Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur le numérique à l'école, à Paris le 16 décembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur le numérique à l'école, à Paris le 16 décembre 2016.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Evènement "Valorisation des bénéfices du numérique éducatif", à Paris le 16 décembre 2015

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Je suis très heureux de recevoir la communauté éducative dans sa diversité, c'est-à-dire les recteurs, les inspecteurs, les enseignants, les élèves, les parents et tous les acteurs de la société numérique qui se sont engagés avec nous pour que le Plan numérique à l'école puisse être une réussite.

Je voudrais remercier Najat VALLAUD-BELKACEM, la ministre de l'Éducation nationale, d'avoir mis en œuvre ce que j'avais voulu pour l'école, de façon à ce que chacune, chacun puisse accéder à ces outils numériques et puisse surtout les maîtriser.

Nous avons, pour vous accueillir, transformé l'Élysée en salle de classe. Audrey PULVAR a tenu autant qu'il était possible le programme et même les rythmes. Nous pouvons ici faire ce que nous devons toujours faire, c'est-à-dire évaluer ce qui a été fait pour ouvrir de nouvelles perspectives.

Nous sommes tous conscients que la révolution numérique a déjà transformé notre société, notre économie et notre façon de consommer, de produire, de communiquer, d'être informés. La révolution numérique crée de nouveaux emplois, même s'il est vrai qu'elle peut aussi en détruire. Mais nous devons préparer les jeunes d'aujourd'hui à occuper les métiers de demain et en même temps à être pleinement citoyens, c'est-à-dire capables de dominer l'outil qui va être le leur, tout au long de leur existence et avec des performances sans cesse plus élevées.

Dans ce contexte, l'école a un rôle fondamental à jouer. D'abord, parce qu'elle doit prendre conscience que son environnement change et que le numérique est utilisé par les enfants alors qu'il ne l'est pas toujours à l'école. Les modes de communication, d'accès au savoir changent aussi et il n'y a pas que la parole de l'enseignant ou même des parents qui peut avoir un impact sur les jeunes. Il y a même toutes les conditions, heureusement, pour que d'autres paroles puissent à un moment être entendues par les jeunes et pour qu'elles soient décryptées, critiquées, remises en cause.

L'école doit transmettre et doit utiliser, pour transmettre le savoir, tout ce que l'outil numérique peut lui permettre de faire. C'est la raison pour laquelle j'ai lancé en 2014, avec la ministre de l'Éducation nationale, le Plan numérique à l'école. Il s'agissait d'abord d'équiper les écoles et les collèges. J'avais été moi-même président d'un Conseil général donc d'un département et j'avais mis en place un mode de distribution des tablettes, d'abord des ordinateurs, puis des tablettes.

Donc je voulais que ce plan que j'avais pu mettre en œuvre comme élu local puisse être généralisé, devenant Président de la République. C'est ce que nous avons fait progressivement avec ce principe de financement : 1 euro investi par l'État devait correspondre à 1 euro investi par une collectivité, en l'occurrence, un département.

Grâce à ce mécanisme, à cette incitation, aujourd'hui, il y a à peu près 25 % des collèges en France qui sont dotés d'un outil numérique, soit un peu plus de 200 000 élèves qui peuvent en disposer. Notre objectif est d'atteindre 50 % d'élèves dès l'année 2017-2018, pour une généralisation en 2019-2020 et avec une attention particulière pour les territoires fragiles, c'est-à-dire les collèges qui sont soit en zone urbaine difficile, soit en zone rurale et avec un appel à projets qui a été lancé pour que nous puissions équiper prioritairement ces collèges-là, parce que c'est un moyen de lutter contre les inégalités. Nous allons encore l'année prochaine élargir ce programme à l'ensemble des écoles concernées par ces situations de territoire fragile.

