Déclaration de M. Harlem Désir, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur les relations euro-turques, la Défense européenne et sur les négociations entre l'Union européenne et l'Albanie, à Bruxelles le 13 décembre 201. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Harlem Désir, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, sur les relations euro-turques, la Défense européenne et sur les négociations entre l'Union européenne et l'Albanie, à Bruxelles le 13 décembre 201.

Personnalité, fonction : DESIR Harlem.

FRANCE. Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes

Circonstances : Conseil de l'UE, à Bruxelles (Belgique) le 13 décembre 2016

ti : Sur la Turquie, il faut un dialogue maintenu, mais sur la base de la clarté et de la fermeté. La Turquie a été victime d'attentats terroristes mais aussi d'une tentative de coup d'État au mois de juillet dernier. La Turquie a le droit de se défendre mais cela doit se faire dans le respect de l'État de droit et de façon proportionnée.

Il y a aujourd'hui une dérive en Turquie, des atteintes aux droits de l'Homme et aux libertés publiques. Des journalistes, des universitaires, des parlementaires sont emprisonnés. Le dialogue entre l'Union européenne et la Turquie est basé sur des valeurs, et en particulier sur le respect des principes démocratiques. Il y a une menace de rétablissement de la peine de mort, cela n'est pas acceptable. Cela serait une rupture totale des relations entre la Turquie et l'Union européenne telles qu'elles ont existé jusqu'à aujourd'hui.

Aujourd'hui nous avons la volonté de maintenir un dialogue avec la Turquie, qui est un grand pays, voisin, qui doit être un partenaire dans la lutte contre le terrorisme, pour maîtriser les migrations et lutter contre les trafiquants d'êtres humains, et pour parvenir à un règlement de la crise en Syrie et apporter de la stabilité à cette région.

Mais nous ne sommes pas dans une situation qui permette d'ouvrir de nouveaux chapitres de négociations. Il n'y aura donc pas d'ouverture de nouveaux chapitres de négociations. M. Erdogan a pris une grande responsabilité en entraînant son pays dans une politique qui est un éloignement par rapport au dialogue avec l'Union européenne, et par rapport aux valeurs et aux principes qui fondent les relations avec l'Union européenne. Nous voulons donc, je le redis, le maintien d'un dialogue avec la Turquie, mais un dialogue exigeant, ferme, clair sur les principes et les valeurs qui sont celles de l'Europe.

Le Conseil des affaires générales qui va se tenir aujourd'hui va aussi préparer le Conseil européen du 15 décembre. Sur l'agenda de ce Conseil européen, il y a notamment la question de la défense. Le Conseil européen du 15 décembre doit marquer une avancée décisive en matière d'Europe de la défense. L'Europe doit assumer d'avantage de responsabilités pour se protéger elle-même. Elle est entourée des plus graves crises internationales et personne ne viendra assurer sa sécurité à sa place.

Nous voulons que ce Conseil européen permette d'endosser les progrès qui ont été faits par les ministres de la défense et les ministres des affaires étrangères lors de la réunion du 14 novembre dernier qui a débouché sur des avancées très importantes dans le domaine des missions militaires européennes, de la chaine de commandement et de planification de ces missions, dans le domaine du financement par l'Europe de cet effort européen, et dans le domaine de la base industrielle et technologique de défense avec en particulier le fait que nous devons mettre en commun le financement d'un certain nombre de programmes et que nous devons soutenir nos industries dans ce domaine.

Nous devons avoir une autonomie stratégique à la fois en matière d'intervention et en matière de base industrielle de défense en Europe. Nous sommes dans une alliance avec les États-Unis, mais personne ne s'occupera de la sécurité de l'Europe à la place des européens. C'est à nous d'assurer, de plus en plus, notre propre sécurité. C'est la position que la France veut faire avancer dans le Conseil européen du 15 décembre. Et c'est pourquoi nous voulons des avancées sur les missions et les opérations extérieures de l'Europe qui doivent être mieux conçues et mieux menées en commun, sur le financement de l'Europe de la défense, et sur le soutien aux industries européennes dans le domaine de la défense.


Q - Sur la Turquie, vous dites ne pas vouloir ouvrir de nouveaux chapitres. Le Parlement européen va plus loin. Pourquoi ne pas suspendre les négociations ?

R - Nous voulons qu'il y ait un dialogue qui soit maintenu, mais dans la clarté et la fermeté. Aujourd'hui, compte tenu de la dérive du pouvoir en Turquie en matière de violation des droits de l'Homme et de répression contre les journalistes, contre les universitaires, et contre des parlementaires, il ne peut pas y avoir d'ouverture de nouveaux chapitre de négociations.

Donc nous voulons maintenir le dialogue parce que la Turquie est un grand partenaire stratégique, avec lequel nous devons ensemble lutter contre le terrorisme, nous devons assurer plus de stabilité au Moyen-Orient, et nous devons lutter contre les trafiquants d'êtres humains en matière de migration. Mais ce dialogue se fait sur les principes et les valeurs de l'Union européenne. Lorsqu'on menace de rétablir la peine de mort, il n'y a pas de possibilité d'ouvrir de nouveaux chapitres de négociations.

Il ne faut pas suspendre le dialogue mais il faut dire clairement que l'éloignement que M. Erdogan est en train de provoquer entre l'Union européenne et la Turquie est de sa responsabilité. Le dialogue aura lieu dans la clarté sur les principes et sur les valeurs. Au coeur de ces principes et de ces valeurs il y a le refus de la peine de mort et le respect de la liberté d'expression de l'opposition, de la presse et des universitaires.

Q - Quelle est votre position sur l'ouverture des négociations avec l'Albanie ?

R - Nous allons parler aujourd'hui des négociations d'adhésion avec l'Albanie, qui est un pays qui a le statut de candidat. J'étais moi-même à Tirana l'autre jour pour en parler avec le Premier ministre Edi Rama et avec les membres du gouvernement albanais. Je crois que la Commission européenne a remis un rapport positif qui prend acte des réformes très importantes qui ont été menées en Albanie, notamment la réforme de la justice. Mais il y a encore à mettre en oeuvre cette réforme et notamment les dispositions sur le contrôle des juges.

Le Conseil va dire qu'il se tient prêt, au fur et à mesure que la réforme sera mise en oeuvre et que des progrès continueront à être effectués sur les 5 priorités clés. Vous savez que cela a été le cas en matière d'administration, en matière de droits de l'Homme. Mais il faut continuer dans le domaine de la lutte contre la criminalité organisée, contre la corruption et en matière de justice.

Ce sont donc là les messages que va envoyer le Conseil des affaires générales aujourd'hui. C'est un encouragement à continuer les réformes, et maintenant la balle est dans le camp de l'Albanie. Au fur et à mesure que seront mises en place ces réformes, et notamment la réforme de la justice, alors nous pourrons franchir de nouvelles étapes.

Je vous remercie.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 décembre 2016

Rechercher