Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, en hommage aux militaires français morts au Mali, à Paris le 20 avril 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, en hommage aux militaires français morts au Mali, à Paris le 20 avril 2016.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Hommage national aux soldats morts au Mali, aux Invalides à Paris le 20 avril 2016

ti : Monsieur le Président de la République du Mali,
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Président du Sénat,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Mon Général,
Messieurs les officiers, sous-officiers, militaires du rang,
Mesdames, Messieurs,
Chères familles éplorées,


La France, aujourd'hui, porte le deuil de trois de ses soldats, de trois de ses enfants qui sont allés jusqu'au sacrifice suprême, celui de leur vie, pour mener à bien la mission qui leur avait été confiée.

La Nation leur rend hommage ici, aux Invalides, dans cette cour qui incarne la mémoire militaire de notre pays. Elle rend hommage à trois soldats : au maréchal des logis-chef Damien NOBLET, au brigadier-chef Michaël CHAUWIN, au brigadier Mickaël POO-SING. Ils avaient tous trois l'élan de la jeunesse et la passion de servir pour défendre notre pays, ses valeurs, ses principes, partout dans le monde.

Je me tiens face eux. Leur cercueil est recouvert des couleurs de la France. Je veux exprimer à leurs parents, à leurs proches, à leurs frères et sœurs d'armes toute notre solidarité et notre compassion. C'est une douleur immense que de perdre un fils, un compagnon, un père, un frère, un ami. La France porte donc aujourd'hui avec vous ce fardeau de tristesse car ces trois soldats sont morts pour elle.

Ils étaient en opération dans le nord du Mali, près de la ville de Tessalit, lorsque le matin du 12 avril, leur blindé a sauté sur une mine. Ils faisaient leur devoir. Ils cherchaient autant qu'il était possible tout ce qui pouvait contribuer à l'information, à la surveillance et à la destruction des terroristes. Ils savaient pourquoi ils se battaient : contre le fanatisme, contre l'obscurantisme. Ils connaissaient la difficulté de leur mission, mais ils savaient aussi la grandeur de leur cause : assurer la sécurité d'un pays ami, le Mali, qui était pendant un temps occupé par des hordes islamistes qui voulaient chasser tout ce que la liberté pouvait représenter. Oui, ces trois soldats aimaient la liberté et c'est pourquoi ils servaient leur patrie et ils lui ont tout donné, c'est-à-dire leur jeune existence.

Maréchal des logis-chef Damien NOBLET, vous vous êtes engagé à l'âge de 19 ans, c'était au mois de mai 2004, au 515e régiment du train à la Braconne. Vous êtes devenu, au fil de votre intense parcours opérationnel, un chef de patrouille respecté pour son expérience et un meneur d'hommes attentif à ses subordonnés. Vous avez effectué cinq opérations extérieures au Kosovo, en Côte-d'Ivoire, au Liban, au Sénégal, aux Émirats arabes unis. Vous êtes promu sous-officier en décembre 2011. En 2013, répondant à l'ordre que j'avais donné, vous êtes déployé une première fois au Mali et vous faites partie des pionniers de l'opération Serval, celle-là même qui a libéré le nord-Mali. Puis en janvier dernier, vous avez de nouveau rejoint le Sahel avec le 511e régiment du train d'Auxonne. Il s'agissait alors de participer à l'opération Barkhane. Vous aviez préparé cette mission avec la rigueur et le soin qu'on attend d'un chef qui emmène ses hommes en opération. Ce 12 avril, vous ouvrez la route d'un convoi de ravitaillement dans l'extrême nord du Mali. C'est là que votre véhicule explose. Vous êtes transporté et opéré à l'antenne chirurgicale de Gao et vous succombez à vos blessures malgré votre exceptionnelle résistance. Vous aviez 31 ans. Vous étiez père d'un jeune garçon de 4 ans. Il gardera toute sa vie le souvenir de votre dévouement, de votre courage et de votre sacrifice. Il pourra, je vous l'assure, compter sur le soutien de la République pour la réussite de sa vie.

Brigadier-chef Michaël CHAUWIN, vous vous engagez à 18 ans. C'est en 2014 que vous faites le choix de servir votre pays sous les drapeaux. Vous franchissez la porte du 511e régiment du train. C'est là, en Côte-d'Or, que commence votre apprentissage de la vie militaire. À l'issue de votre formation, vous intégrez l'escadron de circulation routière et vous apprenez votre métier de soldat. En janvier 2015, après les attentats de Paris, vous protégez nos concitoyens dans le cadre de l'opération Sentinelle. Puis, à 20 ans, vous partez au Sahel pour votre première opération extérieure. Vous êtes promu brigadier car vous faites preuve d'un grand sens des responsabilités. Toujours ce 12 avril, au petit jour, vous pilotez votre blindé sur une piste du désert. Vous êtes touché mortellement par l'explosion. Évacué, vous décédez malgré tous les efforts des femmes et des hommes du service de santé qui vous ont secouru. Je mesure ce que cette disparition provoque chez vos proches. C'est une tragédie, c'est une perte énorme pour notre armée car vous étiez l'une de ses valeurs les plus sûres, l'un de nos meilleurs soldats. Et vous serez toujours, je vous l'assure encore, présent dans notre mémoire.

