Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à Europe 1 le 2 décembre 2016, sur l'annonce faite par le président François Hollande de ne pas briguer un second mandat et les primaires au sein de la gauche de gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à Europe 1 le 2 décembre 2016, sur l'annonce faite par le président François Hollande de ne pas briguer un second mandat et les primaires au sein de la gauche de gouvernement.

Personnalité, fonction : MEADEL Juliette, SOTTO Thomas.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes;

ti : THOMAS SOTTO
« L'interview vérité », avec ce matin Juliette MEADEL, c'est la secrétaire d'État chargée de l'Aide aux victimes et ancienne porte-parole du Parti socialiste. Bonjour Juliette MEADEL.

JULIETTE MEADEL
Bonjour.

THOMAS SOTTO
Vous êtes la ministre de François HOLLANDE. Je voudrais pour commencer connaitre votre sentiment personnel après la décision du chef de l'État hier.

JULIETTE MEADEL
D'abord une émotion, une tristesse aussi, parce que François HOLLANDE représente pour moi - j'avais commencé avec lui et ça représente un engagement politique, avec une vraie honnêteté -, un respect des institutions, je tiens quand même à le dire, et puis une modernité, parce que franchement, moi qui ai été frappée dans ma génération par des hommes politiques qui cumulent les mandats, qui cumulent tout, qui ne veulent plus jamais s'arrêter, qui n'arrivent pas à trouver d'autre issue que leur propre renouvellement. Je trouve qu'être capable de dire « j'ai fait l'analyse que je n'étais pas le mieux placé pour faire gagner la gauche et que je n'étais donc pas le mieux placé pour porter un projet dans lequel je crois, et donc, compte tenu de cette analyse, je me retire », je trouve que c'est digne, c'est vraiment digne de respect, c'est digne d'un grand président de la République, et je pense que ça va marquer, y compris les générations futures, dans le rapport au pouvoir.

THOMAS SOTTO
Donc, dignité dans le comportement humain, mais politiquement, est-ce qu'il a pris la bonne décision, est-ce que c'était la seule possible pour lui, Juliette MEADEL ?

JULIETTE MEADEL
Ce n'était pas la seule possible, mais c'est l'analyse qu'il a faite. Il a maitrisé son calendrier, il avait indiqué qu'il prendrait sa décision début décembre, c'est ce qu'il a fait, il a donc évidemment pris sa décision en toute liberté, en responsabilités, et moi je suis très frappée par cette maitrise, et du calendrier et des décisions, et ce grand sens des responsabilités.

THOMAS SOTTO
C'est aussi un aveu d'échec pour lui, on savait qu'il voulait se représenter, François HOLLANDE, il n'a cessé de le dire, « J'inverserai la courbe du chômage et je me représenterai ».

JULIETTE MEADEL
Mais la courbe du chômage, vous avez remarqué, a commencé à s'inverser. La croissance repart...

THOMAS SOTTO
Il l'a dit, mais trop tard.

JULIETTE MEADEL
Les comptes publics, il l'a dit, commencent à être... mais il faut aussi prendre en compte un contexte, avec depuis cinq ans, un HOLLANDE-bashing qui frise au harcèlement politique...

THOMAS SOTTO
Et qui vient de sa propre majorité la plupart du temps.

JULIETTE MEADEL
Absolument, mais...

THOMAS SOTTO
Parce que finalement l'opposition joue son rôle dans ces cas-là.

JULIETTE MEADEL
Mais je suis la première à déplorer, et j'ai toujours, en tant que porte-parole du Parti socialiste, considéré que l'attitude des frondeurs avait été irresponsable, et conduit, accule la majorité à être aujourd'hui dans la situation que nous connaissons.

THOMAS SOTTO
Alors, l'avantage c'est que maintenant les uns et les autres peuvent dire clairement ce qu'ils pensent. Politiquement, qu'est-ce qui va se passer chez vous ? Est-ce que Manuel VALLS doit se présenter ?

JULIETTE MEADEL
Manuel VALLS est le candidat qui est solidaire de François HOLLANDE sur le projet que nous portons, en majorité, au Parti socialiste, et aujourd'hui il a évidemment toute sa légitimité pour prolonger le travail qui a été fait. Maintenant, l'enjeu c'est le rassemblement à gauche. Et moi j'appelle en particulier les frondeurs, à faire preuve du même sens des responsabilités, que le président de la République.

THOMAS SOTTO
C'est-à-dire.

JULIETTE MEADEL
C'est-à-dire à faire prévaloir l'unité de la gauche, la défense de notre projet, sur leurs petits intérêts particuliers et personnels.

THOMAS SOTTO
Ça veut dire quoi ? Qu'ils doivent se présenter à la primaire s'ils veulent concourir tous ?

JULIETTE MEADEL
Ça veut dire que les frondeurs doivent miser sur leur rassemblement. Les frondeurs doivent se dire que leur adversaire politique c'est la droite et l'extrême droite, et pas un candidat du gouvernement ou un candidat de la majorité, parce que quand je vois le monde qui vient avec, et la menace de l'extrême droite et les projets d'un François FILLON, qui est en train, on le voit, de vouloir détruire, et l'État, et le service public et la Sécurité sociale, je me dis qu'il y a quelque chose de plus grand qui doit nous rassembler, c'est de préserver une société progressiste et généreuse.

THOMAS SOTTO
Manuel VALLS peut-il être Premier ministre et candidat à la primaire ?

