Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur les relations franco-italiennes, l'Union européenne, la crise migratoire et sur la situation politique en République démocratique du Congo, à Paris le 20 décembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur les relations franco-italiennes, l'Union européenne, la crise migratoire et sur la situation politique en République démocratique du Congo, à Paris le 20 décembre 2016.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Entretien avec M. Angelino Alfano, ministre des affaires étrangères italien, à Paris le 20 décembre 2016

ti : * Italie - Relations bilatérales - Lutte contre le terrorisme - Union européenne

Mesdames et Messieurs,


Je suis très heureux d'accueillir Angelino Alfano, nouveau ministre des affaires étrangères italien. Il vient juste de prendre ses fonctions, il a choisi de faire son premier déplacement à Paris et je tiens à l'en remercier. Je suis particulièrement sensible qu'il ait choisi notre pays pour sa première visite.

Il est vrai qu'avec l'Italie, nous avons une relation très étroite, amicale et ancienne. Cela passe aussi par les personnes et par les liens personnels que nous pouvons tisser au fil du temps. J'avais pu nouer une très bonne relation avec votre prédécesseur Paolo Gentiloni. J'ai demandé à Angelino Alfano de lui transmettre à nouveau tous nos voeux de succès dans sa nouvelle fonction de président du conseil du gouvernement italien. Je suis convaincu, après ce premier échange en tête-à-tête, que nous allons tisser des liens de même qualité et prometteurs. Nous sommes des cousins transalpins, c'est le terme que l'on utilise habituellement en Italie et qui me va tout à fait. Dans cette situation si difficile et si complexe que nous traversons, notamment en Europe, les échanges les plus étroits entre l'Italie et la France sont indispensables.

Nous sommes unis par une relation d'amitié et d'alliance qui est à la fois très ancienne mais aussi très forte. Depuis le début des années 1950, ces relations sont marquées du même engagement sincère et fort en faveur de la construction européenne, avec des relations et des coopérations bilatérales très étroites, très denses dans de multiples secteurs : défense, recherche, politique spatiales, sécurité intérieure, transport, éducation et culture.

Si nous avons souhaité nous rencontrer aujourd'hui, c'est justement pour donner une nouvelle impulsion à cette relation franco-italienne si riche et poursuivre notre travail en commun sur des questions européennes qui nous tiennent particulièrement à coeur. Nous sommes conscients d'être confrontés plus que jamais à de nouveaux défis, compliqués et multiples, au niveau européen et international. Nous devons le plus souvent possible, échanger ensemble pour harmoniser nos positions et être ainsi plus efficaces.

L'Italie joue un rôle clef dans la relation de l'Union européenne, son ambition pour l'Europe est essentielle dans la phase qui s'est ouverte à Bratislava en septembre. Le 25 mars prochain se tiendra à Rome une nouvelle réunion à l'occasion du 60e anniversaire du Traité de Rome, le Traité fondateur de l'Union européenne. Il faut que ce rendez-vous ne soit pas seulement une commémoration, mais une étape extrêmement importante et concrète dans la mise en oeuvre de la feuille de route ambitieuse et nécessaire qui a été fixée à Bratislava.

Il s'agit de répondre aux enjeux de sécurité, il s'agit de répondre aux défis de la croissance et de l'emploi, en particulier pour la jeunesse. Il s'agit de rendre l'Europe plus attractive, plus convaincante et plus entraînante.

C'est vrai que le contexte environnant est un contexte de crises et de guerres qui menace directement l'Union européenne, qui menace sa sécurité et qui a des conséquences avec les mouvements migratoires. Nous avons en particulier évoqué ensemble le dossier extrêmement sensible de la Libye. Nous souhaitons avoir des réponses concrètes, portées par un projet ambitieux et nécessaire de relance de la politique de sécurité et de défense commune en Europe. Le Conseil européen de jeudi dernier a confirmé le travail qui a été fait au niveau des ministres des affaires étrangères et de la défense, et c'est pour nous une grande satisfaction. Bien entendu, il faut faire attention, et ce sera notre mission, à sa mise en oeuvre car il faut concrétiser tout cela.

S'agissant des phénomènes migratoires, l'Italie a déjà accueilli 180.000 personnes sur ses côtes depuis le début de l'année. Nos efforts conjoints pour lutter contre les trafiquants d'êtres humains sur les côtes libyennes doivent se poursuivre et s'amplifier, en particulier dans le cadre de l'opération européenne Eunavfor Med Sophia qui permet d'intervenir et d'arraisonner un certain nombre de navires de trafiquants dans les eaux internationales - trafiquants d'humains, d'armes et de drogue - qui nous menacent directement.