Brigadier Mickaël POO-SING, il y a un an – un an à peine – vous obtenez votre baccalauréat au Mans après des études scientifiques au lycée. Vous auriez pu entreprendre de longues et brillantes études, mais vous aviez envie d'action et aussi le désir de servir votre pays. Vous avez donc engagé les démarches nécessaires pour revêtir l'uniforme et embrasser la carrière des armes. Vous aviez la conviction que ce métier répondait à votre idéal. Vous aviez été profondément marqué par les attentats terroristes de janvier 2015. C'était pour vous la justification : votre pays était attaqué et vous vouliez le défendre. Alors, en février 2015, vous rejoignez le 511e régiment du train. Vous vous formez autant qu'il est possible. Chacun souligne votre implication, votre motivation, votre progression. Vous réussissez tous les examens pour faire en sorte d'être le plus vite possible opérationnel. Vous êtes fier des traditions de votre régiment et vous avez voulu, en janvier de cette année, participer à l'opération Barkhane. C'était votre premier déploiement à l'étranger. À l'aube de votre vie d'adulte, vous étiez heureux à 19 ans de participer à cette aventure. Au matin du 12 avril, l'explosion vous touche mortellement. Vous aviez les traits de la jeunesse, les traits de votre enfance, les traits d'un jeune bachelier. Vous étiez la fierté de votre famille, de votre quartier, de votre génération. Vous aviez l'âge où l'on peut inventer sa vie, la rêver, la construire et c'est là qu'elle vous quitte, au moment où vous étiez le plus heureux. Votre destin contrarié ajoute à la douleur.

Le sacrifice de la vie est une chose terrible. Il n'y en a pas de plus grand néanmoins quand on est militaire. C'est pourquoi je veux rappeler ici le sens de la mission pour laquelle nos trois soldats – nos trois enfants – sont morts, rappeler les raisons de leur présence sur le sol d'Afrique, affirmer l'importance de l'opération au Mali.

Aujourd'hui, il y a plus de 3 500 militaires qui sont engagés au Sahel dans le cadre de la mission Barkhane. Ils appuient les Nations-Unies pour réduire les groupes armés terroristes et pour repousser la menace qui pèse sur l'ensemble de la région. C'est une tâche de longue haleine. Il y a trois ans maintenant qu'elle est engagée. Comme chef des armées, j'avais ordonné le déclenchement de l'opération Serval en janvier 2013 à la demande de l'État malien. Mais, une fois cette mission réussie, le nord-Mali libéré, il a fallu aussi que nous puissions montrer notre appui au Mali. La présence aujourd'hui à nos cotés du Président Ibrahim Boubacar KEÏTA témoigne de cette solidarité pour le Mali, et celle du Mali pour la France aujourd'hui.

Depuis le 1er août 2014, l'opération Barkhane s'est élargie non seulement au Mali mais à l'ensemble de la région, le Sahel. Les ennemis sont les mêmes : les groupes terroristes islamistes, au premier rang desquels se trouve Al-Qaïda. Cette mission est unique par l'étendue géographique que nos troupes doivent couvrir. Elle vise à soutenir les efforts des Etats de la région et du bassin du lac Tchad. C'est la France qui apporte l'aide principale à ces pays amis qui ont besoin de sécurité. Mais leur sécurité c'est aussi la nôtre, puisque l'ennemi est commun.

Dois-je rappeler que nous avons tous été frappés ces derniers mois, en France comme en Afrique, à Bruxelles comme dans les capitales africaines : Ouagadougou, Bamako, Grand-Bassam près d'Abidjan ? Cette action contre le terrorisme porte ses fruits. Nous avons affaibli les groupes terroristes, désorganisé leurs réseaux, asséché leur logistique. C'est un objectif que nous devons poursuivre avec nos amis africains.

Voilà ce que vous faites, hommes et femmes de l'armée française. Hier, j'étais en Jordanie où des militaires basés dans ce pays ami luttent contre le groupe terroriste Daech, l'Etat islamique. Je leur disais que j'allais rendre hommage à trois de leurs camarades tombés au Mali parce que c'est le même combat, c'est la même cause et c'est le même enjeu : la liberté et les valeurs que nous portons face à la barbarie terroriste.

Ce combat n'est pas achevé. Il appellera sans doute – c'est cruel de le dire devant les familles qui sont aujourd'hui réunies – d'autres sacrifices auxquels nous devons être prêts. C'est une lourde responsabilité pour le chef de l'Etat que de décider de telles actions, et pour les autorités ici rassemblées, Gouvernement et Parlement, que de soutenir les missions qui valent pour la France mais aussi pour le monde entier.

En cet instant, mes pensées se tournent vers nos 14 soldats tombés au champ d'honneur depuis le 11 janvier 2013 au Sahel. Je pense à leurs familles et à leurs proches, puisque trois nouveaux compagnons de sacrifice les rejoignent dans le cœur des Français. Je leur assure cette évidence qui ne consolera pas les mères et les pères, mais la France ne vous oubliera jamais.

La douleur qui est la nôtre aujourd'hui est aussi l'occasion de rappeler le lien indissoluble qui unit la Nation à nos armées. La France sait ce qu'elle doit à ses forces militaires, aussi bien pour les opérations extérieures que pour la sécurité de notre propre territoire, même si je ne fais pas la différence entre ce que nous faisons loin d'ici et ce que nous assurons pour nos propres concitoyens. C'est le même enjeu.

Ces soldats nous donnent l'exemple de ce qu'est l'engagement et portent le courage au plus haut niveau des valeurs qui font l'humanité. Le courage, ils en ont fait preuve durant leur jeune vie. Le courage de Damien NOBLET, de Michaël CHAUWIN, de Mickaël POO-SING. Que ce courage puisse aussi servir d'exemple pour que chacune et chacun d'entre nous soit conscient qu'il porte un idéal plus grand que lui ou elle. Que cet idéal, c'est le service d'une patrie, la nôtre, qui est celle de la liberté. Voilà pourquoi ils sont morts. Voilà pourquoi nous qui sommes vivants, nous devons avoir leur courage.

Vive la République et vive la France !

Rechercher