Interview de M. François Hollande, Président de la République, avec France Inter, sur le sport et sur l'Euro 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. François Hollande, Président de la République, avec France Inter, sur le sport et sur l'Euro 2016.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

ti :


Philippe COLLIN : Ce soir… C'est l'histoire d'un gamin né à Rouen, d'un gamin qui adorait le foot et qui rêvait de devenir attaquant. Mais son histoire personnelle, son histoire familiale et les contingences sociales l'ont conduit sur un autre chemin. Il est aujourd'hui Président de la République. Ce soir, François HOLLANDE est dans « L'œil du tigre ». Monsieur le Président, bonsoir.

LE PRESIDENT : Bonsoir.

Philippe COLLIN : Et merci d'avoir accepté notre invitation ce soir, en direct de FRANCE INTER…

LE PRESIDENT : Merci à vous de m'avoir invité, ici dans « L'œil du tigre ». Ce n'est pas si fréquent.

Philippe COLLIN : Soyez le bienvenu. Alors au programme ce soir, vos passions sportives, vos souvenirs et votre rapport aux valeurs du sport, le tout agrémenté d'une histoire du Football club de Rouen ; c'est le professeur MAUDUIT qui nous racontera cela dans quelques minutes. Et puis à 18h30, nous accueillerons Jacques VENDROUX avec qui on causera actualité, les enjeux sportifs et sécuritaires de cet Euro 2016 mais aussi l'équipe de France et le dossier BENZEMA bien sûr. Et enfin, un peu avant 19 heures, Joy RAFFIN dressera votre portrait sino-sportif. Vous êtes bien dans « L'œil du tigre », le PR est dans la place… oh ! my gosh ! Soyez les bienvenus !

Alors Monsieur le Président, je me suis beaucoup questionné sur la manière d'entamer cette discussion avec vous ce soir et je me suis dit que peut-être le plus simple, ce serait de vous demander ce que vous devez au sport ; qu'est-ce que vous avez appris du sport dans votre vie d'homme, François HOLLANDE ?

LE PRESIDENT : Ce que j'ai appris, c'est de voir des gens que je n'aurais jamais rencontrés sans le sport. Très tôt j'ai fait du sport avec bien sûr mes collègues de collège et même avant d'école et puis ensuite, je suis allé au stade. C'était une découverte, le stade, pas simplement parce qu'il y avait une compétition, un match – vous avez cité le stade Robert-Diochon – mais parce qu'il y avait un public que je n'aurais jamais fréquenté si je n'étais pas allé au stade. D'avoir partagé les mêmes sentiments, les mêmes émotions, les mêmes tristesses, les mêmes joies, cela m'a rendu, je crois, plus curieux des autres, plus intéressé par ce que pouvait être une passion. Et puis un engouement. Pourquoi se mettre comme cela devant un écran de télévision pour des joueurs qui jouent avec un ballon rond. C'est quand même une curieuse aventure. Je suis d'une génération où le ballon rond n'était pas beaucoup à la télévision. C'était un événement quand il y avait un match qui était diffusé et je me passionnais.

Puis le sport, c'est aussi un partage de valeurs, que l'on pratique ou que l'on ne pratique pas le sport, mais il y a ce qui serait impossible sans le sport, c'est-à-dire un échange, une ferveur, l'idéal d'un dépassement et puis un moment aussi, de soutenir une équipe – laquelle ? Pourquoi ?

On est né quelque part, moi j'étais de Rouen, donc je soutenais l'équipe de Rouen, et puis l'équipe de France.

De mon temps, comme on dit, l'équipe de France avait beaucoup de difficultés. J'ai le souvenir que je n'ai pas vraiment vécu… de 58… de la Coupe du monde de football, de Raymond KOPA…

Philippe COLLIN : La Suède…

LE PRESIDENT : La Suède. 62, rien ; 66, une débâcle. 70, rien. 74, pas davantage. Et c'est en 78 – en plus c'était en Argentine, c'était compliqué…

Philippe COLLIN : Contexte compliqué…

LE PRESIDENT : Voilà, et j'avais déjà plus de 23 ans, donc pour échanger ce que pouvait être l'impression d'une Coupe du monde. Le sport, cela m'a formé comme citoyen. Je ne dis pas comme politique, mais comme citoyen.

Je crois que l'éthique sportive est une éthique citoyenne. C'est pour cela que je fais en sorte qu'on puisse promouvoir non seulement de grands événements – aujourd'hui, c'est l'Euro 2016, j'espère après-demain, ce seront les Jeux olympiques de 2024 (mais enfin il y aura quand même des Jeux olympiques à Rio) – mais surtout la pratique sportive car c'est un facteur formidable de citoyenneté, d'intégration, de respect, d'égalité.

Philippe COLLIN : Ça, on va y revenir Monsieur le Président. Quand on est passionné de sport comme vous, vous l'êtes réellement, on aime aussi la dramaturgie du sport ; parfois une situation est bloquée ; on est à 1-0, on marque un but dans le temps additionnel, il y a une prolongation et puis on gagne le match aux tirs aux buts. On adore cela, ce moment transcendé. Est-ce que cette dramaturgie du sport, elle parle à l'homme d'Etat que vous êtes aussi ?

LE PRESIDENT : D'abord, il y a une théâtralisation, c'est-à-dire que jusqu'au coup de sifflet final, jusqu'au dernier acte, on ne sait pas ce qui va se produire. Cela dépend de nous – enfin, quand on est spectateur, un peu moins – mais quand on est acteur, beaucoup. Donc l'idée du sport, c'est l'idée que rien n'est joué d'avance. Bien sûr qu'il y a des favoris, bien sûr qu'il y a des épreuves, des défis mais qu'est-ce qu'on aime dans le sport ? C'est soutenir les petits. C'est faire en sorte que ce soit les outsiders qui à un moment l'emportent. C'est quand on aime la boxe, qu'il y a le coup de poing final qui peut-être n'avait pas été prévu. C'est quand on aime le football, arriver aux tirs aux buts, sans être la meilleure équipe et puis on marque quand même, c'est le but en or qui permet de devenir champion d'Europe… Donc il y a cette dramaturgie mais qui n'est pas propre au football – j'évoque le football, la boxe – mais qui est propre à tous les sports. C'est que rien n'est fait, rien n'est joué et que le caractère compte beaucoup. Bien sûr qu'il y a le talent, le talent physique mais il y a aussi l'esprit d'équipe qui fait que quelquefois à onze moyens on est meilleur qu'avec deux-trois talents et d'autres qui n'y croient pas. Donc voilà. C'est l'esprit et le caractère qui fondent une équipe et qui font un succès.

