Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à iTélé le 21 décembre 2016, sur l'attaque d'un camion sur le marché de Noël de Berlin, l'accompagnement du choc post-traumatique et l'indemnisation des victimes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à iTélé le 21 décembre 2016, sur l'attaque d'un camion sur le marché de Noël de Berlin, l'accompagnement du choc post-traumatique et l'indemnisation des victimes.

Personnalité, fonction : MEADEL Juliette.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes

ti : ROMAIN DESARBRES
Tout de suite l'invitée politique de la matinale avec Myriam ENCAOUA. Vous recevez la Secrétaire d'Etat aux victimes.

MYRIAM ENCAOUA
Bonjour Juliette MEADEL.

JULIETTE MEADEL
Bonjour.

MYRIAM ENCAOUA
Bienvenue sur ce plateau. Après l'attentat de Berlin avant-hier, on a le sentiment que plus aucun pays d'Europe n'est à l'abri de la menace terroriste.

JULIETTE MEADEL
Nous sommes en effet sous le choc vingt-quatre après et ce que nous montre cet événement, c'est que non seulement plus aucun pays n'est à l'abri mais ça peut survenir n'importe où, de n'importe quelle manière. Cet attentat ressemble étrangement à ce que nous avons vécu à Nice.

MYRIAM ENCAOUA
Même mode opératoire : un camion-bélier fou.

JULIETTE MEADEL
Des familles qui ont été visées dans des moments qui étaient des moments de joie. Je me souviens de ces images-là et nous sommes encore évidemment sous le choc d'un traumatisme qui touche, au-delà même des personnes qui sont hélas décédées, l'ensemble de la ville. C'est pour ça que le message de solidarité reste intact et va durer.

MYRIAM ENCAOUA
Douze morts, quarante-huit blessés. Savez-vous s'il y a des victimes françaises ? Avez-vous des informations à ce sujet ?

JULIETTE MEADEL
Au jour d'aujourd'hui, je n'ai pas d'informations pour pouvoir indiquer précisément s'il y a des Français ou non. Les processus d'identification des corps sont assez longs. Il y a aujourd'hui, sur les douze personnes décédées, six personnes qui ont été identifiées. Mais - et ça fait aussi partie de l'accompagnement des victimes et c'est ce que nous avons vécu à Nice - il faut prendre le temps de l'identification car dire à quelqu'un qu'il a perdu un proche alors qu'on n'en est pas absolument certain, ce serait ajouter de la souffrance à la souffrance.

MYRIAM ENCAOUA
Vous avez l'expérience de l'accompagnement des victimes, des familles. Il y a aussi des témoins qui sont traumatisés. Qu'est-ce que vont traverser maintenant ces victimes ?

JULIETTE MEADEL
Il y a d'abord la souffrance des proches des personnes décédées. Il faut prendre le temps de leur annoncer, prendre le temps de les accompagner. C'est un processus qui est long, pour lequel il faut des psychologues et il faut aussi du personnel très qualifié. Il y a évidemment les difficultés de ceux qui sont blessés, qui sont blessés dans leur chair. À Nice, il y a des personnes qui sont restées plusieurs semaines à l'hôpital ; certains ont gardé des séquelles, certains ont un handicap à vie ; puis il y a aussi le traumatisme psychologique. Ça, on n'en parle pas beaucoup mais lorsqu'on a vu la mort arriver, lorsque l'on a cru qu'on allait mourir, il y a ce qu'on appelle un psycho-traumatisme. Pas toujours, mais souvent. Ce psycho-traumatisme, c'est ce qui fait qu'un beau jour, ça ne vient pas tout de suite, quelques semaines après, quelques mois, parfois quelques années, vous n'arrivez plus à dormir la nuit parce que vous avez ces images de la mort qui arrivent. Ça bouleverse complètement, comme le disent les psychiatres, l'équilibre physiologique, l'équilibre de vie.

MYRIAM ENCAOUA
Syndrome post-traumatique.

JULIETTE MEADEL
Voilà. Certains ne dorment plus, d'autres ne mangent plus. On ne peut plus vivre et c'est une vraie souffrance. Ce choc post-traumatique est pris en compte en France, puisque nous avons des psychiatres formés pour cela, et c'est ce à quoi nous travaillons pour pouvoir l'installer dans la durée.

