Interview de M. Jean-Vincent Placé, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat et à la simplification, à Europe 1 le 7 décembre 2016, sur les enjeux du sommet mondial du Partenariat pour un gouvernement ouvert et la préparation par la gauche de gouvernement de l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Vincent Placé, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat et à la simplification, à Europe 1 le 7 décembre 2016, sur les enjeux du sommet mondial du Partenariat pour un gouvernement ouvert et la préparation par la gauche de gouvernement de l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : PLACE Jean-Vincent, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat et à la simplification;

ti : THOMAS SOTTO
L'interview politique d'Europe 1. Jean-Pierre ELKABBACH, vous recevez ce matin Jean-Vincent PLACE, Secrétaire d'État chargé de la Réforme de l'État et de la Simplification.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'abord, vous savez pourquoi ? Parce qu'à partir d'aujourd'hui, Paris accueille un sommet mondial du partenariat pour une démocratie ouverte.

JEAN-VINCENT PLACE
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Soixante-dix Etats à Paris, vous vous en occupez. Bienvenu Jean-Vincent PLACE, bonjour.

JEAN-VINCENT PLACE
Merci, bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est un sommet apparemment ambitieux quand on voit le programme mais il passe complètement inaperçu. « Comment mieux gouverner aujourd'hui et demain » : vous proposez d'associer les citoyens à la vie publique, de multiplier les consultations. J'ai envie de vous dire attention ! À chaque référendum, les citoyens se débarrassent des gouvernants en place.

JEAN-VINCENT PLACE
Justement, merci Jean-Pierre ELKABBACH. Parce que même si vous avez été taquin de dire que ça passe inaperçu, grâce à vous ça ne va pas passer inaperçu, grâce à cette émission ce matin où vous me donnez la parole pour présenter ce sommet où le chef de l'État sera là tout à l'heure à quinze heures pour l'ouvrir. Ça dure trois jours, il y aura près de quatre mille personnes, soixante-dix pays représentés, quinze chefs d'Etat et de gouvernement, des centaines d'ONG et d'associations tournées vers ce qu'on appelle la Civic Tech, vers la démocratie ouverte, pour justement effectivement trouver des outils pour réapproprier la démocratie vis-à-vis des citoyens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous dites qu'il faut des consultations, il faut interroger les citoyens, il faut qu'il y ait des référendums. Vous avez vu le Brexit, l'Italie de Matteo RENZI, vous avez vu les dégâts des primaires et vous encouragez la droite et la gauche à des référendums : c'est la guillotine électorale.

JEAN-VINCENT PLACE
Jean-Pierre ELKABBACH, l'idée ce n'est pas particulièrement le référendum. L'idée, c'est plutôt la consultation permanente, l'ouverture des données, des informations, l'open data, l'open source, l'open access. Le fait, en fait, pendant des périodes par exemple de cinq ans pour être très factuel, où on délègue notre pouvoir de citoyen à un président, à une Assemblée nationale élue, de faire en sorte qu'il y ait des consultations permanentes, qu'il y ait des discussions, qu'il y ait des vraies informations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les nouveaux outils de la technologie.

JEAN-VINCENT PLACE
Avec les citoyens dans un cadre extrêmement éthique et transparent, parce que c'est aussi un sujet qui avait été lancé par Barack OBAMA en 2011, notamment pour lutter contre la corruption, l'évasion fiscale, mettre en oeuvre les biens communs numériques, c'est-à-dire partager la question de la révolution numérique pour une meilleure démocratie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
François HOLLANDE en avait parlé à New York. Il avait même demandé que les citoyens prennent réellement en main la démocratie. Ça comporte des risques ?

JEAN-VINCENT PLACE
Je n'ai rien à dire de plus, Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Ça comporte des risques et on voit le résultat. Out, dehors.

