Déclaration de Mme Audrey Azoulay, ministre de la culture et de la communication, sur l'oeuvre littéraire et poétique d'Antoine de Saint Exupéry, Paris le 13 décembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Audrey Azoulay, ministre de la culture et de la communication, sur l'oeuvre littéraire et poétique d'Antoine de Saint Exupéry, Paris le 13 décembre 2016.

Personnalité, fonction : AZOULAY Audrey.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

ti :

Un commandant-poète. C'est ainsi à mes yeux que l'on devrait, si vous me le permettez, qualifier l'homme et la figure nationale à laquelle nous rendons cet hommage aujourd'hui.

Il est impossible de convoquer ici seulement l'homme de lettres, comme il est impossible d'évoquer uniquement l'aviateur.

Et je reprendrai aussi ces mots que vous avez cités, cher Jean-Yves le Drian, ces mots que Saint-Exupéry livrait dans un entretien en 1939 : « Pour moi, voler ou écrire c'est tout un ! ».

La poésie est partout dans la vie d'Antoine de Saint-Exupéry. Ses engagements, ses quêtes, ses actes révèlent une extraordinaire dimension poétique qui aura porté ses valeurs d'humanité, de fraternité, de découverte de l'autre de la façon la plus puissante qui soit.

Cette vocation poétique laissera à jamais sa marque par une œuvre littéraire dense et forte de Courrier Sud jusqu'au Petit Prince, le roman français le plus traduit dans le monde (250 traductions alors qu'un grand succès contemporain comme Harry Potter l'a été en 80) dont nous célébrons cette année le 70ème anniversaire de la publication française. Ce Petit Prince qui aura profondément marqué l'imaginaire collectif.

La portée de ce texte majeur du XXeme siècle nous est d'ailleurs rappelée ici, sur cette façade, avec l'exposition de l'œuvre « Petit & Grand Prince » des photographes-plasticiens Manolo Chrétien et Pia Loro.

Jamais Antoine de Saint-Exupéry n'aura cessé d'écrire : jeune adolescent, les premiers vols qu'il effectue presque clandestinement lui inspirent ses premiers poèmes : « Les ailes frémissaient sous le souffle du soir / Le moteur de son chant berçait l'âme endormie / Le soleil nous frôlait de sa couleur pâle ».

Il continuera d'écrire tout au long de ses années de service militaire à Strasbourg comme à Casablanca. Il écrira des poèmes pour impressionner sa future fiancée Louise de Vilmorin.

Il écrira alors qu'il est à la tête de l'Aéropostale basée en Argentine. Il écrira souvent à sa femme Consuelo avec laquelle il entretient une relation tumultueuse. Et il écrira encore avant de prendre une dernière fois les commandes de son avion.

L'ampleur de son héritage se mesure à son universalité et à sa capacité à s'adresser aux générations qui l'ont suivi.

C'est pour cela que j'ai souhaité que deux jeunes comédiens, Dany Bomou et Antoine Roucayrol, lisent aujourd'hui un chapitre de Vol de nuit, redonnant ainsi vie à ce texte magnifique, un de ses chefs d'œuvre.

Et dans le même esprit nous savons l'action menée par la Fondation Saint-Exupéry pour la jeunesse. Elle soutient à travers le monde des initiatives culturelles portées par et pour des jeunes.

Un concours d'écriture est lancé par la fondation dont le thème sera bientôt dévoilé depuis la station spatiale internationale par l'Astronaute Thomas Pesquet. Le lauréat aura la chance d'entendre ses mots prononcés dans l'espace. Quelle belle façon de donner envie aux plus jeunes d'écrire. Quel plus bel hommage aussi rendu, depuis les étoiles, à Saint-Exupéry ?

Si très vite les poèmes noircissent les carnets d'Antoine de Saint-Exupéry, sa passion va tout autant aux applications de la science. Enfant, il dessine les plans d'une bicyclette volante à moteur. Adulte, il dépose nombre de brevets d'invention.

La technique souvent est au service de sa passion. Voler pour Saint-Exupéry c'est trouver l'inspiration. Une inspiration pour sa vie d'homme, comme pour sa vie d'artiste. Le ciel est le cadre de ses rêveries poétiques autant que le théâtre d'un destin qu'il voulait héroïque.

Son surnom « pique-la-lune » évoque sans ambages sa propension à avoir la tête dans les nuages et ce désir insatiable d'évasion.

Son engagement militaire, s'il était guidé par une volonté incontestable à servir sa patrie, et vous l'avez rappelé cher Jean-Yves le Drian, ne répondait-il pas aussi à l'envie d'écrire une histoire hors du commun. Pour lui, pour son pays ?

Voler, c'est aussi porter un nouveau regard sur le monde comme les artistes peuvent le faire.

Convaincu de la force de l'art parce qu'il était un grand poète, Antoine de Saint-Exupéry en connaissait aussi la force de rassemblement. Et au-delà même de son expression artistique, son existence entière portait sa volonté d'union.

Lors de ses missions dans l'aéropostale, ne faisait-il pas voyager les mots qui relient les hommes?

On se souvient aussi de son appel depuis New-York en 1942, trois semaines après le débarquement allié en Afrique du Nord : « Français, réconcilions-nous pour servir ». Il était de ces artistes, de ses écrivains qui considèrent l'engagement pour leur patrie comme une évidence. [Il était de ces artistes] pour qui l'art est un engagement.

Cet engagement humaniste était autant le message du Petit Prince que celui de Terre des Hommes, duquel sont restés parmi d'autres ces mots : “Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction.”

Il y a 80 ans, quelques jours après que l'hydravion La Croix du Sud ait disparu en mer avec à son bord Mermoz et son équipage, Antoine de Saint-Exupéry lançait un appel pour exhorter à poursuivre les recherches et trois jours plus tard, alors que les chances de retrouver son ami s'amenuisent heure après heure, il écrivait : « Je ne veux pas te respecter encore, pardonne-moi, je ne puis encore te croire parfait, de la perfection des morts…».

L'amitié aura guidé Saint-Exupéry tout au long de sa vie.

Pour ses engagements, pour sa grandeur d'âme et l'indépendance de son esprit, il est naturel de rendre aujourd'hui hommage à Antoine de Saint-Exupéry, ici, au Panthéon.

Ici où reposent Louis Antoine de Bougainville ou Marcellin Berthelot, Pierre Brossolette ou encore Victor Hugo.

Il est aujourd'hui réuni avec ces êtres d'exception, lui enfant de la France, « le plus irremplaçable des êtres » pour reprendre les mots de Raymond Aron.

Et c'est sûrement dans Le Petit Prince qu'il livre une des meilleures indications sur le sens de sa quête d'idéal : « Faites que le rêve dévore votre vie, afin que la vie ne dévore pas votre rêve »

[Gardons ces mots de Saint-Exupéry à l'esprit.]


Je vous remercie.


Source http://www.culturecommunication.gouv.fr, le 16 décembre 2016

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