Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la compagnie maritime Delmas spécialisée dans le transport depuis et vers l'Afrique, à La Rochelle le 8 novembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la compagnie maritime Delmas spécialisée dans le transport depuis et vers l'Afrique, à La Rochelle le 8 novembre 2016.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Discours au musée maritime de La Rochelle, le 8 novembre 2016

ti :

Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Président du conseil régional, cher Alain ROUSSET,
Monsieur le Président du conseil départemental, cher Dominique BUSSEREAU,
Monsieur le Maire, cher Jean-François FOUNTAINE,


Nous sommes rassemblés dans ce musée parce qu'il y avait ce matin - les travaux vont se poursuivre - ce grand rassemblement à La Rochelle pour l'économie bleue. Nous sommes aussi rassemblés pour rendre hommage à une famille, à une entreprise, à une histoire, à une ville.

Il arrive parfois que tout se confonde : l'enjeu lui-même, la mer, un port, La Rochelle et des entrepreneurs exceptionnels qui sont aussi des hommes qui ont choisi à un moment de s'engager. C'est la raison pour laquelle je tenais à être ici pour d'abord dire que la mer est à la fois notre avenir, mais c'est aussi notre histoire.

La mer a toujours fait rêver, je l'évoquais les hommes et les femmes, les enfants, qui veulent regarder au-delà de l'horizon pour essayer de dominer ce qui parait être l'infini, de regarder au-delà même de leur propre histoire pour savoir ce qui est aussi l'histoire du monde, de la planète.

Etre devant la mer, c'est à la fois être conscient que l'on appartient à un pays, mais aussi que l'on peut être ouvert au monde et que rien n'est impossible à celui ou à celle qui part à l'aventure.

La famille DELMAS a eu ce rêve, ce rêve de transporter, ce rêve de bâtir, ce rêve de conquérir, ce rêve d'aller loin et l'histoire qui est ainsi relatée, ces 150 années, c'est au départ une idée : aller de La Rochelle à l'Ile de Ré. Cette idée depuis longtemps est devenue réalité, par toutes formes d'ailleurs de voies de communications. Mais c'était une idée qui avait une innovation pour la fonder puisque c'était la première fois que l'on utilisait le moteur.

De cette idée-là, de cette innovation, est née une entreprise qui s'est développé étape par étape. Vous avez, Frédéric DADVISARD, relaté cette passion qui a pu animer tous ces grands entrepreneurs et toute votre famille.

C'est vrai qu'il y a partout à La Rochelle des traces de cette histoire, pas simplement dans ce musée ; à la Rochelle comme le rappelait Jean-François FOUNTAINE, il y a des rues, des avenues, des parcs, des monuments, des bâtiments, des lieux qui sont autant d'évocations de la famille DELMAS VIELJEUX.

Il y a le souvenir d'Emile DELMAS, l'armateur patriote qui avait donné comme emblème à la compagnie qu'il dirigeait, la roue de Mulhouse. La roue de Mulhouse en souvenir de l'Alsace annexée. C'est dire combien il était républicain et combien il était patriote et qu'il voulait que cette conquête du monde qu'il commençait à imaginer soit aussi la conquête de la France. Il a été maire de La Rochelle pendant dix ans à la fin du 19ème siècle et a développé la compagnie.

Léonce VIELJEUX fut sans doute le plus visionnaire puisque lui a voulu aller en même temps que l'empire français se constituait, c'est-à-dire les colonies, il a voulu qu'il y ait une entreprise de transport qui puisse être à la mesure de ce qu'était cette ambition, quoi qu'on en ait pensé. Là encore il a fait en sorte que cette entreprise rochelaise puisse être d'une certaine façon une entreprise africaine et mondiale. Il a eu aussi à faire des choix, des choix douloureux puisqu'il a par le nono qu'il avait prononcé, le refus de la soumission, il a été déporté au Struthof et il a pu montrer là son immense courage et son dévouement.

Le Général de GAULLE avait été à ce point ému par ce qu'avait été la conviction et l'engagement de Léonce VIELJEUX, qu'il avait eu la volonté de rappeler quelle avait été sa contribution. Les DELMAS-VIELJEUX ont donc transformé à la fois l'histoire de leur ville, l'histoire de leur pays, et d'une certaine façon, l'histoire du transport maritime mondial.

