Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la fusée Ariane et la politique spatiale européenne, Les Mureaux le 14 novembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la fusée Ariane et la politique spatiale européenne, Les Mureaux le 14 novembre 2016.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Cérémonie de pose de la première pierre de l'usine pour Ariane 6, Les Mureaux (Yvelines) le 14 novembre 2016

ti :
Monsieur le ministre,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Monsieur le maire,
Monsieur le président,
Mesdames, Messieurs,


C'est vrai que je viens de déposer ce que sera la première pierre d'un immense hall qui sera consacré à une prochaine génération de lanceurs Ariane 6. Dans 1 500 jours, en 2020, décollera la première fusée Ariane 6. 1 500 jours, cela peut paraître loin ; c'est tout près et le compte-à-rebours, d'une certaine façon, a commencé.

Ce projet ne vient que consacrer une décision qui a été prise -que j'ai prise- en 2014, quand il a été convenu de créer une nouvelle entité, AIRBUS SAFRAN LAUNCHERS, ASL, avec cette double volonté franco-allemande –je salue ici le président de l'Agence européenne– parce que nous voulions lier AIRBUS et SAFRAN pour réussir cette aventure.

Mais il fallait qu'il y ait une étape de plus. Nous avions créé l'entité. Fallait-il encore que les Etats, les Gouvernements puissent se mettre d'accord avec l'Agence européenne pour faire en sorte qu'Ariane 6 puisse être pleinement décidée. Ce qui fut fait la semaine dernière.

Nous entrons maintenant dans une nouvelle phase que vous connaissez bien, vous, les salariés de cette très belle entreprise ; c'est-à-dire la mise en œuvre. Cela va être un chantier concret, visible sur une dizaine de sites en Europe.

Cette aventure est, pour l'industrie, pour l'innovation, pour la recherche, une formidable expérience qui va rentrer dans l'Histoire. Car vous contribuez à faire l'Histoire, à poursuivre l'Histoire et à donner à l'avenir une forme qui peut devenir passionnante, mobilisatrice -quand il y en a encore tant qui doutent qu'il soit possible d'inventer l'avenir. On ne peut inventer l'avenir que si on a une grande histoire et si l'on est capable d'utiliser les technologies les plus grandes, les plus élevées. Ce sera ici une usine du futur.

Je parlais de l'Histoire parce que l'industrie spatiale est un héritage que nous avons su, président après président, gouvernement après gouvernement, alternance après alternance, réussir tous ensemble. Cinquante ans d'efforts -les vôtres- soutenus par les ingénieurs, les techniciens, les opérateurs.

Il a fallu au départ une ambition, qui pouvait paraître une ambition démesurée, qui était celle de la France en 1961 en créant le CNES –j'en salue ici le président– et qui était fondée à la fois sur une volonté d'indépendance, une maîtrise de la recherche, mais aussi un projet européen. C'est là que l'on retrouve tout ce qui est la propriété de la France, la singularité de la France : être capable d'être elle-même, tout en faisant en sorte de faire avec les autres et avec l'Europe. Concevoir l'Europe comme une entité qui nous donne plus de force encore pour mener nos propres projets et poursuivre notre propre aventure.

Puis, il fallait qu'il y ait, au-delà d'une prouesse technologique, une réussite commerciale à travers une coopération industrielle remarquable et c'est ce qui a été fait.

Ariane est le lanceur le plus fiable au monde, 74 lancements réussis -réussis d'affilée. Je sais ce que cela peut représenter. A chaque fois, il y a toujours un pincement, un risque. Est-ce que cela va marcher ? Cela marche toujours, grâce à vous. Mais il y a toujours cette part d'aléas, que nous devons, que vous devez maîtriser. Mais soyez fiers, parce que c'est une très grande prouesse technologique et une grande réussite commerciale.

Alors, ce partenariat, ce succès nous oblige à aller de l'avant. L'Europe spatiale a décidé d'investir dans des lanceurs avec la promesse d'ASL de diviser par deux le coût d'un lanceur entre Ariane 5 et Ariane 6. Il faut faire mieux, moins cher. Comment y parvenir ? Avec justement un effort de recherche, d'investissement, une capacité à pouvoir à chaque fois maîtriser le processus. Pourquoi faut-il le faire ? Parce qu'aujourd'hui l'industrie spatiale est également soumise à la concurrence et notamment une concurrence américaine qui voudrait prendre, à travers des processus que l'on connaît –que l'on ne va pas ici décrire– de l'avance sur nous. Donc, nous avons le devoir d'être les meilleurs, tout en acceptant la concurrence. C'est tout l'objet de l'entreprise ASL, parce que c'est ce que nous voulions faire en rassemblant tous nos talents, toutes nos expériences.