JEAN-VINCENT PLACE
Mais on ne peut pas avoir peur de la démocratie. Les référendums, je vais vous dire, je n'en suis pas en plus un fanatique absolu parce que je pense qu'ils sont souvent de nature bonapartiste et référendaire. J'ai plutôt une culture, pour ma part, de démocratie représentative. Justement, on voit bien aujourd'hui les limites de cette démocratie représentative et on a besoin de la consultation citoyenne, d'où l'intérêt de ce sommet aujourd'hui, demain et après-demain. Au Sénat et à l'Assemblée demain avec Gérard LARCHER et Claude BARTOLONE, le Parlement ouvert, et les collectivités locales ouvertes vendredi à la mairie de Paris.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En moins de quinze jours, vous avez rencontré à plusieurs reprises François HOLLANDE, en particulier lors d'un voyage récent à Madagascar.

JEAN-VINCENT PLACE
Vous êtes bien informé, monsieur ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Vous étiez convaincu qu'il serait candidat il y a quinze jours, il en avait envie.

JEAN-VINCENT PLACE
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il en avait envie il y a quinze jours ?

JEAN-VINCENT PLACE
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il en avait envie ?

JEAN-VINCENT PLACE
Je ne sais pas s'il en avait envie mais je suis sorti d'un entretien au sommet de la francophonie où j'étais avec le président de la République et je pensais en effet qu'il serait candidat, ce que pour ma part je souhaitais.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec son abdication, est-ce qu'il est victime du rejet anticipé des citoyens ou de l'addition des clans socialistes ?

JEAN-VINCENT PLACE
Comme vous êtes un homme précis, vous ne devriez pas utiliser le terme d'abdication, parce que quand on abdique, on n'est plus en poste le lendemain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai déjà dit qu'il y a des abdications qui sont des actes politiques et des combats.

JEAN-VINCENT PLACE
Le président est encore président pour cinq mois et je pense que ces cinq mois seront importants pour la parole de la France au niveau international, pour l'Europe aussi. En effet, vous en avez parlé, la situation due au Brexit puis au référendum italien nous interroge et nous avons besoin d'une parole forte pour la France dans ces périodes difficiles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce qu'elle peut être forte encore ?

JEAN-VINCENT PLACE
Bien sûr, bien sûr, bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui, c'est le premier jour de la campagne officielle de Manuel VALLS. Est-ce qu'il a eu raison de quitter Matignon ?

JEAN-VINCENT PLACE
Je vais être très franc à votre antenne : je pense qu'il aurait pu cumuler et la candidature et sa présence à Matignon. Après, je ne veux pas être plus Vallsiste que Manuel VALLS. Il a fait ses choix.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Et vous pensez qu'il prend trop de risques ou qu'il ajoute des risques.

JEAN-VINCENT PLACE
Non. Je pense qu'on a vu des présidents candidater, on a vu des Premiers ministres candidater et j'ai trouvé que Manuel VALLS était, est un homme d'État. Et dans une période aussi difficile, je pense qu'il aurait pu rester à Matignon et cumuler.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça lui permet de se présenter non pas en favori mais en challenger dans la bataille.

JEAN-VINCENT PLACE
Je vous laisse à vos commentaires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il peut réconcilier les deux gauches et les Verts ? Est-ce qu'il peut les rassembler et gagner la primaire ? Parce qu'il paraît que ce n'est pas tout à fait gagné.

JEAN-VINCENT PLACE
Sur l'intervention d'hier, parce que le temps va tellement vite qu'on a l'impression qu'il est déjà installé dans la candidature depuis quelques jours, il m'a fait forte impression. Déterminé, volontaire, clair, solidaire, de gauche, thématique écologiste, dérèglement climatique, transition écologique. C'était un discours très construit, très sincère et aussi très global. Je me retrouve convaincu par ce discours.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que le fidèle à François HOLLANDE, qui était plus Hollandais qu'HOLLANDE, est devenu… Et vous étiez contre la primaire en plus, vous.

JEAN-VINCENT PLACE
Totalement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous disiez qu'elle était inutile, qu'elle était dangereuse, qu'elle était vaine.