Nous avons décidé d'amplifier nos relations et nos projets dans ce domaine pour mettre en oeuvre ce qui a été décidé à La Valette, et pour aider les pays d'Afrique qui font face à des problèmes de développement et de pauvreté. Nous avons cité plusieurs pays. Nous avons notamment évoqué le Niger qui est confronté à des flux importants de populations, qui doit aussi faire face à des menaces sécuritaires et qui souhaitent coopérer davantage. Nous sommes disposés à le faire, pas seulement d'un point de vue bilatéral franco-nigérien, pour citer ce pays à titre d'exemple, mais aussi avec l'Italie. Même l'Allemagne s'est proposée pour avancer dans cette direction et pour démontrer que nous pouvons assurer un développement équitable et durable aux pays africains, pour les aider à mettre en oeuvre leurs projets, sans que le seul avenir possible pour les jeunes de ce pays soit l'immigration.

Le premier entretien que nous avons eu aujourd'hui, Angelino et moi, nous a permis de confirmer les grandes convergences sur les dossiers internationaux ; je ne les évoque pas, vous les connaissez tous.

Évidemment, nous avons parlé de la Syrie et de la situation humanitaire, nous félicitant de la décision du conseil de sécurité des Nations unies, en souhaitant la mise en oeuvre de ce qui a été décidé à l'unanimité. L'Italie va faire désormais partie du conseil de sécurité des Nations unies et va avoir une importante responsabilité : la préparation du G7.

Nous avons aussi abordé évidemment cette présidence, qui se concrétisera par de nombreux échanges préalables pour que ce G7 soit une réussite. Et les ministres des affaires étrangères y ont une part particulière puisque Angelino m'a invité pour une première réunion à la mi-avril en Toscane. En tout cas, Angelino sait qu'il peut compter sur mon entier soutien pour que cette présidence soit une réussite dans l'intérêt de tous.

Nous partageons les mêmes priorités et je suis convaincu que nous allons poursuivre une collaboration étroite dans les mois qui viennent.

Merci, en tout cas, pour cette première visite, Cher Angelino, merci d'avoir choisi Paris. J'y suis particulièrement sensible. Et puis, après votre intervention, nous serons évidemment disposés à répondre à vos questions.

Je ne sais pas si vous l'avez observé, un petit bandeau noir a été ajouté à nos drapeaux de la France, de l'Italie et de l'Europe, car aujourd'hui nous sommes avec l'Allemagne. Malheureusement c'est un drame terrible de plus. Mais nous n'avons pas besoin de dire beaucoup de mots pour exprimer notre solidarité la plus chaleureuse avec nos amis allemands qui sont aujourd'hui, à leur tour, dans l'épreuve (...).


* République démocratique du Congo - Situation politique

Q - Aujourd'hui, le ministère a dit que vous vouliez que les relations avec le Congo soient réexaminées au niveau européen. Qu'est-ce que cela veut dire concrètement ?

R - La situation en République démocratique du Congo nous inquiète déjà depuis une longue période. Vous connaissez la position de la France, je l'ai exprimée à maintes reprises. Elle est très claire : respect de l'ordre constitutionnel.

Aussi, une date pour l'élection présidentielle doit être désormais fixée le plus vite possible, puisque l'actuel président, M. Kabila, ne peut pas se représenter. Nous le disons dans l'intérêt de la paix civile dans ce pays. Si on veut que ce grand pays de 90 millions d'habitants puisse vivre dans la paix et la sécurité, il faut respecter ces règles constitutionnelles. Il n'y a pas d'autre voie possible. Tout a été fait, entrepris et répété encore ces derniers jours et ces dernières heures pour encourager le dialogue, y compris par la conférence épiscopale.

Je crois qu'il faut être clair : il arrive un moment où, si rien ne se passe, l'Europe devra reconsidérer le niveau de ses relations avec ce pays. Il n'est pas possible de continuer comme si de rien n'était.

Nous souhaitons vraiment que ce pays ne tombe pas dans le chaos, qu'il soit épargné d'une guerre civile qui serait terrible. Si la raison ne l'emporte pas, alors, il faut que des signes forts soient adressés. En tout cas, c'est le point de vue de la France. Et cela doit être fait maintenant, de manière rapide et claire, dans l'intérêt de tous les Congolais, de la paix et de la sécurité dans toute cette région si fragile. Merci.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 décembre 2016

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