Il fallait aussi qu'il y ait un effort budgétaire de la France, de l'Allemagne, qui l'ont accompli, et puis de tous nos partenaires. Nous avons fait en sorte, ce n'est jamais facile dans les négociations et jusqu'au dernier moment, il y a eu quelques discussions, mais nous y sommes parvenus. C'est une décision qui n'est pas forcément devenue la plus médiatique. Souvent, les plus grandes décisions passent inaperçues. Sauf quand on voit leur traduction. Mais cette décision de l'Agence spatiale européenne, des partenaires européens, de la France, de l'Allemagne, cette décision qui va faire que nous pourrons lancer Ariane 6 dans 1 500 jours, à peine, maintenant que je me suis exprimé.

Au total, Ariane 6, ce sera un milliard d'investissements et de l'emploi pour 8 000 salariés d'ASL et 1 000 sur le site des Mureaux. Voilà déjà une des raisons qui justifient ma présence ici, pour saluer les prouesses que vous avez accomplies, les efforts que vous avez réalisés et surtout pour vous encourager à aller de l'avant, compte tenu de l'enjeu.

Je voulais aussi venir pour montrer ce qu'est l'Europe. On sait parfois ce qu'elle n'est pas ou ce qu'elle n'est plus, là où elle manque, (manque d'initiatives, manque de volonté) pour porter une ambition économique, sociale. Il y a même un pays qui est sorti de l'Europe. Nous voyons aussi combien l'Europe est attendue pour protéger nos frontières, pour assurer notre sécurité, notamment dans le contexte que nous connaissons, où il faut compter sur nous-mêmes.

Nous pouvons aussi voir ce que l'Europe permet de faire et offre aux Européens : une fierté et une ambition. L'Europe spatiale fait partie de ce que peut encore, toujours, nourrir le rêve européen. D'abord, parce qu'il s'agit d'avoir une autonomie pour accéder à l'espace et c'est le sens de l'Agence spatiale européenne. Ensuite, pourquoi vouloir avoir cette autonomie ? Parce que c'est la garantie d'avoir aussi une source indépendante d'information. Avec l'observation de la Terre, nous pouvons nous-mêmes veiller à ce que la planète ne puisse pas être affectée par le réchauffement, en tout cas surveiller aussi les engagements qui ont été pris, jusqu'à demain à Marrakech, pour la poursuite de l'Accord de Paris. L'observation est essentielle pour savoir là où il y a des risques, où il y a des menaces. Et aussi pour notre propre sécurité, l'observation militaire que nous pouvons assurer grâce à nos satellites, notamment avec l'Allemagne, avec l'Italie.

Il y a aussi la maîtrise des communications, c'est un enjeu considérable aussi en termes d'indépendance. Les satellites Galileo vont nous permettre, dans quelques semaines, d'avoir une localisation encore plus précise que le GPS. Nous pouvons être aussi les meilleurs dans ce domaine-là. Vous voyez également les enjeux que cela peut représenter, y compris pour lutter contre un certain nombre de menaces.

L'Europe dispose aussi d'une capacité pour faire de l'exploration spatiale et avoir des programmes scientifiques. On se souvient de la sonde Philae qui s'est posée sur la comète. On se souvient aussi d'ExoMars, même si nous n'avons pas pu aller jusqu'au bout. Mais nous avons déjà recueilli des données très importantes qui ont été collectées par la sonde.

Il y a la conquête de l'Espace, qui est toujours un rêve, génération après génération. En partenariat, cette fois-ci avec les Etats-Unis et avec la Russie, l'Europe est un acteur majeur de la Station spatiale internationale, l'ISS. Vous l'avez rappelé, Monsieur le président, notre spationaute français, Thomas PESQUET, jeudi, va se rendre à Baïkonour et va être dans cette fusée, ce sera pour nous tous un immense sujet de fierté. Je veux lui dire ici, avec vous, combien nous l'encourageons, combien nous sommes conscients que d'avoir un spationaute, c'est très important pour notre pays, pour l'Europe, mais aussi pour savoir que l'aventure continue.

J'ai rencontré Thomas PESQUET, il y a déjà plusieurs mois, il se préparait, avec beaucoup d'acharnement à remplir cette mission. C'est pour nous -si je puis dire- notre meilleur ambassadeur dans l'Espace. C'est ce qui justifie que nous puissions poursuivre cette aventure de l'Europe spatiale et cette préférence que nous devons avoir pour les lanceurs et les satellites européens.

Enfin, il y avait une dernière raison à ma venue ici, comme Président de la République parce que je n'oublie pas le rôle que vous jouez pour l'élaboration et la réalisation des missiles balistiques, pour la force océanique française, pour notre dissuasion, donc pour notre défense, pour notre indépendance. Avec le tir réussi du 1er juillet dernier, la dernière génération, la 2ème génération donc des missiles M51 va être en service opérationnel. Là-aussi, c'est un succès.

