Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RTL le 6 décembre 2016, sur l'annonce de la candidature de M. Manuel Valls à l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RTL le 6 décembre 2016, sur l'annonce de la candidature de M. Manuel Valls à l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci d'être avec nous dans ce studio de RTL au lendemain de l'annonce de la candidature de Manuel VALLS. Vous êtes d'ailleurs le plus "Vallsiste" des ministres, "Vallsiste", vous l'êtes, vous le resterez. Mais ministre, est-ce que vous le serez toujours tout à l'heure ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien écoutez, d'abord, merci de vous intéresser à mon sort, même si, sincèrement, je ne crois pas que ça soit la question la plus importante de… pour le reste, avec Manuel VALLS, je partage la loyauté, la combativité, que nous mettons au service du président de la République, c'est à lui de décider, voilà.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et pourquoi est-ce qu'on vous donne partant ce matin ? Pourquoi est-ce qu'il y a une rumeur de départ de Manuel VALLS, alors que précisément, vous êtes le plus proche du Premier ministre ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, je n'en sais rien, je ne vais pas commenter… honnêtement, très honnêtement, je ne vais pas commenter toutes les rumeurs, parce que, il y a tellement de gens bienveillants…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y en a pas beaucoup, il n'y en a qu'une…

JEAN-MARIE LE GUEN
Il y a tellement de gens bienveillants que… il y a tellement de nécessités que je ne pourrais pas…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais, est-ce que vous souhaitez rester au gouvernement, Jean-Marie LE GUEN ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je suis à la disposition du président de la République…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ou est-ce que vous préférez par exemple… est-ce que vous préférez rester cinq mois et assister en spectateur à une sélection fondamentale pour la gauche, c'est-à-dire celle du futur candidat ou est-ce que vous resterez à l'intérieur du gouvernement, alors que d'ailleurs, au Parlement, il n'y a plus énormément de textes, il n'y a plus d'enjeux…

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est vrai que la session parlementaire va se terminer d'ici quelques semaines, il y a des textes importants qui vont encore être votés, il y a aussi une partie de mon travail, qui est moins connue, qui est celui de l'application des lois, c'est-à-dire faire en sorte que les décrets soient publiés derrière les lois, et là, on a un gros travail de finition pour que tout le travail engagé pendant les cinq ans soit produit. Voilà, pour le reste, je serai évidemment tout à fait engagé dans cette campagne présidentielle, qui est tout à fait essentielle pour notre pays et pour les Français. Donc là, en tant que responsable politique, je me sens évidemment totalement impliqué, quel que soit le statut qui sera le mien, et encore une fois, je suis à la disposition du président de la République.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, on a bien compris que de toute façon, c'est le président qui fait ce type d'annonce, ça n'est pas vous qui allez aujourd'hui vous sortir du gouvernement. Néanmoins, ça ne serait pas une surprise si ce soir, vous n'y étiez plus pour vous engager au corps à corps, si je puis dire, avec Manuel VALLS dans sa campagne ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, de toute façon, je serai engagé dans les semaines qui viennent, il n'y a pas de doute là-dessus, c'est mon tempérament.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous aurez un rôle particulier ? Vous voulez jouer un rôle particulier dans la campagne de Manuel VALLS ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, franchement, pas du tout, je n'ai pas besoin personnellement d'avoir ce type d'affichage, je suis comme je suis, j'ai ma particularité, voilà, je suis quelqu'un de libre moi aussi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, et dernière question, comme très proche de Manuel VALLS, vous n'êtes pas indésirable au gouvernement, ça ne vous rend pas suspect aux yeux de certains ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais pourquoi voulez-vous, franchement… comment pouvez-vous imaginer que les relations entre le président de la République et Manuel VALLS, qui est à l'heure où nous parlons encore son Premier ministre, soient de cette nature. Je pense au contraire qu'il y a beaucoup de sérénité, d'affection qui se fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vingt minutes de discours de Manuel VALLS hier pour présenter sa candidature, avec un enjeu majeur : saura-t-il rassembler son camp ? Comment faire du VALLS, ce qui est sa marque de fabrique, et convaincre dans le même temps une gauche, une partie de la gauche qui ne lui ressemble pas ?

