Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'éducation artistique et culturelle, à Paris le 10 juin 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'éducation artistique et culturelle, à Paris le 10 juin 2016.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Cérémonie de remise du prix de l'Audace artistique et culturelle, à Paris le 10 juin 2016

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Mesdames les Ministres,
Monsieur le Président de la Fondation, cher Marc Ladreit de Lacharrière,
Monsieur le représentant du jury, cher Denis Podalydès,


Vous avez en plus pris des risques pour attribuer les prix, puisque vous avez eu un accident du travail, je ne sais pas encore dans quelles conditions, mais vous devez surtout être prêt pour Avignon, puisque ce sera dans la cour d'honneur que vous aurez à jouer une pièce qui n'a jamais été montée en Avignon. C'est aussi le retour de la Comédie-Française dans la ville des Papes. Nous tenions donc vraiment à ce que vous soyez là aujourd'hui.

Je veux saluer toutes celles et ceux qui ont contribué au succès de cette quatrième édition. Bien sûr, la Fondation, avec Marc qui s'est engagé depuis maintenant plusieurs années pour permettre l'accès – autant qu'il est possible – de tous aux pratiques culturelles.

Les prix qui sont remis aujourd'hui à un lycée agricole, à un lycée professionnel et à une école en Guyane - témoignent bien de ce qu'est votre volonté : accéder ou faire accéder le plus grand nombre à la culture.

C'est aussi un prix qui doit beaucoup à l'Education nationale. La ministre a voulu que cette idée, cette initiative puisse être véritablement portée par les rectorats, ils sont ici représentés. Cette initiative doit beaucoup aussi aux DRAC - c'est-à-dire au ministère de la Culture - qui se sont eux aussi pleinement impliqués dans la mise en valeur de ce que pouvaient être ces initiatives.

Il fallait également un jury, il faut toujours un jury à un moment pour décider de ce que doit être un prix. Comment se fait donc la sélection à partir d'un certain nombre de projets - plus de 80 - 15 sont retenus et puis 3 sont choisis. C'est à la fois gage de l'excellence et en même temps, toujours une déception pour autant de projets qui auraient pu être aussi consacrés et qui, de toute manière ne seront pas oubliés, parce qu'ils ont profondément marqué les élèves.

Comme l'a dit Denis PODALYDES, c'est toujours une rencontre qui fait une vocation. Et tous ces projets ont sûrement permis à beaucoup d'élèves pour qui la culture était un mot ou simplement une valeur éloignée de leur quotidien, de faire ce passage, de faire ce chemin vers la connaissance et l'émotion.

Alors c'est la quatrième édition d'un prix qui, à chaque fois, doit récompenser l'audace. Ce n'est pas simplement le jury qui doit être audacieux - il l'a été - c'est aussi tout ce qui est porté à travers cette initiative, qui doit montrer qu'il n'y a pas de fatalité, que chacun ou chacune peut choisir son destin, que la France est une République ouverte à tous et que dans cette République, la liberté doit être la plus grande. Liberté de création, liberté de choix, liberté dans la destinée des parcours. Vous l'avez une fois encore montré, parce que les prix qui ont été remis témoignent bien de ce qu'est la qualité qui a été recherchée par le jury.

Le premier prix est un hommage rendu aux livres avec cette volonté du lycée professionnel Jean Nicoli de Bastia, de réconcilier l'écrit et l'écran, de faire en sorte que nous puissions partir des livres les plus anciens qui avaient été quelquefois endommagés, abîmés pour utiliser les techniques les plus performantes, le numérique, pour les rendre accessibles.

Vous m'en avez remis un avec une confection traditionnelle en bois, qui met en valeur tout ce que la Corse peut produire, y compris ce message que vous avez fait passer qui est le lien entre la conservation et la création, car vous avez aussi contribué à porter l'idée d'une exposition qui a été je crois, très bien accueillie.

Vous avez aussi attribué un second prix, à une école qui se trouve en Amazonie guyanaise, c'est-à-dire dans ce qu'il y a de plus lointain disait la ministre et qui, en fait, est le plus proche de nos émotions. Là, vous avez fait travailler des artistes photographes, plasticiennes parce que sans le concours des artistes, il ne peut pas y avoir ces initiatives et donc ces prix.

Vous avez dans cette école Camopi sur l'Oyapock - l'Oyapock, je le connais bien parce qu'il y a un pont qui normalement devrait être inauguré et qui ne l'est jamais. Nous sommes prêts du côté français, nous attendons que du côté brésilien, il soit possible de pouvoir enfin assurer cette liaison, ce passage entre la Guyane française et le Brésil.

