femmes qui veulent pratiquer l'interruption volontaire de grossesse. C'est un débat parce que certains vous accusent, en soutenant cette proposition de loi Laurence ROSSIGNOL, de restreindre la liberté d'expression. Avant d'en venir au débat lui-même, ou du moins à cet aspect polémique du débat, qu'est-ce que vous cherchez à faire avec cette proposition de loi, pourquoi vous la soutenez ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Alors, cette proposition de loi, effectivement de la soutiens, puisqu'elle avait d'abord été proposée sous forme d'amendement au Sénat, et le Sénat avait refusé de l'examiner dans la loi Egalite Citoyenneté. Elle vise à effectivement mettre de l'ordre sur ce qui se passe sur Internet en matière d'informations et d'IVG. Peut-être il faut revenir en 93, à cette époque les anti-IVG s'enchaînent aux portes des services hospitaliers pour entraver l'accès des femmes à l'IVG…

JEAN-MICHEL APHATIE
D'où la notion de délit d'entrave.

LAURENCE ROSSIGNOL
Et, on vote une loi, de délit d'entrave, qui crée un délit d'entrave à l'IVG, et qui d'ailleurs est très efficace parce que ça s'arrête, sans même qu'il y ait besoin de les traîner tous devant les tribunaux trop souvent, ça s'arrête. Ensuite ils se sont déplacés à l'intérieur des services hospitaliers, là encore pour agresser les femmes, agresser les personnels hospitaliers, qui pratiquent des IVG, on a étendu le délit d'entrave. Et puis maintenant ils se sont de nouveau déplacés, depuis 2, 3 ans, sur les sites Internet, où là ils ont mis en place un système assez pervers, c'est-à-dire qu'en fait plutôt que d'avoir des sites, « voilà, nous sommes des opposants à l'IVG », avec Laissez-les vivre, des associations dont on connaît bien le nom, ils ont pris des noms très neutres, ivg.net par exemple, ou testpositif.net, aussi, et à partir de là ils ont créé des sites qui ont l'air de sites d'informations, et qui semblent donner des informations objectives, que les femmes recherchent. Et, ce qui se passe, c'est qu'une femme qui est confrontée à une grossesse non désirée va chercher des informations sur Internet, le plus souvent elle va chercher des informations pratiques, quel délai, quelle méthode, est-ce que c'est remboursé, et elle va tomber sur ces sites et progressivement elle va rentrer dans une espèce de tunnel, où on va l'amener à douter de sa décision. Et ça fait 2, 3 ans qu'on travaille là-dessus. Dans un premier temps on a travaillé avec le référencement, c'est-à-dire qu'on a essayé de faire monter le site du gouvernement au-dessus de ces sites.

FABIENNE SINTES
Ce qui est le cas d'ailleurs. Quand on regarde aujourd'hui, son on tape IVG, on tombe sur le vôtre assez vite quand même.

LAURENCE ROSSIGNOL
Alors, aujourd'hui c'est le cas, mais le problème des référencements c'est que ce n'est pas stable, c'est-à-dire que ça dépend des mots clés qui sont rentrés, des moyens qui sont mis pour le faire, et ces activistes anti-IVG ont des moyens pour le faire, et donc on ne peut pas considérer que c'est tout le temps garanti que ce soit le premier. Et donc, on a commencé à réfléchir, avec les associations, sur la manière dont on pouvait informer les femmes qu'elles étaient menacées de fausses informations, et surtout de pressions sur leur décision de pratique une IVG.

GUILLAUME DARET
Ça représente combien de sites à peu près ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Je dirais qu'il y en a… j'en identifie comme ça, de tête, au moins 4 ou 5, mais en fait ils ont des sites, avec des sites qui se renvoient à d'autres sites.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous voulez les fermer ces sites ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Ah non, non, moi je ne veux pas du tout fermer les sites, je suis très attachée à la liberté d'expression, et je pense que…

JEAN-MICHEL APHATIE
Parce qu'ils vont continuer à faire le travail qu'ils souhaitent faire.

LAURENCE ROSSIGNOL
Je pense qu'être hostile à l'IVG est une opinion, que chacun peut exprimer, comme il veut, autant qu'il veut, mais tromper les femmes pour faire pression sur elles, n'est pas une opinion. La liberté d'expression n'inclut pas le droit au mensonge. Ce que je veux c'est que ces sites cessent de délivrer des informations tronquées en se dissimulant derrière l'apparence de la neutralité et de l'objectivité.

