Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur l'hymne national, à Paris le 2 décembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, sur l'hymne national, à Paris le 2 décembre 2016.

Personnalité, fonction : TODESCHINI Jean-Marc.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire

Circonstances : Ouverture du colloque « La Marseillaise », à Paris le 2 décembre 2016

ti :

Monsieur le Recteur, cher Jean-François Chanet qui présidez la séance de ce matin,
Madame la directrice de la mémoire, du patrimoine et des archives,
Monsieur le chef du Service historique de la défense,
Monsieur le professeur Philippe Gumplowicz qui présiderez la séance de cet après-midi,
Mesdames et messieurs les professeurs d'universités et intervenants,
Mesdames et messieurs,


Le 4 février dernier, j'étais avec la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, à l'école élémentaire Louis Pasteur de Fresnes dans le Val-de-Marne, pour échanger avec les élèves sur La Marseillaise.

Je fus surpris de constater que les enfants présents dans la classe associaient d'abord l'hymne national à l'hommage rendu aux victimes des attentats du 13 novembre 2015.

Ces enfants, avec leurs mots simples, qui avaient, comme nous tous, été choqués d'apprendre ce qui s'était passé ce soir-là dans Paris, voyaient dans notre hymne un rempart, celui de la liberté.

J'ai mesuré alors ce qu'ils attendaient de cette « année de La Marseillaise » que le Président de la République avait annoncée quelques mois auparavant.

Ce qu'ils attendaient de nous : les aider à comprendre comment ce chant peut effectivement rendre hommage aux victimes du terrorisme en même temps qu'aux morts de la Grande Guerre, qu'aux résistants de la Seconde Guerre mondiale, comment aussi il peut réunir des supporters dans les tribunes d'un stade. Comment ce chant est devenu un hymne de rassemblement et d'unité nationale.

Car c'est bien ce qui l'est, un chant patriotique, chant de la Révolution française adopté par la France comme hymne national une première fois le 14 juillet 1795.

L'enjeu était grand. Il l'est toujours : comment aider les plus jeunes d'entre nous à mesurer le sens, la symbolique, la portée et la résonnance de ce chant ?

Fruit d'un moment d'histoire, l'entrée en guerre contre l'Autriche et la Prusse, œuvre d'un seul homme, Joseph Rouget de Lisle, La Marseillaise, qui accompagne les débuts du projet républicain, s'est imposée depuis la Révolution française et jusqu'à aujourd'hui comme l'hymne des défenseurs de l'idéal de Liberté

Chant de la patrie en armes comme de la République en temps de paix, à la fois chant de guerre et chant de liberté, l'hymne national n'a cessé de faire l'objet de recherches par des spécialistes de toutes disciplines.

Pour autant elle n'a pas échappé aux critiques, aux adaptations, aux interprétations et réinterprétations et aux détournements, fait historique tout à fait exceptionnel qui témoigne aussi d'un attachement à l'hymne national, que chacun voudrait voir plus fidèle à l'idée qu'il s'en fait.

Aujourd'hui, 2 décembre 2016, nous connaissons sans doute mieux La Marseillaise qu'il y a quelques mois.

En répondant au défi de la pédagogie et de la transmission des valeurs républicaines et humanistes véhiculées par notre hymne national, le ministère de l'éducation nationale et le ministère de la défense ont travaillé à une meilleure compréhension et diffusion de notre hymne national.

Je me réjouis qu'au terme d'une année riche qui a vu les services du ministère de la défense se mobiliser pleinement, La Marseillaise rassemble aujourd'hui, à l'initiative de la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives et du Service historique de la défense, des spécialistes qui ont à cœur de mettre en lumière une approche pluridisciplinaire.

Je veux tout particulièrement remercier l'équipe du BAPI à la DMPA ainsi que messieurs Jean-François Dubos et Hervé Drévillon du SHD pour l'énergie qu'ils ont déployée tout au long de l'année pour mieux faire connaître La Marseillaise.

Cette journée d'études témoigne du soutien permanent du ministère de la défense à la recherche en histoire et à la diffusion la plus large de ses travaux.

Car la mémoire ne se construit pas en un jour, ce jour où se joue l'histoire ; elle est le fruit d'une construction a posteriori qui mêle le partage et la transmission des souvenirs et témoignages avec l'exigence et la rigueur d'un travail scientifique dont vous êtes, mesdames et messieurs les universitaires, les garants.

Ce colloque entend bien sûr mettre en évidence les racines historiques de notre hymne national, mais aussi la manière dont il a traversé les siècles, ses nombreux usages, ses résonnances à l'étranger, son universalité.

L'exposition réalisée par le musée de l'Armée aux Invalides, que j'ai inaugurée le 27 juillet dernier, et présentée ici même aujourd'hui, revient sur cette surprenante traversée de l'histoire que La Marseillaise a connue.

Une traversée faite de redécouvertes et de silences.

Car les régimes anti-démocratiques et autoritaires ont maintes fois cherché à l'éteindre.

Et le hasard du calendrier fait que nous nous réunissons un 2 décembre, jour où Napoléon Ier, en 1805, un an après son sacre, triomphe à Austerlitz. Jour aussi du coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851. Deux dates, deux époques durant lesquelles La Marseillaise est proscrite.

Comme pour nous rappeler que notre hymne national, par sa force mobilisatrice et son caractère révolutionnaire, a subi la répression.

Interdite sous la restauration, redécouverte sous la IIIe République, La Marseillaise sera d'ailleurs à nouveau interdite en zone occupée au temps de Vichy.

Et depuis 1958, l'article 2 de la Constitution définit les symboles de la République française parmi lesquels figurent le drapeau tricolore et la devise « Liberté-Egalité-Fraternité ». Au milieu de ces deux symboles, est précisé que l'hymne national est La Marseillaise.

Au son de l'hymne national se sont retrouvés les combattants de la liberté, ceux de France mais aussi du monde entier.

Les Fédérés de Marseille ont défendu la patrie et la république menacée par les rois coalisés.

Le Front Populaire a trouvé dans ce chant un puissant ferment d'union face aux fascismes des années 1930.

Les étudiants du 11 novembre 1940 ont bravé l'occupant nazi au son de l'hymne national.

Salvador Allende chanta au cours de sa présidence La Marseillaise socialiste, hymne du parti socialiste chilien inspiré du nôtre.

Camille Naudin composa La Marseillaise noire en 1867 au lendemain de la guerre de sécession.

L'adaptation russe de La Marseillaise des Travailleurs, publiée en 1875 sera reprise par la Russie soviétique en 1917.

Tous ont été des combattants de la liberté.

Mesdames et messieurs, l'histoire de La Marseillaise est une histoire vivante, l'histoire d'une identité, celle de la France, celle de notre République, forgée à l'aune de valeurs communes et partagées.

Une histoire dont la signification, qui échappe au contexte dans lequel elle est née, ne peut et ne sera jamais figée.

Parce que La Marseillaise, comme il y a 100 ans, comme il y a 200 ans, peut encore de nos jours, face au terrorisme, être une réponse aux négateurs de la liberté et de la République, elle est plus qu'une histoire.

Elle est une leçon d'histoire, que vous êtes venus nous rappeler aujourd'hui.


Je vous en remercie.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 15 décembre 2016

Rechercher