Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à France Inter le 8 décembre 2016, sur l'instauration de la circulation alternée à Paris en raison du pic de pollution, l'avenir de l'accord sur le climat et l'hébergement des sans domicile fixe et des réfugiés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à France Inter le 8 décembre 2016, sur l'instauration de la circulation alternée à Paris en raison du pic de pollution, l'avenir de l'accord sur le climat et l'hébergement des sans domicile fixe et des réfugiés.

Personnalité, fonction : COSSE Emmanuelle, SALAME Léa.

FRANCE. Ministre du logement et de l'habitat durable;

ti : PATRICK COHEN
La ministre du Logement est votre invitée, Léa SALAME.

LEA SALAME
Bonjour Emmanuelle COSSE.

EMMANUELLE COSSE
Bonjour.

LEA SALAME
D'abord une question à l'écologiste que vous êtes. Face au pic de pollution le plus intense et le plus long depuis dix ans, vous seriez aujourd'hui à la place de la maire de Paris, qu'est-ce que vous feriez de plus ?

EMMANUELLE COSSE
Ah, déjà, je ferais ce qu'elle fait, puisqu'Anne HIDALGO a fait preuve d'un volontarisme sur la lutte contre la pollution de l'air dès son élection en 2014, qui est totalement nouveau, et si tous les maires des métropoles lui emboitaient le pas, on ne serait pas dans la même situation. Mais, aujourd'hui...

LEA SALAME
Est-ce que vous feriez quelque chose de plus ?

EMMANUELLE COSSE
Ce qu'on peut faire de plus, ce n'est pas simplement la maire, c'est que la circulation alternée, elle répond à une question de crise. Le sujet c'est : comment on diminue l'exposition à la pollution de l'air tous les jours ? Pour ça, il faut arrêter de produire des voitures les plus polluantes, et je le dis aussi, il faut arrêter que les Français achètent du diesel. Parce que le diesel propre, c'est comme le nucléaire propre, ça n'existe pas.

LEA SALAME
Oui, d'accord.

EMMANUELLE COSSE
Non mais, je le dis...

LEA SALAME
Mais ça c'est les promesses du gouvernement et qui n'ont...

EMMANUELLE COSSE
Non, ce n'est pas les promesses. Vous savez, le gouvernement n'administre pas la production automobile, je pense qu'il est important de le dire...

LEA SALAME
Ils peuvent légiférer sur le diesel, ils ne l'ont pas fait.

EMMANUELLE COSSE
On pourrait, en effet, décider, comme au Japon et aux Etats-Unis, que l'on interdit le diesel. Je pense aussi qu'aujourd'hui les entreprises automobiles peuvent décider d'arrêter de produire ces véhicules qui sont polluants, qui coutent plus cher à l'entretien qu'un véhicule essence ou hybride. Aujourd'hui il y a un développement massif des véhicules hybrides et électriques, et je l'avais proposé en tant que candidate aux régionales et je le pense toujours, on peut sortir du diesel en dix ans, on peut l'anticiper, dire qu'en 2025 on en sort, on donne des aides dès maintenant, notamment aux transporteurs et aux livreurs, qui sont les plus utilisateurs de camions diesel...

LEA SALAME
Oui. Vous êtes au gouvernement, pour l'instant ce n'est pas fait.

EMMANUELLE COSSE
Oui, je suis au gouvernement, et il n'empêche que je pense aussi que soit on est dans une administration et une économie réglementée, et dans ce cas-là, c'est l'Etat qui décide ce que l'on produit, soit on a des constructeurs automobiles qui regardent l'avenir, qui arrêtent de produire des aides et qui arrêtent aussi de l'exporter dans les pays d'Afrique.

LEA SALAME
Et soit on a les deux, un peu, c'est les mesures incitatives du gouvernement, qui n'ont pas été prises.

EMMANUELLE COSSE
Les mesures incitatives pour acheter des véhicules électriques, les mesures d'information, et je le rappelle aussi, le fait que les collectivités territoriales arrêtent d'empêcher les... Airparif par exemple, de mesurer la qualité de l'air, car il y a des maires, comme celui d'Issy-les-Moulineaux, qui a, l'année dernière, enlevé le capteur pour mesurer la qualité de l'air, parce qu'il ne voulait pas que sa ville soit associée à la pollution de l'air. C'est ça la réalité. Donc je veux bien le discours sur « le gouvernement ne fait rien », mais la réalité c'est qu'il faut que tout le monde sorte de l'omerta sur la pollution de l'air.

