Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur Sarenza, une entreprise française de commerce électronique spécialisée dans la vente en ligne de chaussures et accessoires, à Réau le 10 octobre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur Sarenza, une entreprise française de commerce électronique spécialisée dans la vente en ligne de chaussures et accessoires, à Réau le 10 octobre 2016.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Déplacement à l'entreprise Sarenza, à Réau (Seine-et-Marne) le 10 octobre 2016

ti :

Monsieur le Maire de Réau,
Mesdames, Messieurs les parlementaires, les élus,
Monsieur le président de SARENZA,
Madame la directrice générale.


Je voulais venir ici pour saluer une grande réussite - parce que cela en est une - celle de votre entreprise qui a été capable en à peine 10 ans de connaître un tel développement, de multiplier son chiffre d'affaires de 20 % par an et de doubler, voire même davantage, ses effectifs. Ce n'est pas si fréquent et cela se fait dans une entreprise du numérique avec des possibilités de créer des emplois ici, ailleurs et de donner une grande satisfaction aux consommateurs. Donc nous sommes capables, et vous l'avez souligné, en France d'être les meilleurs, les meilleurs dans l'invention, la conception, la réalisation, la distribution, la logistique. Nous sommes ici dans un entrepôt de taille exceptionnelle et surtout d'une modernité assez incroyable.

On commande - ici- une paire de chaussures, voire plusieurs, et cela arrive sur un ordinateur, la paire de chaussures est choisie, retrouvée et expédiée, transportée et acheminée vers le consommateur : tout cela en moins de 24 heures et parfois même dans un délai plus court. C'est aussi une conception de l'égalité - tous les Français ne sont pas égaux dans l'accès aux produits de grande consommation, voire même aux produits de luxe - puisque vous assurez les deux, les produits de grande consommation et aussi les produits qui sont beaucoup plus difficiles à trouver, et cela fait partie du concept qui a été le vôtre et du choix qui a été de faire du commerce en ligne autour des chaussures et pour la satisfaction d'un très grand nombre de consommateurs.

Vous avez aussi été capable de vous internationaliser parce que vos clients sont partout dans le monde, 20 pays je crois – à chaque moment un autre se signale - un client s'identifie et il faut bien sûr aller transporter le produit y compris dans les pays à l'étranger. C'est en ce sens que la logistique ici est un accompagnement d'autres formules de transport qui vont se retrouver partout dans le monde. Vous avez l'ambition de gérer 10 millions de commandes d'ici quelques années, peut-être que cela ira même plus vite que cela n'a été jusqu'à présent fixé comme objectif.

Alors comment est-il possible d'arriver à ce résultat ? Il faut d'abord des entrepreneurs, c'est indispensable. Il faut ensuite des concepteurs, des designers, de ceux qui vont réfléchir à l'organisation et puis il faut des salariés. Rien n'est possible s'il n'y a pas une équipe, s'il n'y a pas un ensemble, s'il n'y a pas une force qui se constitue. Si un maillon de la chaîne vient à manquer alors il n'est pas possible d'avoir cette réussite. Il faut aussi des capitaux - ce n'est pas toujours le plus simple - capitaux personnels, c'est ce que vous avez engagé, et puis des capitaux qui puissent venir du marché, de ceux qui viennent apporter leur argent et généralement dans une perspective de rentabilité. Il est rare que nous ayons dans cette matière de joyeux et généreux donateurs. Il était donc très important que la Banque publique d'investissement - que nous avons créée en 2012 - puisse aussi accompagner une entreprise comme la vôtre non pas simplement en lui prêtant mais en participant au capital et en faisant en sorte que vous puissiez avoir cette stabilité que vous réclamez. Pour les entrepreneurs, il faut avoir une vision suffisamment longue pour que des investissements comme ceux-là qui sont très importants puissent être réalisés et c'est ce qui a été fait. Vous avez levé 70 millions de fonds et la Bpi vous en a apporté à peu près 12 % - et s'ils n'ont pas fait 12 % il faut qu'ils fassent davantage. C'est donc très important que vous ayez aussi cette sécurité.