Philippe COLLIN : Vous l'avez déjà un peu évoqué, le sport, ce n'est pas qu'un spectacle ou un divertissement, c'est aussi une émancipation sociale. Le sport est aussi une garantie d'être en meilleure santé ; c'est aussi un plaisir récréatif. Dans les années 30 s'est créée la FSGT, la Fédération Sportive et Gymnique du Travail, le sport pour tous – moi j'aime beaucoup cette idée-là, Monsieur le Président. Est-ce que vous êtes garant aujourd'hui, 80 ans après le Front populaire, de cet héritage parce qu'après tout, vous portez aussi cette histoire avec vous, François HOLLANDE.

LE PRESIDENT : Le sport populaire, le sport citoyen, le sport qui émancipe, le sport des quartiers, le sport des villages aussi ; c'étaient les grands mouvements de l'après-guerre… de l'après Première guerre mondiale, de l'après Seconde guerre aussi… Où se confondaient le syndicalisme, la politique et le sport parce qu'il y avait cette même idée, ce même idéal qui était de permettre la promotion et aussi, vous avez raison, le bien-être… C'est-à-dire que ce n'était pas simplement de devenir excellent, c'était de devenir soi-même. Le sport, c'est s'accomplir par soi-même et avec les autres. C'est donc une belle idée politique : s'accomplir par soi-même et avec les autres.

Philippe COLLIN : Alors votre club de cœur, vous l'avez dit, c'est le FC Rouen. Vous allez voir, c'est un club historique évidemment du football français et c'est la petite histoire ce soir du Professeur MAUDUIT. Juste un mot, Monsieur le Président : DJOKOVIC vient de remporter Roland-Garros… voilà, c'est fait. Première fois pour DJOKOVIC qu'il remporte ce tournoi de Paris.

LE PRESIDENT : Très bien…

Philippe COLLIN : C'est une bonne chose…

LE PRESIDENT : C'est une bonne chose qu'un grand champion comme celui-là puisse être sacré à Paris.

Philippe COLLIN : Exactement. Professeur MAUDUIT, bonsoir.

Professeur MAUDUIT : Bonsoir Philippe COLLIN. Monsieur le Président, double révérence, bonsoir à tous. On va quitter Roland Garros et on va aller dans un autre stade, celui-là il s'appelle Robert Diochon. Parce que, que serait un club de foot sans son président, sinon une équipe à la dérive. Eh bien le président historique du FC Rouen s'appelle Robert DIOCHON, sa vie c'est l'histoire de ce club.

Nous voici le 9 juin 1883 ; Jules GREVY est alors président de la République et les anarchistes défraient la chronique. Mais ce jour-là Louis DIOCHON, vérificateur des poids et mesures, a autre chose en tête, il s'en va déclarer la naissance de son fils à la mairie de Fougères, Ille-et-Vilaine. L'enfant s'appelle Robert, il est joli, et grandissant Robert s'avère sportif ; mais le football est encore balbutiant. Un club a été créé au Havre en 1894 et un autre à Rouen cinq plus tard, c'est le football club de Rouen. Et puisque Robert part faire ses études à l'Ecole supérieure de Rouen, il va pouvoir jouer avec ces Diables Rouges.

Nous voici maintenant en 1906. Armand FALLIERES vient d'être élu président de la République à 65 ans. Robert DIOCHON, lui, a 23 ans quand il devient président du FC Rouen. Mais il continue à jouer, oui, oui, il n'est ni ailier-gauche, ni ailier-droit, non, non, il est demi-centre. L'esprit de synthèse. Le FC Rouen est déjà un club de renom. En 1913 lors de la finale du championnat de France il est battu par les Marseillais du club helvétique. Le journal « la vie au grand air » explique cette défaite par un coup de fouet de DIOCHON. C'est ainsi qu'on appelait alors une déchirure musculaire.

Les Diables Rouges sont vaincus, mais Robert DIOCHON reste président, à la différence d'Armand FALLIERES, toujours en 1913, qui lui décide de ne pas se représenter avec cette sublime explication « la place est bonne, mais il n'y a pas d'avancement ».

Voici l'année 1936, Albert LEBRUN est président de la République et Léon BLUM est président du Conseil ; c'est le Front populaire soutenu par les communistes. Et à Rouen, pour les Diables Rouges c'est le bonheur, ils sont champions de France 2ème division. Dans le journal l'Ouest Eclair Robert DIOCHON est qualifié de président brillant et modeste. Pas normal, non, non, brillant et modeste. La même année Paris Soir nous apprend qu'il est toujours aussi calme devant le succès que dans l'infortune.

DIOCHON est de ces présidents qui tiennent le cap sans extravagance, les grands joueurs du FC Rouen sont alors Jean NICOLAS, Roger RIO ou encore Bernard ANTOINETTE. Des Diables Rouges à tout jamais, même si certains quittent le FC Rouen pour se mettre en marche vers d'autres clubs.

Robert DIOCHON décède à Rouen le 14 septembre 1953 à l'âge de 70 ans ; pour lui rendre hommage, le stade des Bruyères est alors baptisé Stade Robert Diochon du nom de celui qui fut jusqu'à sa mort le président du FC Rouen. Quarante-sept ans, quarante-sept ans de présidence, cela fait frémir pour lui, pour les autres aussi ; mais alors pourquoi aussi longtemps ? Les taquins diront qu'il n'aurait pas dû promettre d'inverser la courbe des défaites. Les vilains !! Les autres rappelleront qu'il fut brillant et modeste, toujours aussi calme devant le succès que dans l'infortune.

Philippe COLLIN : Merci beaucoup Professeur MAUDUIT. Monsieur le Président, une réaction à cette chronique ?

LE PRESIDENT : Je ne connaissais pas cette histoire de Diochon… je connaissais le stade mais je trouve que la métaphore est savoureuse ; il a traversé les républiques et finalement il est mort pratiquement l'année de ma naissance ; donc il y a quand même une passation de témoin, c'est ce que vous vouliez signifier…

Professeur MAUDUIT : Exactement…

Philippe COLLIN : Monsieur le Président, ce stade, il n'est pas rien pour vous. C'est vos souvenirs d'enfance. Cela a représenté quoi pour vous, ce FC Rouen dans les années 50 et 60 ?

