Interview de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports à Sud Radio le 22 décembre 2016, sur la coopération entre la France et l'Allemagne suite à l'attentat terroriste de Berlin. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports à Sud Radio le 22 décembre 2016, sur la coopération entre la France et l'Allemagne suite à l'attentat terroriste de Berlin.

Personnalité, fonction : KANNER Patrick.

FRANCE. Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports

ti :


DIMITRI PAVLENKO
Bonjour Patrick KANNER.

PATRICK KANNER
Bonjour.

DIMITRI PAVLENKO
Ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, vous êtes interviewé ce matin par Véronique JACQUIER. Bonjour Véronique.

VÉRONIQUE JACQUIER
Bonjour Dimitri, bonjour Patrick KANNER. L'attentat de Berlin, l'homme suspecté d'avoir conduit le camion est un Tunisien, un militant islamiste que la police allemande surveillait depuis plus d'un mois. Angela MERKEL est critiquée maintenant dans son pays pour avoir ouvert les frontières à plus d'un million de migrants. Est-ce que vous dites ce matin qu'une telle politique d'accueil est finalement dangereuse ?

PATRICK KANNER
Sûrement pas. Je crois que c'est tout à l'honneur de l'Allemagne d'avoir tendu la main à ces centaines de milliers de migrants et assimiler ces phénomènes migratoires, finalement ces phénomènes humanitaires de la part de l'Allemagne, aux attentats comme je peux l'entendre, le voir décrypté par l'extrême allemande, je suis profondément choqué. C'est vraiment indécent et on voit bien que beaucoup d'attentats ont été commis par des personnes ressortissantes du pays malheureusement, et on l'a vu notamment en France en particulier.

VÉRONIQUE JACQUIER
Il ne faut pas faire plus quand même en termes de coopération franco-allemande au niveau de la gestion des frontières, de la surveillance des frontières ?

PATRICK KANNER
Ce qui est certain, c'est que l'histoire a montré que la France avait une longueur d'avance en la matière au regard des frappes qui nous ont touché depuis 2015, et que François HOLLANDE a proposé naturellement d'augmenter la coopération y compris dans la lutte contre le terrorisme entre l'Allemagne et la France. L'Allemagne a déjoué de très nombreux attentats, il faut le savoir, comme nous l'avons fait en France. Nous sommes aujourd'hui les deux pays les plus menacés effectivement de l'Europe.

VÉRONIQUE JACQUIER
On voit que la menace est diffuse de toute façon puisque le Tunisien impliqué est l'homme le plus recherché d'Europe. François HOLLANDE répond au général de VILLIERS qui réclame plus d'argent pour faire face à la menace, menace islamiste. « Nous avons déjà augmenté les ressources nécessaires par rapport à nos objectifs », voilà ce que répond le chef de l'Etat. « Les efforts devront être faits les prochaines années ». Franchement, Patrick KANNER, quand on vit avec une telle menace – vous venez de nous le dire – est-ce qu'on peut encore attendre pour donner plus de moyens à l'armée ?

PATRICK KANNER
L'armée aujourd'hui, et notamment ce qu'on appelle la loi de programmation militaire, a fait l'objet d'efforts extrêmement importants depuis plusieurs années. La France est soumise à une pression particulière, notamment parce qu'elle intervient à l'étranger.

VÉRONIQUE JACQUIER
Mais sur le discours politique, le message que délivre François HOLLANDE. Est-ce qu'on peut raisonner comme un comptable ?

PATRICK KANNER
Attendez. D'abord le message, c'est que nous ne nous en sortirons pas chacun dans notre coin et que c'est la question de l'Europe de la Défense qu'il faudra un jour poser dans notre continent européen. La France ne peut pas être seule face à de tels enjeux. Néanmoins, parce qu'elle est un peu seule, elle a décidé - notre gouvernement a décidé - d'augmenter de sept cents millions, pardon de six cents millions en 2015 le budget de la Défense, 2016 pardon. En 2017, en plus sept cents millions supplémentaires, donc un milliard trois cents millions d'euros, ce qui signifie que pour la première fois depuis de nombreuses années, le budget de la Défense va augmenter et c'est normal. C'est normal.

François HOLLANDE hier dans sa réponse au général de VILLIERS n'a pas dit le contraire. Il a dit : « Il faudra sûrement encore faire plus ». La question, c'est le rythme de ce faire plus. Et quand je vois les commentaires notamment à droite, et j'entendais ce matin monsieur Eric WOERTH dire : « Il faut augmenter le budget de la Défense », il appartient quand même à une équipe peut-être future gouvernementale – ce que je ne souhaite pas – qui souhaite diminuer le budget de l'Etat globalement de cent vingt à cent trente milliards d'euros.