GUY BIRENBAUM
Mais ça veut dire quoi les condamner ? Puisque le texte dit « condamner les sites Internet accusés d'exercer des pressions », condamner ?

LAURENCE ROSSIGNOL
C'est une condamnation pénale, c'est la même que pour le délit d'entrave.

GUY BIRENBAUM
Vous savez bien qu'à terme, s'il y a des condamnations, ça revient à les fermer et cette expression ne peut pas s'exprimer.

LAURENCE ROSSIGNOL
Écoutez, si un site dit « voilà, vous rentrez sur le site d'une association anti-IVG, nous sommes militants contre l'IVG… »

GUY BIRENBAUM
Vous voulez qu'ils affichent la couleur.

LAURENCE ROSSIGNOL
« Et nous pensons que l'IVG est un crime », enfin bon tout ce qu'on entend depuis tant d'années, ça ne rentre pas dans le champ de la loi qui va être débattue.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est très subtil.

GUY BIRENBAUM
C'est très très fin.

LAURENCE ROSSIGNOL
C'est très subtil, mais nous sommes confrontés maintenant, avec justement Internet et les nouveaux moyens de communication, à des problèmes et des questions bien plus subtiles que celles qu'on avait auparavant.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que c'est une proposition de loi applicable ? C'est ce que l'on peut dire quand on dit que c'est subtil. Est-ce que c'est une proposition de loi qui a une chance d'être appliquée un jour ? Parce que, déterminer le contenu, ce qui est fausse information, ce qui est expression d'opinion, ce n'est pas facile.

LAURENCE ROSSIGNOL
Un, d'abord je pense qu'elle est applicable, et ensuite je tire le bilan du délit d'entrave tel qu'il a été mis en place en 93 et élargi en 2014, d'un certain point de vue la peur du gendarme a suffi à changer les méthodes d'actions, donc je pense que là aussi, ces sites vont maintenant prendre en compte la menace…

GUY BIRENBAUM
Et s'installer à l'étranger où vous ne pourrez pas les poursuivre.

LAURENCE ROSSIGNOL
D'accord. Mais en même temps, en même temps, les femmes aujourd'hui, le fait qu'on en parle là, c'est un moyen d'information, important, contre l'existence de ces sites. C'est-à-dire les femmes savent mieux qu'il y a 15 jours le risque qu'elles encourent lorsqu'elles rentrent sur ces sites Internet.

GUY BIRENBAUM
Donc Jean-Michel a raison, ce n'est pas très applicable et c'est une sorte de communication que vous faites.

LAURENCE ROSSIGNOL
Je pense que c'est applicable. Il y a des informations sur ces sites qui sont objectivement fausses. Quand, par exemple, vous avez un manuel qui circule, qui vient de la Fondation Lejeune, avec en couverture un bébé, avec un cordon ombilical, qui dit « j'entends tout, cessez de dire que je ne suis pas vivant. » Le délai de l'IVG c'est 12 semaines, le moment où un foetus voit son ouïe se développer c'est 6 mois. Donc, c'est un mensonge de dire qu'un foetus, qu'un embryon, dans la période du délai légal de l'IVG, entend ce que l'on dit.

FABIENNE SINTES
Ce qui est beaucoup plus subtil sur ces sites-là, et c'est pour ça que je ne sais pas très bien comment vous lutterez contre ça, c'est par exemple les témoignages. Il y a des forums avec des témoignages, et la moitié de ces témoignages disent « mon IVG a été terrible », ou « je souffre aujourd'hui psychologiquement », etc. Est-ce qu'on peut enlever ça ? Vous ne pouvez pas enlever le numéro de téléphone non plus, le numéro vert, donc les appels à des femmes qu'on pourra orienter effectivement vers autre chose qu'un IVG. Ça vous êtes complètement impuissants contre ça, non ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Écoutez, le but n'est pas d'empêcher les gens de s'exprimer, le but est d'obliger ces sites à annoncer la couleur, à dire qui ils sont.

FABIENNE SINTES
Donc il vaut mieux qu'il y ait marqué « ne tuez pas les bébés » au final, en fait, au bout du bout.