LEA SALAME
D'accord. La circulation alternée est reconduite aujourd'hui pour le troisième jour consécutif à Paris, pour la première fois à Lyon et à Villeurbanne. Ça sert à quoi, franchement ?

EMMANUELLE COSSE
Ça sert à quoi ? Ça sert d'éviter que les niveaux augmentent, parce que si vous ne faites pas la circulation alternée, vous ne seriez pas à ces niveaux-là, déjà très élevés, mais à des niveaux plus importants, et ensuite, c'est pour ça qu'il faut, qu'il y a eu cette évolution à Paris avec maintenant les vignettes, c'est qu'à partir du 16 janvier, ce sont les véhicules les moins polluants qui pourront circuler tout simplement et pas les autres.

LEA SALAME
Donald TRUMP vient de nommer un climato-sceptique à l'Environnement, Scott PRUITT, il a travaillé dans ces compagnies pétrolières et gazières, il ne croit pas au réchauffement de la planète. Mauvais signe pour l'accord de Paris ?

EMMANUELLE COSSE
C'est un mauvais signe déjà pour les Etats-Unis, parce qu'au-delà de l'accord de Paris, les Etats-Unis souffrent du dérèglement climatique et on voit ce qui se passe notamment en Californie, je pense que c'est un mauvais signe, y compris pour les populations américaines, et puis après, c'est clair que l'accord de Paris perdra un peu de sa force avec un pays aussi émetteur de gaz à effet de serre, qui ne l'applique pas. Il n'empêche que j'étais à Marrakech il y a maintenant un mois, la dynamique sur le climat elle se fera avec ou sans les Etats-Unis, et notamment aujourd'hui c'est la Chine, c'est la Chine aujourd'hui qui porte les choses et si les Etats-Unis vont à contretemps de l'économie américaine, parce que l'économie américaine soutient maintenant la lutte contre le dérèglement climatique, je pense que les Etats-Unis y perdront beaucoup.

LEA SALAME
Question à la ministre du Logement. 388 SDF sont morts dans les rues de France depuis le début de l'année. Les gouvernements changent, les ministres changent, mais ça, ça ne change pas. Est-ce que notre pays, cinquième puissance économique mondiale, n'est pas assez riche pour empêcher que les gens meurent de froid dans les rues ?

EMMANUELLE COSSE
Je pense qu'en effet on s'est habitué trop à ce que des gens soient à la rue, et en même temps, de ce point de vue-là, en ayant augmenté de 40 % en cinq ans les places d'hébergement, je n'ai pas l'impression que l'on était à côté du sens de l'histoire. Aujourd'hui il y a 122 000 places, aujourd'hui où je vous parle, même 125 000, puisqu'on en a ouvert 3 000 supplémentaires ces derniers jour, pour mettre des gens à la rue (sic).

LEA SALAME
Non, pas à la rue.

EMMANUELLE COSSE
Pardon, des gens à l'abri. Après, il y a des gens qui, d'une part, ne sont pas dans notre viseur des maraudes sociales, il y en a d'autres qui, pour des tas de raisons, ne veulent pas aller dans ces structures, on met beaucoup de temps à les convaincre de le faire, et je tiens aussi à le dire, des gens qui meurent à la rue, il y en a l'hiver, il y en a surtout beaucoup aussi l'été, dans d'autres conditions. Et donc, ça ne veut pas dire qu'il faut s'exonérer de ces chiffres-là, ils sont désastreux, et nous y travaillons...

LEA SALAME
Et vous me parlez des places d'hébergement que vous avez créées, la semaine dernière, alors qu'il faisait - 3° dans Paris, plus de 600 personnes, dont 200 enfants, ne pouvaient pas être pris en charge par le Samu social, faute de place, ils ont été obligés de dormir dans la rue.

EMMANUELLE COSSE
Non, ils n'ont pas dormi dans la rue, je tiens à le dire...

LEA SALAME
C'est ce que dit le président du Samu social.

