Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'imprimerie où s'étaient retranchés les frères Kouachi deux jours après les attentats de Charlie Hebdo, à Dammartin-en-Goële le 29 septembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'imprimerie où s'étaient retranchés les frères Kouachi deux jours après les attentats de Charlie Hebdo, à Dammartin-en-Goële le 29 septembre 2016.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Cérémonie d'inauguration de la nouvelle imprimerie groupe Michel Catalano, à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) le 29 septembre 2016

ti : Monsieur le maire de Dammartin,


Commune qui, d'un seul coup, dans l'actualité tragique du 9 janvier, est devenue célèbre. Mais pas comme elle l'avait imaginé. A cause de deux terroristes qui s'y étaient cachés, et qui voulaient combattre jusqu'à la dernière seconde.

Je vous remercie d'avoir voulu que l'entreprise Catalano puisse rester ici à Dammartin. C'était la volonté aussi de Michel et de sa famille : faire que ce qui avait été un drame puisse être regardé comme un espoir et une renaissance.

Aujourd'hui, de Dammartin, on retiendra « c'est l'entreprise Catalano », du Groupe Catalano, là où il s'était passé un acte barbare et là où il y a eu un acte d'espérance et de volonté.

Je salue ici tous les parlementaires, les élus, qui étaient là, déjà au premier jour, lorsque l'entreprise et vous-même, vous vous interrogiez sur ce qu'il convenait de faire. Vous avez été entourés aussi par vos amis qui sont dans cette salle, et ils ont été non seulement proches, mais ils ont été confiants, ils n'ont pas voulu que les bras soient baissés. ls n'ont pas voulu qu'il y ait simplement une déploration, une souffrance, mais ils ont rassemblé, parfois leurs propres fonds, pour venir en soutien de l'activité qui aurait pu s'interrompre, et de l'entreprise qui aurait pu disparaître.

Alors je tenais à être présent aujourd'hui, à Dammartin-en-Goële, pour la réouverture de l'imprimerie et aussi pour remettre deux distinctions à deux Français, deux citoyens, qui ont fait preuve du plus grand courage. Courage dans les événements eux-mêmes, courage après le drame.

C'est vrai que j'étais venu il y a plus de 15 mois, c'était au mois de février 2015. Je voulais partager avec vous votre douleur, mais vous dire aussi notre reconnaissance parce qu'il ne restait quasiment plus rien de votre entreprise. C'était un champ de ruines, c'était une désolation. Il y avait eu l'assaut et il y avait eu des échanges de tirs.

Je veux saluer ici, une fois encore, le GIGN et nos forces de l'ordre, qui ont été admirables, parce que quand il y a eu l'assaut il fallait qu'il puisse se produire à l'instant que nous avions déterminé, parce qu'il y avait au même moment, chacun s'en souvient ici, une prise d'otages à l'Hyper Cacher à Paris. Si le GIGN intervenait trop tôt ou trop tard, ce pouvait être un autre drame - il était déjà là, il s'amplifiait là où était l'Hyper Cacher.

Je voulais revenir pour justement montrer qu'il y avait ici un double symbole. Un symbole de barbarie, là où il y a plusieurs mois s'était produit l'assaut de ces terroristes contre des forces de l'ordre qui venaient les appréhender, et puis qu'il puisse y avoir le symbole de ce que la volonté humaine est capable de faire. La volonté humaine ce n'est pas simplement, à un moment, de résister, ça c'est l'acte premier, c'est aussi de construire, de reconstruire, et je viens ici pour une inauguration.

Il y a plusieurs mois j'étais venu pour marquer la solidarité de la Nation. Aujourd'hui je viens comme si c'était une entreprise, pas la plus grande de France, mais une entreprise, que dis-je, un groupe, car Michel CATALANO, avec ses équipes, avec sa famille, a voulu faire un groupe. Pour certains un groupe pourrait laisser penser que nous serions dans une stratégie multinationale avec des objectifs de profits immédiats, parfois dans le meilleur esprit pour qu'il y ait le plus d'emplois possible, même si ce n'est pas forcément toujours dans cette direction-là. Mais ici nous sommes sûrs que l'emploi ne sera pas délocalisé. Il est là, et bien là, parce qu'il a été voulu ici. L'esprit de groupe, c'était pour marquer qu'au-delà d'une famille, c'étaient toutes les familles qui pouvaient se retrouver. La famille de France qui pouvait, avec vous, avoir cette ambition de recréer ce qui avait été détruit et de le faire mieux encore.