LE PRESIDENT : Ce n'est pas rien parce qu'il y a le stade Diochon donc… Robert-Diochon et il y a les terrains d'entraînement des Bruyères. J'allais jouer aux Bruyères et j'allais regarder le club, le FCR, à Diochon. Cela représente mes premiers moments d'émotion dans un stade ; j'y allais seul ou avec des amis et je soutenais cette équipe. J'ai un souvenir très précis parce que c'étaient les événements de mai 68 ; cette équipe était dans les profondeurs du classement et n'avait plus aucun espoir de pouvoir se sortir d'affaire – elle était à l'époque en 1re division – et alors que la France était dans le tumulte et dans les manifestations, le club -avec une équipe assez remarquable- a réussi à se maintenir et à gagner tous ses matches ; et moi je les suivais… Donc, j'ai eu deux grands moments si vous voulez en 68 qui ont été les événements et le sauvetage du club de Rouen. Cela a été peut-être deux moments qui ont justifié mon engagement et pour le football et pour la politique.

Philippe COLLIN : Alors le football, c'est à la fois des souvenirs personnels, des souvenirs d'enfance ; c'est aussi une mémoire collective. Le football, c'est un récit national, cela écrit aussi l'Histoire de France, le football, on ne le dit pas assez. Il y a trente ans, en 1984, la France recevait déjà l'Euro et on a gagné, on a été champions d'Europe avec la magnifique équipe de Michel PLATINI. Vous étiez où d'ailleurs le soir de cette finale, François HOLLANDE ?

LE PRESIDENT : J'y étais…

Philippe COLLIN : Au stade…

LE PRESIDENT : Au stade, au parc des Princes…

Philippe COLLIN : Avec François MITTERRAND sans doute…

LE PRESIDENT : François MITTERRAND était assez loin de moi, j'étais dans le public mais j'ai vécu cette victoire.

Philippe COLLIN : Quel souvenir vous en avez ?

LE PRESIDENT : Cela n'a pas été un match particulièrement beau, comme souvent les finales, avec un but qui était… disons chanceux, pour ne pas accabler le gardien ; et c'était une période très difficile ; il y avait beaucoup de manifestations à ce moment-là aussi en 84 et le championnat d'Europe a été un moment comme ça de parenthèse… et une victoire – il y avait tellement longtemps qu'on n'avait pas connu une victoire…

Philippe COLLIN : Et surtout le premier titre international.

LE PRESIDENT : Le premier titre. On avait vécu des déceptions : 78, 82 surtout, Séville… Et là, 84, enfin la victoire et une belle victoire. HIDALGO, je me souviens… le public disait : « HIDALGO Premier ministre… » ou peut-être même « Président »… à ce moment-là et c'était aussi un capitaine, Michel PLATINI, et un entraîneur… moi j'ai beaucoup apprécié Michel HIDALGO.

Philippe COLLIN : On dit que François MITTERRAND connaissait très bien le football. Vous confirmez ou pas ?

LE PRESIDENT : Oui, je pense qu'il connaissait le football ; il disait qu'il avait été gardien de but – je ne sais pas si c'était tout à fait exact – mais enfin un jour ou l'autre, on a tous été gardien de but… On tournait, vous savez, il fallait passer par ce rôle-là ; mais il connaissait bien et il s'y intéressait et je crois qu'il était particulièrement heureux ce soir-là de remettre le titre à la France.

Philippe COLLIN : Alors le football est un récit national mais c'est aussi un récit européen. Il y a en ce moment sur les grilles de l'Hôtel de ville de Paris une très belle exposition, impulsée par Pierre-Louis BASSE, que vous connaissez bien, donc c'est 30 footballeurs de légende, légendés par 30 écrivains européens. Moi, ce qui me frappe, Monsieur le Président, avec cette exposition, c'est : finalement cette Europe fédératrice que crée le football aujourd'hui, c'est une Europe jubilatoire, c'est une Europe qui fait plaisir ; tous les gamins connaissent tous les footballeurs, qu'ils soient Suédois, Espagnols, Français et j'ai l'impression que le football est un peu en avance sur la politique. Vous voyez ce que je veux dire ? L'Europe est encore conçue un peu comme un carcan parfois abstrait, parfois difficile, on le sait bien, Monsieur le Président ; mais là, le football est un peu en avance, non, qu'est-ce que vous en pensez ?

LE PRESIDENT : Le football est une culture que l'on partage. On connaît les joueurs, on connaît les équipes. Alors c'est un récit national aussi qui fait que de génération en génération, on se transmet ce que l'on a pu éprouver pour que nos enfants connaissent les grands événements comme on connaît l'Histoire de France ; pour qu'ils soient propriétaires de ce qu'ont pu être nos propres aventures. Il n'y a pas plus belle joie que de transmettre à son fils ou à sa fille ces événements qui peuvent être d'ailleurs des événements politiques, des événements économiques, des événements plus douloureux – on en connaît aujourd'hui - et des événements sportifs. Et puis vous avez raison, il y a l'idée de l'Europe. On va avoir un Euro 2016 de ce point de vue-là, exceptionnel ; au moment où il y a des tensions au sein de cette Europe, à la fois une résurgence de nationalisme, des pressions sur les frontières, des divisions… même une guerre – il y a une guerre en Ukraine… On va avoir quoi comme équipes ? On va avoir la Russie, l'Ukraine, on va avoir la Turquie qui va être là qu'on dit ne pas être dans l'Europe mais elle est quand même dans l'Euro ; on va avoir des équipes qui par le poids de l'Histoire, vont se rencontrer ; on va avoir un match Allemagne-Pologne…

Philippe COLLIN : Autriche-Hongrie…

LE PRESIDENT : Autriche-Hongrie. Donc voilà. Comment cela va être vécu ? Est-ce que c'est vécu comme un affrontement ? Alors à ce moment-là, l'Euro aura été une exacerbation des tensions, une aggravation des pressions que l'on peut connaître, des divisions ; ou au contraire, cela va être comme un engagement à ne regarder que le jeu et à ne penser qu'à ce que la victoire peut donner aux uns et aux autres, c'est-à-dire la fierté. Je pense que c'est tout le risque d'une compétition ; on ne sait pas comment elle va être et ma responsabilité – c'est aussi pourquoi je suis devant vous à ce micro – c'est parce que l'Euro 2016 doit être bien sûr un grand événement sportif mais aussi un événement qui rassemble, qui rassemble les Français, qui rassemble les Européens, qui rassemble des personnes qui n'auraient jamais dû se connaître. Toujours le rôle du sport : mettre ensemble ceux qui auraient dû à un moment être séparés.

