Interview de Mme Laurence Rossignol, ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes à RFI le 13 décembre 2016, sur la préparation de l'élection présidentielle pour la primaire au PS. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Laurence Rossignol, ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes à RFI le 13 décembre 2016, sur la préparation de l'élection présidentielle pour la primaire au PS.

Personnalité, fonction : ROSSIGNOL Laurence, RIVIERE Frédéric.

FRANCE. Ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes;

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ARNAUD PONTUS
Frédéric RIVIERE, vous recevez ce matin la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des Femmes, Laurence ROSSIGNOL.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Bonjour Laurence ROSSIGNOL.

LAURENCE ROSSIGNOL
Bonjour.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Bernard CAZENEUVE va prononcer cet après midi à 15h00, sa déclaration de politique générale. Qu'est-ce que vous attendez d'un Premier ministre qui est en place pour cinq petits mois ?

LAURENCE ROSSIGNOL
D'abord, parce que c'est Bernard CAZENEUVE, parce que son rôle à la fois de Premier ministre mais aussi son expérience de ministre de l'Intérieur, c'est qu'il continue de protéger et de rassurer les Français. Nous sommes toujours dans une période où le niveau de risque terroriste demeure très élevé, ont peut le déduire de la situation sur place, la manière dont aujourd'hui les choses se passent en Syrie et en Irak, et on mesure bien que quand l'Etat islamique recule sur ses positions territoriales, le risque d'attentats dans les pays extérieurs est plus élevé. Et je crois que c'est la première fonction, comment dire, ce n'est pas parce qu'on discute...

FRÉDÉRIC RIVIERE
C'est le ministre de l'Intérieur à Matignon, c'est ça, en fait ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Non, ce n'est pas le ministre de l'Intérieur à Matignon, c'est le ministre qui, avec le Premier ministre, Manuel VALLS, le Président de la République, pendant les deux dernières années, a fait face au risque terroriste, qui aujourd'hui est à Matignon, et je pense que de ce point de vue-là, pour les Français, c'est une continuité importante. Bernard CAZENEUVE est très respecté par les Français, ça a été un ministre de l'Intérieur qui était qualifié de compétent, qui était à sa place et il est aujourd'hui un Premier ministre également à sa place, d'autant que j'ajoute que Bernard CAZENEUVE, avant d'être ministre de l'Intérieur, a été à la fois à Bercy, au Budget, aux Affaires européennes et que c'est un homme à compétences...

FRÉDÉRIC RIVIERE
Finalement, il pourrait faire presque tout le gouvernement à lui tout seul.

LAURENCE ROSSIGNOL
Non, parce qu'il ne travaille pas comme ça. Il ne ferait pas le gouvernement à lui tout seul, il ne travaille pas comme ça, il a besoin de ministre autour de lui. Donc, d'abord protéger et puis ensuite montrer aux Français que pendant les cinq mois qui restent, pour reprendre son expression, il n'est pas là pour éteindre la lumière.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Oui, mais malgré tout, quelle est l'ambiance au gouvernement depuis le renoncement de François MITTERRAND d'une part... de François MITTERRAND... de François HOLLANDE, ce lapsus est assez courant...

LAURENCE ROSSIGNOL
C'est votre coeur qui a parlé, c'est votre coeur.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Imaginons... Le renoncement de François HOLLANDE et la démission de Manuel VALLS, est-ce qu'il n'y a pas quand même comme un parfum de fin de règne ?

LAURENCE ROSSIGNOL
« Fin de règne », ce n'est pas le mot, nous sommes en fin de quinquennat, nous sommes...

FRÉDÉRIC RIVIERE
Oui, mais avec cette particularité que François HOLLANDE a indiqué qu'il ne se représenterait pas.

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, qui est une particularité, mais qui pour autant nous oblige à la fois à défendre son bilan, le bilan collectif qui est aussi le bilan du président de la République, parce que dans ce quinquennat, il n'y a pas que les sujets qui ont pu fâcher, et fâcher à gauche, en particulier, moi je refuse que ce quinquennat, en fait, soit ramené au seul sujet de la déchéance de nationalité, et je n'étais franchement pas dans les plus enthousiastes sur cette proposition ou sur la Loi travail. Dans ce quinquennat, nous avons fait bien d'autres choses, à la fois sur le plan de la justice, sur le plan de la protection sociale. On a réformé, on a transformé ce pays, on a réaffirmé et sécurisé les protections collectives, on a fait avancer des droits nouveaux, on a permis à de nombreux français d'avoir de nouveaux droits en matière de vie quotidienne, par exemple je pense au Mariage pour tous, qui ne peut pas passer à profits et pertes, qui est une belle réforme de ce quinquennat, où moi, de mon point de vue, pour ce qui est de mon bilan, dans le secteur que je connais, je suis fière de ce que nous avons fait, aussi bien en politique familiale qu'en protection de l'enfance, qu'en politique en faveur des droits des femmes, et de ce que je continue à faire. Voyez-vous, je suis dans ce gouvernement, je sais que le quinquennat s'arrête au mois de mai, pour autant j'ai annoncé hier que je présenterai au mois de janvier le premier plan contre les violences faites aux enfants, nous gouvernerons jusqu'au dernier jour, parce que la France mérite d'être gouvernée jusqu'à la fin du quinquennat.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Alors, les membres du gouvernement ont commencé, les uns après les autres, à annoncer le candidat qu'ils soutiendront à la primaire de la gauche. Pour votre part, vous avez été parmi les premiers, peut-être même la première d'ailleurs à déclarer votre soutien à Manuel VALLS. Qu'est-ce qui vous enthousiasme chez Manuel VALLS ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Ce qui m'enthousiasme chez Manuel VALLS, ce qui fait que j'ai apporté mon soutien à Manuel VALLS, c'est plusieurs choses. La première, je trouve que c'est un responsable politique qui est constant. Moi, je l'observe et je le connais depuis quasiment qu'il est entré en politique et moi aussi, nous sommes de la même génération, j'observe que Manuel VALLS est constant, c'est-à-dire qu'il a un sillon, et son sillon ce n'est pas le pouvoir, son sillon c'est à la fois l'encrage à gauche, et en même temps la réforme, la modernisation, une gauche adaptée au XXIème siècle. Il a, à la fois le sens du collectif, qui est indispensable quand on porte un projet de gauche, parce que la gauche ce n'est pas l'individualisme poussé jusqu'en politique et dans la manière d'agir en politique, c'est d'abord un projet collectif, et en même temps il est constant, il est stable, il est sûr.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Sur la déchéance de nationalité, par exemple, vous étiez d'accord avec lui ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Sur la déchéance de nationalité, il y a eu un...le président de la République a pris ses responsabilité, il l'a dit...