VÉRONIQUE JACQUIER
Patrick KANNER, en tant que ministre de la Ville, vous avez eu vent de cas de radicalisation dans les quartiers, de dérives dans les clubs. Quelles actions de prévention menez-vous ?

PATRICK KANNER
Le ministre de la Ville est là pour porter une politique de prévention de la radicalisation. Il y a d'abord la sécurité, elle est portée par hier Bernard CAZENEUVE, aujourd'hui Bruno LE ROUX. C'est absolument nécessaire mais ça n'est pas suffisant. La prévention de la radicalisation passe par tout d'abord plus d'adultes formés dans les quartiers, sachant que je considère que les quartiers ne sont pas la seule source de radicalisation. Ni amalgame, ni angélisme : je mesure bien qu'il y a aussi…

VÉRONIQUE JACQUIER
Oui, mais on voit qu'il y a une déshérence des associations. Ça, c'est un mouvement qui a été initié il y a quelques années.

PATRICK KANNER
Vous avez raison : initié par Nicolas SARKOZY qui a diminué de cent millions d'euros.

VÉRONIQUE JACQUIER
Oui, mais une fois qu'on a dit ça, Patrick KANNER, ça ne suffit pas. Qu'est-ce qu'on a fait depuis que François HOLLANDE est aux manettes ?

PATRICK KANNER
On a d'abord rétabli les crédits au secteur associatif, premièrement. Deuxièmement, nous lançons aujourd'hui de nouvelles réponses. Par exemple, l'ouverture le soir et le week-end des maisons de quartier et centres sociaux. Je crois que c'est très important. Un budget de cinq millions d'euros va être consacré à cela en 2017. Puis surtout ce qui est très important, c'est la lutte contre les discriminations. Vous savez, la radicalisation part du terreau qui est celui de l'humiliation, du sentiment de rejet, du non-respect de la promesse républicaine. Il faut donc que les jeunes ne se sentent pas discriminés. Pour cela, la discrimination à l'emploi constitue la principale difficulté aujourd'hui.

VÉRONIQUE JACQUIER
Il y a beaucoup de choses qui sont faites dans ce domaine et on voit que, pour autant, il y a toujours autant de radicalisation dans les quartiers ; pardonnez-moi.

PATRICK KANNER
D'abord, regardons les chiffres. Nous avons lancé un numéro vert, vous le savez. Aujourd'hui, il y a onze mille cas signalés. Onze mille cas signalés.

VÉRONIQUE JACQUIER
Onze mille cas signalés de radicalisation ?

PATRICK KANNER
Non, de phénomènes potentiels de radicalisation. Et il y a environ mille deux cents personnes exactement suivies. C'est quand même une extrême minorité mais, vous allez me dire, malheureusement une personne radicalisée qui passe à l'acte, on voit ce que cela peut donner. Jamais autant de moyens n'ont été développés en la matière. Simplement, le ministre de la Jeunesse que je suis, puisque vous me posez la question, a pour but d'éviter qu'un jeune puisse basculer dans un phénomène de communautarisation qui peut aboutir après à un phénomène de radicalisation. Le modèle laïc français doit être développé et, en même temps, il faut que les jeunes se sentent bien dans notre pays, dans nos cités, dans nos quartiers, dans nos banlieues. Ça passe par simplement la reconnaissance de ce qu'ils sont.
Un exemple concret, parce que je pense qu'il faut parler concrètement à vos auditeurs. Je signais hier avec Gérard MESTRALLET une charte Entreprises et Quartiers. Gérard MESTRALLET est le président d'ENGIE, ce grand groupe économique français. L'objectif, c'est d'amener à l'emploi, d'amener à l'insertion, d'amener à l'apprentissage, de très nombreux jeunes des quartiers. Un jeune de quartier qui est engagé dans l'emploi ou engagé dans un service civique ou dans la garantie jeunes, dans autant de mesures.

VÉRONIQUE JACQUIER
On va parler justement du service civique et de la réserve civique.

PATRICK KANNER
Ce sont des jeunes, si vous voulez, qui ne seront pas tentés pour aller ailleurs.

VÉRONIQUE JACQUIER
Le projet de loi Egalité et citoyenneté que vous portez est voté aujourd'hui à l'Assemblée nationale.