JULIETTE MEADEL
Honnêtement, ce n'est pas le débat du moment.

THOMAS SOTTO
Ah ben si.

JULIETTE MEADEL
Eh bien ce n'est pas le débat du jour. On a demain la BAP, la Belle Alliance Populaire, où tous les socialistes...

THOMAS SOTTO
Il l'annoncera demain, sa candidature, Manuel VALLS ?

JULIETTE MEADEL
Il prendra la parole à la fin de la journée, tous les socialistes seront réunis. Je pense que, chaque chose en son temps, demain est un autre jour.

THOMAS SOTTO
Mais votre camp a besoin de clarification, Juliette MEADEL, ça fait des semaines que tout le monde était suspendu à la non décision de François HOLLANDE.

JULIETTE MEADEL
Bien sûr, la clarification va venir de l'ouverture... Les candidatures pour les primaire sont ouvertes depuis hier, donc on a quelques jours devant nous, il va y avoir un débat, la clarification va venir dans le cadre de la campagne des primaires.

THOMAS SOTTO
Mais vous qui n'aimez pas le cumul, vous pensez qu'on peut être candidat et Premier ministre ou est-ce qu'il faut séparer les choses, dans l'intérêt des démocraties ?

JULIETTE MEADEL
Moi, je pense que c'est bien de séparer les choses, mais ça n'est qu'un avis personnel, et nous verrons quelle sera la décision du président de la République à ce sujet-là et du Premier ministre.

THOMAS SOTTO
Son problème, politiquement, à Manuel VALLS, c'est d'être comptable un bilan de François HOLLANDE qui reste le président le plus impopulaire de la Vème République.

JULIETTE MEADEL
Mais le président de la République aujourd'hui, d'ailleurs, continuera à présider, c'est important, on est dans un moment où je vous rappelle que la menace terroriste n'a pas diminué, et donc on a besoin évidemment d'une présence forte, et bien entendu, la question de son bilan, qui aujourd'hui est d'actualité, moi, à mon avis, je pense que les choses vont se retourner, parce qu'on commence déjà aujourd'hui à voir que son bilan, et j'espère que ça va permettre aussi qu'on en parle davantage, son bilan n'est pas si mauvais que ce qu'on veut bien le dire, on l'a vu sur les comptes publics, sur la question du chômage, sur la préservation du renouvellement de la vie publique...

THOMAS SOTTO
Ça c'est ce qu'il a dit et que vous répétez ce matin, mais...

JULIETTE MEADEL
Et n'oubliez pas une chose importante dont on n'a pas assez parlé, la transparence de la vie publique, le non cumul des mandats, sa décision de ne pas se représenter, montre un rapport au pouvoir désintéressé, un rapport au pouvoir où on s'efface devant l'intérêt général, et j'insiste parce que c'est rare...

THOMAS SOTTO
Mais revenons sur Manuel VALLS, parce que c'est lui qui va être le personnage clef de cette primaire à gauche...

JULIETTE MEADEL
C'est suffisamment rare pour le souligner.

THOMAS SOTTO
Manuel VALLS qui a énormément divisé la majorité, jusqu'à frôler une motion de censure de gauche, quand même, ça aussi c'était inédit, peut-il être celui qui rassemble ?

JULIETTE MEADEL
Vous savez que Michel ROCARD, des motions de censure, il en a eu plusieurs dizaines.

THOMAS SOTTO
Oui, mais pas de sa propre majorité.

JULIETTE MEADEL
Il en a eu plusieurs dizaines. Non, je crois que...

THOMAS SOTTO
Pas de sa propre majorité.

JULIETTE MEADEL
Je crois que maintenant, tout l'enjeu... Moi je crois que Manuel VALLS qui est évidemment en solidarité avec, et le bilan et le président de la République, est le mieux placé aujourd'hui pour nous représenter. Mais il va y avoir un débat démocratique. Et puis il va y avoir un projet, et moi je suis aujourd'hui très soucieuse que l'on accélère à gauche sur le projet de rassemblement, puisque c'est ça l'enjeu.

THOMAS SOTTO
Et Emmanuel MACRON ?

JULIETTE MEADEL
Eh bien Emmanuel MACRON aurait vocation à rejoindre la primaire, s'il voulait jouer la carte du rassemblement, et si Emmanuel MACRON voulait donner une chance au projet progressiste que nous portons, de vaincre, eh bien il devrait venir le faire dans le cadre de la primaire.

THOMAS SOTTO
Pour vous, ministre socialiste, c'est une option, c'est une hypothèse, c'est une candidature intéressante, Emmanuel MACRON ?

JULIETTE MEADEL
Moi, j'ai tendance à penser qu'il vaut mieux toujours essayer d'être solidaire des personnes avec lesquelles on a travaillé, surtout quand on n'a pas de désaccord politique majeur, et moi je n'ai pas entendu chez Emmanuel MACRON de désaccord politique majeur. Donc, un départ à la CHEVENEMENT, je le comprends, un départ à la MACRON qui n'est pas fondé sur une divergence profonde de fond, je le comprends moins, mais moi je crois que le mieux serait que l'on puisse avoir un débat démocratique dans le cadre des primaires, et au moins ça mettrait tout le monde d'accord.

THOMAS SOTTO
Merci Juliette MEADEL d'être venue ce matin, en direct sur Europe 1. Merci et bonne journée à vous.

JULIETTE MEADEL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 décembre 2016

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