Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à Europe 1 le 1er décembre 2016, sur l'hébergement des sans domicile fixe et des réfugiés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à Europe 1 le 1er décembre 2016, sur l'hébergement des sans domicile fixe et des réfugiés.

Personnalité, fonction : COSSE Emmanuelle, SOTTO Thomas.

FRANCE. Ministre du logement et de l'habitat durable;

ti : JULIE LECLERC
« L'interview vérité ». Thomas, vous recevez ce matin Emmanuelle COSSE, ministre du Logement et de l'Habitat durable.

THOMAS SOTTO
Il fait froid et ça peut vite devenir un problème vital pour celles et ceux qui vivent dehors, dans la rue. Bonjour Emmanuelle COSSE.

EMMANUELLE COSSE
Bonjour.

THOMAS SOTTO
Florent, 38 ans, le 10 janvier à Paris. Khaled, 66 ans, le 4 janvier à Anthony. Joey, 27 ans, à Soyaux en Charente le 31 janvier. Cécile, 36 ans, le 19 février à Argenteuil. Latifa, 46 ans, le 21 décembre à Levallois-Perret. Albert, 88 ans, le 30 janvier à Nanterre. L'an dernier, de ce que l'on sait, 498 SDF au moins sont morts dans nos rues et dans l'indifférence quasi-générale. Qu'est-ce que vous pouvez faire cette année pour que cette liste cesse de s'allonger ?

EMMANUELLE COSSE
Alors tout d'abord, moi je peux vous dire qu'en tant que ministre du Logement et donc de l'Hébergement, ces personnes qui décèdent dans la rue, elles ne décèdent pas dans mon indifférence et dans celle de mes services. Nous avons des structures d'hébergements qui nous permettent chaque soir d'héberger toute l'année, au moins 115 000 personnes, et ne période hivernale nous augmentons par ailleurs le volume, environ de 10 000 places, au gré des besoins.

THOMAS SOTTO
Est-ce qu'il y a une place pour chaque personne qui voudrait y aller, dans ces centres, l'hiver ?

EMMANUELLE COSSE
On les trouve, et en particulier dans la période hivernale. Il y a une circulaire dite « Grand froid », qui nous oblige à agir encore plus, quand on a des températures négatives plusieurs nuits de suite, pour notamment renforcer les maraudes et aller chercher ces personnes. Il faut dire les choses, même si on peut trouver ça très injuste, mais c'est très difficile parfois d'amener ces personnes dans nos structures, et il est aussi vrai qu'il y a des ratés, il y a des personnes qui parce qu'elles n'ont pas eu de place à un autre moment, ne les redemandent plus. On a des personnes qu'on a l'habitude de voir, d'autres qu'on ne voit plus, et c'est ce qui explique ces morts. Mais je dois aussi le dire, les morts dans la rue, il y en a l'hiver et il y en a aussi l'été...

THOMAS SOTTO
Il y en a beaucoup l'été.

EMMANUELLE COSSE
Il y en a du fait des grandes chaleurs, du fait de pathologies, du fait d'addictions, et c'est vrai que nous essayons de trouver des solutions aussi qui répondent à ces sujets de la grande exclusion. Parmi les personnes à la rue, il y a des tas d'histoires différentes, il y a parfois des familles qui sont repérées et mises à l'hôtel immédiatement, il y a aussi des personnes qui sont dans de l'addiction, mais qu'on ne laisse pas pour autant à la rue, on leur trouve des structures où elles peuvent arriver, avec leur addiction.

THOMAS SOTTO
Est-ce que l'arrivée des réfugiés complique les choses, Emmanuelle COSSE ? On voit des familles dans les rues avec des enfants, qu'on ne voyait pas il y a quelques semaines encore.

EMMANUELLE COSSE
Les familles que vous voyez dans la rue, c'est des familles que l'on voyait déjà avant, je peux vous le dire, je connais assez bien la situation, et ce n'est pas lié à l'arrivée de réfugiés. Par contre il y a des personnes qui se font passer pour des réfugiés, qui n'en sont pas.