PATRICK KANNER
Oui, exactement.

VÉRONIQUE JACQUIER
Parmi les mesures justement, la création de la réserve civique puisque beaucoup de jeunes ont manifesté le désir de s'engager et de servir leur pays après les attentats que nous avons connus en France. Comment va fonctionner cette réserve civique ?

PATRICK KANNER
Vous avez raison de dire qu'après les attentats de janvier 2015, nous avons eu une hausse de vingt pour cent d'engagement des jeunes, ce qui montre que la jeunesse ne peut pas être présentée comme étant en repli sur elle même et désintéressée par l'environnement qui la concerne. Dans ce cadre-là, nous avons d'abord développé le service civique.

VÉRONIQUE JACQUIER
Vous avez des chiffres ?

PATRICK KANNER
Nous étions à...

VÉRONIQUE JACQUIER
Combien cette année ?

PATRICK KANNER
Oui, bien sûr.

VÉRONIQUE JACQUIER
Combien de jeunes engagés ?

PATRICK KANNER
Nous étions à 12.000 en service civique en 2012, 13.00 à près, nous sommes aujourd'hui à 100.000 jeunes en service civique à la fin de l'année 2016 et nous serons 150.000 à la fin de l'année 2017.

VÉRONIQUE JACQUIER
100.000 en 2016, quelle passerelle entre le service civique et la réserve civique qui va être créée ?

PATRICK KANNER
Vous avez raison de souligner que ce sont deux systèmes différents : le service civique pour des jeunes qui vont passer huit mois auprès d'une association, d'une collectivité locale, auprès de l'Etat pour service l'intérêt général ; une réserve civique ce sont pour les personnes de 18 à 90 ans peut-être, voire même plus, qui diront : « mais moi je suis disponible en cas de problèmes sanitaires, en cas de problèmes écologiques, je suis disponible pour donner un coup de main à la Nation si elle a besoin de moi, s'il y a une grande inondation de pouvoir accueillir chez moi par exemple une famille sinistrée ». Donc, nous allons faire un fichier de toutes les personnes volontaires – vous-même, moi-même peut-être, nous le verrons bien, je vous le souhaite en tout cas – capables de dire : « mais je suis disponible, soit parce que j'ai une grande maison, soit parce que j'ai du temps en tant que retraité à donner aux autres, et c'est ça la réserve civique, c'est-à-dire finalement créer une culture de l'engagement dans notre pays. C'est très important, parce que finalement l'engagement – et je le crois sincèrement – c'est une réponse face au populisme, face au phénomène de radicalisation.

VÉRONIQUE JACQUIER
Patrick KANNER, la primaire de la gauche – vous soutenez Manuel VALLS – franchement la suppression du 49.3, la suppression de la Cour de justice de la République, est-ce que vous pensez, puisque c'est ce que préconise Manuel VALLS, est-ce que vous pensez que ça passionne les Français, que ce sont des priorités pour redresser notre pays ?

PATRICK KANNER
C'est le 4 janvier que Manuel VALLS présentera son projet pour la France...

VÉRONIQUE JACQUIER
Oui. Mais est-ce que ce n'est pas interpellant que quelqu'un qui a été Premier ministre doive phosphorer pour nous présenter un projet début janvier, est-ce qu‘on n'attend pas de lui d'emblée une vision pour la France ?

PATRICK KANNER
Mais, attendez...

VÉRONIQUE JACQUIER
Il a quand même été candidat à la primaire en 2011 ?

PATRICK KANNER
Attendez ! D'abord le Premier ministre, l'ancien premier ministre, cette vision pour la France c'est ce qu'il a fait, c'est ce qu'il a fait pendant deux ans et demi à la tête du gouvernement, c'est ce qu'il a fait quand il crée la Prime d'activité, c'est ce qu'il a fait quand il crée la Garantie jeune – et je ne parle là que des sujets qui me concernent directement - ou quand il augmente le Service civique, donc moi je n'ai pas à rougir, bien au contraire, du bilan de l'homme d'Etat qu'a été Manuel VALLS quand il était à la tête du gouvernement. Maintenant il défendra le bilan qui est le sien et celui aussi de François HOLLANDE mais, surtout, il va présenter un projet qui ira plus loin, c'est un projet qui s'adaptera aussi aux nouvelles priorités de la jeunesse...

VÉRONIQUE JACQUIER
Justement, vous, vous lui faites une proposition...

PATRICK KANNER
Oui.