LAURENCE ROSSIGNOL
Il vaut mieux qu'il y ait marqué « nous sommes une association qui militons contre le droit à l'IVG », c'est infiniment plus simple. Nous allons, avec cette loi, permettra aux femmes de savoir que ça existe, nous allons – je ne crois pas comme vous que rien ne sera applicable, je crois que nous pourrons le faire, et ça dépendra aussi de la capacité des autres associations, des pouvoirs publics, à engager des poursuites. La jurisprudence, effectivement, sera attendue.

FABIENNE SINTES
On reprend cette discussion dans 90 secondes.
(…)

GUILLAUME DARET
Les évêques de France vous reprochent finalement de vouloir interdire tout propos hostile à l'IVG avec cette proposition de loi, il y a une lettre notamment qui a été écrite par la Conférence des évêques de France, adressée au président de la République. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Écoutez, c'était attendu. C'est une position constante de l'Église catholique que de s'opposer au droit à l'IVG, à l'IVG, c'est une position philosophique, religieuse, et à toutes les lois qui ont pour but de garantir ce droit. Donc, il y a 1 an, 1,5 an, nous avons fait une campagne sur l'IVG, « Mon corps, mon droit », à ce moment il y avait eu un communiqué des évêques de France pour s'insurger contre cette campagne. Donc, c'était prévisible, ils sont dans leur rôle, et moi je suis dans le mien.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est gênant ? L'Église, on l'a vu, notamment à l'occasion de la réforme du mariage, de l'introduction du mariage pour tous, l'Église garde un poids important dans la société. On pensait qu'elle l'était moins, mais c'est redevenu un acteur important.

LAURENCE ROSSIGNOL
Écoutez, je ne peux pas dire que c'est gênant, l'Église catholique fait partie des composantes de la société française, ses positions sont constantes, je préférerai qu'elle évolue sur ces sujets. Elle est moins présente dans l'influence politique en France que dans d'autres pays, je pense par exemple en Pologne, ou en Amérique Latine, où sur les questions d'avortement elle a un rôle extrêmement important, dans les pays où l'avortement reste et demeure interdit, clandestin, où là l'Église catholique dit la loi collective. En France elle exprime sa position, elle dit ce qu'elle pense, pour autant la loi est votée dans les règles de la laïcité, c'est-à-dire que nous discutons, moi je dialogue avec des représentants de l'Église catholique, sur ces sujets nous savons qu'il y a entre nous quelque chose qui est…

JEAN-MICHEL APHATIE
Le dialogue est correct avec l'Eglise aujourd'hui, vous semble correct, avec l'Eglise aujourd'hui ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, je crois qu'il y a un dialogue correct. Moi je respecte les positions de l'Eglise catholique, je les combats, en particulier sur les droits des femmes et sur l'avortement, pour autant il peut m'arriver, sur certains sujets, d'avancer ensemble. Et puis surtout j'ai un dialogue parce que c'est important de prendre en compte les différentes composantes de la société française pour construire, non pas des compromis, il n'y a pas de compromis sur l'avortement, et ceux qui sont hostiles le demeurent, mais de construire aussi un vivre ensemble sur ces sujets.

JEAN-MICHEL APHATIE
L'IVG s'est invitée à la surprise générale dans le débat de la primaire des Républicains par l'intermédiaire de François FILLON qui a explicité une position qui est assez particulière. On écoute François FILLON.

FRANÇOIS FILLON
Moi, philosophiquement, et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l'avortement.

LÉA SALAME
« A titre personnel, de par ma foi, je n'approuve pas l'avortement », qu'est-ce que ça veut dire ?

FRANÇOIS FILLON
Ça me regarde, c'est mes convictions personnelles. Je dis aussi, en même temps, immédiatement, que jamais personne, et certainement pas moi, ne reviendra sur l'avortement.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes satisfaite de la position de François FILLON ? A titre personnel il est opposé, mais il dit « jamais je ne toucherai à cette loi. »

LAURENCE ROSSIGNOL
En fait je suis plus inquiète de ce qu'il a dit dans la dernière semaine, à un moment donné il a dit, sur l'IVG, il a affirmé avoir voté tous les textes qui ont permis la mise en oeuvre de la loi VEIL, et il a dit « on ne peut pas me soupçonner, c'est un procès d'intention qui m'est fait, j'ai voté tous les textes. » Quand j'ai entendu ça j'ai été assez surprise, et en fait il a menti.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous avez vérifié.