Philippe COLLIN : Alors puisqu'on parle de l'Euro, on va accueillir maintenant notre ami Jacques VENDROUX, notre doyen, cinquante ans de carrière à RADIO FRANCE. Soyez le bienvenu, Jacques. Je vais vous laisser avec le Président de la République ; on va évoquer notamment l'Euro, l'actualité et l'équipe de France évidemment. Jacques, je vous laisse en compagnie du Président de la République.

Jacques VENDROUX : Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, Monsieur le Président, je voudrais qu'on ait une pensée ou une dédicace sur Mohamed ALI qui nous a quitté hier, champion incroyable et des engagements fabuleux…

LE PRESIDENT : Oui, pour être un grand… pas simplement un grand boxeur ou un grand sportif, il faut avoir porté une idée plus forte que son seul succès ou ses seules réussites et c'était le cas de Mohamed ALI, Cassius CLAY… Il se voulait Mohamed ALI parce qu'il voulait exprimer aussi la fierté des Noirs-Américains ; il avait voulu aussi s'opposer à sa façon, à la guerre du Vietnam et il avait été un sportif incroyable. C'est-à-dire… on disait qu'il frappait comme un lourd et qu'il piquait comme une guêpe. Ce qui nous fascinait… quand on regarde encore les images – là-aussi, transmission de culture pour mes enfants, pour les vôtres – Mohamed ALI, c'est de l'Histoire, presque de l'Histoire très ancienne et quand on voit les images en noir et blanc, comment il sautille et toujours aussi l'imprévu. Ce match de Kinshasa, que j'ai vu, 74, où FOREMAN doit gagner et où Mohamed ALI crée une pression populaire qui sans doute a joué dans la victoire. Et puis cette intelligence, c'est-à-dire d'attendre… d'attendre le bon moment pour frapper. Il faut toujours attendre le bon moment pour frapper.

Jacques VENDROUX : Monsieur le Président, vous faites partie des hommes d'Etat, avec Matteo RENZI, qui connaissent sans doute le mieux le football, qui connaissent ce sport particulier ; vous avez une culture sportive qui est incroyable et je suis persuadé que si vous êtes devenu Président de la République, c'est parce que vous avez quelque part dans votre ADN le côté sport, le côté gagner… vous êtes d'accord avec moi ?! Je me souviens de notre dernière interview ; je vous avais demandé quel était votre rêve dans une autre vie et vous m'aviez répondu : j'aurais aimé être l'avant-centre du Football Club de Rouen avec comme ailier droit à l'ancienne Réginald DORTOMB et en numéro 10 pour vous donner de bons ballons, André BETTA – et les auditeurs qui nous écoutent, savent très bien que ces deux joueurs ont vraiment existé au Football Club de Rouen – parce que vous aviez un but, vous étiez jeune, vous vouliez être en photo dans le Livre d'or du Football Club de Rouen. Vous confirmez ?

LE PRESIDENT : Je confirme… et je n'y suis pas dans le Livre d'or du Football Club de Rouen. Suite à votre émission, à la nôtre, j'ai eu des contacts avec Réginald DORTOMB et André BETTA qui nous avaient écoutés et qui avaient été finalement très heureux que je puisse me souvenir de ce qu'ils avaient fait justement dans cette année 68 et puis je pense aussi que l'histoire du football, l'histoire d'un club, cela marque profondément. Par exemple, c'est comme ça les souvenirs : je connais par cœur – par cœur – la composition de l'équipe de Rouen de cette année-là. Pourquoi ? Comme on apprenait le calcul mental. Et ça aussi… je dis cela aux parents : parfois, ils disent à leurs enfants « ne t'intéresse pas au football, apprends plutôt tes leçons, fais du calcul » ! Eh bien non… moi je dévorais « France Football », je connaissais tout et je me suis fait une mémoire avec les noms, qui m'a beaucoup servie ensuite parce qu'il n'y a rien de plus satisfaisant que de dire à quelqu'un comment il s'appelle et de se souvenir exactement du moment où on l'a vu et du nom qu'il porte ; et donc cette espèce de passion que j'avais pour ce club, pour le football, m'a beaucoup servi dans la vie et donc c'est une éducation aussi, le sport, qui ne va pas que simplement sur un terrain.

Jacques VENDROUX : Oui mais si vous êtes devenu Président de la République, est-ce que le sport a une responsabilité quelque part ?

LE PRESIDENT : Oui, il y avait cette envie de gagner et de partager et cet amour des gens -je pense- que l'on doit avoir dans le sport. Le sport est comme la politique de ce point de vue là et je me garderais de faire trop de comparaisons : soit on est dans le conflit, dans l'affrontement, et on considère que tout supporter de l'équipe d'en face est forcément un adversaire ; soit on partage quelque chose qui est plus fort que notre appartenance et qui fait que l'on est capable de s'élever. C'est cette philosophie-là, cette éthique-là que je pense devoir partager.

Jacques VENDROUX : Monsieur le Président, nous sommes maintenant à cinq jours de l'Euro 2016, match d'ouverture France – Roumanie, c'est à 21 heures, c'est au Stade de France, c'est vendredi prochain et j'imagine évidemment que vous serez là…

LE PRESIDENT : Oui…

Jacques VENDROUX : Evidemment le pays traverse des moments difficiles en ce moment ; est-ce que vous pouvez rassurer les Français sur tous ces points que l'on va évoquer à l'occasion de cet entretien, avant le début de cet Euro, pour que l'on puisse vivre une Coupe du monde dans le même esprit que celle de 98… On va commencer évidemment par les grèves : est-ce que vous pensez que le conflit sera réglé – je parle des grèves dans un premier temps – avant vendredi, franchement ?

LE PRESIDENT : Je souhaite qu'il soit réglé parce qu'il y a toutes les raisons pour trouver une issue – je parle de la grève essentiellement à la SNCF parce que c'est le moyen de transport qu'utilisent les spectateurs et on progresse pour trouver une issue. Je pense que personne ne comprendrait que les trains ou les avions – je pense au conflit des pilotes à AIR FRANCE - puissent empêcher le bon déroulement non pas de la compétition, elle n'a rien à craindre, mais le bon déroulement de ces déplacements pour les spectateurs. Mais je parle surtout d'un autre contexte et vous l'avez à l'esprit : il y a d'abord les inondations ; est-ce que cela peut avoir des conséquences ? Nous sommes très attentifs ; le Premier ministre va réunir demain tous les ministres concernés, voir quelles sont les conséquences, je n'insiste pas sur les indemnisations qui viendront ; moi-même je présiderai le Conseil des ministres mercredi là-dessus et on est très vigilant pour qu'il n'y ait pas, s'il doit y avoir des intempéries supplémentaires, des conséquences. Mais je crois qu'il n'y en aura aucune sur la compétition. Après il y a le terrorisme.