MYRIAM ENCAOUA
Vous travaillez aux côtés du Premier ministre depuis les attentats récents. Sur l'ensemble des victimes des attentats commis en France depuis janvier 2015, depuis Charlie, combien de victimes sont entrées dans ce processus d'accompagnement ? Qu'est-ce qu'elles ont reçu ? Est-ce qu'elles ont toutes été indemnisées ?

JULIETTE MEADEL
Il y a cinq mille six cents personnes qui ont déposé un dossier d'indemnisation devant le fonds de garantie depuis janvier 2015, ce qui est considérable. C'est autant que dans les vingt dernières années d'existence de ce fonds de garantie. Ces cinq mille six cents personnes aujourd'hui ont reçu à peu près soixante-six millions d'euros. Ce ne sont pas toujours des indemnisations définitives, c'est parfois des avances car l'indemnisation définitive n'intervient…

MYRIAM ENCAOUA
Ça veut dire qu'elles n'ont rien touché pour le moment ou elles ont commencé à toucher de l'argent ?

JULIETTE MEADEL
Ça veut dire qu'elles ont commencé à toucher de l'argent. Mais pour toutes, elles n'ont pas touché la totalité de leur indemnisation qui n'intervient que lorsque leur état de santé est stabilisé et que les blessures sont consolidées.

MYRIAM ENCAOUA
Concernant l'Allemagne, y a-t-il une coopération avec la France sur ce sujet-même de l'accompagnement des victimes ?

JULIETTE MEADEL
Il y a des échanges mais, pour le moment, pas encore de coopération en tant que telle car il n'existe pas…

MYRIAM ENCAOUA
Il n'y a pas de secrétaire d'État d'Aide aux victimes en Allemagne, c'est ça ?

JULIETTE MEADEL
Rattaché au Premier ministre et comme nous l'avons en France, non. Cette idée, qui était l'idée du président de la République et du Premier ministre de l'époque, de créer un secrétaire d'État rattaché au Premier ministre chargé de l'aide aux victimes, ça n'existe dans aucun autre pays. Pour nous, chez nous en France, ça signifie que je fais le lien entre tous les ministères concernés. Il y a beaucoup de ministères qui interviennent dans l'aide aux victimes : la santé, l'intérieur, la justice évidemment, mais aussi les affaires étrangères, également les transports parce que les victimes c'est aussi les victimes d'accidents collectifs, de crashs aériens.

MYRIAM ENCAOUA
Vous pensez que votre action sera pérennisée, cet interministériel va continuer même si vous perdez en 2017, si la gauche s'en va ?

JULIETTE MEADEL
Oui. C'est d'ailleurs le sens de l'action que nous menons puisque nous avons décidé qu'une administration dédiée à l'aide aux victimes, qui me sera rattachée – mais je travaille surtout pour après – sera créée. A partir de janvier 2017, il y aura donc un secrétariat général à l'aide aux victimes. C'est une administration qui va durer, qui ne sera pas l'otage des alternances politiques ou électorales et qui est destinée à permettre que toutes les réformes, que tout ce que nous avons engrangé depuis neuf mois soit gravé dans le marbre.

MYRIAM ENCAOUA
Et, merci, vous nous l'annoncez ce matin sur le plateau d'iTélé. Revenons en Allemagne. Est-ce qu'Angela MERKEL est en train de payer sa politique migratoire ? C'est ce que dit une partie de la droite allemande et l'extrême droite.

JULIETTE MEADEL
Je trouve ça très choquant, ces attaques contre Angela MERKEL, qui ont lieu au lendemain d'un tel drame.

MYRIAM ENCAOUA
L'extrême droite dit que ce sont les morts de MERKEL.