Ils ont aussi fait de La Rochelle ce qu'elle a pu être, puisque d'autres leur ont succédé. Mais c'est vrai que le port de La Pallice a été aménagé parce que, précisément, DELMAS voulait y installer son chantier. De la même manière, il a fait en sorte que tous les Rochelais puissent avoir un lien avec cette entreprise. Jean-François FOUNTAINE le rappelait, que ce soit les ouvriers, les marins, les commerciaux, ceux qui commençaient à faire du tourisme, qui étaient à la tête d'agences, bref, il n'y a pas une famille de La Rochelle qui n'ait pas un lien avec DELMAS-VIELJEUX. L'histoire s'est poursuivie jusqu'au début des années 90, et c'est vrai que Pierre VIELJEUX et Tristan VIELJEUX ont considérablement développé la compagnie.

Ensuite, des décisions ont été prises, il ne m'appartient pas ici de les juger. Mais je garde en mémoire ce qu'a fait Tristan VIELJEUX, c'est-à-dire qu'il a été capable de donner à sa compagnie un statut exceptionnel. S'il y a encore de grands groupes français, c'est à Tristan VIELJEUX qu'on le doit. Et je voulais ici pouvoir dire à sa famille toute la fierté qui peut être la sienne.

Je voulais aussi insister sur ce musée, parce que, à l'endroit où nous parlons, – que j'ai bien connu dans une autre époque, mais enfin, qui n'était pas aussi bien aménagé, j'en félicite tous ceux qui y ont contribué – c'était le marché au poisson de la ville ; des équipements modernes y ont été installés, et c'est Michel CREPEAU qui avait voulu en faire un lieu de culture, un lieu dédié aux bateaux et aux marins. J'ai une pensée pour Michel CREPEAU.

Ensuite, La Rochelle a préservé, j'en félicite tous les élus et les personnels qui contribuent, des navires qui ont été détenus comme des pièces de musée : des chalutiers, des bateaux de sauvetage, des remorqueurs ; tout cela a été conservé comme des pièces d'histoire, pour que nul n'oublie la grande aventure maritime de la France.

Plusieurs sont même classés « Monuments historiques ». Je pense au Joshua, le bateau de Bernard MOITESSIER, le vagabond des mers du Sud, ce pionnier qui a préféré la littérature, la liberté, à la compétition. C'est avec le souvenir du Joshua que les navigateurs du Vendée Globe sont partis, même s'il y avait d'autres évocations.

L'année dernière, c'est aussi un bateau hors du commun qui est venu près du musée maritime, l'Hermione, qui nous rappelle le lien entre la France et les Etats-Unis. Ce lien est un lien d'amitié, forgé par l'histoire, par le même engagement pour les lumières, pour les libertés, pour les valeurs que nous avons en partage, un lien qui s'est renforcé par les épreuves, les guerres, un lien qui, au-delà des conflits, a pu trouver d'autres formes, dans des alliances, dans des partenariats, dans des amitiés, qui nous rattachent fondamentalement à ce grand continent américain, à ce peuple américain.

Je parle le jour même où il va se prononcer. Je fais confiance au peuple américain pour savoir quel est le choix qui correspond le mieux aux valeurs, aux principes, à la liberté, à cette relation avec la France et avec l'Europe. Vous voyez, nous commençons par la famille DELMAS, et nous finissons jusqu'aux Etats-Unis, ce qui prouve que la mer est l'occasion de regarder loin, d'avoir cet esprit qui n'est pas simplement du repli sur soi-même, et de considérer que tout ce qui se passe au-delà de nous a des conséquences sur nous, et que nous sommes liés les uns, les autres ; c'est ce que la mer nous rappelle.

La mer est à la fois ce qui nous permet de nous relier, d'échanger, de nous transporter, et en même temps, de nous apporter les idées nouvelles, les espérances possibles, les aventures.

Voilà pourquoi il était très important que je puisse venir saluer une famille de grands entrepreneurs qui ont contribué à bâtir cette grande ville de La Rochelle, à souligner combien ce musée nous donne l'occasion de dire que des générations ont donné leur vie pour que la France soit une puissance maritime et de dire à La Rochelle toute mon affection, toute mon amitié, qui n'est pas liée qu'à des souvenirs, qui est celle que j'ai pour une ville, qui a un grand avenir, comme notre pays.


Merci.

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