EMMANUELLE COSSE
Oui, et j'ai assez discuté avec lui, c'est des gens qui n'ont pas été pris dans nos centres d'hébergement, mais ils ont été pris en charge, ils n'étaient pas à la rue. Ça ne veut pas dire qu'ils étaient bien logés, soyons très clairs, mais ils ont été pris en charge et y compris dans les moments de très grand froid, nous avons un renforcement des maraudes sociales, financées par l'Etat, pour justement prendre un maximum de personnes, c'est aussi pour ça qu'en urgence, parfois on ouvre des gymnases. Mais, mais, c'est très clair, moi je n'accepte pas que dans un pays aussi riche, on ait encore des personnes qui soient devant chez nous, au bord de la rue, et donc il faut continuellement poursuivre cette action qui coûte de l'argent, c'est 1,7 milliard dans mon budget, qui a été d'ailleurs en augmentation, et je vais poursuivre les choses, tout simplement.

LEA SALAME
Emmanuelle COSSE, vous pilotez aussi le plan d'accueil citoyen de 1 300 réfugiés qui ont obtenu l'asile. Ils doivent être hébergés entre 3 et 12 mois par des particuliers volontaires. Ou est-ce que ça en est, combien ont été accueillis à l'heure où nous parlons, par des particuliers ?

EMMANUELLE COSSE
Alors, cet appel à projets, c'est pour aider les associations qui soutiennent ces particuliers dans le suivi social, donc je n'ai pas les chiffres actuels, mais en tout cas, on est sur ces chiffres-là, et en fait, pendant un an, on les aide, et je pense que je vais relancer un appel à projets, pour continuer à valoriser ces actions-là. Les particuliers ne sont pas financés par l'Etat, mais par contre nous aidons pour le suivi social et juridique.

LEA SALAME
Le 1er décembre dernier, le matin du jour du renoncement de François HOLLANDE, vous étiez sur une radio concurrente, vous avez appelé à sa candidature en disant « François HOLLANDE est le meilleur candidat à sa réélection ». Vous avez été déçue ?

EMMANUELLE COSSE
Ah oui, j'ai été déçue, je vais vous le raconter, j'étais en débat à l'Assemblée nationale pendant son allocution ; j'ai été déçue, ce n'est pas simplement par rapport à lui, c'est qu'il est le président sortant, moi je continue à m'engager très fortement sur l'action de ce gouvernement, et je suis déçue qu'on ne peut pas aller défendre ce qu'on a fait, y compris répondre au programme qui est proposé par François FILLON. Moi je le disais, j'avais la même impatience la semaine dernière, maintenant je veux rentrer dans le combat électoral, je veux raconter ce que ferait un programme de François FILLON, par exemple sur la question de l'hébergement avec les SDF, par rapport à ce que je pourrais y proposer, dans une campagne de gauche et des écologistes, donc voilà.

LEA SALAME
Aujourd'hui, vous soutenez François de RUGY, toujours, pour la primaire ?

EMMANUELLE COSSE
Evidemment, je soutiens François de RUGY, parce que je pense que la primaire permet d'avoir un débat et qu'il faut que l'écologie soit au coeur de ce débat. Après, je ne vous cache pas que je vois le bal des égos masculins, à plusieurs jours, sur les candidatures à la primaire de la Belle alliance populaire, je pense qu'à un moment il faudrait que tout le monde se calme, que l'on arrive à faire un débat, y compris pour discuter de sujets compliqués – interdiction du diesel, l'affaire du nucléaire, développement économique du pays – et qu'en même temps, on soit aussi très clair sur le fait que si on n'a pas un candidat qui fait rassemblement dans un mois, on ne pourra pas répondre à François FILLON et c'est absolument nécessaire de répondre à ce programme extrêmement conservateur et destructeur pour notre protection sociale.

LEA SALAME
Si Manuel VALLS gagne la primaire, vous le soutiendrez ?

EMMANUELLE COSSE
Je le soutiendrai, de toute façon je soutiendrai le gagnant de la primaire de la Belle alliance populaire, quel qu'il soit.

LEA SALAME
Malgré la déchéance, malgré les Roms, malgré la phrase sur les migrants à Munich, vous le soutiendrez.