JULIETTE MEADEL
D'abord, pensons aux victimes. Lorsque vous avez perdu un proche et que quelqu'un vient vous voir en vous expliquant que vous auriez pu ne pas le perdre, ça rajoute de la douleur à la douleur et c'est réellement déplacé. Sur le fond du sujet, et nous le savons bien en France, les attentats ont été commis par des personnes qui étaient aussi des Français, qui n'étaient pas des migrants. Nous savons que la meilleure manière de lutter est de contrôler aux frontières extérieures de l'espace Schengen qui entrent ; c'est ça, la question. Ces attaques qui viennent de l'extrême droite reposent sur une analyse fausse de la situation et, par ailleurs, rajoutent de la souffrance à la souffrance. Au lendemain d'un tel drame, ce ne sont pas des attaques dignes.

MYRIAM ENCAOUA
Est-ce que ces attaques changent la donne à la campagne présidentielle et à la primaire de la gauche ?

JULIETTE MEADEL
La primaire de la gauche, qui est une innovation qui avait été lancée en 2005 par le Parti socialiste, est un grand moment où on s'adresse aux Français et où on leur demande de venir choisir qui sera le candidat à l'élection présidentielle de 2017.

MYRIAM ENCAOUA
Est-ce que Manuel VALLS, que vous soutenez, a d'une certaine manière – avec beaucoup de guillemets – une longueur d'avance sur ces sujets du fait de son expérience à Matignon ?

JULIETTE MEADEL
Je le crois, oui. Je crois qu'en effet Manuel VALLS a montré sa capacité à résister, à tenir, comme évidemment l'ensemble des ministres de l'époque, et en particulier le ministre de l'Intérieur.

MYRIAM ENCAOUA
Les autres ne seraient pas capables de faire face à ces menaces.

JULIETTE MEADEL
Moi, je m'intéresse au débat qui nous occupe maintenant, qui est un débat où nous allons faire venir les Français et, je l'espère, un maximum de Français, à cette primaire de la gauche. C'est le temps du projet et le temps du projet, c'est le temps où nous devons travailler sur un projet social, un projet progressiste, un projet de rassemblement - Manuel VALLS l'a déjà dit – et c'est un moment important.

MYRIAM ENCAOUA
Mais est-ce que ces questions-là doivent être centrales dans le débat ? Dans ce mois de janvier de débat de primaire, est-ce que ces questions de sécurité, d'identité aussi, doivent être centrales ? Benoît HAMON est entré dans la campagne en refusant justement ces questions et en disant : « Je n'en parlerai pas ».

JULIETTE MEADEL
Il y a une donne indéniable. Depuis 2015, la France est entrée dans un nouveau monde, dans une nouvelle période. Pas que la France : l'Allemagne, on vient de le voir hier, d'autres pays dans le monde. Aujourd'hui la donne, c'est qu'on est dans un monde de fragilité, un monde de menaces et la France doit montrer qu'elle est capable de rassembler toutes ses valeurs pour éviter la division.

MYRIAM ENCAOUA
Ça va changer les lignes, ça va faire bouger les lignes. Dernière petite question : Bruno LE ROUX renforce la sécurité sur les marchés de Noël. Ce n'était pas déjà le cas ? Les maires des petites villes qui vont avoir des marchés qui se tiennent en ce moment-même se posent beaucoup de questions sur les moyens de leur sécurité. Ce n'est pas seulement les Champs-Élysées ou Strasbourg. Il y a de vraies questions.

JULIETTE MEADEL
Vous savez, la sécurité est réalisée aussi par des gardes-mobiles. Il faut bien comprendre que le ministère de l'Intérieur affecte en fonction des besoins, en fonction de son analyse, en fonction aussi des besoins des municipalités et il y a une mobilité des forces de police. Être capable à certains moments de renforcer les effectifs sur les marchés de Noël, c'est montrer précisément que la sécurité s'adapte mais c'est aussi, et je veux rassurer les Français de ce point de vue-là, nous sommes à un niveau de sécurité renforcé et la protection des Français se fait aussi par des forces de l'ordre en civil, qui ne se voient pas mais qui sont bien présentes.

MYRIAM ENCAOUA
Merci beaucoup, Juliette MEADEL, d'être venue sur le plateau ce matin d'iTélé.

JULIETTE MEADEL
Merci à vous.

ROMAIN DESARBRES
Merci, Myriam ENCAOUA. « Plus aucun pays n'est à l'abri du terrorisme », c'est ce que nous a dit ce matin Juliette MEADEL sur i Télé.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 décembre 2016

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