Déclaration de Mme Audrey Azoulay, ministre de la culture et de la communication, sur le secteur économique de la mode et la création dans le domaine, Paris le 6 décembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Audrey Azoulay, ministre de la culture et de la communication, sur le secteur économique de la mode et la création dans le domaine, Paris le 6 décembre 2016.

Personnalité, fonction : AZOULAY Audrey.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

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Je suis très heureuse d'ouvrir ce Forum de la mode. Je me réjouis de ce qui est, je crois, une première historique qui réunit tout le secteur, deux fédérations, plusieurs générations de talents de la mode, les grandes maisons comme les talents émergents, pour travailler tous ensemble à l'intérêt général de cette filière, qui est une filière d'excellence. Comme toutes les filières d'excellence, elle a besoin de se retrouver pour travailler sur ses enjeux d'avenir, ainsi que pour conserver cette excellence.

Avant d'être une filière économique, la mode est un acte de création, et à ce titre soutenue par le Ministère de la culture. Cet acte créatif est à très haute valeur ajoutée, avec une créativité qui est le meilleur gage de succès et de pérennité dans un univers qui, vous le savez mieux que moi, est très concurrentiel.

Ce secteur mène aussi un dialogue fécond avec les autres arts – avec l'architecture, avec l'art contemporain, avec le cinéma, avec bien d'autres arts encore –, et cela nourrit sa créativité. La mode unit dans la réflexion et le regard des auteurs, des créateurs, mais aussi dans le geste et la matière. Elle s'appuie sur la diversité des talents, des métiers et des savoir-faire, dans la recherche de l'excellence. Elle requiert aussi – et ce sera un des enjeux d'aujourd'hui – une expertise économique et financière qui soit adaptée à ses spécificités.

Je voudrais tous vous remercier pour la contribution de la mode au rayonnement de notre pays dans le monde entier : nos créateurs, nos grandes maisons, nos petites maisons, nos talents du monde entier qui ont choisi la France et dont la France est si fière. Alors que la concurrence est si forte et le sera demain encore davantage, Paris reste la capitale mondiale de la mode. Il faut s'en réjouir et ne pas compter nos efforts, comme nous le faisons aujourd'hui, pour qu'elle le demeure.

La mode est aussi un élément à part entière de notre patrimoine. Elle a une longue et belle histoire dont nous avons la chance qu'elle soit née en France. Et comme l'écrit Loïc Prigent dans son hilarant recueil : « l'inspiration, en gros, c'est les six cents dernières années ! ».

Sur ce sujet, j'ai lancé une mission qui a été confiée à Olivier Saillard, dont je recevrai le rapport en janvier et qui nous permettra, là aussi, d'avoir une réflexion collective sur les enjeux du patrimoine de la mode.

Faut-il rappeler la contribution majeure de la filière à l'économie et à l'emploi, avec près d'un million d'emplois, 150 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 2,7 % du PIB français – c'est-à-dire de la création de richesse nationale.

La mode est aussi un secteur particulièrement innovant, dans les techniques, dans les matières, dans les procédés de fabrication comme de distribution, avec une capacité d'innovation qui la fait progresser, mais aussi qui diffuse au reste de l'économie et plus généralement au reste de la société – tant la mode est en prise directe, par son exposition et par sa visibilité, avec la société. Je me réjouis d'ailleurs que parmi les intervenants de ce jour, il y ait une nouvelle génération de talents.

Entre art, artisanat, industrie, la mode est aussi le sujet du Secrétariat d'Etat confié à Christophe Sirugue, qui interviendra en clôture de cette journée au titre de l'industrie.

Ce Forum de la mode était l'une des principales préconisations de votre rapport, chère Lyne Cohen-Solal. Vous aviez identifié la nécessité d'un temps fort pour rassembler les acteurs et retisser la filière. C'est ce que nous vous proposons aujourd'hui, et je souhaite que ce soit un rendez-vous régulier.

Je dois dire l'enthousiasme qui a été le vôtre à l'annonce de ce Forum. Le nombre d'inscriptions demandées a été record, et je m'excuse pour ceux qui sont placés dans l'escalier ou attendent encore. Cela montre qu'il y a un besoin d'avoir ce moment d'échange collectif.

Vous évoquerez les arts de la mode, les nouveaux modèles économiques, les nouveaux modes de production, mais aussi la nouvelle scène créative et le sujet brûlant de l'accompagnement et du financement des marques, quand il faut marier le talent créatif mais fragile du créateur à la gestion d'entreprise. On connaît sur ce dernier point bien des fragilités, mais aussi d'éclatantes réussites.

Je veux remercier la Fédération française de la couture, du prêt-à-porter, des couturiers et des créateurs de mode ainsi que la Fédération du prêt-à-porter féminin, qui ont été ensemble – et c'est remarquable – les chevilles ouvrières de l'organisation de ce premier rendez-vous.