THOMAS SOTTO
Il y a aussi de vrais réfugiés.

EMMANUELLE COSSE
Il y a beaucoup de réfugiés qui arrivent, et on l'a vu avec l'ensemble des campements insalubres que nous avons démantelés au fur et à mesure, ça n'a pas compliqué les choses, ça nous a obligé à faire beaucoup plus, et donc d'avoir une mobilisation supplémentaire, pour un public qui venait d'arriver et qui était dans des situations de dénuement absolument totales. Mais je l'ai dit depuis le début, c'est qu'en temps que nous avons ouvert ces places pour des migrants, nous avons renforcé les places d'hébergement pour les personnes sans-abri et y compris pérenniser plus de places...

THOMAS SOTTO
Il n'y a pas de concurrence entre les uns et les autres...

EMMANUELLE COSSE
Non, il n'y en a pas.

THOMAS SOTTO
Ce que l'on fait pour les uns, ne se fait pas au détriment des autres.

EMMANUELLE COSSE
On entend tout le temps des personnes qui disent, et je le vois bien, je suis attaquée constamment par l'extrême droite, qui maintenant se soucie des SDF, en me disant : « Vous ne faites rien... vous faites tout pour les migrants, rien pour les SDF ». Ce n'est pas vrai. Nous sommes passés de... nous avons augmenté depuis cinq ans, de 45 % les places d'hébergement, nous en avions 82 000, nous en avons 118 000 aujourd'hui + celle que l'on fait en hiver en cas de besoin, et nous allons continuer. J'ai visité...

THOMAS SOTTO
Sachant que le nombre de SDF a augmenté, lui, de 50 % en dix ans, nous dit l'INSEE.

EMMANUELLE COSSE
Et c'est surtout qu'il y a des niveaux de précarité. Dans des personnes à la rue il y a des gens qui travaillent mais qui sont en intermittence, qui n'ont plus parfois tout à fait leurs droits, qui se retrouvent à la rue parce qu'ils ont des impayés de loyers, et donc il faut aussi résoudre les raisons qui amènent à la rue. D'où notre plan de prévention pour les expulsions, d'où la volonté que l'on travaille plus vers les publics précaires pour du logement pas cher, parce que c'est ça aussi qui permet à ce que des personnes ne soient pas en rupture totale.

THOMAS SOTTO
Dans l'urgence, quand on croise un sans-abri en péril dans la rue, on appelle le 115, le Samu Social. J'ai appelé plusieurs fois hier soir, et à chaque fois je suis tombé là-dessus.

MESSAGE ENREGISTRÉ
Vous êtes en relation avec le numéro 115, accueil d'urgence des sans-abri. Tous les travailleurs sociaux sont actuellement en ligne. Nous vous prions de bien vouloir...

THOMAS SOTTO
Alors, il n'est pas question, Emmanuelle COSSE, de remettre en cause la bonne volonté de ceux qui travaillent au 115, mais c'est un problème de moyens ou d'organisation ? Plus d'un appel sur deux n'a pas de suite, faute de place pour pourvoir héberger la personne qui appelle, quand on arrive à les joindre.

EMMANUELLE COSSE
C'est un problème, déjà, de difficultés à trouver les places, mais aussi, voilà, à faire face à la demande. On a des soirées où c'est comme ça, d'autres où ça l'est beaucoup moins. Le budget de l'hébergement c'est un...

THOMAS SOTTO
Oui mais quand il fait froid, ça ne peut pas être comme ça, quand il fait - 6, - 8°.

EMMANUELLE COSSE
Laissez-moi terminer. Le budget de l'hébergement c'est 1,7 milliard consacré à cela, il a été augmenté encore pour l'année 2017, notamment. Donc, d'une part, oui, et on travaille justement aussi à donner au 115 des moyens techniques de répondre plus rapidement, je le dis aussi, il y a notamment dans les grandes villes, on augmente les maraudes physiques, c'est-à-dire des équipes du 115, les gens que vous appelez, qui sillonnent les rues des grandes villes et de d'autres territoires, les nuits, pour aller chercher des personnes qui sont en difficultés. Nous avons des structures, évidemment, qui sont là, et puis je le dis aussi, les services d'urgence, si vous voyez une personne en difficultés, vous appelez les services d'urgences, elles sont là pour ça.

