Interview de Mme Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, à France Ô le 20 décembre 2016, sur la construction dans l'île de La Réunion de logements très sociaux, notamment en faveur des personnes âgées (gramounes en créole), et les campagnes électorales dans les outre-mer. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, à France Ô le 20 décembre 2016, sur la construction dans l'île de La Réunion de logements très sociaux, notamment en faveur des personnes âgées (gramounes en créole), et les campagnes électorales dans les outre-mer.

Personnalité, fonction : BAREIGTS Ericka.

FRANCE. Ministre des outre-mer

ti : EMILIE DE BALMANN
Et sur ces plateaux avec moi, la ministre des Outre-mer, Erika BAREIGTS, bonsoir.

ERICKA BAREIGTS
Bonsoir.

EMILIE DE BALMANN
Merci beaucoup d'être avec nous ce soir, des logements très sociaux vont être créés, on vient de le voir pour les Gramounes de Saint-Benoît. Certains Gramounes vivent déjà dans les logements sociaux depuis plusieurs dizaines d'années maintenant, certains de ces logements sont rénovés, cela entraine une hausse de leur loyer, et ils ne peuvent faire face. C'est un cas sur lequel vous vous penchez également ?

ERICKA BAREIGTS
Alors le projet qui a été présenté à Saint-Benoît, c'est le premier projet de cette qualité qui est, donc Saint-Benoît innove sur ce plan-plan. C'est la question qui est de dire aujourd'hui un certain nombre de personnes âgées vivent dans l'isolement parce qu'on n'a plus le temps, enfin passer voir votre mère ou votre père régulièrement le soir, ça se fait de moins en moins parce qu'on a d'autres activités, qu'on est pris par les embouteillages et que c'est une autre vie qui est devant nous. Et donc ces personnes sont en isolement dans logements, quelquefois pas adaptés d'ailleurs à leur grand âge, et ils sont surtout isolés. L'isolement accélère le vieillissement, parce que quand on est seul, on est replié sur soi-même et ça a des percussions sur l'état de santé de ces personnes âgées. Alors on se doit de répondre à ça. Au lieu d'attendre la dégradation, il faut tout de suite avoir une réponse avant qu'elle ne rentre dans ce qu'on appelle les maisons de retraite, des établissements recevant des personnes âgées dépendantes. Et donc là c'est une résidence où elles vivent entre elles, avec de l'animation, avec un loyer très bas correspondant à ce qu'elles sont en capacité de payer. Et puis surtout c'est ne plus être seul, vivre ensemble avec d'autres…

EMILIE DE BALMANN
Vous ne répondez pas à ma question, sur ces logements sociaux occupés déjà depuis plusieurs dizaines d'années par des familles, par des Gramounes qui se retrouvent du jour au lendemain, à devoir payer plus cher leur loyer puisque leur logement a été rénové, cette problématique-là revient souvent à la Réunion.

ERICKA BAREIGTS
C'est beaucoup plus compliqué que ça, dans cette question il y a deux sujets. Il y a le sujet de la réhabilitation des logements avec une augmentation de loyer, il y a aussi des personnes âgées qui ont vu leur famille partir et qui se retrouvent dans des logements beaucoup trop grands pour elles avec des loyers qui correspondent….

EMILIE DE BALMANN
Et qu'elles ne peuvent pas quitter malheureusement.

ERICKA BAREIGTS
Oui, mais je pense qu'il faut que nous ayons une réponse et c'est en partie ce que j'ai voulu aujourd'hui promouvoir, c'est le fait que nous devons faire de la réhabilitation à un coût moins élevé. Et comment on fait ça ? En prenant la mesure que j'ai portée dans la loi égalité réelle en donnant des avantages fiscaux plus importants. Par exemple jusqu'à l'adoption de cette mesure dans la loi égalité réelle, l'avantage fiscal pour un bailleur social était de 7 000 euros, il va passer à 20 000. Ca veut dire qu'il peut y avoir des répercussions. Il y a toute cette démarche qualité que nous devons faire aussi à travailler avec nos artisans nos artisans ont un vrai savoir-faire et il faut aussi qu'ils puissent profiter de cet enjeu de la réhabilitation. Donc, oui, on a des réponses qui sont apportées, j'allais dire au cas par cas parce que chacun est une singularité.

EMILIE DE BALMANN
Alors le thème de votre journée était clairement le logement avec des annonces, le dégel notamment de 5 millions d'euros pour 157 logements sociaux supplémentaires créés en 2017, sur une île qui a 20 000 demandes en souffrance, c'est comme une goutte finalement.

ERICKA BAREIGTS
Oui, tous les millions peuvent être des gouttes d'eau, mais les millions additionnés entre eux, c'est-à-dire que sur la ligne budgétaire unique, nous sommes à près de 280 millions d'euros, globalement, j'ai pu avoir près de cinq millions d'euros en plus pour La Réunion. Donc il y a, à côté de ces 157 logements supplémentaires, donc 157 familles qui vont avoir une réponse sur du logement social, il y a toute la programmation qui est déjà dans les tuyaux, c'est-à-dire que j'aimerais qu'on soit sur 3.000 logements sociaux. Et ça, c'est financé par l'État. En plus de ces cinq millions, de ces 280 millions, il y a 100 millions de défiscalisation que l'État apporte pour booster ça, plus les avantages fiscaux dont je viens de vous parler…

EMILIE DE BALMANN
Et vous allez libérer également du foncier…

ERICKA BAREIGTS
Il faut libérer du foncier, pourquoi…

EMILIE DE BALMANN
Oui, pour construire de nouveaux logements sociaux, et dans le même temps, les bailleurs sociaux laissent vacants – il faut le savoir – 2.000 logements sans raison valable, ce sont les propos de la Confédération nationale du logement. Est-ce qu'il ne faudrait pas finalement déjà attribuer ces 2.000 logements vacants aux demandeurs ?