JEAN-MARIE LE GUEN
J'ai trouvé hier la présentation de Manuel VALLS, avec beaucoup d'émotion, beaucoup de force aussi, et un engagement, un sens des responsabilités. Il est depuis hier candidat à la présidence de la République, et pour lui, ça a une signification très forte. Il était à Evry, parce que dans cette ville, avec les responsabilités, la pratique qui ont été les siennes, il a voulu véritablement s'en nourrir, porter le message de cette ville. Aujourd'hui, il est candidat à la présidence de la République, dans une situation politique tout à fait extraordinaire, historique de notre pays…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, il est candidat à la primaire…

JEAN-MARIE LE GUEN
Et il se met à la hauteur de la situation. Et parmi les objectifs qui sont les siens, c'est d'abord de rassembler sa famille politique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur quelle ligne ? Sur quelle ligne va-t-il faire campagne dans la primaire ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Sur la ligne du socialisme de la gauche de gouvernement, la gauche de gouvernement, c'est-à-dire cette gauche qui est diverse évidemment, qui peut… et vous savez le goût du débat que nous avons, parfois même des polémiques que nous poussons sans aucun doute trop loin de temps en temps, mais avec cette volonté d'être à la rencontre de l'histoire, de rassembler cette famille…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, alors ça, ce sont de grandes formules, Jean-Marie LE GUEN…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, c'est une…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il va y avoir dans le cadre de la primaire, et c'est le but de la primaire aussi, des débats sur les lignes, sur les positions. Et Manuel VALLS a toujours défendu, lui, une forme de rupture avec le socialisme traditionnel, il est l'homme de clarification, il voulait effectivement un Parti socialiste, dans d'autres temps, il a voulu supprimer l'ISF, il a critiqué les 35h, au gouvernement, il a été l'homme du 49.3, etc. Il va défendre cette ligne-là ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Il va défendre ce qu'est la gauche de gouvernement, mais en même temps, la période que nous…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que par exemple, la politique de l'offre…

JEAN-MARIE LE GUEN
Juste un moment…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il est l'homme de la politique de l'offre en économie, et vous le savez bien, vous êtes…

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais il en a parlé hier…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il va la défendre de la même manière…

JEAN-MARIE LE GUEN
Il a parlé de la compétitivité, excusez-moi, Manuel VALLS ne va pas abandonner la nécessité d'avoir une économie forte pour pouvoir payer les services publics dont nous avons besoin et les redistributions dont nous avons besoin. Qui peut prétendre et qui peut imaginer une seconde que nous abandonnions cette volonté de rendre nos entreprises compétitives, c'est le sens de l'emploi, c'est le sens de l'investissement. On en voit d'ailleurs les premiers retours aujourd'hui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais sur quoi doit-il rassurer, Jean-Marie LE GUEN, sur quoi doit-il rassurer une gauche qui n'a pas accepté la loi El Khomri, par exemple ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Sur le fait d'écouter tout le monde…

ELIZABETH MARTICHOUX
Comment va-t-il la rassurer ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais je pense qu'il y a une revalorisation qui est en train de se faire, petit à petit…

ELIZABETH MARTICHOUX
De quoi ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Des regards que nous avons eus, les uns sur les autres, aussi bien les critiques ou sur l'action du Premier ministre. On voit par exemple que, aujourd'hui, monsieur FILLON, ce qu'il propose, ce n'est pas de revenir au code du travail précédent, c'est de supprimer y compris toutes les avancées qui sont à l'intérieur de la loi El Khomri…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pensez que ça suffira de brandir la menace de François FILLON pour rassembler son camp ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais pas du tout, pas du tout, Elizabeth MARTICHOUX, je crois, au contraire, et Manuel VALLS en a dressé, d'abord, depuis plusieurs semaines, un certain nombre d'éléments. Deuxièmement, dans son discours, il a esquissé un certain nombre de thèmes hier. Il a, et je le sais, des propositions à faire, c'est un homme de projets, c'est un homme qui a une vision sur la société…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il les fera quand ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Et cette vision, elle n'est pas la même…

ELIZABETH MARTICHOUX
Dès demain par exemple, la campagne ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Excusez-moi, elle n'est pas la même que celle que nous avons débattue depuis quatre ou cinq ans, le monde, ces derniers mois, a changé profondément. L'apparition d'un certain nombre de national populistes qui viennent porter une certaine vision du monde, évidemment, aux Etats-Unis, le Brexit, ce qui s'est passé en Italie, nous amène à penser et la société et le monde d'une façon différente. Nous allons rentrer dans une période particulière, marquée sans doute, François LENGLET pourrait le dire, peut-être par la guerre économique demain. Eh bien, face à cela, Manuel VALLS a des propositions, il a une vision. C'est un homme politique, qui a aussi des intuitions qui sont plus fortes, je pense, que beaucoup d'autres responsables…