LAURENCE ROSSIGNOL
Il a menti.

GUY BIRENBAUM
C'est-à-dire ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Il a menti. Depuis la loi de 76, et François FILLON est quand même député depuis 81, donc on a un recul pour identifier ses positions, du recul, il y a eu plusieurs textes importants, le remboursement de l'IVG, en 2002, et puis la loi de 2010…

FABIENNE SINTES
Le délai.

LAURENCE ROSSIGNOL
Avant il y a eu sur les mineures, permettant à une mineure de venir accompagnée d'un adulte quand elle ne peut pas prévenir ses parents, et puis il a la loi sur les délais, il n'a voté aucun de ces textes. Aucun.

GUILLAUME DARET
Il a voté contre ou il ne les a pas votés ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Alors, pour certains il a voté contre, pour d'autres il était absent, il n'en n'a voté aucun, donc il ne peut pas dire « j'ai voté tous les textes », ce n'est pas possible de dire ça.

JEAN-MICHEL APHATIE
Comme son groupe, ou il s'est singularisé par rapport à son groupe, parce qu'on sait qu'à l'Assemblée il y a des phénomènes de groupe. Le groupe dit on ne votera pas tel texte et personne ne le vote. Par exemple 2002, le remboursement ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Il a voté contre.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'était la loi…

LAURENCE ROSSIGNOL
C'était la loi Roudy.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ça, donc du temps de Lionel JOSPIN, il n'était pas encore Premier ministre François FILLON.

LAURENCE ROSSIGNOL
Ah non, vous m'avez dit 2002 ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui 2002, vous avez dit 2002.

LAURENCE ROSSIGNOL
Non, non, le remboursement c'est 82, c'est la loi Roudy de 82, et après c'est la loi 2001 Martine AUBRY.

GUILLAUME DARET
La semaine dernière vous l'avez qualifié, je cite, de candidat le plus réac. Est-ce que vous n'êtes pas en train de vous fabriquer un nouvel épouvantail à gauche, avec François FILLON ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Ecoutez, j'observe qui ont été ses soutiens, Sens commun, ça fait un moment que la Manif pour tous, effectivement, avait élu François FILLON comme étant le candidat le plus proche de ses positions, et sur les sujets de société, qu'il s'agisse de la famille, qu'il s'agisse de l'IVG, qu'il s'agisse de l'adoption, il a des positions extrêmement réactionnaires. Je pense que les positions de François FILLON correspondent probablement, aujourd'hui, à l'épicentre de la droite, mais ne correspondent pas à l'épicentre de la société française. Je pense que la société française est collectivement beaucoup moins passéiste, beaucoup moins conservatrice, que ne l'est aujourd'hui le candidat de la droite.

GUILLAUME DARET
Ça veut dire que vous ne pourriez pas voter pour lui, par exemple dans un second tour de l'élection présidentielle François FILLON/ Marine LE PEN, vous votez pour qui ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Ecoutez, on a joué à cette question-là…

GUILLAUME DARET
Vous votez pour François FILLON ou pas ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce n'est pas un jeu.

LAURENCE ROSSIGNOL
Non, non, c'est une question à laquelle on a joué, je le dis, pendant des semaines et des semaines, avec est-ce que vous allez voter pour Nicolas SARKOZY contre Marine LE PEN, est-ce que vous préféreriez voter pour Alain JUPPE ? Au bout du compte…

GUILLAUME DARET
Donc vous ne choisiriez pas entre François FILLON et Marine LE PEN ? Pour vous c'est la même chose.

LAURENCE ROSSIGNOL
Au bout du compte, aucune des hypothèses sur lesquelles on nous a demandé de nous prononcer ne s'est produite, ça en est encore une troisième, la campagne n'est pas commencée et moi je n'ai qu'un objectif, c'est la présence de la gauche au deuxième tour de l'élection présidentielle.

JEAN-MICHEL APHATIE
Alors qui va assurer cette présence de la gauche, François HOLLANDE, c'est le mieux placé d'après vous ?

LAURENCE ROSSIGNOL
François HOLLANDE est président de la République, s'il souhaite…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça ne vous a pas échappé.

LAURENCE ROSSIGNOL
Voilà, s'il souhaite être candidat, il sera candidat.