Vous avez été capable aussi de faire le choix de la modernisation. Vous auriez pu vous contenter d'entrepôts tels qu'ils existent encore aujourd'hui, d'avoir des conditions de travail qui puissent être difficiles pour le personnel, pour aller chercher les objets dont vous avez besoin et qu'il y ait aussi des risques y compris de retard. Vous avez choisi d'investir massivement et de pouvoir ainsi fournir l'entrepôt le plus moderne ou l'un des plus modernes d'Europe - et je crois que c'est vrai - . Toujours il va falloir investir, toujours il va falloir progresser compte tenu de l'ampleur de ce que vous avez à l'esprit, c'est-à-dire le développement du chiffre d'affaires.

Alors en France nous avons cette possibilité, cette capacité; parfois nous en doutons, nous nous demandons si nous pourrons faire face, si d'autres ne sont pas mieux équipés que nous et dans le domaine du numérique, il y a, il est vrai, de la concurrence. Et quand on regarde ce que nous sommes capables de faire : il y a de plus en plus de startups qui sont créées, 1 500 chaque année à Paris ; rien qu'à Paris, il y a un milliard d'euros qui a été levé rien que pour les startups au premier semestre de cette année. Cela veut dire que notre pays est capable d'avoir beaucoup de créativité, beaucoup de créations d'entreprises, beaucoup d'investissements dans les domaines de pointe.

Nous avons aussi des possibilités de créer davantage d'emplois parce qu'il y a toujours une question qui revient : est-ce que le numérique crée plus d'emplois qu'il n'en détruit ? Est-ce qu'en développant par exemple les ventes en ligne nous n'allons pas mettre en cause un certain nombre de commerces ? En fait, ce dont on s'aperçoit c'est que nous pouvons créer davantage d'emplois qu'il n'en sera supprimé parce que nous allons fournir davantage de services, permettre qu'il y ait davantage de produits qui puissent être achetés, faire que des consommateurs qui jusqu'à présent ne pouvaient pas accéder à un certain nombre de produits puissent le faire.

La deuxième question que l'on se pose c'est: si on crée un entrepôt comme celui-là totalement mécanisé avec des ordinateurs, avec des engins de levage, avec des robots, est-ce que on va pouvoir créer des emplois ? La démonstration est faite, vous avez ici 110 emplois qui ont été créés qui n'auraient pas pu l'être s'il n'y avait pas eu le choix de faire un entrepôt avec cette robotisation ; ce qui fait que les conditions de travail, la qualité du travail s'en sortent encore renforcées. Et puis enfin il y a la possibilité d'imaginer grâce à ces entreprises du numérique, la vôtre, ce que peut être l'industrie du futur. Il est très important qu'on puisse convaincre beaucoup d'entreprises qui sont traditionnelles dans leur secteur de se mettre au numérique parce que le numérique va produire de nouveaux emplois et de nouvelles activités.

Voilà pourquoi vous êtes une référence, pas simplement une référence pour la chaussure, mais une référence pour ce que la France peut montrer en exemple. Il faut aussi beaucoup de recherche et de développement - c'est très important qu'il y ait toujours l'innovation- . C'est la raison pour laquelle le gouvernement a maintenu le Crédit impôt recherche, a fait en sorte que vous puissiez embaucher par le pacte de responsabilité, pour que vous puissiez être pleinement soutenus ; il faut avoir des créations d'emplois et de l'innovation et puis il faut aussi former les personnels. Je ne doute pas qu'ici, vous aurez à former encore davantage vos salariés.

