Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les droits de l'enfant, à Paris le 19 novembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les droits de l'enfant, à Paris le 19 novembre 2016.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Journée internationale des droits de l'Enfant, le 19 novembre 2016

ti :
Mesdames et Messieurs,


Je vais être bref parce que j'ai déjà répondu à beaucoup de questions !

Je voudrais remercier Laurence ROSSIGNOL, la ministre, pour cette initiative : venir ici accueillir des enfants qui ont effectué une démarche, faire des dessins pour illustrer une idée, une attention, une bienveillance, parfois une inquiétude. Nous avons voulu que puissent être associés à cette remise de diplômes tous ceux et toutes celles qui contribuent à travers leur financement – la Caisse nationale d'allocations familiales, des grandes associations familiales mais également les avocats, magistrats, tous ceux qui, dans les associations aussi, se dévouent pour les droits de l'enfant puisque nous sommes ici, à la veille de la Journée internationale des droits de l'enfant, avec une grande convention qui, vous le savez, a fait en sorte de préciser ce que sont les droits des enfants partout dans le monde.

Alors il y a ces enfants qui sont venus de toute la France - c'était bien qu'il en soit ainsi - l'Ardèche, les Pyrénées-Atlantiques, la Charente, l'Yonne, l'Aude, Moselle. Ils se sont tous fait les porte-paroles de leur génération à des âges d'ailleurs différents. Le thème du concours de dessin était une éducation sans violence. Je l'ai exprimé tout à l'heure : la violence est partout dans notre société. Ce peut être une violence verbale ; une violence physique ; une violence liée à l'exclusion, à la marginalisation, aux inégalités et nous pouvons retrouver ces violences au sein des familles, au sein de l'école. Nous avons ce devoir qui est de faire en sorte que l'éducation puisse elle-même transmettre ce que pourrait être un monde, une France, sans violence.

Il ne s'agit pas de penser qu'on va l'éradiquer simplement par des comportements, mais tout commence dès le plus jeune âge. Les enfants, par les dessins qu'ils ont produits, ont voulu montrer ce qu'ils attendaient de nous, parfois d'eux, et ce qu'ils pouvaient espérer ou craindre ; d'où ces dessins où sont mis des mots qui unissent et où sont dénoncés, parfois avec beaucoup d'humour, les mots qui divisent, trahissent, compliquent la vie.

Il faut toujours avoir l'esprit de tolérance et de confiance - les enfants l'ont dit mieux que je ne le ferais ; c'est ce qu'on attend des parents, des éducateurs mais aussi de ceux qui ont à prendre des décisions. C'est encourager, dire que c'est possible, évoquer les passions qui peuvent permettre à un enfant de croire qu'il va pouvoir s'accomplir pleinement. Il n'y a rien de pire pour un enfant que de se voir rabrouer, écraser dans l'espoir ou dans le rêve qu'il peut avoir à l'esprit ; ou de se voir humilié, stigmatisé, écarté. Parfois cela peut être dans la famille - c'est exceptionnel ; plus souvent, cela peut être dans les lieux collectifs, l'école, ou dans la rue. La haine, le racisme, la peur parfois peut dégénérer en violence. Nous devons avoir cette conception de l'éducation qui soit elle-même sans violence et contre la violence. Ce n'est pas s'ingérer dans la vie de la famille, l'Etat n'a pas à venir dans les familles, à prendre la place des familles, mais il doit aider, accompagner les familles. Je remercie l'Ecole des loisirs et, d'une manière générale, tout ce qu'on peut faire aussi autour de l'école des parents, parce que nous avons besoin de soutenir la parentalité.

Ce n'est pas si facile d'être parent quand on a en plus une activité professionnelle ou quand on se retrouve dans le dénuement, dans la pauvreté, dans la précarité. Pas facile d'être parent quand on est soi-même dans des interrogations sur son couple ou sur son propre destin. Beaucoup de familles sont ce qu'on appelle monoparentales ; nous avons le devoir d'accompagner ces familles ; et de permettre, quand il y a des conflits, de les régler par des médiations. C'est tout le sens de l'action que mène la ministre des familles et des initiatives qui sont prises ; car on sait qu'un certain nombre de blessures qui peuvent être causées à l'âge de l'enfance ou de l'adolescence vont avoir des conséquences ensuite sur la vie de l'adulte, sur la société. Nous avons fait ce travail de pédagogie : avec le livret des parents qui est envoyé maintenant à toutes les familles qui attendent un premier enfant, ou avec l'introduction du refus des violences dans la définition légale de l'autorité parentale.

