Interview de M. Bruno Le Roux, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 20 décembre 2016, sur la protection des sites après l'attentat sur le marché de Noël à Berlin. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Roux, ministre de l'intérieur, à Europe 1 le 20 décembre 2016, sur la protection des sites après l'attentat sur le marché de Noël à Berlin.

Personnalité, fonction : LE ROUX Bruno.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : MAXIME SWITEK
« L'interview politique d'Europe 1 », Antonin ANDRE, vous recevez donc ce matin le ministre de l'Intérieur, Bruno LE ROUX.

ANTONIN ANDRE
Bonjour Bruno LE ROUX.

BRUNO LE ROUX
Bonjour Antonin ANDRE.

ANTONIN ANDRE
Merci d'être au micro d'Europe 1 ce matin. Le terrorisme a frappé en Allemagne, un camion fonce sur la foule, sur un marché de Noël, douze morts, quarante-huit blessés. Peut-être d'abord, votre première réaction ce matin à l'égard de nos amis allemands.

BRUNO LE ROUX
Ma première réaction est celle, bien entendu, de la compassion, de la solidarité, et compte tenu de mes responsabilités, de la coopération totale, coopération totale, et dans ce moment, ce qu'il faut, c'est toujours de l'unité, de l'unité pour faire face aux terroristes, et en l'occurrence, il faut aussi de l'unité européenne, elle doit être forte, particulièrement forte.

ANTONIN ANDRE
Alors, il se trouve que, hier, vous étiez vous-même à Berlin avec le ministre de l'Intérieur, votre homologue Thomas de MAIZIERE. Est-ce que vous avez des informations plus précises, est-ce que vous avez eu des échanges avec lui ce matin sur les circonstances de cette attaque ?

BRUNO LE ROUX
J'ai eu bien entendu Thomas de MAIZIERE et le gouvernement allemand, ce sont des partenaires aujourd'hui européens très forts, nous sommes à l'initiative de très nombreux textes, de très nombreuses propositions pour améliorer la sécurité en Europe. Et hier, nous travaillions ensemble, à Berlin, avec Thomas de MAIZIERE, ce qui m'a permis, dans la soirée, de continuer l'échange par téléphone, par message avec lui, dans une situation horrible, absolument horrible, il m'en donnait des éléments, et donc je voudrais lui dire bien entendu ici mon amitié, mon soutien et une nouvelle fois que nous sommes tous Berlinois aujourd'hui, et ma totale coopération et celle du gouvernement français.

ANTONIN ANDRE
Sur le profil de l'individu, un Pakistanais, un Afghan, qui serait arrivé par les filières de migrants ?

BRUNO LE ROUX
Oui, l'enquête dira précisément les choses, il y a encore une interrogation, il semblerait qu'il soit arrivé récemment, il semblerait qu'il ait tué… on a retrouvé le chauffeur habituel mort, donc, mais l'enquête devra déterminer cela, et les autorités allemandes ont été particulièrement prudentes pour qualifier ce terrible moment, il semblerait que ce soit un attentat aujourd'hui, en tout cas, là encore je le redis, parce que nous étions hier à travailler à nos coopérations, elles doivent toujours, toujours, toujours se renforcer.

ANTONIN ANDRE
Est-ce que le président français, à votre connaissance, a eu Angela MERKEL au téléphone ?

BRUNO LE ROUX
Je ne sais pas, je sais que le président français a réagi sans tarder pour dire que les Français partageaient le deuil des Allemands. J'imagine que les contacts ont dû être pris, il y a une grande proximité entre tous les dirigeants de nos deux pays.

ANTONIN ANDRE
On va parler, naturellement, de la menace terroriste en France, parce qu'elle intéresse et elle angoisse ce matin nos compatriotes. D'un mot d'abord, l'Allemagne a déjoué plusieurs tentatives d'attentats ces derniers mois, Angela MERKEL en avait fait part à François HOLLANDE, certains médias affirment en Allemagne que les Allemands minimisent ou sous-estiment la menace terroriste sur leur sol ; est-ce que c'est aussi votre sentiment ?