FRÉDÉRIC RIVIERE
Oui, mais enfin, Manuel VALLS y était plutôt favorable.

LAURENCE ROSSIGNOL
Je ne sais pas. Sur la déchéance de nationalité il y a eu plusieurs temps, et de toute façon, ce n'est pas à moi de dire ici quelles ont été les positions des uns et des autres. Le président de la République, dans son discours, qu'il a prononcé envers les Français, au moment où il a annoncé qu'il ne se représentait pas, a dit ses regrets sur la déchéance de nationalité, je partage ses regrets, à la fois la question de savoir si, ce que moi j'en pensais, et étant, somme toute, pas tant le sujet, que l'on a fait probablement une erreur collective au moment de la déchéance de nationalité, ça meurtrit la gauche inutilement. Voilà.

FRÉDÉRIC RIVIERE
La candidature de Vincent PEILLON, vous la voyez de quelle manière ? C'est une candidature utile ou c'est une candidature qui vient juste perturber celle de Manuel VALLS ?

LAURENCE ROSSIGNOL
En ce qui me concerne, je suis membre de ce gouvernement, c'est-à-dire que je parle, bien entendu, à la gauche, mais je parle aussi aux Français, et je porte des politiques pour tous les Français. Je m'engage derrière Manuel VALLS en raison des qualités d'homme d'Etat, que je reconnais, que j'identifie chez Manuel VALLS et que je trouve assez exceptionnel dans le panel de candidat qui est offert à la primaire de la gauche. Je sais pourquoi, et je peux vous dire pourquoi je m'engage derrière Manuel VALLS, en revanche, je ne dirai pas de choses blessantes ou désobligeantes, à l'égard des autres candidats de la gauche.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Pourquoi vous ne soutiendrez pas Vincent PEILLON ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Non, je vous dis pourquoi je soutiens Manuel VALLS, c'est un homme d'Etat, il est constant, il veut réformer et c'est la gauche du XXIème siècle qu'il incarne à mon sens très bien. Je ne vois pas comment on peut faire l'impasse sur notre bilan collectif, qui est un bilan dont nous devons aussi être fiers.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Est-ce que vous avez vu, Laurence ROSSIGNOL, ce reportage diffusé la semaine dernière par nos confrères de France Télévisions, France 2, sur l'extrême difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité pour des femmes, de s'installer dans un bar de certaines villes de la Seine-Saint-Denis. Vous avez vu ces images ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, j'ai vu ces images, le reportage était utile, mais pour ma part, je n'ai rien appris dans ce reportage.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Oui. Vous le saviez, ça ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Je savais déjà tout ça.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Et qu'est-ce que le gouvernement fait pour lutter contre ce genre d'exclusion des femmes de l'espace public ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Dans le travail que je mène en tant que ministre des Droits des Femmes, la question de la reconquête de l'espace public par les femmes, dans un certain nombre de quartiers, est effectivement un sujet qui nous mobilise beaucoup. Je vais vous donner quelques... comment il faut traiter ce sujet. D'abord, il faut avoir en tête que dans les quartiers relégués, dans les quartiers où il n'y a plus de mixité sociale, plus de mixité culturelle, il ne peut pas y avoir de la mixité hommes/femmes, c'est-à-dire que le repli, il se fait toujours au détriment des femmes et de leur émancipation, d'autant quand on est dans un moment où se mélangent des fondamentalismes religieux, qui ne sont porteurs que de régression, et de l'exclusion sociale. Donc, les femmes sont les premières victimes, à la fois de la relégation de ces quartiers, qui est sociale, et de la montée de l'emprise religieuse dans ces quartiers. Ce que nous faisons, je vais vous donner deux choses. D'abord, les marchés exploratoires, par exemple, c'est-à-dire, avec les femmes, nous partons avec elles à la reconquête de leurs quartiers, c'est un dispositif qui s'est déployé dans de nombreuses villes, les femmes ont pris dans leurs quartiers, dans leurs villes, de la place, de la dignité, de la reconnaissance, à la fois de par leurs familles et aussi de part les communes et les élus, et puis en plus, deuxième chose, c'est qu'il faut un travail social, quotidien, avec deux critères : la mixité du travail social et la laïcité de ce travail social. Mais pour que les femmes puissent aller aux quartiers... puissent aller au café, pardon, il faut d'abord qu'elles sortent de chez elles, il faut qu'elles sortent de leurs cuisines, il faut qu'elles aient accès à la formation. C'est un travail social global, pour les aider. Et enfin, dernier mot, je soutiens celles qui luttent et qui résistent contre l'emprise des fondamentalismes et la régression dans les quartiers.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Merci Laurence ROSSIGNOL, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 décembre 2016

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