Alors, on voit bien le lien qu'il y a entre conquête spatiale, composante balistique de dissuasion, c'est finalement la même idée d'indépendance. C'est aussi souvent les mêmes technologies, ce sont les mêmes acteurs industriels. Puis, c'est une histoire. Une histoire qui a commencé, là-aussi, dans les années 60, avec cette même volonté. Mais il ne s'agissait pas simplement d'en avoir la volonté, il fallait être capable, étape par étape, d'être au plus haut niveau de la technologie et de la recherche et être capable d'être opérationnel.

Je voudrais -au-delà de vous qui êtes ici rassemblés- saluer tous les salariés, tous les techniciens, tous les ingénieurs, tous les chercheurs qui se dévouent pour que nous puissions être un grand pays, avec une Europe capable de porter des projets de cette envergure, que nous puissions prendre notre place dans le monde et pour que nous puissions également la prendre dans l'Espace.

Beaucoup s'interrogent sur ce qu'il est possible de faire. Est-ce que nous pouvons encore repousser les frontières, aller encore plus loin que ce que nos prédécesseurs avaient eux-mêmes conçu ? Beaucoup sont toujours tiraillés par la peur, par l'idée que finalement nous nous serions arrêtés et que nous affrontons des menaces –oui, elles sont là– bien plus graves que dans le passé. C'est oublier tout ce qui s'est produit tout au long du 20ème siècle et la force qu'il a fallu faire et qu'il a fallu déployer pour être ce que nous sommes aujourd'hui. Alors, il faut continuer, poursuivre, accomplir et le faire, génération après génération, donner toujours cette perspective de progrès.

Le progrès est ici, il est partout. Tout ce que j'ai vu, grâce à toutes les entreprises qui sont ici présentes, à tous les salariés, c'est ce progrès-là qu'il faut partager. La France est là, elle sera toujours là. Elle fera avec l'Europe, parce que l'Europe nous permet d'être encore plus présents, encore plus forts, à condition que nous prenions les bonnes décisions, à condition que nous sachions où nous voulons aller. C'est toujours la même question à laquelle il faut apporter la même réponse.

Je voulais conclure en disant un mot sur le bassin industriel des Mureaux qui a été marqué par l'automobile. Ici, c'était l'histoire de l'automobile, d'un savoir-faire, de compétences. Cette histoire-là continue d'être dans les esprits. Elle continue aussi –heureusement– d'être dans les usines.

Mais ici, aux Mureaux, dans cette vallée de la Seine, dont je salue les élus, il va y avoir l'usine-mère d'Ariane 6. Il faut que ce soit aussi un sujet de cohésion. Il y a des populations qui ont des niveaux de vie très différents sur cette vallée de la Seine, des gens qui vivent dans des conditions parfois très précaires et d'autres qui s'interrogent sur leur avenir, puis d'autres qui paraissent être plus aisés.

C'est cette cohésion dont nous avons besoin et que nous pouvons nous retrouver tous, hier, c'était dans le malheur, parce que c'était le souvenir de ce qui s'était produit, les attaques terroristes du 13 novembre. Mais je voyais les familles, familles de victimes, à la fois emportées par le chagrin, mais ayant toujours la volonté de vivre et l'espoir que nous pourrons parvenir à lutter contre ce fléau qu'est le terrorisme et en même temps de donner à la liberté, à nos valeurs toute sa place.

Aujourd'hui, je suis avec vous dans ce qu'il y a de plus merveilleux dans la technologie, c'est la même idée : il faut être ensemble, il faut être capable de créer cette cohésion pour lutter contre les divisions, contre le désespoir. Il faut savoir que l'on va affronter un monde qui n'est pas forcément celui qui correspond à notre idéal, qui est parfois difficile, brutal, dangereux, incertain. Je vous parlais des concurrences, la mondialisation vaut aussi pour le spatial. Mais il faut être ensemble pour que l'on soit plus forts.

Pour les Mureaux, ici, de savoir qu'ASL est là, que l'Etat français investit, qu'il y a de l'excellence industrielle, technologique, qu'il y a de l'investissement public et qu'ici aux Mureaux, il y a toujours le rêve qui se poursuit, le rêve du spatial, le rêve d'aller au-delà simplement de notre Terre, de notre planète, de la voir de plus haut, comme notre spationaute va réussir à le faire. Il nous dira combien la planète est belle, combien il faut la protéger, combien la France est beaucoup plus grande, même de loin, et combien l'Europe est nécessaire. Merci à tous.

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