EMMANUELLE COSSE
Absolument, et j'irai y compris m'en expliquer, comme je l'ai toujours fait avec lui.

LEA SALAME
Emmanuelle COSSE était notre invitée


source : Service d'information du Gouvernement, le 9 décembre 2016 PATRICK COHEN
La ministre du Logement est votre invitée, Léa SALAME.

LEA SALAME
Bonjour Emmanuelle COSSE.

EMMANUELLE COSSE
Bonjour.

LEA SALAME
D'abord une question à l'écologiste que vous êtes. Face au pic de pollution le plus intense et le plus long depuis dix ans, vous seriez aujourd'hui à la place de la maire de Paris, qu'est-ce que vous feriez de plus ?

EMMANUELLE COSSE
Ah, déjà, je ferais ce qu'elle fait, puisqu'Anne HIDALGO a fait preuve d'un volontarisme sur la lutte contre la pollution de l'air dès son élection en 2014, qui est totalement nouveau, et si tous les maires des métropoles lui emboitaient le pas, on ne serait pas dans la même situation. Mais, aujourd'hui...

LEA SALAME
Est-ce que vous feriez quelque chose de plus ?

EMMANUELLE COSSE
Ce qu'on peut faire de plus, ce n'est pas simplement la maire, c'est que la circulation alternée, elle répond à une question de crise. Le sujet c'est : comment on diminue l'exposition à la pollution de l'air tous les jours ? Pour ça, il faut arrêter de produire des voitures les plus polluantes, et je le dis aussi, il faut arrêter que les Français achètent du diesel. Parce que le diesel propre, c'est comme le nucléaire propre, ça n'existe pas.

LEA SALAME
Oui, d'accord.

EMMANUELLE COSSE
Non mais, je le dis...

LEA SALAME
Mais ça c'est les promesses du gouvernement et qui n'ont...

EMMANUELLE COSSE
Non, ce n'est pas les promesses. Vous savez, le gouvernement n'administre pas la production automobile, je pense qu'il est important de le dire...

LEA SALAME
Ils peuvent légiférer sur le diesel, ils ne l'ont pas fait.

EMMANUELLE COSSE
On pourrait, en effet, décider, comme au Japon et aux Etats-Unis, que l'on interdit le diesel. Je pense aussi qu'aujourd'hui les entreprises automobiles peuvent décider d'arrêter de produire ces véhicules qui sont polluants, qui coutent plus cher à l'entretien qu'un véhicule essence ou hybride. Aujourd'hui il y a un développement massif des véhicules hybrides et électriques, et je l'avais proposé en tant que candidate aux régionales et je le pense toujours, on peut sortir du diesel en dix ans, on peut l'anticiper, dire qu'en 2025 on en sort, on donne des aides dès maintenant, notamment aux transporteurs et aux livreurs, qui sont les plus utilisateurs de camions diesel...

LEA SALAME
Oui. Vous êtes au gouvernement, pour l'instant ce n'est pas fait.

EMMANUELLE COSSE
Oui, je suis au gouvernement, et il n'empêche que je pense aussi que soit on est dans une administration et une économie réglementée, et dans ce cas-là, c'est l'Etat qui décide ce que l'on produit, soit on a des constructeurs automobiles qui regardent l'avenir, qui arrêtent de produire des aides et qui arrêtent aussi de l'exporter dans les pays d'Afrique.

LEA SALAME
Et soit on a les deux, un peu, c'est les mesures incitatives du gouvernement, qui n'ont pas été prises.

EMMANUELLE COSSE
Les mesures incitatives pour acheter des véhicules électriques, les mesures d'information, et je le rappelle aussi, le fait que les collectivités territoriales arrêtent d'empêcher les... Airparif par exemple, de mesurer la qualité de l'air, car il y a des maires, comme celui d'Issy-les-Moulineaux, qui a, l'année dernière, enlevé le capteur pour mesurer la qualité de l'air, parce qu'il ne voulait pas que sa ville soit associée à la pollution de l'air. C'est ça la réalité. Donc je veux bien le discours sur « le gouvernement ne fait rien », mais la réalité c'est qu'il faut que tout le monde sorte de l'omerta sur la pollution de l'air.