Jacques VENDROUX : La sécurité…

LE PRESIDENT : La France a été frappée deux fois l'année dernière. On s'est posé la question : qu'est-ce que l'on devait faire ? On s'est posé d'abord une première question : est-ce que l'on devait accueillir les chefs d'Etat et de gouvernement pour ce que l'on a appelé la COP 21 qui a donné lieu à un accord tout à fait historique sur la lutte contre le réchauffement climatique. J'ai décidé de maintenir cet événement quelques jours après les attentats et on a réussi, réussi l'accord et surtout réussi à assurer la sécurité. Mais c'était en un seul lieu et c'était avec tous les chefs d'Etat et de gouvernement, donc avec une mobilisation exceptionnelle de forces. Alors l'autre question est, maintenait-on un événement sportif de cette ampleur avec des fans-zones, avec des équipes qui devaient être accueillies dans plusieurs villes de France, avec beaucoup de spectateurs ? J'ai décidé qu'il fallait non seulement maintenir la compétition, garder les fans-zones et faire en sorte que ce soit une fête européenne, une fête populaire, une fête sportive et pour cela, il faut y mettre des moyens, c'est vrai. Les moyens, c'est 90.000 personnes qui vont être affectées à la sécurité et qui vont pouvoir -pour les stades et les fans-zone- faire les contrôles. Il est vrai que pour les spectateurs, cela sera une contrainte ; il faudra se laisser palper - c'est le mot - fouiller pour qu'il n'y ait aucun risque d'intrusion de quelque projectile que ce soit. Chacun le comprendra. Il faudra aller dans quelques entrées au lieu de ce qu'on connaît pour les stades. Mais tout cela est organisé, tout cela est préparé et même si nous sommes d'une grande vigilance, il doit y avoir des précautions qui devront être prises tout au long de la compétition mais nous avons mis tous les moyens pour réussir. Il ne faut jamais se laisser impressionner par la menace ; elle existe, la menace ; et je ne serais pas dans la situation où je suis, Président de la République, si je ne vous disais pas très clairement qu'il y a une menace. Cette menace, elle vaut pour, hélas, un temps qui sera long. Il faut donc que l'on prenne toutes les garanties pour que ce grand événement, cet Euro 2016, soit réussi. Et il le sera.

Jacques VENDROUX : Autres questions Monsieur le Président, quelques polémiques un peu croustillantes du football actuellement. D'abord il y a l'affaire BENZEMA avec les prises de position de CANTONA, de Djamel DEBBOUZE qui s'est d'ailleurs excusé et également celle du président du Rugby Club de Toulon. Quelle est votre position sur cette affaire BENZEMA qui un moment a pris le pas sur l'Euro 2016, qui a pris le pas sur l'actualité positive footballistique ?

LE PRESIDENT : Il ne doit pas y avoir de polémique. Il y a un sélectionneur, Didier DESCHAMPS. Il choisit les joueurs qu'il estime être à leur poste dans les conditions que l'on connaît, dans les circonstances qui sont celles de la compétition, ceux qui doivent être membres de l'équipe de France. C'est décevant pour ceux qui ne sont pas reçus mais c'est le seul critère qui vaille, le choix du sélectionneur. Ne comptez pas sur moi - mais vous savez bien quelle est ma position - pour entretenir quelque polémique que ce soit là-dessus ou quelque surenchère. Bien sûr qu'il faut lutter contre le racisme, contre les discriminations, cela est mon engagement, mon devoir, mais pour l'équipe de France, sont sélectionnés ceux qui doivent être sélectionnés, pas en fonction d'une région, d'une origine, d'un parcours ; la présence dans l'équipe de France, c'est la présence de la France toute entière rassemblée derrière son équipe.

Jacques VENDROUX : On l'a dit, vendredi prochain donc, début de l'Euro. Michel PLATINI aurait dû être dans la tribune officielle avec vous. Michel PLATINI n'est pas là parce qu'il est suspendu par le TAS. Là aussi j'aimerais avoir votre avis.

LE PRESIDENT : Michel PLATINI a fait beaucoup pour que cet Euro puisse être organisé comme il va l'être par l'UEFA en France. Michel PLATINI, est -on en parlait- celui qui en 1984, nous a permis d'avoir cette victoire, avec l'équipe bien sûr dirigée par Michel HIDALGO. Michel PLATINI, c'était un grand joueur, il a été aussi un grand dirigeant. Je ne suis pas juge, je ne connais pas la situation mais il y a des présences dont on ne se souvient pas et puis il y a des absences dont on se rappellera. Et celle de PLATINI, on s'en rappellera.

Jacques VENDROUX : Dernière question en ce qui concerne le football : la France est favorite évidemment, Monsieur le Président ; est-ce que vous voyez des Nations comme l'Espagne, l'Angleterre, le Portugal, l'Italie ? Là, je vous demande carrément d'être le consultant de RADIO FRANCE, Vos pronostics ?

LE PRESIDENT : Je les vois toutes, c'est bien cela, le problème ! C'est qu'on est favori… je ne sais pas d'ailleurs parce que je me méfie du statut de favori… Je le dis sans aucune interprétation…

Philippe COLLIN : Sans aucun double sens…

LE PRESIDENT : Il ne faut surtout pas – c'est un conseil - avoir ce statut-là. On fait partie des équipes qui peuvent gagner, pas parce qu'on est pays hôte mais parce qu'on a une bonne équipe bien dirigée. Mais il y a de très belles équipes, l'Espagne et l'Allemagne en font partie. Voilà, ce sont les favoris ceux-là, et on va s'en occuper !

Philippe COLLIN : J'aimerais revenir deux secondes sur l'affaire BENZEMA parce qu'évidemment, en effet, un sélectionneur sélectionne ; mais hier soir, j'ai vu le match amical de l'équipe de France, France-Écosse. Prenons juste la défense : Hugo LLORIS puis Bacary SAGNA, EVRA sur les côtés, Adil RAMI et Laurent KOSCIELNY. Avec ces cinq joueurs, il y a l'histoire nationale : il y a la Pologne, il y a un Marocain musulman, il y a deux personnes de l'Afrique noire et Hugo LLORIS qui est de Nice. L'équipe de France n'est pas raciste, on est bien d'accord Monsieur le Président… il faut le dire aussi !