BRUNO LE ROUX
Je crois qu'il y a toujours volonté ou tentative de trouver des éléments polémiques quand il y a ces drames. Les Allemands ont toujours été à nos côtés quand nous avons connu les attentats graves, nous sommes à leurs côtés aujourd'hui, et le travail de nos services de renseignements, le travail de nos services d'intervention, qui font des exercices communs, est aujourd'hui porté au plus haut niveau. Et donc je crois qu'en Allemagne, tout comme en France, tous les moyens sont utilisés aujourd'hui pour la protection de nos territoires, de nos concitoyens et des touristes qui viennent dans chacun de nos deux pays.

ANTONIN ANDRE
L'Allemagne prend la mesure de la menace, selon vous ?

BRUNO LE ROUX
L'Allemagne prend totalement la mesure de la menace, et la réunion que j'ai eue avec Thomas de MAIZIERE hier après-midi, encore à Berlin, dans son administration, au ministère de l'Intérieur, me le démontre sans qu'il ait d'ailleurs besoin de le faire.

ANTONIN ANDRE
Alors, évidemment, un camion qui fonce sur une foule, ça nous rappelle évidemment le terrible attentat que nous avons connu à Nice. Et puis, nous sommes à un moment, Noël, particulier avec ces marchés de Noël aujourd'hui. Est-ce qu'il y a des mesures de sécurité particulières qui vont être prises dans les prochains jours, qui sont actuellement déployées pour rassurer nos compatriotes et se prémunir de ce genre d'attaque ?

BRUNO LE ROUX
Il n'échappe à personne qu'attaquant un marché de Noël, ils sont sur une fête religieuse, une fête populaire, une fête qui dépasse, bien entendu, le cadre religieux, et l'on voit un mode opératoire qui ressemble beaucoup à celui que nous avons connu à Nice, c'est pour cela d'ailleurs que le Premier ministre avait, au mois de novembre dernier, donné à tous les préfets une circulaire demandant une sécurisation renforcée de toutes les manifestations qui ont lieu sur le mois de décembre, que ce soit les manifestations, bien entendu, religieuses ou toutes les manifestations de fêtes de fin d'année. Moi-même, le lendemain de ma prise de fonctions au ministère de l'Intérieur, j'ai renvoyé une circulaire à tous les préfets sur la sécurisation des lieux de culte et de tous ceux qui vont être amenés à avoir des offices le 24 ou le 25 décembre, et dans le même temps, j'ai souhaité, le lendemain, aller visiter un marché de Noël, ce que je n'ai pas cessé de faire depuis, parce que dans ces rassemblements, il doit y avoir la certitude pour nos concitoyens que toutes les mesures ont été prises, et donc j'ai demandé hier encore aux préfets de me faire remonter les éléments qui pourraient nécessiter renforcement de sécurisation, et éventuellement, les moyens qui leur étaient nécessaires d'avoir.

ANTONIN ANDRE
De la télésurveillance, on imagine, des barrières, des présences de police plus importantes, même si, évidemment, on ne peut pas non plus éviter toujours ce genre d'actes isolés, mais vous dites aux Français : il faut continuer à aller sur ces marchés de Noël, continuer à fêter Noël évidemment, on ne peut pas vivre dans la psychose…

BRUNO LE ROUX
Bien entendu qu'il faut continuer, d'autant plus que nous faisons preuve d'anticipation, et nous mettons tout en oeuvre en matière de sécurisation. L'anticipation, c'est le travail que nous faisons sur chacun de ces marchés avec nos partenaires, les commerçants qui y sont, qui sont spécialement formés aujourd'hui à la gestion de ces risques, les collectivités locales, les polices municipales dans les villes, mais aussi tous nos services de l'État qui sont mobilisés, il y a ceux que nos concitoyens voient, je pense en particulier aux militaires de la force Sentinelle, dont la présence va être renforcée sur notre territoire, mais je pense aussi à tous ces services de police, à tous ces services de renseignements qui sont en civil, et qui sont totalement mobilisés pour les fêtes de fin d'année.

ANTONIN ANDRE
Alors, il y a évidemment des individus autoradicalisés qui ont un peu le profil de l'attentat de Nice ou bien peut-être, en Allemagne, on le verra, il y a aussi des cellules qui sont actives, qui sont envoyées de Syrie, est-ce que, actuellement, vous avez des craintes, est-ce que vous avez sous surveillance des cellules éventuelles qui seraient actives ou susceptibles de nous frapper aujourd'hui en France ?