ELIZABETH MARTICHOUX
La question pour lui, Jean-Marie LE GUEN, l'enjeu pour lui, c'est ne pas mettre son originalité, je le disais tout à l'heure, il faut qu'il fasse du VALLS…

JEAN-MARIE LE GUEN
Il la gardera, il la gardera ! Je n'ai pas de doute là-dessus…

ELIZABETH MARTICHOUX
S'il se déporte sur sa gauche…

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais il ne se déportera pas…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il ne sera plus lui-même…

JEAN-MARIE LE GUEN
Il veut porter, il ne veut pas…

ELIZABETH MARTICHOUX
S'il se déporte sur sa droite, il se rapproche d'Emmanuel MACRON…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, sortons de cette…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais si…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais, excusez-moi, vivons en troisième dimension, il faut regarder devant, il ne s'agit pas de faire des synthèses bancales, il s'agit de se projeter, et dans ce projet, il veut porter les sentiments, les aspirations de l'ensemble de la gauche de gouvernement, celle qui veut agir, qui fait que les citoyens pensent que la politique a encore du sens, qu'on n'est pas là simplement pour protester, mais aussi pour peser sur l'histoire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, pas de synthèses bancales, d'accord, j'ai compris…

JEAN-MARIE LE GUEN
Et aujourd'hui, il faut peser sur l'histoire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas de synthèses bancales, on attend les propositions, vous dites qu'elles seront nouvelles et originales, en attendant, il fait face à un scepticisme caractérisé de certains ténors de la gauche : Stéphane LE FOLL, qui veut se donner du temps, Martine AUBRY, qui, hier, disait : ce n'est pas évident dans le soutien de Manuel VALLS à la primaire. Qu'est-ce que vous leur dites ? On a fait plus enthousiaste…

JEAN-MARIE LE GUEN
Regardons les Français, regardons la situation dans laquelle nous sommes, regardons la France, Manuel VALLS, il a parlé d'abord de la France, ensuite, il a parlé des Français. Ensuite, il a parlé effectivement de la gauche, de son rôle historique, mettons-nous tous, et moi, le premier, à ce niveau de responsabilité. Moi, j'ai une carrière politique assez remplie derrière moi…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est irresponsable ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Et jamais, jamais, je ne me suis senti à un tel degré de responsabilité, l'extrême droite est aux portes du pouvoir dans notre pays. La droite est d'une dureté et d'une violence comme on ne l'a jamais connu dans ce pays. Et le monde porte, certes, des aspirations positives, mais des dangers qui sont aussi considérables…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce serait irresponsable ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Soyons à la hauteur…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce serait irresponsable de se fracasser, de se diviser, par exemple, une candidature Hollandaise pour faire front à celle de Manuel VALLS, pour vous, ce serait absurde ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, franchement… mais moi, je n'ai pas à porter de jugement, je dis simplement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous dites… vous appelez à la responsabilité…

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais j'appelle à la responsabilité, ça va de soi, je n'ai pas besoin de faire de commentaires, je crois que chacun comprend de quoi il s'agit ou alors, il faut être particulièrement aveugle au regard de la situation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne craignez pas un TSV, un Tous Sauf VALLS ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je ne crois pas. Je crois que Manuel VALLS va emporter une vraie dynamique d'espoir, bien sûr que la gauche – nous sommes lucides – la gauche est en grande lucidité. Manuel VALLS, c'est le candidat de l'unité, du rassemblement et de l'efficacité pour la gauche de gouvernement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je ne sais pas si vous serez directeur de campagne, vous serez en tout cas un bon porte-parole. Si vous êtes toujours au gouvernement, vous aurez un nouveau Premier ministre dans quelques heures, normalement, avant la mi-journée, autour de 11h. Vous avez un pronostic ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Absolument aucun, encore une fois, c'est le président de la République…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, parce que ça ne vous concerne plus ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais écoutez, la Constitution est faite de telle façon, c'est normal, c'est le président de la République qui décide, voilà, et premièrement, je n'en sais rien, et deuxièmement, si je le savais, ça serait à lui de vous le dire, et pas à moi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, ce sera tout à l'heure d'ailleurs, par communiqué. Merci beaucoup Jean-Marie LE GUEN d'avoir été notre invité ce matin sur RTL.

JEAN-MARIE LE GUEN
Merci à vous.

YVES CALVI
Pas de synthèses bancales, vient de nous dire Jean-Marie LE GUEN, la gauche de gouvernement de Manuel VALLS, c'est celle qui défend la politique de l'offre pour aider nos entreprises afin de maintenir nos services publics.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 décembre 2016

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