Déclaration à la presse de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur le conflit syrien, à Hambourg le 8 décembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration à la presse de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur le conflit syrien, à Hambourg le 8 décembre 2016.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Conseil ministériel de l’OSCE, à Hambourg (Allemagne) le 8 décembre 2016

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J'ai participé à de nombreuses rencontres bilatérales et à des moments importants : le conseil ministériel de l'OSCE et je viens de participer à l'initiative sur la paix en Europe et la limitation des armements conventionnels, où j'ai apporté mon soutien à l'initiative de Frank-Walter Steinmeier. Le travail reste à faire. Il est devant nous, mais force est de constater qu'il y a effectivement, depuis les accords d'Helsinki, une dégradation en Europe. Donc la seule voie, c'est la coopération, c'est la transparence vérifiée. Il n'y a pas d'autres solutions. Au-delà de toutes les autres questions - je pense évidemment à la situation en Ukraine qui pénalise aussi cette approche qui s'appuie sur le droit, il faut vraiment veiller à ce que la situation ne se dégrade pas. Donc notre méthode, la première méthode, celle qui conditionne tout le reste, c'est le dialogue, le dialogue le plus large possible, sans exclusive. C'est le sens de l'intervention qui est la mienne. Mais je dirais que le travail ne fait que commencer et ce travail il faut le conduire, car nous avons besoin de paix et nous avons besoin de sécurité, y compris face aux nouvelles menaces.

J'ai profité de cette réunion de l'OSCE pour rencontrer de nombreux ministres des affaires étrangères : Ouzbékistan, Monténégro, Kazakhstan, Autriche, Géorgie, Estonie et bien sûr aussi la Russie. J'ai eu un entretien avec Sergueï Lavrov. Nous avons bien entendu parlé de la situation en Syrie. Et d'abord de la situation dramatique de la population d'Alep. Alors que la Russie connaît bien la position de la France - c'est un désaccord profond, j'allais dire un désaccord total, avec l'approche militaire absolue et de soutien au régime de Bachar al-Assad - je lui ai redit que force est de constater qu'aujourd'hui, l'urgence, c'est de sauver la population qui reste à Alep. C'est l'urgence humanitaire. J'ai eu d'ailleurs, juste au moment de mon arrivée, un entretien téléphonique avec Staffan de Mistura qui va dans quelques heures présenter la description de la situation humanitaire à Alep devant le conseil de sécurité des Nations unies.

J'ai demandé que tout soit fait pour sauver les habitants d'Alep, pour tout simplement sauver leurs vies et obtenir le plus vite possible ces mesures humanitaires. Et puis après, que faire ? C'est cela la question : que faire ? Est-ce que nous allons poursuivre la guerre ? Ou est-ce que nous allons reprendre le chemin de la négociation pour une paix durable en Syrie et permettre la reconstruction de ce pays où tant de morts sont le résultat de ce qui s'est engagé maintenant depuis près de cinq ans ? Plus de 300.000 morts, 10 millions de déplacés, 4,5 millions de réfugiés. Est-ce qu'on va continuer ainsi alors que le conseil de sécurité a adopté une résolution votée à l'unanimité, la résolution 2254 qui demande que soit engagée une négociation pour une transition politique en Syrie qui permette d'atteindre cet objectif de paix et de reconstruction ? J'ai donc posé la question à Sergueï Lavrov. J'attends maintenant des réponses concrètes. Il faut que cette négociation puisse reprendre le plus vite possible. Il y a une condition pour cela : la cessation des hostilités. On ne pourra pas continuer pendant que les combats se poursuivent. On ne pourra pas continuer à parler et à négocier pendant que les combats se poursuivent. Donc il faut stopper les hostilités et reprendre la voie de la négociation. Voilà, c'est ce que j'ai dit à Sergueï Lavrov. J'attends la réponse. Il faut d'abord parler avec tout le monde et puis il faut continuer à se battre pour trouver une solution. La solution, nous voulons la voir progresser le plus vite possible, parce qu'il y a trop de souffrances, il y a trop de morts, il y a trop de destructions, il y a trop de désespoir.