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que vous le soutenez, vous, c'est ça ma question ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Moi je suis membre de ce gouvernement depuis 2014, depuis 2014 j'agis, je travaille, j'agis et je travaille, j'agis et je travaille, pour que le président de la République…

JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que vous souhaitez que François HOLLANDE soit candidat ?

LAURENCE ROSSIGNOL
J'agis et je travaille pour que le président de la République puisse être candidat en 2017 s'il le décide.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il serait temps qu'il le décide, non ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Eh bien, comme il nous l'a redit hier, il a son calendrier, son calendrier c'est dans les 15 jours…

GUILLAUME DARET
Qu'est-ce qu'il vous a dit ?

GUY BIRENBAUM
En Conseil des ministres.

LAURENCE ROSSIGNOL
Il a dit « j'ai un calendrier », il a rappelé qu'il avait un calendrier, et il se tiendra à son calendrier. Moi je ne peux pas…

GUY BIRENBAUM
Moi aussi j'ai un calendrier… mais, c'est-à-dire, on a tous un calendrier, mais c'est quoi le calendrier, jusqu'au 15 quoi !

LAURENCE ROSSIGNOL
Voilà, il n'a pas donné d'élément nouveau sur ce calendrier.

FABIENNE SINTES
C'est son calendrier de l'Avant….

LAURENCE ROSSIGNOL
C'est le sien, voilà.

JEAN-MICHEL APHATIE
Puisque vous étiez témoin, vous ne répondrez pas à cette question mais, ça a agacé le Premier ministre d'entendre le président de la République dire « j'ai mon calendrier » ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Le Premier ministre ne montre jamais de signe d'agacement en Conseil des ministres.

GUY BIRENBAUM
Ah ben si !

LAURENCE ROSSIGNOL
En Conseil des ministres je ne l'ai jamais vu… en Conseil des ministres tout le monde est concentré sur le Conseil.

GUY BIRENBAUM
Dans Le Journal du Dimanche, dans son interview, il avait l'air un peu agacé quand même, non ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Je ne sais pas, moi je n'aurais pas dit qu'il était agacé, je pense qu'il a dit et redit… en fait, il y a eu beaucoup de commentaires sur cette interview au Journal du Dimanche, mais le Premier ministre n'a pas dit grand chose de plus que ce qu'il dit déjà depuis un moment, c'est-à-dire qu'il est prêt au cas où.

JEAN-MICHEL APHATIE
Non, s'il avait dit ça il n'y aurait pas eu de problème.

GUY BIRENBAUM
Non, il n'a pas dit ça.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il a dit « chacun se déterminera en conscience et moi je suis prêt », sous-entendu « je peux y aller moi aussi », c'était ça le sous-entendu, et je crois que vous l'avez sous-entendu comme nous.

LAURENCE ROSSIGNOL
Moi je suis convaincue que le Premier ministre et le président de la République ne seront pas candidats l'un contre l'autre dans la primaire de la gauche.

GUILLAUME DARET
Donc le président de la République peut être candidat hors de la primaire, et le Premier ministre candidat à la primaire ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Vous déduisez ça de ce que je viens de dire ?

GUILLAUME DARET
Non, c'est une question.

LAURENCE ROSSIGNOL
Je trouve qu'il est difficile aujourd'hui de contourner la primaire, nous en avons besoin de cette primaire par ailleurs, nous en avons besoin parce qu'on peut discuter sur les positions respectives du président de la République et du Premier ministre, mais, aujourd'hui, nous avons en France une situation nouvelle avec le candidat de la droite qui a été choisi dimanche dernier. On n'est plus dans cette espèce d'alternance où en fin de compte on se dit c'est les autres, ils vont gouverner, pas comme nous, mais il y a socle commun. Aujourd'hui on a un candidat qui est à l'écart de ce socle commun, qui cible la Sécurité sociale, c'est-à-dire vraiment l'héritage qui construit la France depuis la Libération, qui est extrêmement offensif contre les protections collectives, qui est un vrai candidat libéral et réactionnaire, pour la gauche c'est une situation nouvelle.

FABIENNE SINTES
Et la gauche, on y vient dans 90 secondes si vous le voulez bien.
(…)

FABIENNE SINTES
Dernière partie de l'émission politique de France Info avec Laurence ROSSIGNOL ce matin.