Il faut savoir que le Brésil est le pays avec lequel nous avons la plus grande frontière. Tout le monde pense que c'est l'Allemagne mais non, c'est le Brésil grâce à la Guyane. Nous voulons justement que la Guyane puisse être ce lien, ce pont à tous les sens du terme entre nos cultures. La culture telle que nous la portons ici, toute la France et puis la culture latino-américaine mais aussi la culture des Amérindiens. C'est ce que vous avez voulu aussi traduire à travers la remise de ce prix. Je salue les quatre élèves, les deux enseignants, tous n'ont pas pu venir, vous imaginez pourquoi et ils sont donc ici les ambassadeurs de ces cultures.

Il y a enfin le lycée agricole de Rethel qui avait un projet de cirque avec des établissements en Roumanie et en Turquie, dans le cadre du programme Erasmus Plus. Là aussi, cela renvoie à ce que doit être l'Europe qui n'est pas simplement un ensemble de disciplines, de règles, de procédures, d'institutions, mais un ensemble de valeurs partagées avec des pays qui peuvent être aux frontières de l'Europe. La Roumanie est dans l'Europe, la Turquie n'est pas dans l'Europe, mais nous savons bien que nous avons des liens avec la Turquie, pas simplement pour contrôler les réfugiés mais parce que la Turquie a aussi une dimension qui justifie qu'elle soit dans une association aujourd'hui avec l'Europe, dans une négociation un jour peut-être pour y entrer, mais nous n'en sommes pas là. Il y a des liens très forts liés à l'Histoire, liés même à la géographie qui font que nous avons ce lien avec la Turquie.

La Roumanie - je n'insiste pas parce qu'il y a ce soir un match de football avec la Roumanie - nous aimons beaucoup la Roumanie jusqu'à un certain point, mais de toute manière je recevrai le Premier ministre roumain tout à l'heure et ce sera là aussi une fête pour l'Europe. L'Euro c'est aussi une conception de l'Europe. Vont venir jouer des équipes qui sont représentantes des pays membres de l'Union européenne, jusqu'à ce qu'ils décident de le rester pour l'un d'entre eux. L'un d'entre eux d'ailleurs, le Royaume-Uni, qui est représenté par trois équipes, a quand même toujours des particularismes.

Il y a des pays qui vont être représentés dans cette grande compétition qu'est l'Euro qui ne sont pas membres de l'Union : la Turquie mais aussi la Russie, l'Albanie même si l'Albanie est candidate pour entrer dans l'Union européenne. Cela va être donc une fête du football mais aussi une fête de l'idée européenne, qui va bien plus loin que les frontières et qui doit, je pense nous rassembler. Mais vous au lycée de Rethel, vous avez finalement anticipé.

Je veux insister sur le lycée agricole qui ne relève pas du ministère de l'Education nationale - même si le ministère de l'Education nationale a vocation à s'occuper de tout dans notre pays, mais du ministère de l'Agriculture. Ces lycées, ces établissements agricoles ont été pionniers en matière d'éducation artistique et culturelle et ils ont été les premiers à s'engager avant même que la fondation n'existe. Ces établissements ont eu plein d'initiatives qui ont fait que beaucoup de jeunes ont pu, à travers ces enseignements, accéder à des pratiques culturelles, à des pratiques artistiques. Parce que la profession agricole, le milieu agricole voulaient justement être partie prenante de la construction culturelle de la France.

Voilà pourquoi c'était très important de nous retrouver ici à l'Elysée comme chaque année, pour la remise de ces prix. Je saisis cette occasion pour insister sur l'éducation artistique et culturelle, parce que c'est une priorité que j'ai portée et que nous voulons encore amplifier pour la prochaine année ou pour les prochaines années. Les deux ministres, la ministre de l'Education nationale, Najat VALLAUD-BELKACEM comme la ministre de la Culture, Audrey AZOULAY se sont rassemblées pour porter cette ambition.

Nous avons déjà augmenté les crédits du ministère de la culture affectés à l'éducation culturelle et artistique, ils ont augmenté de 80 % mais il faut dire que cela partait de bas. Je fais donc une petite leçon d'arithmétique pour les élèves, les pourcentages n'ont aucune signification, tout dépend des montants. Les professionnels de la culture savent cela, même s'ils sont très attachés aussi à des pourcentages, notamment par rapport au budget de l'Etat et au budget de la culture. Ce qui compte c'est le nombre d'élèves qui doivent bénéficier de l'éducation artistique et culturelle.