Pendant ce temps-là, ceux qui profitent de cette situation de chaos, ce sont les terroristes de Daech. Les terroristes déstabilisent et menacent cette région, mais ils menacent aussi l'Europe et donc nous les combattons et nous voulons nous protéger et nous défendre. Donc nous pensons à la population d'Alep, nous voulons sauver la vie des habitants d'Alep, nous pensons à l'avenir de la Syrie et à son peuple et nous pensons aussi à la paix au Moyen-Orient, mais nous pensons aussi à défendre nos propres intérêts en France et en Europe.

Donc je réunirai samedi prochain à Paris le groupe des affinitaires, avec des représentants du haut conseil pour la négociation. Donc nous allons évidemment examiner l'évolution de la situation. J'espère d'ailleurs que d'ici samedi - nous sommes jeudi soir - la situation humanitaire va s'améliorer, qu'enfin des décisions courageuses vont être prises en leur faveur et puis qu'on y verra plus clair. En tout cas, samedi, nous ferons tout pour aider les populations, sauver les populations. Rien n'est pire que l'indifférence et la résignation. Mais nous ferons tout aussi pour créer les conditions d'une reprise du dialogue et de la négociation.


Q - Sergueï Lavrov n'est pas invité ?

R - La Russie ne fait pas partie du groupe des affinitaires. Le groupe des affinitaires est composé de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, du Royaume-Uni, mais aussi des États-Unis, de l'Arabie Saoudite, de la Jordanie, des Émirats arabes unis, du Qatar et de la Turquie et puis de l'Union européenne qui sera également représentée. C'est le groupe des affinitaires, ceux qui ont toujours privilégié une transition politique et qui ne sont pas des belligérants. La Russie est un belligérant, je le rappelle. Nous, nous n'avons pas de troupes engagées aux côtés du régime de Bachar al-Assad. En même temps, puisque vous parlez de la Russie, il faut parler avec la Russie. Chaque fois que j'ai l'opportunité de le faire, chaque fois que je peux parler avec les Russes - j'étais à Minsk pour parler la semaine dernière de l'Ukraine, j'ai profité de cette opportunité pour avoir un entretien avec Sergueï Lavrov sur ce sujet. Je l'ai fait ici encore à Hambourg. C'est pour cela que je vous ai dit : notre patience et notre détermination pour contribuer à une paix durable en Syrie, elle est infinie. On n'abandonnera jamais ce combat, c'est un combat pour nos valeurs, pour les valeurs de respect des principes de l'humanité. Donc il faut continuer ce combat. C'est un combat pour la paix, c'est un combat pacifique, mais un combat quand même et qui demande beaucoup d'énergie et beaucoup de persuasion. En tout cas pour la France, on n'abandonnera pas ce combat.

Q - Herr Minister, Sie wollen eine Chemiewaffen-Resolution in Sicherheitsrat einbringen zusammen mit Großbritannien. Haben Sie schon einen Zeitplan, wenn es geschehen soll?

R - Wir arbeiten dafür, also für einen Text. Wir wollen zuerst mit Großbritannien verhandeln und dann Vorschläge machen. Wir hoffen, dass wir eine Mehrheit finden. Das Veto von einem Land oder einem anderen wäre unverständlich. Wir haben immer noch Hoffnung, dass wir eine Lösung finden, um dieses unhumanitäre Verhalten zu stoppen.

Q - Wann wollen Sie die Resolution einbringen ?

R - Ich weiss noch nicht. Das hängt mit den Verhandlungen zusammen.

Q - Est-ce que Sergueï Lavrov vous a dit quoi que ce soit du contenu de ses négociations avec John Kerry ?