JEAN-MICHEL APHATIE
Pur être clair vous souhaitez que le président de la République passe par la primaire ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Je pense qu'une belle campagne avec le président de la République, c'est une campagne qui passe par un grand rassemblement, d'abord dans la primaire. Mais je souhaiterai que tout le monde passe par la primaire.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais ça c'est un voeu pieux. Jean-Luc MELENCHON que vous connaissez mieux que nous ne passera jamais par la primaire, donc voilà…

GUY BIRENBAUM
Ni monsieur MACRON.

LAURENCE ROSSIGNOL
Ils ont tort. Ils ont tort et pas simplement dans leur stratégie individuelle, ils ont tort face à l'histoire et à l'échéance et à l'enjeu de 2017.

JEAN-MICHEL APHATIE
Parce que vous disiez que la désignation de François FILLON créait une situation nouvelle mais pas au point de permettre à François HOLLANDE de dire, vu le candidat qui est maintenant celui des Républicains, je peux m'abstraire de l'obligation de passer par la primaire.

LAURENCE ROSSIGNOL
Ecoutez, il n'y a pas de lien entre le candidat de la droite et la primaire, moi je crois à la dynamique de la primaire, je pense que d'ailleurs on va être très observé et contrairement à certains esprits inquiets, je pense que la primaire de la gauche peut être une belle primaire, parce qu'aujourd'hui ce que je ressens, ce que j'entends, c'est une gauche qui prend la mesure du danger nouveau que représente le candidat de la droite aujourd'hui, de cette droite qui est une droite en fait revancharde, mais pas simplement revancharde à l'égard de la gauche, elle est revancharde à l'égard de ce qu'est notre identité commune et justement je l'évoquais, il y a un instant, la protection sociale, le service public, les avancées de société.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous aviez un épouvantail nommé SARKOZY, vous venez de trouver un autre épouvantail nommé FILLON. C'est comme ça que la gauche peut se faire élire en permanence, c'est-à-dire « coucou l'épouvantail, votez pour moi » ?

LAURENCE ROSSIGNOL
La gauche a incontestablement un sujet de rassemblement aujourd'hui autour d'un projet commun. Toutes les gauches sur la planète, en Europe, aux Etats-Unis partout sont aujourd'hui perturbées par leur capacité à inventer un projet nouveau face au libéralisme et au populisme. La gauche française, elle n'est pas dans un pire état que la gauche allemande, britannique, espagnole ou américaine. Toutes les sociales démocraties doivent aujourd'hui construire un nouveau projet et ces projets, ils se construiront avec MELENCHON et le Parti socialiste. Je voulais juste vous dire une chose…

GUILLAUME DARET
Laurence ROSSIGNOL, vous savez que Jean-Luc MELENCHON peut se retrouver peut-être le premier candidat de la gauche dans l'élection présidentielle.

LAURENCE ROSSIGNOL
Peut-être, on verra, mais écoutez, c'est vos sondages qui vous disent ça ?

GUILLAUME DARET
Non c'est les affluences dans les meetings, il y a énormément de monde autour de Jean-Luc MELENCHON.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est l'état des mouvements, vu l'état du Parti socialiste, on se dit que peut-être son candidat aura du mal à être en tête.

LAURENCE ROSSIGNOL
Peut-être mais aussi une campagne électorale et la primaire de la droite l'a montré, ça change les choses. Au début de la primaire de la droite FILLON est celui qui ne peut pas gagner et une campagne électorale, ça crée un effet politique.

FABIENNE SINTES
Mais ils sont tous ensemble dans la primaire de la droite, ça change tout.

LAURENCE ROSSIGNOL
Aujourd'hui ils sont tous ensembles, mais ils n'étaient pas tous ensembles, écoutez rien n'est figé.

GUILLAUME DARET
En tout cas pour vous si ce n'est pas François HOLLANDE, c'est Manuel VALLS le candidat naturel de la gauche, de gouvernement ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Bien sûr, oui, je n'en vois pas d'autres, je ne vois pas d'autres candidats pour représenter la gauche de gouvernement et donc pour représenter la gauche dans cette présidentielle que le président de la République et le Premier ministre, parce que le bilan de ce gouvernement est un bilan qui est un bilan que nous pouvons revendiquer devant les Français. Et aujourd'hui c'est d'ailleurs tout l'enjeu, c'est à la fois de restaurer ce bilan de nouveau et ensuite présenter un projet. Et Jean-Michel APHATIE a raison, ça ne peut pas être qu'un projet contre la droite…

JEAN-MICHEL APHATIE
J'ai souvent raison.