LE PRESIDENT : Bien sûr qu'elle ne l'est pas et elle ne l'a jamais été ! On a cité aussi notre victoire en Coupe du monde 98 ; elle ne l'a jamais été. Justement, puisque vous parliez de CANTONA ; il a fait un très beau film, CANTONA, justement sur l'histoire de l'équipe de France qui est aussi une histoire de l'immigration où on a eu, grâce à la présence des Polonais, des joueurs d'exception – CISOVSKY, un des meilleurs buteurs. On a eu ensuite des joueurs d'origine espagnole, portugaise, qui sont venus ; des joueurs d'origine africaine, algérienne… bref. Justement c'est ce qui fait la France et on le retrouve dans l'équipe de France. Mais on ne va pas faire des quotas, on ne va pas dire « on en veut de telle ou telle origine ». Le sélectionneur ne doit avoir qu'un seul choix – et c'est ce qu'a fait Didier DESCHAMPS - qui sont ceux qui peuvent ensemble - ensemble - gagner ? Pas forcément prendre partout les meilleurs, être ensemble et gagner.

Jacques VENDROUX : Je terminerai, Monsieur le Président, en vous disant tout simplement que RADIO FRANCE est la radio officielle de cet Euro 2016 mais vous le savez et je voulais terminer aussi par une dernière question : vous êtes dans une équipe de football un numéro 8, un numéro 10 ou un numéro 9 ? Franchement ?

LE PRESIDENT : Vous savez, moi je suis obligé de jouer à tous les postes ; parfois je suis en défense, parfois je suis à l'attaque, parfois je fais en sorte qu'on puisse faire circuler le ballon.

Jacques VENDROUX : Non mais votre préférence ?

LE PRESIDENT : Quand j'étais jeune, j'étais rapide, donc j'étais ailier. Après avec l'âge, je suis devenu demi ; mais je ne vais quand même pas me mettre à l'arrière pour tacler, faute d'avoir la vitesse nécessaire ! Bref, je pense que le meilleur poste, c'est celui qui peut être utile. Aujourd'hui, j'ai le poste le plus important, c'est celui qui permet à une équipe, en l'occurrence toute la France, de pouvoir être en situation de réussir.

Philippe COLLIN : Allez, passons maintenant à la séquence suivante « Back to the Sixties », les JO de Mexico, octobre 1968, le 200 mètres messieurs.

(Extrait archives d'époque : Tommie SMITH, champion olympique)

Ces deux poings levés, ces deux poings serrés pour protester contre les discriminations raciales aux Etats-Unis. Monsieur le Président, vous aviez 14 ans au moment de ce poing levé ? Est-ce que vous en avez le souvenir devant la télévision ?

LE PRESIDENT : Très bien. J'essayais de comprendre pourquoi un gant, pourquoi un seul gant, en fait il n'y avait que deux gants…

Philippe COLLIN : John CARLOS avait oublié sa paire de gants…

LE PRESIDENT : Voilà, donc ils ont partagé. Puis j'ai appris cette histoire, ce qu'elle signifiait, pourquoi ils avaient fait ce geste… là encore, un peu comme Mohamed ALI, pour rappeler que les noirs étaient discriminés, victimes de racisme et qu'on ne pouvait pas simplement les sacrer parce qu'ils étaient champions, qu'on devait les consacrer comme citoyens. Puis il y avait NORMAN, dont j'ai appris l'histoire, le troisième Australien, qui lui donne les gants et qui a été plusieurs fois écarté dans son pays parce qu'il avait fait ce geste, parce qu'il avait participé à cet événement mondial qu'a été l'expression du poing levé. NORMAN, quand il est mort, il a eu l'hommage que les deux autres lui ont rendu. J'ai trouvé que c'était un très beau symbole ; c'est celui dont on n'a pas parlé, celui qui est resté dans l'ombre et celui qui avait fait aussi sans doute le signe le plus fort de la solidarité.

Philippe COLLIN : C'est une période à l'époque de luttes intenses aux Etats-Unis, la fin des années 60 – je parle des questions raciales, on parlait de Mohamed ALI, de Tommie SMITH - vous aviez 14 ans. Est-ce que cela fait partie de votre formation politique, par exemple ce point levé, d'adolescent j'entends. Est-ce que cette résistance, ce côté combatif appartient à votre processus politique ?

LE PRESIDENT : Oui, c'est les années 68 qui ont profondément marqué la planète, pas simplement la France dont on a le souvenir de mai 68, mais l'Europe et les Etats-Unis ; c'est une période d'ébullition, c'est une période où on cherche son chemin, parfois dans des impasses il faut bien le dire, avec des trajectoires qui ont fini ou dans la violence ou dans finalement l'échec. Mais il y a cette volonté de prendre en main son destin et de lutter contre ce qui apparaît l'inégalité fondamentale. C'est aussi une période glorieuse, les années 60, une période où l'économie fonctionne, où il y a une croissance très forte mais où le tiers-monde est oublié ; ce sont des jeux où le tiers-monde n'existe pas encore. C'est ensuite que cela va venir et que l'on va avoir d'autres événements qui vont surgir - rappelez-vous des jeux olympiques de Munich….

Philippe COLLIN : 72, oui…

LE PRESIDENT : Où la violence, le terrorisme arrive en plein cœur des jeux. Il faut préserver là aussi l'olympisme ; la politique y a sa place ; il peut y avoir un moment, une expression mais pas la violence, jamais la violence.

Philippe COLLIN : Alors vous irez je crois cet été à Rio, soutenir les athlètes français aux Jeux olympiques de Rio et puis Paris, Paris est candidate - la ville de Paris - aux Jeux olympiques de 2024. Moi, Monsieur le Président, depuis que je suis gamin, j'ai vécu quelques Jeux olympiques, à chaque fois j'entends : oui mais cela coûte une blinde à la ville hôte qui va accueillir ces Jeux olympiques. Je n'arrive jamais à savoir si c'est un atout réel ou si c'est vraiment une charge très lourde pour les gens qui reçoivent cette organisation ?