THOMAS SOTTO
Les urgences des hôpitaux, du coup.

EMMANUELLE COSSE
Oui. Ça ne veut pas dire qu'il faut faire des appels malveillants, je tiens à le rappeler, mais des personnes en difficultés qui ont besoin d'aide. Enfin, par ailleurs, on a des structures de jour qui accueillent des personnes à la rue, pour se laver, pour faire leurs papiers, pour avoir des vestiaires, pour pouvoir manger. Ce sont aussi des structures qui en période de grand froid ou de grande chaleur, ouvrent plus longtemps et font ce suivi-là, et je le dis enfin, si nous avons, nous voyons des personnes, enfin, et un nombre de personnes en difficultés à la rue, nous ouvrons des structures temporaires, on l'a déjà fait et on le refera, notamment pour qu'il n'y ait pas de personnes qui en effet meurent de froid.

THOMAS SOTTO
Emmanuelle COSSE, vous êtes ministre du Logement, j'ai une dernière question, elle est politique, elle concerne quelqu'un qui se cherchera peut-être bientôt un logement. Est-ce que vous souhaitez que François HOLLANDE soit expulsé de l'Elysée à la fin de la trêve hivernale ?

EMMANUELLE COSSE
Au-delà de la question politique, cher Thomas SOTTO, moi je n'aime pas trop faire des jeux de mots sur les expulsions, parce que...

THOMAS SOTTO
C'est un clin d'oeil, évidemment, mais...

EMMANUELLE COSSE
Non mais je le dis, et quand même l'expulsion c'est quelque chose d'absolument dramatique.

THOMAS SOTTO
On est bien d'accord.

EMMANUELLE COSSE
Et je pense qu'il ne faut pas trop rigoler avec ça. Et après...

THOMAS SOTTO
Je ne voudrais pas que ça vous permette d'esquiver la question, surtout.

EMMANUELLE COSSE
Non, je ne l'esquive pas, moi je vous dis les choses assez simplement, je pense que François HOLLANDE, avec le bilan qu'il a, la situation économique et sociale de notre pays, il faut qu'il se présente. J'ai dit, moi...

THOMAS SOTTO
Il reste le meilleur candidat à sa propre succession ?

EMMANUELLE COSSE
Il me semble, et surtout il faut qu'il aille expliquer aux Français ce qu'il a fait. Quand on a des chiffres du chômage qui baissent, quand on a des chiffres sur le logement qui n'ont jamais été aussi bons depuis cinq ans, quand on a changé des choses sur la question de la pauvreté, parce que la pauvreté a diminué dans notre pays, malgré tout ce que l'on raconte, il faut aussi aller au devant des Français...

THOMAS SOTTO
Il faut qu'il y aille même en dehors de la primaire, selon vous ?

EMMANUELLE COSSE
Il faut aller... non, moi, les choses sont assez simples, j'ai toujours pensé que la primaire était un bon moment, y compris débattre les uns, les autres, mais en tout cas, il est temps maintenant de s'expliquer, quand je vois le projet extrêmement conservateur de François FILLON, y compris sur les questions dont on vient de parler...

THOMAS SOTTO
Attendez, « il est temps de s'expliquer », ça veut dire que maintenant ce suspense, cette indécision a assez duré ?

EMMANUELLE COSSE
Il est temps de se battre pour nos idées, de ce que nous avons fait, et pour les Français, et notamment quand je vois ce que la droite conservatrice de François FILLON nous prépare.

THOMAS SOTTO
Donc il est temps qu'il parle, François HOLLANDE.

EMMANUELLE COSSE
C'est à lui de choisir son temps, mais je crois que nous arrivons dans le timing que lui-même nous avait indiqué.

THOMAS SOTTO
Merci Emmanuelle COSSE d'être venue ce matin, en direct, sur Europe 1. Merci et bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 décembre 2016

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