VÉRONIQUE JACQUIER
Vous lui dites : « le droit de vote à 16 ans », c'est ça, dans un livre « La relève » qui vient d'être publié ?

PATRICK KANNER
Oui, exactement.

VÉRONIQUE JACQUIER
Pourquoi le droit de vote à 16 ans, vous pensez franchement que ça va amener les jeunes à aller voter plus facilement ? Il y a un engouement en ce moment pour s'inscrire sur les listes électorales, est-ce qu'on a besoin de faire cette promesse un peu démago d'amener aux urnes les jeunes à 16 ans ?

PATRICK KANNER
Vous n'aimez pas les jeunes ?

VÉRONIQUE JACQUIER
Oh ! Pas du tout. Mais enfin 16 ans, je ne sais pas, pourquoi pas 14, pourquoi pas 12 ?

PATRICK KANNER
Oui. Mais pourquoi pas 20 et pourquoi en 74 on est passé de 21 à 18 ? Eh bien, écoutez, parce que la société évolue et qu'aujourd'hui à 16 ans on peut travailler et on peut payer des impôts, parce qu'à 16 ans on peut créer une association, parce qu'à 16 ans on a la majorité pénale et, donc, je ne vois pas pourquoi à 16 ans on ne pourrait pas participer aux élections ? Ca existe dans d'autres pays, en Autriche, dans certains landers allemands, au Brésil, il n'y a aucune raison aujourd'hui qu'un jeune se sente discriminé de par son âge – comme il l'est d'ailleurs pour beaucoup de choses en matière sociale – ce que je dénonce aussi dans mon petit essai exploratoire « La relève » et merci de l'évoquer. Donc, moi, je fais des propositions à Manuel – qu'il n'y ait pas de malentendu – ce que je propose n‘est pas le programme futur de Manuel VALLS...

VÉRONIQUE JACQUIER
Bien sûr.

PATRICK KANNER
Il le décidera pendant cette période très courte qui l'amènera au 4 janvier, simplement encore une fois Manuel VALLS portera un bilan, il défendra son bilan et le bilan de François HOLLANDE et il aura aussi une perspective pour la France. Vous savez la campagne des primaires sera très courte, laissons à Manuel VALLS aussi les quelques jours pour qu'il puisse présenter ce projet aux Français.

VÉRONIQUE JACQUIER
Patrick KANNER, pour la première fois le 31 décembre prochain un président va présenter ses voeux aux Français alors qu'il n'est pas en capacité de se représenter en2017, c'est curieux quand même, est-ce qu'il n'a pas des regrets François HOLLANDE de ne pas s'être mis en route-là pour 2017 et pour les primaires ?

PATRICK KANNER
François HOLLANDE il a pris une décision extrêmement importante, inédite on le sait bien dans la Vème République, moi je considère qu'il a fait un choix - vous savez je le soutenais moi François HOLLANDE - mais il a fait un choix de très grande responsabilité, de très grand courage, il a estimé à un moment donné que sa candidature pouvait empêcher totalement la gauche d'être présente au second tour.

VÉRONIQUE JACQUIER
Mais donc il n'a pas de regret de ne pas s'être représenté, on dit qu'il a des états d'âme en ce moment ?

PATRICK KANNER
Oui. Enfin, écoutez, moi je vois les paroles, je vois les actes, les états d'âme je ne les connais pas, je ne sonde pas ni les reins ni le coeur de François HOLLANDE. Ce que je sais c'est qu'il est aujourd'hui en charge de l'Etat, j'étais hier au conseil des ministres et je peux vous dire qu'il y avait un président qui était au travail avec son Premier ministre Bernard CAZENEUVE et le gouvernement, motivé et mobilisé jusqu'au « dernier souffle » de ce quinquennat en espérant qu'il y aura un second souffle, en tout cas pour ce qui me concerne avec Manuel VALLS.

VÉRONIQUE JACQUIER
Donc, on n'a pas un président qui inaugure les chrysanthèmes pendant quatre mois ?

PATRICK KANNER
Ca, je pense que vous pouvez attendre longtemps sur le sujet, vous le verrez sur tous les terrains comme le Premier ministre et comme le gouvernement, nous ne sommes pas là pour éteindre les lumières mais pour préparer peut-être une nouvelle aventure à gauche dans le pays.

VÉRONIQUE JACQUIER
Merci, merci Patrick KANNER.

DIMITRI PAVLENKO
Merci Patrick KANNER, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, au micro de Sud Radio ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 décembre 2016

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