Il n'y en avait que 22 % en 2011 qui avaient eu à un moment une initiation dans l'école ou à côté de l'école. En 2014, ils étaient déjà plus de 35 % et l'année prochaine, nous devons atteindre 50 %, c'est-à-dire qu'un élève sur deux doit avoir une expérience, une offre en matière d'éducation culturelle et artistique.

Nous allons d'ailleurs, dans le cadre du Haut conseil de l'éducation artistique et culturelle, mettre en place une charte d'engagement pour l'éducation artistique et culturelle qui sera affichée dans tous les établissements - établissements culturels comme établissements d'Education nationale - et qui pourra mobiliser tous les professionnels, parce que nous voulons que les artistes s'engagent avec nous pour l'éducation artistique et culturelle. Cela deviendra un droit pour tous, le droit pour chaque élève de pouvoir accéder à l'éducation artistique et culturelle.

Il y a eu depuis 4 ans un certain nombre d'initiatives et ce que vous avez fait en témoigne : des jumelages entre établissements, c'est très important. Un établissement culturel avec un établissement d'Education nationale, des résidences d'artistes, des classes d'initiation artistique, les classes du patrimoine… Tout ce qui peut favoriser la rencontre à un moment des élèves avec une expérience artistique ou culturelle.

Dans le domaine du cinéma, nous avons pensé que le service civique – vous savez cette volonté qu'ont un certain nombre de jeunes de s'engager pour le pays ou pour les autres tout simplement – pouvait être utile au cinéma pour faire renaître les ciné-clubs qui ont tant compté pour ma génération.

Pour la lecture, nous allons monter une opération, pendant les vacances du 20 au 31 juillet partout en France, où nous allons pouvoir proposer sur les plages, sur les lieux de vacances – campings, villages de vacances – des livres pour que les jeunes puissent pouvoir lire en vacances.

Les horaires d'ouverture des bibliothèques vont être élargis même le dimanche, il n'y a pas de raison qu'on ouvre les magasins et qu'on n'ouvre pas les bibliothèques. Ce sera donc fait avec un effort de l'Etat. Il va y avoir aussi à l'initiative de la ministre de la Culture - et cela a été annoncé au théâtre de la Cartoucherie à Vincennes – ce qu'on appelle « Génération belle saison », qui permettra de développer les écritures scéniques à destination du jeune public.

Nous allons faire en sorte que la danse, le théâtre, les pratiques artistiques puissent s'intégrer dans des réseaux culturels de proximité pour que, là aussi, le jeune public puisse y être plus présent. Enfin, j'insiste sur une action que nous avons voulu, à travers un grand établissement qui est la Philharmonie de Paris, développer pour les quartiers de nos villes et notamment de nos banlieues et faire en sorte que les pratiques orchestrales, pratiques musicales avec d'autres puissent être offertes aux enfants entre 7 et 12 ans. C'est ce qu'on appelle le projet Démos ou l'orchestre à l'école que nous allons généraliser pour que chaque enfant puisse avoir là encore la chance - ou le droit devrais-je dire, d'accéder à une pratique culturelle de très haute qualité.

On pourrait se dire : mais est-ce que c'est simplement un supplément que nous voulons offrir dans le cadre d'un parcours éducatif ? Non, ce n'est même pas simplement un parcours civique que nous voudrions donner parce que la culture fait partie – cela a été dit par Marc de LACHARRIERE – de notre réponse face aux épreuves. Non, finalement l'éducation artistique et culturelle ce n'est pas simplement pour susciter des vocations, même si c'est souvent lors d'un passage à l'école, collège, lycée qu'on va avoir cette émotion qui va peut-être susciter un intérêt qui ira au-delà même de l'éducation, qui va permettre d'accéder aux métiers culturels.

Il y a une autre ambition, c'est de considérer que tout jeune, tout élève qui va avoir cette expérience, cet engagement, cet intérêt, cette curiosité, va en être changé pour le reste de sa vie et qu'ensuite, selon le métier, l'orientation que ce jeune choisira, cela sera pour lui un supplément de la réussite possible. La culture comme instrument à la fois d'élévation, d'émancipation, d'accomplissement mais aussi de réussite professionnelle.

D'ailleurs, puisque Monsieur Marc de LACHARRIERE, vous représentez ici le monde des entreprises, dites aux entreprises de recruter davantage de jeunes qui ont eu cette expérience culturelle, parce qu'ils ont toutes les capacités et toutes les compétences pour réussir. C'est donc aussi un message pour l'emploi que je voulais lancer à l'occasion de cette initiative. Il faut que les entreprises aussi, permettez-moi de le dire, fassent preuve d'audace en ces matières.


Merci à tous.

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