Aussi, je n'oublie pas vos origines familiales, et vous avez tenu à les rappeler, parce que d'une certaine façon, c'est la famille européenne et c'est la famille universelle qui se trouve ici associées, où l'on ne distingue pas entre les uns et les autres. On fait en sorte qu'ils puissent vivre ensemble. C'est cela la notion de groupe que vous avez voulu promouvoir.

Alors, dois-je revenir sur ce qui s'est produit ici le 9 janvier ? Chacun connaît. Deux hommes étaient déjà ici, tôt le matin, et préparaient l'activité du jour, Michel CATALANO et Lilian LEPERE. Ils attendaient un fournisseur.

Puis, frappent à la porte deux individus qui n'étaient pas les fournisseurs, ils apportaient au contraire le drame et la tragédie. Vous avez ouvert votre porte, j'allais dire, vous l'ouvrez votre porte, toujours, et vous avez voulu qu'il puisse y avoir une discussion entre vous et les terroristes. Pas simplement pour vous protéger mais pour protéger Lilian, qui s'était promptement caché, là-encore dans des conditions inimaginables, sous un évier, là où il n'y a même pas de place pour un être humain. Mais, vous avez trouvé, vous, comment vous mettre dans cet endroit, vous lover presque, mettre tout ce que vous aviez comme énergie, en ramassé, pour tenir bon. Et vous avez, là, tenu. Cela a été pour vous, nous en avons parlé, une douleur et une souffrance, qu'à un moment vous quittiez le lieu, alors que Lilian était encore réfugié. Nul ne le savait, nul ne devait le savoir et surtout pas les deux terroristes, car à ce moment-là les chances de Lilian auraient été sans doute réduites à néant et sa vie avec.

Ensuite, une fois que les terroristes avaient été neutralisés, parce que c'étaient des hommes avec lesquels vous aviez conversé, vous n'avez jamais eu de message de haine, même quand je suis venu vous voir au mois de février. Vous avez tenté, même, de les raisonner, parce que vous avez toujours cette idée qu'un homme peut à un moment prendre conscience des actes qu'il commet. Cela n'a pas été possible et ils sont sortis et ont tiré. Là-encore, je veux de nouveau, puisque le représentant du GIGN est là, dire combien le sang-froid, le courage, de nos gendarmes ont été déterminants.

Puis il faut se reconstruire, avant de reconstruire. Se reconstruire, parce que lorsque l'on vit des événements aussi lourds, aussi dramatiques, lorsqu'il y a des assauts qui sont engagés, des morts qui sont constatées, et lorsque l'on songe à ce qui s'était produit ces jours derniers, avant le 9 janvier, on a nécessairement à faire un travail sur soi-même, très difficile. C'est celui que vous avez effectué avec votre famille, et qui vous a conduit à surmonter ce que vous aviez pu avoir comme épreuves, pour être plus grand après.

Et vous êtes plus grand, l'imprimerie est plus grande, l'entreprise est plus grande, elle a plus de salariés, et puis le projet est plus grand, et puis vous avez une démarche qui elle-même est plus grande. Vous ne faites pas que de l'économie. Vous ne faites pas que de l'imprimerie. Vous faites aussi le rayonnement de la France.

Merci de m'avoir confié Marianne -je parle non pas de votre fille mais de ce que vous avez été capable de reproduire, qui est finalement aussi un symbole, ce que vous vouliez offrir non pas au président de la République, mais à la France, comme image, puisque vous faites de l'image.

Qu'est-ce qui fait que nous sommes ensemble, qu'est-ce qui fait que nous sommes unis, qu'est-ce qui fait que nous portons les mêmes valeurs, qu'est-ce qui fait qu'après une épreuve, un choc, une douleur, nous sommes capables de nous relever ?

Vous avez eu raison de vous adresser aux familles de victimes, aux proches, car il y en a eu d'autres qui ont été frappées par le terrorisme, parce qu'après le mois de janvier il y a eu le mois de novembre, et puis d'autres actes, puis le 14 juillet, et encore ce que nous avons pu connaître avec un prêtre égorgé.