ERICKA BAREIGTS
Très honnêtement, sur les chiffres, faisons attention à ce que nous disons, il y a un travail qui est en train d'être fait par les bailleurs sociaux que j'ai rencontrés ce matin, ils vont croiser les fichiers, et ils vont nous sortir les chiffres, les vrais chiffres, parce que, quelquefois, il y a des doublons, parce que nous n'avons pas les mêmes informations tous au même niveau. Donc attendons. Ça a été lancé en octobre, nous aurons un résultat de cette démarche-là en octobre prochain. Mais en tout état de cause, nous, ce que nous voulons, c'est plusieurs choses, d'abord, ce que je veux, c'est que nous puissions répondre au plus vite, au plus efficace, aux plus de 20.000 familles qui sont en attente de logement. Donc c'est de la LBU, je l'ai dit, de la Ligne Budgétaire Unique, c'est de la défiscalisation ou du crédit d'impôt, c'est des aides fiscales que nous avons vues, mais c'est aussi un deuxième souci que j'ai par rapport à ce que vous disiez tout à l'heure, c'est de faire en sorte que nous ayons des logements de qualité au prix du loyer le plus bas possible. Et nous pouvons faire ça en faisant – j'étais avec Thierry REPENTIN – que l'Etat, qui a certains terrains ou certains bâtis, puisse céder à un prix le plus possible, sur la prison Juliette-Dodu, on l'a vu tout à l'heure, le coût réel était à un million neuf. Un million neuf ! Et finalement, la SHLMR va l'acheter à 800.000. Donc ça veut dire quoi, ça veut dire que comme le coût du terrain est plus bas, il y aura des répercussions sur le loyer. Et ça, c'est très important. Juste pour vous dire, parce que ça n'est pas juste des mesures comme ça, c'est que rajouter à ces cinq millions d'euros, on peut rajouter, là encore, deux millions d'euros, parce que juste sur les quelques opérations que nous avons vues aujourd'hui, dont la prison Juliette-Dodu, eh bien, il y a derrière deux millions d'euros sur le budget de l'État, et pour combien de familles ? 223 familles. Donc dans la journée, nous avons 223 familles plus 157 sur le dégel de la LDU. Donc ce sont des efforts supplémentaires. Et vous savez, dans le logement, toute situation familiale, toute famille, une famille, une famille qui a une réponse sur son logement est une famille sauvée, c'est un enfant qui apprend mieux à l'école, c'est une personne âgée qui se sent mieux là où elle est, c'est une mère de famille, un père de famille qui est plus épanoui, c'est de l'émancipation. Donc tous les efforts, et c'est le message que je veux faire passer, tous les efforts doivent être mobilisés sur ce sujet.

EMILIE DE BALMANN
Nous avons peu de temps, et nous avons envie de vous entendre sur d'autres thèmes, Emmanuel MACRON et Jean-Luc MELENCHON étaient ce week-end aux Antilles. Marine LE PEN, de son côté, en Guyane. Quel regard vous portez sur ces opérations séduction durant la campagne présidentielle, séduction de l'Outremer en l'occurrence ?

ERICKA BAREIGTS
Oui, vous savez, l'Outremer, c'est quelque chose d'extrêmement complexe, chaque territoire est singulier…

EMILIE DE BALMANN
Et que l'on doit conquérir avant une présidentielle…

ERICKA BAREIGTS
On ne s'invente pas candidat des Outremers, il faut connaître les Outremers. Marine LE PEN, vous voyez, quand elle vend son programme, elle est photographiée sur la mer, mais elle est en Bretagne, elle n'est pas dans les Outremers. Voyez, donc il ne faut pas maquiller les choses. Connaître les Outremers est un travail de longue haleine. Il faut être dans l'empathie avec nous.

EMILIE DE BALMANN
Justement, Marine LE PEN était dernièrement chez nous…

ERICKA BAREIGTS
Et il faut connaître, et on ne s'improvise pas candidat des Outremers. Quand Emmanuel MACRON est dans l'avion et qu'il parle d'expatriés, c'est que, il ne connaît pas, donc, voyez, les derniers arrivants ou ceux qui se disent proches des Outremers, pour récolter quelques voix, ça n'est pas si facile que ça.

EMILIE DE BALMANN
Alors je le disais Marine LE PEN était dernièrement sur notre ile et cette visite a finalement surtout montré que le vent avait a semble-t-il tourné, les Réunionnais sont de plus en plus nombreux à revendiquer un vote Front national aux prochaines présidentielles, vous avez eu forcément écho de cela, comment vous le vivez, qu'est-ce que vous en pensez ?

ERICKA BAREIGTS
Je crois que nous avons tous une responsabilité, vous comme moi, forte sur les enjeux des prochaines présidentielles. Nous ne devons pas aborder un vote populiste avec facilité, avec légèreté, derrière cela, ce sont des solutions faciles qui ne seront jamais appliquées, premièrement. Deuxièmement, c'est que nous acceptons assez facilement le vote anti, le vote raciste, le vote qui exclue, et moi ça en tant que Réunionnaise avec la couleur de ma peau, avec le métissage que j'ai, nous ne pouvons pas l'accepter. Et nous devons tous, vous comme moi aborder ce sujet avec beaucoup de responsabilités, beaucoup de sérieux, parce que quand les choses sont faites, il est trop tard et les vies peuvent être brisées.

EMILIE DE BALMANN
Merci beaucoup Ericka BAREIGTS d'avoir répondu à mes questions ce soir.

ERICKA BAREIGTS
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 décembre 2016

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