JEAN-VINCENT PLACE
Puisque justement on a la chance de pouvoir discuter tranquillement dans la franchise, je pense que – et on le voit bien d'ailleurs avec ce qui s'est passé à droite – la primaire c'est une espèce d'appropriation censitaire. Parce que – vous avez parlé d'abdication tout à l'heure – on est avec aujourd'hui un système un peu à l'américaine où ce sont les plus partisans, peut-être les plus repliés, les plus identitaires de chaque camp qui va désigner un candidat avant les Français. Pour le coup, je n'ai jamais été favorable aux primaires. Déjà aux États-Unis, on voit ce que cela donne : un duo assez caricatural en réalité TRUMP-CLINTON.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La démocratie prend des risques.

JEAN-VINCENT PLACE
De la même manière, je préfèrerais qu'on laisse les quarante millions de Français trancher plutôt que les quatre millions les plus identitaires des Républicains et peut-être un ou deux millions les plus identitaires des socialistes. Moi, j'assume : j'étais contre la primaire et j'étais pour que le président de la République puisse être candidat devant les Françaises et les Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jean-Vincent PLACE, Manuel VALLS choisit un directeur de campagne qui a de l'expérience, qui a de l'influence et qui a un poids politique : c'est Didier GUILLAUME. Mais le gouvernement auquel vous appartenez, est-ce qu'il peut rester neutre et est-ce qu'il doit rester neutre ? On a l'impression que les peaux de banane c'est pour un peu plus tard, mais qu'elles vont arriver.

JEAN-VINCENT PLACE
Non. Écoutez Jean-Pierre ELKABBACH, ne cherchez pas malice là où il n'y a que vertu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non. J'essaye de vous rendre un peu plus direct et plus franc comme vous savez l'être quand vous voulez.

JEAN-VINCENT PLACE
Oui, je suis direct et franc. Je pense que Manuel VALLS pouvait continuer, il a fait un autre choix. Le choix du président de nommer Bernard CAZENEUVE, puisque vous ne m'avez pas posé la question, je pense que c'est un bon choix. C'est un homme d'État qui arrive à Matignon hier. Aujourd'hui, je vais avoir l'honneur d'être au conseil des ministres tout à l'heure à dix heures et nous allons gouverner ces cinq prochains mois. Nous sommes dans une situation très difficile dans le monde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et lui est d'une loyauté sans faille et il a montré une austère maîtrise dans la lutte contre le terrorisme, et cetera. Mais l'écologiste Jean-Vincent PLACE, il ne soutient pas un Vert lors de la prochaine primaire ? Vous choisissez le socialiste réformateur VALLS.

JEAN-VINCENT PLACE
Moi, je suis pour une forme tout à la fois et de transparence et d'efficacité. Ça fait très longtemps que je pense que le candidat – et ça se voit d'ailleurs – et quels que soient ses mérites parce qu'il est plutôt sympathique, le candidat des Verts, on voit bien la faible audience qu'il a. À partir de ce moment-là, il faut en tirer les conséquences. Je rappelle quand même que tout à la fois François HOLLANDE et Manuel VALLS, ce sont eux qui ont réussi la COP21, la conférence sur le climat et les mérites écologistes des deux intéressés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pas les écologistes. Et Emmanuel MACRON dans votre paysage politique, puisque vous vous exprimez rarement ? Là cette fois, vous avez l'occasion de dire que vous vous rallierez à lui après ou qu'il ne sera pas en chemin.

JEAN-VINCENT PLACE
Non. J'aime beaucoup Emmanuel qui est un type brillant et intelligent mais je pense que sa démarche est trop solitaire.

THOMAS SOTTO
Merci beaucoup, Jean-Vincent PLACE, d'être venu ce matin en direct sur Europe 1. Demain c'est Laurent BERGER, Secrétaire général de la CFDT, qui sera votre invité à huit heures et quart, Jean-Pierre. A demain.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 décembre 2016

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