LEA SALAME
D'accord. La circulation alternée est reconduite aujourd'hui pour le troisième jour consécutif à Paris, pour la première fois à Lyon et à Villeurbanne. Ça sert à quoi, franchement ?

EMMANUELLE COSSE
Ça sert à quoi ? Ça sert d'éviter que les niveaux augmentent, parce que si vous ne faites pas la circulation alternée, vous ne seriez pas à ces niveaux-là, déjà très élevés, mais à des niveaux plus importants, et ensuite, c'est pour ça qu'il faut, qu'il y a eu cette évolution à Paris avec maintenant les vignettes, c'est qu'à partir du 16 janvier, ce sont les véhicules les moins polluants qui pourront circuler tout simplement et pas les autres.

LEA SALAME
Donald TRUMP vient de nommer un climato-sceptique à l'Environnement, Scott PRUITT, il a travaillé dans ces compagnies pétrolières et gazières, il ne croit pas au réchauffement de la planète. Mauvais signe pour l'accord de Paris ?

EMMANUELLE COSSE
C'est un mauvais signe déjà pour les Etats-Unis, parce qu'au-delà de l'accord de Paris, les Etats-Unis souffrent du dérèglement climatique et on voit ce qui se passe notamment en Californie, je pense que c'est un mauvais signe, y compris pour les populations américaines, et puis après, c'est clair que l'accord de Paris perdra un peu de sa force avec un pays aussi émetteur de gaz à effet de serre, qui ne l'applique pas. Il n'empêche que j'étais à Marrakech il y a maintenant un mois, la dynamique sur le climat elle se fera avec ou sans les Etats-Unis, et notamment aujourd'hui c'est la Chine, c'est la Chine aujourd'hui qui porte les choses et si les Etats-Unis vont à contretemps de l'économie américaine, parce que l'économie américaine soutient maintenant la lutte contre le dérèglement climatique, je pense que les Etats-Unis y perdront beaucoup.

LEA SALAME
Question à la ministre du Logement. 388 SDF sont morts dans les rues de France depuis le début de l'année. Les gouvernements changent, les ministres changent, mais ça, ça ne change pas. Est-ce que notre pays, cinquième puissance économique mondiale, n'est pas assez riche pour empêcher que les gens meurent de froid dans les rues ?

EMMANUELLE COSSE
Je pense qu'en effet on s'est habitué trop à ce que des gens soient à la rue, et en même temps, de ce point de vue-là, en ayant augmenté de 40 % en cinq ans les places d'hébergement, je n'ai pas l'impression que l'on était à côté du sens de l'histoire. Aujourd'hui il y a 122 000 places, aujourd'hui où je vous parle, même 125 000, puisqu'on en a ouvert 3 000 supplémentaires ces derniers jour, pour mettre des gens à la rue (sic).

LEA SALAME
Non, pas à la rue.

EMMANUELLE COSSE
Pardon, des gens à l'abri. Après, il y a des gens qui, d'une part, ne sont pas dans notre viseur des maraudes sociales, il y en a d'autres qui, pour des tas de raisons, ne veulent pas aller dans ces structures, on met beaucoup de temps à les convaincre de le faire, et je tiens aussi à le dire, des gens qui meurent à la rue, il y en a l'hiver, il y en a surtout beaucoup aussi l'été, dans d'autres conditions. Et donc, ça ne veut pas dire qu'il faut s'exonérer de ces chiffres-là, ils sont désastreux, et nous y travaillons...

LEA SALAME
Et vous me parlez des places d'hébergement que vous avez créées, la semaine dernière, alors qu'il faisait - 3° dans Paris, plus de 600 personnes, dont 200 enfants, ne pouvaient pas être pris en charge par le Samu social, faute de place, ils ont été obligés de dormir dans la rue.

EMMANUELLE COSSE
Non, ils n'ont pas dormi dans la rue, je tiens à le dire...

LEA SALAME
C'est ce que dit le président du Samu social.