Nous avons toujours ces efforts à faire, avec le souci de bien lier les familles au destin commun. Nous ne pourrons pas réussir, la France, si les familles ne sont pas elles-mêmes pleinement accomplies et heureuses. Beaucoup se joue là. Après, il y a ce que j'ai dit de l'école et tout ce que nous devons faire pour accompagner les jeunes vers leurs ambitions professionnelles, vers leur propre avenir ; il y a notre souci de cohésion qui doit venir très tôt parce que c'est essentiel.

La crainte que l'on peut avoir aujourd'hui, avec les menaces qui existent, avec le fanatisme qui peut nous frapper, avec les différences aussi dans notre société, c'est que nous n'ayons plus confiance en nous-mêmes, qu'il n'y ait plus la cohésion indispensable, que nous nous méfiions les uns des autres. Ce qu'a dit un enfant est très important : qu'on puisse vivre dans la même école avec des parcours différents, qui s'enrichissent mutuellement.

Je veux évoquer, pour terminer, les violences qui, hélas, existent - un enfant les a rappelées - dans le monde pas si lointain. J'évoquais les conflits et les guerres où ce sont les femmes et les enfants qui sont les premières victimes, toujours les premières victimes ; les femmes à travers des violences subies, les pires, et les enfants parce qu'ils se trouvent déplacés, perdus. Il y a des bombardements encore aujourd'hui dans une ville de Syrie et puis il y a d'autres événements qui restent loin des images que nous recevons et qui ne sont donc pas nécessairement connus. Et il y a cette dégradation du climat, ces sécheresses, ces familles qui ne peuvent plus rester dans leur village, qui fuient, en exil. Nous devons penser aux violences que subissent les enfants partout dans le monde : c'est l'objet de la Journée internationale et de la Convention.

Enfin, il y a ces enfants qui nous arrivent, ceux que l'on appelle les mineurs isolés qui viennent justement de ces lieux de conflits ou de ces lieux de misère et que les parents envoient parce qu'ils ne peuvent plus les garder, et qui ont l'espoir de trouver dans notre pays ou dans des pays voisins une vie meilleure. Nous n'encourageons pas ces phénomènes parce que nous savons combien ces jeunes risquent pour leur vie, pour venir jusqu'ici. Nous en avons, hélas, des illustrations à travers ces bateaux qui coulent en Méditerranée, avec ces drames humains. Nous ne devons pas encourager ces mouvements de population. Ce sont les passeurs qui le font, cyniquement. Parfois, ils ont rançonné les parents pour obtenir justement la possibilité de faire passer les enfants. Et puis, ils sont là, ces mineurs isolés, et je veux saluer les efforts qui sont faits par l'Etat mais aussi par les villes et par les départements pour réaliser cet accueil.

Quand il a fallu évacuer le campement de Calais, il fallait ouvrir des centres pour les réfugiés mais aussi pour les mineurs isolés. Une partie de ces mineurs avait de la famille au Royaume-Uni et nous avons demandé aux autorités britanniques de les prendre en charge pour qu'ils puissent retrouver des proches ; d'autres n'y ont pas de famille, nous devons leur assurer l'accueil.

Je salue ici tous ceux qui se mobilisent pour cette cause et soyez sûrs que notre attention, mobilisation, bienveillance ne se démentiront pas, même si - je l'ai dit - nous devons lutter contre les passeurs, et éviter qu'ils puissent utiliser le drame et la détresse pour faire qu'il y ait là-bas des familles privées d'enfants et ici des enfants sans famille.

Voilà ce que j'étais venu vous dire. Je veux terminer sur une note plus confiante parce que ce que vous avez montré, c'est l'imagination, les enfants, c'est l'ambition pour les autres, c'est l'engagement très tôt. C'est vrai, une jeune fille le disait, on n'est pas citoyen à 14 ans, mais on est déjà engagé dans la vie à 14 ans. On peut vouloir être utile et c'est ce que vous avez montré, pour chasser les tentations de repli, de haine, pour faire en sorte que nous puissions vivre mieux ensemble ; et parfois il n'y a rien de mieux qu'un dessin d'affiche, qu'un dessin d'enfant, pour nous dire quel est le bon chemin pour décider de notre destin.


Merci !

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