R - C'est très clair : les négociations avec John Kerry - ce que j'ai compris puisque j'ai posé des questions très concrètes sur la question humanitaire - visent à créer les conditions, à permettre aux populations civiles de quitter cette ville qui est en train d'être détruite et puis, pour les combattants qui restent, faire en sorte qu'ils puissent quitter la zone de combat. Tout dépend évidemment des conditions qui seront faites pour que cet accord soit possible. Nous, ce que nous voulons, c'est soulager les populations, aider les populations. Il y a eu trop de morts, trop de blessés, donc on ne peut pas continuer ainsi. Mais ce n'est pas la seule chose que j'ai évoquée. Sur les conditions de la reprise des négociations, j'ai demandé à Sergueï Lavrov que les choses soient claires. Il ne suffit pas de me répondre qu'il est pour des négociations, il faut qu'il me dise sur quelles bases. Et il faut qu'il s'engage à exiger que le régime, que tous les partenaires, soient d'accord sur un point central : partir de la résolution 2254 du conseil de sécurité qui définit très clairement qui sont les parties participant à la négociation et quels sont les principes, qui sont ceux de créer une condition politique valable.

C'est aussi le respect de l'intégrité territoriale de la Syrie, c'est-à-dire le refus de la partition de la Syrie. J'ai posé très clairement la question à Sergueï Lavrov. Je dénonce depuis des mois la stratégie de soutien à la guerre totale engagée par le régime de Bachar al-Assad qui risque d'aboutir fatalement à la partition de la Syrie : la Syrie utile et puis le reste. Le reste, ce serait quoi ? Une Syrie de guerre, une Syrie de chaos, qui pourrait conduire à l'installation d'ailleurs d'un mini État terroriste, d'un Daechstan, comme j'ai eu l'occasion de le dire récemment. J'ai donc posé cette question à Sergueï Lavrov : voulez-vous la partition de la Syrie ou voulez-vous respecter le texte de la résolution 2254 qui doit être et doit rester la base de toute reprise de négociation ? Ce sont les exigences, j'espère qu'elles seront satisfaites. C'est l'avenir qui va nous le dire, j'espère que cet avenir viendra le plus vite possible dans l'intérêt à la fois des Syriens, de la population syrienne, de ceux qui sont encore restés en Syrie et de presque la moitié de la population qui est partie et réfugiée dans les pays voisins, en Turquie, en Jordanie, au Liban ou en Europe. La réponse nous intéresse nous aussi, car ce que nous voulons, c'est résoudre le problème terroriste. Ça passe par une solution de paix. C'est cela qui est essentiel et nous ne cesserons pas notre mobilisation et c'est le sens de la réunion que j'ai organisée pour samedi prochain à Paris.

Q - La chute d'Alep vous semble acquise ?

R - Je regarde la réalité en face. Cette réalité est tragique. Je n'ai jamais cessé de dénoncer ce qui était en cours. Si les Russes n'avaient pas apporté leur soutien militaire à Bachar al-Assad, il aurait été incapable de réussir ce combat. Donc je n'oublierai jamais ce qui s'est passé, mais ce que je constate, c'est qu'aujourd'hui - j'ai eu l'occasion d'en parler avec plusieurs représentants de l'opposition modérée, j'en ai parlé également avec les représentants des autorités civiles d'Alep - la population d'Alep est épuisée. La population d'Alep n'en peut plus. Il n'y a plus de ressources, il n'y a plus d'alimentation, il n'y a plus d'eau, plus d'écoles, plus d'hôpitaux. Voilà la réalité et c'est une réalité totalement inhumaine. C'est la raison pour laquelle ma priorité aujourd'hui, c'est de contribuer à sauver cette population.

Mais il ne suffira pas d'avoir permis l'évacuation d'un certain nombre de personnes qui sont aujourd'hui dans des conditions épouvantables, c'est la suite aussi qui est importante. On ne contribuera pas à accepter un état de fait qui conduirait à la partition de la Syrie. Nous voulons qu'on puisse repartir le plus vite possible de la seule chose qui a du sens et qui est raisonnable, repartir de la résolution du conseil de sécurité 2254 qui a été acceptée aussi par la Russie. Il ne faut pas l'oublier. Nous croyons au droit international, nous croyons au multilatéralisme, nous croyons à l'utilité du conseil de sécurité. Trop souvent, le véto est utilisé. Là, il y a eu un vote à l'unanimité. Profitons de cette situation pour le mettre en oeuvre le plus vite possible. Merci beaucoup.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 décembre 2016

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