LE PRESIDENT : On pourrait se dire cela aussi pour l'Euro 2016, est-ce que cela ne va pas nous coûter… mais cela va nous rapporter aussi, énormément : tourisme, notoriété de villes qui vont être les villes qui vont accueillir les équipes ou qui vont recevoir les matches ; cela va nous apporter aussi beaucoup en termes de retombées médiatiques donc. Les Jeux Olympiques, bien sûr qu'il faut réaliser des équipements, pas aussi nombreux parce que nous en avons déjà – c'est pour cela que la candidature de Paris est une bonne candidature parce que les équipements sont là, il faut construire une piscine, il faut aménager quelques espaces bien sûr, le village olympique mais sans investissement considérable - on peut avoir à l'horizon 2024, c'est quand même assez proche, dans huit ans, un événement mondial à organiser. Je crois beaucoup à la capacité de la France, à la qualité de la France technologique parce qu'on va mettre beaucoup de moyens technologiques, déjà dans l'Euro 2016 y compris pour la sécurité, c'est ce que disait Jacques VENDROUX, on va mettre des innovations technologiques qui vont permettre à chacun d'être géolocalisé pour que l'on puisse surveiller mais aussi protéger. On va faire de cette candidature - c'est Anne HIDALGO qui la porte avec le mouvement olympique, avec des sportifs comme Tony ESTANGUET et Bernard LAPASSET qui se sont emparés de cet enjeu-là - mais on va montrer qu'on est aussi capables de faire des Jeux olympiques à l'heure du climat, c'est-à-dire à l'heure… je dis cela en ce moment alors qu'il y a eu ces intempéries, mais à l'heure où on va être exemplaire en matière d'environnement et c'est ce qu'on doit absolument faire. Il faut faire attention parce qu'il y a eu pour Rio justement, des contestations sociales très fortes qui ont pu dégénérer même en contestation politique, en disant : est-ce que cela nous sert ? Finalement, on fait un événement mondial mais pour les Brésiliens, qu'est-ce qu'il va y avoir comme retombées ? Il faut que pour les Parisiens, pour les Franciliens, pour les Français… il faut que tous les équipements qui seront créés, soient utiles à tous les habitants pour les générations qui viennent.

Philippe COLLIN : Vous êtes sur FRANCE INTER, il est 18h50, ne quittez pas l'écoute car voici maintenant le « Mood board » de Joy RAFFIN. Bonsoir Joy.

Joy RAFFIN : Bonsoir Monsieur le Président, bonsoir à tous.

LE PRESIDENT : Bonsoir.

Philippe COLLIN : Alors Joy, je vous laisse expliquer au Président l'esprit du jeu.

Joy RAFFIN : C'est très simple, vous allez voir. Monsieur le Président, je vais vous poser 20 questions en trois minutes ; 20 questions en rapport avec le sport évidemment ; 20 questions avec, à chaque fois, deux propositions de réponses, des réponses courtes idéalement. Pierre MENDES-FRANCE l'a dit : « gouverner, c'est choisir ». Donc il va falloir que vous choisissiez et comme je suis sympa, vous avez le droit à deux jokers, ça vous va ?

LE PRESIDENT : On va essayer.

Joy RAFFIN : Alors c'est parti ! Monsieur le Président, êtes-vous plutôt MARADONA ou PELE ?

LE PRESIDENT : PELE.

Joy RAFFIN : Curling ou saut à ski ?

LE PRESIDENT : Ni l'un ni l'autre.

Joy RAFFIN : Euro 84 ou Coupe du monde 98 ?

LE PRESIDENT : Coupe du monde 98.

Joy RAFFIN : Monsieur le Président, préférez-vous les Jeux olympiques d'été où les Jeux olympiques d'hiver ?

LE PRESIDENT : Jeux olympiques d'été.

Joy RAFFIN : Michel HIDALGO ou Anne HIDALGO ?

LE PRESIDENT : Pour le sport, Michel HIDALGO, pour la politique, Anne HIDALGO.

Joy RAFFIN : Bernard HINAULT ou Jacques ANQUETIL ?

LE PRESIDENT : Jacques ANQUETIL est rouennais. Donc pardon Bernard HINAULT mais je choisis Jacques ANQUETIL.

Joy RAFFIN : Saint-Etienne 76 ou Séville 82 ?

LE PRESIDENT : Séville 82 parce qu'en termes de dramaturgie, je n'ai jamais vécu une telle tristesse, au plan sportif.

Joy RAFFIN : Bien sûr. Monsieur le Président, êtes-vous plutôt brasse ou plutôt crawl ?

LE PRESIDENT : Je me méfie de la réponse.

Joy RAFFIN : Joker si vous voulez.

LE PRESIDENT : Mais non, pas de joker, je suis plutôt crawl !

Joy RAFFIN : Ça marche. Crawl. Yannick NOAH 1983 ou Saga Africa ?

LE PRESIDENT : Yannick NOAH 1983 parce qu'il n'y aurait pas eu Yannick NOAH « Saga Africa » autrement.

Joy RAFFIN : On est d'accord. Monsieur le Président, feriez-vous du bobsleigh avec Albert II ou du judo avec Vladimir POUTINE ?

LE PRESIDENT : Joker là.

Joy RAFFIN : Etes-vous plutôt RONALDO ou MESSI ?

LE PRESIDENT : Je voudrais tellement être MESSI.

Joy RAFFIN : C'est noté. Marathon ou 100 mètres ?

LE PRESIDENT : 100 mètres, c'est plus court.

Joy RAFFIN : Monsieur le Président, préférez-vous un toit sur Roland- Garros ou un mois sans tennis ?

LE PRESIDENT : Un toit sur Roland-Garros.

Joy RAFFIN : Bientôt.

LE PRESIDENT : Bientôt, oui, c'est prévu.

Joy RAFFIN : Etes-vous plutôt Thierry ROLAND ou Thierry GILARDI ?

LE PRESIDENT : Thierry ROLAND, c'est mon enfance, mais ce n'est pas seulement mon enfance parce qu'il a duré tellement de temps, il y avait ce lien. Pour moi, la voix du football, c'était Jacques VENDROUX, Thierry ROLAND, mais Thierry GILARDI était un excellent journaliste, qui a changé avec Charles BIETRY la manière de parler du football ; donc Thierry GILARDI.

Joy RAFFIN : Je suis bien d'accord. Monsieur le Président, êtes-vous plutôt 4-3-3 ou 49.3 ?

LE PRESIDENT : Le 4-3-3 quand c'est nécessaire.

Joy RAFFIN : Epée ou fleuret ?

LE PRESIDENT : Fleuret moucheté.

Joy RAFFIN : Etes-vous plutôt « A nous la victoire », le film de John HUSTON ou « Coup de tête » de Jean-Jacques ANNAUD ?