BRUNO LE ROUX
Il y a une surveillance, d'abord, parce que la France a été un gros contributeur au départ sur le front syro-irakien, et donc il y a aujourd'hui plus de 700 Français ou étrangers résidant en France qui sont partis, qui sont surveillés. Et bien entendu, nous apportons une attention toute particulière à ce qui est de l'utilisation des réseaux sociaux par les terroristes, à ce qui est de l'utilisation de tous les moyens qui visent à individuellement faire passer à l'acte un certain nombre d'individus, le fichier des personnes surveillées pour terrorisme fait l'objet d'une attention toute particulière, et le travail de la police et du renseignement territorial est, sans s'arrêter, 24h sur 24h, fait avec une grande précision…

ANTONIN ANDRE
Une cellule a été désactivée il n'y a pas si longtemps entre Strasbourg et Marseille, ce genre de cellule-là, aujourd'hui, en France, est-ce qu'on sait s'il y en a une, deux, trois, s'il y en a actives ?

BRUNO LE ROUX
Je veux simplement vous répondre par le travail précis, fin et méthodique fait par nos services de renseignements.

ANTONIN ANDRE
On ne peut pas en dire plus, on a bien compris. Le terrorisme qui frappe en Allemagne et qui a frappé en Turquie, quasiment à quelques heures d'intervalle avec l'ambassadeur russe, tué par un policier en civil. N'oubliez pas Alep, n'oubliez pas la Syrie, vous ne goûterez pas à la sécurité avant que nos territoires soient sûrs, est-ce qu'il faut faire un lien, évidemment, entre ces actes, on est lié, là, à un problème syrien qui polarise…

BRUNO LE ROUX
Il y a différents types d'actes, différents types de terrorisme, tous doivent amener à l'unité et au renforcement de nos coopérations pour ce qui est des démocraties, pour ce qui est des pays qui sont touchés. Je voudrais dire, moi, bien entendu, toute mon émotion sur ce meurtre aux autorités russes, bien entendu, aussi.

ANTONIN ANDRE
Des Russes, avec qui, parfois, on a des divergences quand même sur les dossiers syriens. Est-ce que pour vous, ce qui s'est passé hier en Turquie justifie que peut-être, on se rapproche davantage, que l'on parle davantage avec Vladimir POUTINE plutôt que de stigmatiser toujours le rôle de la Russie aux côtés du régime de Bachar El ASSAD ?

BRUNO LE ROUX
Je ne veux pas rentrer dans des considérations qui ne dépendent pas de la responsabilité qui est la mienne. Simplement, tous, nous avons intérêt à nous concentrer sur les foyers terroristes, tous, nous avons intérêt à nous concentrer sur la défaite de Daesh, qui doit intervenir le plus rapidement possible.

ANTONIN ANDRE
Le dernier mot peut-être pour le ministre de l'Intérieur qui s'adresserait à nos concitoyens en ces périodes de fêtes, qui ont été frappées, en tout cas, en Allemagne, quel est votre message aujourd'hui aux Français, en ces fêtes de fin d'année ?

BRUNO LE ROUX
Je veux leur dire que leur protection est assurée, et je leur demande de s'amuser, je leur demande de sortir, je leur demande aussi d'être prudents, nous prenons nos responsabilités, ils doivent aussi nous aider en étant prudents, et je pense en particulier à la question de la sécurité routière, je leur demande, sur les routes, d'être particulièrement prudents, il y a les effectifs qui sont aussi mobilisés pour assurer leur sécurité. Mais sur ce point-là, il y a un grand rôle, ils ont eux-mêmes un grand rôle à jouer pour faire en sorte que les fêtes de fin d'année se passent le mieux possible pour nous tous.

ANTONIN ANDRE
Et la vigilance de chacun, puisqu'on doit s'habituer aussi, nous-mêmes, citoyens, à repérer d'éventuels comportements…

BRUNO LE ROUX
Je demande la vigilance de chacun, et je demande à ce qu'il n'y ait pas de climat de peur, nous assurons aujourd'hui la protection de notre territoire et de nos concitoyens, et je demande à chacun de nos concitoyens d'être prudents.

ANTONIN ANDRE
Merci Bruno LE ROUX d'avoir accepté notre invitation ce matin.

BRUNO LE ROUX
Merci.

MAXIME SWITEK
Merci Monsieur le Ministre. Merci Antonin ANDRE !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 décembre 2016

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