LAURENCE ROSSIGNOL
Pas toujours.

GUY BIRENBAUM
Je vais un petit peu changer de sujet si vous le voulez bien, certaines associations, notamment la manif pour tous s'indigne depuis hier de la diffusion au cinéma du film d'animations « Sausage Party », alors ce qu'ils reprochent à ce film qui est interdit aux moins de 12 ans pour l'expliquer, nous allons voir un petit extrait et puis je vous expliquerai après ce qui les énervent.

Extrait du film.

GUY BIRENBAUM
Alors bon voilà des images que les auditeurs…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce que j'ai cru voir est un peu chaud.

GUY BIRENBAUM
C'est une saucisse qui est crue visiblement, une partouze entre aliments est reprochée par la manif pour tous, qu'est-ce que vous répondez à cette injonction de la manif pour tous qui reproche en tout cas la sortie de ce film et l'interdiction seulement aux moins de 12 ans ?

JEAN-MICHEL APHATIE
C'était moins de 17 ans aux Etats-Unis.

GUY BIRENBAUM
Tout à fait.

LAURENCE ROSSIGNOL
Ecoutez, j'ai découvert l'existence de ce film hier justement parce que la Manif pour tous a alerté sur ce film. Je ne l'ai pas vu.

GUY BIRENBAUM
Vous pourriez aller le voir.

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, je veux bien aller le voir, je n'ai pas trop le temps en ce moment.

GUY BIRENBAUM
Je ne l'ai pas encore vu, mais on peut aller le voir ensemble si vous voulez.

LAURENCE ROSSIGNOL
Ca sort d'hier.

GUY BIRENBAUM
C'est sorti hier, allons le voir.

LAURENCE ROSSIGNOL
J'irai le voir. Écoutez, je trouve que la Manif pour tous a tendance en ce moment à intervenir sur énormément de sujets, il y a 8 jours c'était, parlons-en parce qu'on est le 1er décembre sur la campagne sur la prévention contre le VIH, qui était une campagne qui était à destination des jeunes hommes qui ont des relations épisodiques.

GUY BIRENBAUM
Ce n'était pas seulement la Manif pour tous, c'était certains maires des Républicains qui ont demandé l'interdiction de cette campagne dans leur ville, notamment à Aulnay.

LAURENCE ROSSIGNOL
Voilà, la Manif pour tous intervient un peu sur tous les sujets de société, je pense qu'il faut que chacun reprenne sa place et la manif pour tous n'a pas vocation à devenir le comité de censure à la fois du cinéma, des campagnes de prévention de la santé et de l'ensemble des activités de ce pays.

GUY BIRENBAUM
Non.

GUILLAUME DARET
On va terminer sur Jacqueline SAUVAGE qui a été condamnée à dix ans de prison pour le meurtre de son mari, partiellement graciée par le président qui a vu une nouvelle fois rejetée sa demande de libération conditionnelle la semaine dernière, est-ce que ça vous semble normal ?

LAURENCE ROSSIGNOL
J'aurais préféré que ce ne soit pas cette décision, mais pour autant il est très difficile pour moi de commenter une deuxième décision du juge d'application des peines.

GUILLAUME DARET
Mais vous la regrettez visiblement ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Je ne peux pas, votre question m'amène sur un des interdits de l'exécutif, c'est de commenter une décision de justice.

JEAN-MICHEL APHATIE
Si vous n'étiez pas ministre, vous répondriez différemment.

LAURENCE ROSSIGNOL
Mais j'agis, la semaine dernière j'ai agi en faveur des femmes victimes de violences pour justement mobiliser la société, mobiliser tous les pouvoirs publics quand j'ai présenté le nouveau plan de lutte contre les violences faites aux femmes et effectivement la décision qui a été prise concernant Jacqueline SAUVAGE dans la même séquence a pu apparaitre pour beaucoup de gens difficilement compréhensible, mais c'est un dossier judiciaire donc je ne connais pas tous les attendus.

JEAN-MICHEL APHATIE
Merci Laurence ROSSIGNOL d'avoir acceptée l'invitation de France Info.

FABIENNE SINTES
Et merci à tous, à demain.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 décembre 2016

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