Ce qui m'a frappé en vous voyant : c'est votre âge. Vous êtes très jeunes la plupart du temps, même s'il y a aussi ceux qui sont venus après une expérience professionnelle, beaucoup de vos employés ont moins de 30 ans, vous êtes la plupart en CDI donc avec cette stabilité, cette sécurité ; il y a autant de femmes que d'hommes, même si un peu plus de femmes quand même, mais là aussi c'est très important que l'on puisse assurer cette mixité, cette parité. Et puis il y a la nécessité de créer des emplois dans le numérique. Pour beaucoup de ceux qui sont allés à l'école et qui n'y sont pas restés c'est une opportunité de retrouver des emplois et de pouvoir progresser.

Il y a quelques jours, j'étais dans ce qu'on appelle la Grande Ecole du Numérique qui forme des jeunes ou des moins jeunes, des demandeurs d'emploi qui n'ont aucun diplôme qui sont sortis très tôt du système éducatif, qui n'ont jamais eu le bac et qui grâce au numérique peuvent trouver un emploi et devenir à leur tour programmeur ou informaticien ou employé dans les entreprises comme les vôtres. C'est très important qu'on puisse donner cette deuxième chance, cette troisième chance. C'est le rôle de l'Etat que de permettre à chacune et à chacun de pouvoir réussir sa vie, même si le début a été chaotique et compliqué.

Alors, vous avez aussi insisté sur ce qu'était l'éthique de l'entreprise, la morale. La morale c'est de payer ses impôts. On va me dire « ce n'est pas simplement la morale, c'est une obligation de payer ses impôts pour les particuliers, s'ils ne le font pas alors ils courent un risque sérieux». Mais en revanche pour les entreprises, il y a des comportements et notamment les grands groupes, les grandes multinationales du numérique qui échappent à l'impôt. C'est une distorsion, une inégalité entre les entreprises et donc entre les salariés si des grands groupes du numérique qui vendent, qui créent de la richesse ici et qui la captent sans payer d'impôts en France ou en Europe, à ce moment-là, cela risque de nous mettre en difficulté ici, de nous faire perdre des recettes pour assurer le service public et en plus de laisser partir finalement une partie du produit de ce que nous avons créé ensemble. Donc ce que l'on appelle la lutte contre l'optimisation fiscale qui consiste, pour certaines entreprises, à aller se loger dans certains pays d'Europe ou ailleurs, alors même qu'elles ont fait leurs bénéfices ici, mérite d'être corrigé.

Alors cela ne vous a pas échappé, la Commission européenne a poursuivi un grand groupe qui avait ses installations en Irlande. J'ai même compris que les Irlandais ne voulaient pas qu'il paye d'impôts - mais si c'est la logique de payer des impôts -. Après, chaque pays fixe le taux de ses impôts, mais s'il n'y a pas cette règle en Europe et dans le monde, le risque, c'est que ces grands groupes viennent nous faire une compétition féroce ici sans aucun retour en termes de recettes fiscales.

Je pense que -ici- vous acceptez la concurrence, vous acceptez la compétition mais on veut qu'elle soit à armes égales pour que nous puissions faire valoir tous nos atouts et toutes nos chances. Voilà pourquoi il était aussi important de venir ici pour le Président de la République, pour soutenir une entreprise, des entrepreneurs, des salariés, des investisseurs et montrer que nous pouvons être les meilleurs dans notre domaine.

Je veux terminer parce que ce qui compte aussi, c'est de montrer que le numérique a un visage. Quand on commande sur son ordinateur, on ne voit pas qui va recevoir la commande, comment elle va être traitée, on pense même qu'il n'y a pas de personnes qui vont intervenir, que cela va se faire automatiquement. Il était donc très important que moi, je puisse vous rencontrer pour que quand je vais faire ma commande, je sache bien que sont ces visages qui vont traiter et c'est peut-être une bonne façon aussi de montrer que l'économie, ce n'est pas simplement des chiffres ou des investissements , des profits quand ils doivent être faits, des salaires qui doivent être distribués, des capitaux qui doivent être recueillis, des impôts qui doivent être versés mais ce sont des femmes et des hommes qui servent l'économie et qui sont aussi servis par elle. Donc vos visages sont les beaux visages de SARENZA, de l'économie française et votre réussite c'est la nôtre.

Merci !

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