Nous savons que nous sommes toujours menacés par le terrorisme. Alors, quand il y a ces situations qui mettent notre pays à l'épreuve, comment devons-nous réagir ? En nous renfermant ? En nous refermant ? En nous repliant ? Ou au contraire en étant capables de faire bloc et de montrer que nous sommes, nous, la France, avec les principes qui nous gouvernent, avec le droit que nous avons conquis, nous sommes face à ceux qui nous menacent mais plus forts.

Vous avez d'ailleurs utilisé ce mot, être plus fort ensemble, vous avez même cité un auteur que l'on ne cite pas dans les cérémonies officielles, Bob MARLEY, mais c'est vrai que parfois les chansons en disent plus long que les longs discours. La force c'est ce qu'il nous reste quand nous sommes nous-mêmes, c'est ce que nous pouvons rassembler, c'est que vous avez d'ailleurs fait avec Lilian pendant toutes ces heures, lui encore plus longtemps que vous, 8 heures 30 à attendre la délivrance.

Vous, vous avez attendu, après, de pouvoir reconstituer vos forces pour faire cette imprimerie, et vous l'avez voulue moderne. Vous l'avez voulue exemplaire. Vous y avez mis des citations partout, de façon à ce que vos salariés, vos fournisseurs, vos clients, finalement sortent de l'imprimerie encore plus rayonnants qu'ils n'y sont entrés. Peut-être vous vous dites que ce qui peut changer un destin -c'est souvent vrai- c'est une parole, c'est un mot, c'est une rencontre, cela peut parfois être pour le pire, mais cela peut souvent– toujours si nous faisons cet effort – être pour le meilleur. Faites que quand nous sortions de chez vous, de cette imprimerie, nous nous sentions dotés d'une énergie supérieure, d'une envie plus grande, les uns et les autres, d'être à la hauteur de ce que nous pouvons faire.

Alors, beaucoup peuvent se dire « mais nous sommes des citoyens, que pouvons-nous nous-mêmes donner à notre pays, plus que ce que nous faisons, dans nos décisions ou dans nos actes ? » Eh bien, n'attendons pas d'être devant l'épreuve, n'attendons pas d'être confrontés pour savoir ce que nous avons à faire, et à nous engager pour notre pays. C'est – je crois – le message que vous avez voulu transmettre.

Il y a aussi dans votre entreprise des images très belles, de Titouan LAMAZOU qui est loin d'ici, comme il l'est souvent – coïncidence qui n'est pas d'ailleurs simplement le hasard, il préparait un livre sur Tombouctou au moment où je prenais la décision de chasser les terroristes du Mali. On voit bien que le terrorisme est partout et que nous devons lutter. Lutter avec la force lorsque cela est nécessaire – je parle de la force armée – lutter aussi avec l'esprit, avec les idées, avec la culture, avec les arts, pour bien montrer ce qu'est le genre humain et qu'il doit repousser la haine et l'intolérance. Voilà tous les messages que vous envoyez, ici, de cette imprimerie.

Nous avons fait en sorte que l'Etat, les collectivités locales que je veux saluer, les acteurs économiques, puissent vous accompagner, et c'est ce qui permet d'avoir cet investissement de haut niveau technologique, et je salue aussi vos partenaires. Mais c'est vous maintenant qui allez nous accompagner, c'est-à-dire que vous allez nous accompagner dans ce qu'il y a de plus nécessaire à faire pour que nous puissions être ensemble capables de faire face et utiles au monde.

La France doit être utile au monde. C'est l'idée qui est la nôtre et qui fait que lorsqu'il se produit des tragédies et des drames, le monde est solidaire de la France. Parce que la France est capable de rayonner, de porter des idées, au-delà même de ses frontières, et vous en êtes la preuve. Vous avez été capable de donner un caractère culturel à votre projet économique, un caractère humain, et je ne doute pas – je ne sais pas si cela vous fera des clients – que beaucoup de Français, et même de personnes venues du monde entier, voudront savoir, « mais, c'est où Dammartin ? », « c'est où le groupe, le fameux groupe Catalano ? » : c'est là où il y a des valeurs, où il y a des principes, où il y a des idéaux, où il y a de l'espoir, c'est là où s'est produit un drame mais aussi une renaissance et donc une espérance.


Vive votre entreprise, Vive la République, et Vive la France.

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