Je veux aussi remercier le DEFI pour son soutien, et je souhaite également remercier les équipes de la direction générale de la création artistique au Ministère de la culture pour leur investissement sur le sujet de la mode aujourd'hui, mais surtout demain.

Ce Forum doit permettre d'embrasser largement et collectivement les enjeux auxquels la filière de la mode est confrontée.

Alber Elbaz, à qui j'ai eu le plaisir de remettre récemment les insignes d'officier de la Légion d'honneur, se plaît à dire que la mode doit conjuguer une technique et une histoire. On peut y ajouter la formation, l'économie et l'écosystème. C'est cette conjugaison d'atouts et de dynamiques qu'il faut plus encore valoriser et faire fructifier aujourd'hui. Je sais pouvoir compter sur votre engagement.

Nous veillons tout particulièrement – et c'est là que le Ministère de la culture porte ses efforts – aux jeunes talents, à leur professionnalisation et à leur insertion dans cette filière.

Sur ce sujet, je voudrais mentionner leformidable travail de repérage que mène la Villa Noailles, à Hyères - dont nous avons accueilli modèles et prototypes, en septembre dernier, dans les salons du ministère de la Culture. J'en profite pour vous dire le soutien de l'Etat pour que, malgré le terrible incendie qui a ravagé une partie du château Saint-Pierre Atelier de prototypage de la Villa Noailles, la prochaine édition du Festival puisse se tenir dans les meilleures conditions, et nous y veillerons.

Pour accompagner les jeunes talents, nos efforts se sont déployés en faveur de la formation. C'est l'un des enjeux majeurs pour l'avenir de la filière, souligné tel quel par Lyne Cohen-Solal dans son rapport.

Le 26 octobre dernier, l'Ecole nationale de Modes et Matières a ouvert ses portes pour une première année de préfiguration, grâce au partenariat unique entre l'Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs, MINES ParisTech et l'université Paris-Dauphine. Parallèlement, le rapprochement entre l'Institut français de la mode, qui fête cette année ses trente ans, et l'école de la Chambre syndicale pour fusionner leurs formations dans une grande école de mode française montre le dynamisme de la France en matière de formation et sa capacité à s'adapter - parce que, là aussi, nous le savons, la concurrence est très forte au sein même de l'Europe, qui compte d'excellentes écoles.

Au-delà de la formation, notre soutien aux jeunes créateurs passe aussi par le soutien au prestigieux prix de l'ANDAM, mais aussi par le soutien de l'IFCIC, que je salue, à travers des prêts et un fonds d'avances remboursables dédiés aux jeunes créateurs.

La jeunesse, le renouvellement, l'innovation, voilà aussi l'un des sujets de cette première édition du Forum de la mode.

C'est aussi avec la volonté d'apporter un soutien utile et concret à la jeune création que la direction générale de la création artistique réfléchit, à ma demande, à ce que pourrait être une aide à la première présentation de mode pour les très jeunes créateurs, qui pourrait avoir lieu pendant les semaines de la mode - par exemple celle de janvier prochain. C'est une idée que beaucoup d'entre vous nous ont suggérée. Il faut maintenant voir ce que vous en pensez. Cela peut aussi être l'un des enjeux des discussions d'aujourd'hui. Il s'agit également de voir comment cette aide pourrait être complémentaire de la formidable initiative des « Designers Apartment », l'opération mise en œuvre par la Fédération française de la couture.

Sur ce sujet qui me tient particulièrement à cœur, je voudrais aussi que vous insistiez lors de vos réflexions de cet après-midi sur le sujet du financement et de l'accompagnement des créateurs dans les premières années où ils se lancent. Car nous connaissons tous ces jeunes talents qui, parfois, se fracassent sur ce sujet de la gestion d'entreprise. Des progrès ont été faits. L'accompagnement est maintenant plus professionnel. Des fonds d'investissement sont dédiés. Des investisseurs se sont spécialisés dans ce sujet. Vous nous direz, j'espère, quelles peuvent être vos propositions pour continuer à améliorer leur accompagnement lorsqu'ils se lancent.

Il me reste maintenant à vous laisser travailler ensemble - et je me réjouis que ce soit ensemble, convaincue que ces liens tissés ou retissés permettront de faire naître de très belles pièces. J'y serai très attentive. Je sais l'importance de la mode dans ses multiples dimensions, pour la France, pour son rayonnement. Et je sais aussi que pour garder cette avance, pour garder cette excellence, il nous faut travailler en filière. Parce qu'il y a toujours un intérêt général de la filière, qui permet de retrouver l'intérêt des différentes composantes et qui apportera, je l'espère, un chemin d'excellence partagé pour tous.


Je vous souhaite un très bon Forum, un bon rendez-vous collectif et j'espère que ce sera le premier d'une longue série.

Merci à vous !

Source http://www.culturecommunication.gouv.fr, le 7 décembre 2016

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