LE PRESIDENT : « Coup de tête » qui se passe au stade Robert-Diochon !

Philippe COLLIN : Absolument !

Joy RAFFIN : Monsieur le Président, êtes-vous Paris-Saint-Germain ou Red Star de Saint-Ouen ?

LE PRESIDENT : Red Star de Saint-Ouen.

Joy RAFFIN : Etes-vous plutôt David BECKHAM au Victoria BECKHAM ?

LE PRESIDENT : David BECKHAM, je ne me suis intéressé qu'à lui.

Joy RAFFIN : C'est ça et pour finir peut-être la question la plus importante pour moi : Monsieur le Président, êtes-vous LOSC - Lille Olympique Sporting Club…

LE PRESIDENT : Oui, je connais.

Joy RAFFIN : ou … LOSC ?

LE PRESIDENT : Précisez votre question voyez, parce que…

Joy RAFFIN : Aimez-vous le LOSC ?

LE PRESIDENT : Ah oui, j'aime bien le LOSC, oui.

Joy RAFFIN : Eh bien cela me fait plaisir de vous avoir entendu prononcer le nom de mon club… Et comme ça, cela fait aussi plaisir à Martine AUBRY !

LE PRESIDENT : Exactement mais j'aime Lille et quand Lille a été champion de France, j'en ai été très heureux.

Joy RAFFIN : Eh bien moi aussi ! Encore plus ! Monsieur le Président, je résume : donc vous n'aimez ni le curling ni le saut à ski mais vous aimez le patronyme HIDALGO ; vous êtes un sprinter supporter de l'Etoile rouge du Red Star et évidemment, comme tout amateur de sport qui se respecte, vos adorez David BECKHAM. Monsieur le Président, je vous remercie et je vous souhaite un très bel Euro.

LE PRESIDENT : Merci à vous.

Philippe COLLIN : Merci beaucoup Joy. Il nous reste très peu de temps Monsieur le Président, trois minutes. Ce soir vous allez filer après à Clairefontaine rencontrer l'équipe de France. Quel sera le message ce soir du Président de la République à Didier DESCHAMPS et à ses hommes ?

LE PRESIDENT : Qu'ils se concentrent sur l'essentiel, c'est-à-dire sur la compétition, qu'ils ne se laissent distraire par rien, qu'ils ne se laissent entraîner que par Didier DESCHAMPS et qu'ils aient aussi conscience, sans que la pression soit trop forte sur eux, qu'ils sont plus qu'une équipe, ils sont l'équipe de la France qui accueille l'Euro 2016. Et il ne faut pas leur demander plus que cela mais il faut leur demander autant que cela.

Philippe COLLIN : En 2006, lors de la finale Monsieur le Président… donc France-Italie, Zinedine ZIDANE a eu un geste malheureux… un coup de boule comme on dit, sur un défenseur italien…

LE PRESIDENT : MATERAZZI.

Philippe COLLIN : MATERAZZI, exactement. Et on raconte qu'à la fin du match, donc ZIZOU est dans son coin dans le vestiaire et le Président CHIRAC s'est isolé avec lui et ils ont parlé ensemble dix minutes. On ne sait pas ce qu'ils se sont dit l'un et l'autre. Je me disais : à sa place, qu'est-ce que vous auriez tenu comme discours ? Vous serez le Président de la République peut-être le 10 juillet prochain… pour cette finale… qu'est-ce que vous auriez tenu comme discours à ZIZOU dans un tel moment, Monsieur le Président ?

LE PRESIDENT : C'était le dernier match de ZIDANE, c'était aussi le dernier match de Jacques CHIRAC, 2006, et donc c'était, je pense, leurs adieux respectifs, même si Jacques CHIRAC n'est pas parti avec le geste de ZIDANE. Et je pense qu'ils ont dû parler de cela. Je n'ai aucune information et rassurez-vous, il n'y a eu aucun enregistrement de la conversation, mais je crois qu'ils ont dû parler de ça, du dernier match. Et ZIDANE, bien sûr qu'on lui en a voulu de faire ce geste mais en même temps, il avait donné tellement, y compris dans ce match, qu'on lui pardonnait tout. Aujourd'hui quand ZIDANE, entraîneur du Real de Madrid, gagne, finalement on se dit que c'est nous qui avons gagné.

Philippe COLLIN : Absolument, on est un petit peu content. Pour terminer, c'est ma dernière question, Monsieur le Président : imaginez que j'ai le pouvoir de changer le destin. Je vous reprends tout, votre carrière politique, la présidence de la République, je vous reprends Emmanuel MACRON, je vous reprends tout. Et en échange, je vous donne la carrière d'un numéro 9, mais légendaire, un buteur racé… qui change le destin d'un match. Qu'est-ce que vous faites ?

LE PRESIDENT : Vous voulez dire, est-ce que je troque cela ? Non, j'ai fait la vie dont j'ai rêvé. Je n'avais pas pensé que je serai forcément Président de la République mais j'ai voulu m'engager ; je n'ai pas hésité sur le choix. Très tôt, j'ai eu cette volonté de servir mon pays et la politique pour moi, c'était aussi ce que j'avais ressenti dans le sport : rendre ce que l'on m'avait donné et donc être avec des personnes que je n'aurais jamais rencontrées autrement et pouvoir leur donner ce moment de responsabilité que je peux partager aujourd'hui avec eux. Donc voilà, je n'ai aucun regret et puis en plus je n'étais pas vraiment doué pour le football. Je me suis fait cette conclusion, cela a été très pénible pour moi vers 15 ou 16 ans de me dire que je ne pourrai pas faire footballeur. Mais ce n'est pas pour autant que je me suis dit : je vais faire Président. J'avais de toute façon décidé de faire de ma vie une vie d'engagement.

Philippe COLLIN : Cette réponse vous honore, Monsieur le Président. Merci de votre visite ce soir. Vous allez filer voir l'équipe de France tout de suite après nous. Je vous remercie de votre visite…

LE PRESIDENT : C'est moi qui vous remercie.

Philippe COLLIN : Nous avons une émission tous les soirs pendant l'Euro, si vous voulez venir, vous êtes le bienvenu…

LE PRESIDENT : Je ne voudrais pas abuser, après on croirait que j'essaie d'utiliser le sport pour faire passer d'autres messages. Ce qui n'a pas été le cas ce soir, vous l'avez remarqué…

Philippe COLLIN : Exactement. Merci beaucoup.

Rechercher