EMMANUELLE COSSE
Oui, et j'ai assez discuté avec lui, c'est des gens qui n'ont pas été pris dans nos centres d'hébergement, mais ils ont été pris en charge, ils n'étaient pas à la rue. Ça ne veut pas dire qu'ils étaient bien logés, soyons très clairs, mais ils ont été pris en charge et y compris dans les moments de très grand froid, nous avons un renforcement des maraudes sociales, financées par l'Etat, pour justement prendre un maximum de personnes, c'est aussi pour ça qu'en urgence, parfois on ouvre des gymnases. Mais, mais, c'est très clair, moi je n'accepte pas que dans un pays aussi riche, on ait encore des personnes qui soient devant chez nous, au bord de la rue, et donc il faut continuellement poursuivre cette action qui coûte de l'argent, c'est 1,7 milliard dans mon budget, qui a été d'ailleurs en augmentation, et je vais poursuivre les choses, tout simplement.

LEA SALAME
Emmanuelle COSSE, vous pilotez aussi le plan d'accueil citoyen de 1 300 réfugiés qui ont obtenu l'asile. Ils doivent être hébergés entre 3 et 12 mois par des particuliers volontaires. Ou est-ce que ça en est, combien ont été accueillis à l'heure où nous parlons, par des particuliers ?

EMMANUELLE COSSE
Alors, cet appel à projets, c'est pour aider les associations qui soutiennent ces particuliers dans le suivi social, donc je n'ai pas les chiffres actuels, mais en tout cas, on est sur ces chiffres-là, et en fait, pendant un an, on les aide, et je pense que je vais relancer un appel à projets, pour continuer à valoriser ces actions-là. Les particuliers ne sont pas financés par l'Etat, mais par contre nous aidons pour le suivi social et juridique.

LEA SALAME
Le 1er décembre dernier, le matin du jour du renoncement de François HOLLANDE, vous étiez sur une radio concurrente, vous avez appelé à sa candidature en disant « François HOLLANDE est le meilleur candidat à sa réélection ». Vous avez été déçue ?

EMMANUELLE COSSE
Ah oui, j'ai été déçue, je vais vous le raconter, j'étais en débat à l'Assemblée nationale pendant son allocution ; j'ai été déçue, ce n'est pas simplement par rapport à lui, c'est qu'il est le président sortant, moi je continue à m'engager très fortement sur l'action de ce gouvernement, et je suis déçue qu'on ne peut pas aller défendre ce qu'on a fait, y compris répondre au programme qui est proposé par François FILLON. Moi je le disais, j'avais la même impatience la semaine dernière, maintenant je veux rentrer dans le combat électoral, je veux raconter ce que ferait un programme de François FILLON, par exemple sur la question de l'hébergement avec les SDF, par rapport à ce que je pourrais y proposer, dans une campagne de gauche et des écologistes, donc voilà.

LEA SALAME
Aujourd'hui, vous soutenez François de RUGY, toujours, pour la primaire ?

EMMANUELLE COSSE
Evidemment, je soutiens François de RUGY, parce que je pense que la primaire permet d'avoir un débat et qu'il faut que l'écologie soit au coeur de ce débat. Après, je ne vous cache pas que je vois le bal des égos masculins, à plusieurs jours, sur les candidatures à la primaire de la Belle alliance populaire, je pense qu'à un moment il faudrait que tout le monde se calme, que l'on arrive à faire un débat, y compris pour discuter de sujets compliqués – interdiction du diesel, l'affaire du nucléaire, développement économique du pays – et qu'en même temps, on soit aussi très clair sur le fait que si on n'a pas un candidat qui fait rassemblement dans un mois, on ne pourra pas répondre à François FILLON et c'est absolument nécessaire de répondre à ce programme extrêmement conservateur et destructeur pour notre protection sociale.

LEA SALAME
Si Manuel VALLS gagne la primaire, vous le soutiendrez ?

EMMANUELLE COSSE
Je le soutiendrai, de toute façon je soutiendrai le gagnant de la primaire de la Belle alliance populaire, quel qu'il soit.

LEA SALAME
Malgré la déchéance, malgré les Roms, malgré la phrase sur les migrants à Munich, vous le soutiendrez.

EMMANUELLE COSSE
Absolument, et j'irai y compris m'en expliquer, comme je l'ai toujours fait avec lui.

LEA SALAME
Emmanuelle COSSE était notre invitée


source : Service d'information du Gouvernement, le 9 décembre 2016

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