Mais je m'étais également aperçu qu'il ne suffit pas de mettre en place des équipements ; c'est le plus facile de mettre les outils. Ce plan ne peut véritablement fonctionner que s'il y a une formation donnée aux enseignants, que s'il y a une mobilisation de l'ensemble de la communauté éducative. Je veux aussi saluer ce que les enseignants ont été capables de faire et de saisir comme opportunités parce qu'aujourd'hui, le numérique à l'école, c'est une volonté, bien sûr de l'État, mais c'est une possibilité offerte aux élèves grâce aux enseignants.

D'abord, les enseignants ont accepté que le programme puisse être modifié et que le codage puisse être enseigné. C'est le cas puisque dès la classe de 5e, il y a un apprentissage du codage et bientôt, il y aura là encore une généralisation. Les enseignants se sont également emparés des outils de formation mis en ligne et nous constatons qu'il y a une participation très forte des enseignants à ces programmes. Nous avons aussi mis en place des modules de formation pour que les enseignants puissent utiliser pleinement tablettes, ordinateurs et les contenus qui y correspondent parce que la pédagogie change avec l'outil numérique. Là encore, nous avons fait en sorte que le budget de la formation continue du ministère, puisse être fortement augmenté : plus de 30 % depuis 2014.

Je veux saluer les enseignants parce que souvent, on met en cause l'Éducation nationale. C'est une posture critique assez répandue. Pas seulement l'Éducation nationale mais notamment l'Éducation nationale, comme si c'était un système rigide, immobile, indifférent aux évolutions technologiques, replié sur lui-même, conservateur ayant uniquement l'objectif de transmettre sans réfléchir au meilleur moyen de le faire. Rien n'est plus faux.

On se moque aussi de la pédagogie en considérant qu'en définitive, cela ne s'apprend pas la pédagogie, cela va avec la connaissance. Or, nous avons justement fait en sorte, dans les Ecoles du professorat, de donner non seulement des connaissances indispensables à des jeunes professeurs, mais aussi de leur apprendre à apprendre, et de leur donner, avec l'outil numérique, les moyens de faire évoluer leur pédagogie. Je veux ici saluer toute cette mobilisation et faire le constat que l'Éducation nationale est capable de s'emparer de ce qui est finalement une chance, une opportunité, peut être aussi un risque, et de le maîtriser, et d'avoir aussi à tout âge de sa carrière la capacité de faire évoluer son enseignement.

Ce qui est tout aussi tout à fait remarquable, c'est que les enseignants qui se sont mis dans ces cycles de formation ont été des enseignants – aussi bien les plus jeunes, ceux qui sortaient de l'École du professorat, que les plus anciens, les plus seniors – qui ont tout de suite compris l'enjeu que pouvait représenter le numérique. C'est pourquoi je tenais à ce que nous puissions ici avec l'ensemble de la communauté éducative saluer ce mouvement et montrer que l'Éducation nationale est un ensemble qui est ouvert à l'extérieur, qui est capable de se mettre en avant, d'être même d'avant-garde puisque des technologies ont été modifiées grâce à la participation des enseignants.

Le numérique – et on en a eu l'illustration – change le rapport dans la classe. Il y a eu des enseignants qui l'ont vérifié, c'est-à-dire que nous pouvons, grâce à l'outil numérique, mieux apprendre, mieux exprimer ce que les élèves peuvent à un moment ressentir, leur permettre de dire ce qu'ils comprennent et ce qu'ils ne comprennent pas. On a parlé de l'erreur et de faire en sorte que l'erreur ne soit pas une faute mais un apprentissage et que le numérique permet justement d'effacer ce qui a été d'abord répondu pour mieux aller vers la solution.

Le numérique a permis de transformer aussi le rapport des professeurs avec les élèves et des élèves avec les autres élèves, avec l'idée du partage, avec l'idée de l'échange, avec l'idée de porter des projets ensemble.

Il y a aussi cette lutte contre les inégalités. Pour nous, c'était l'essentiel de l'engagement : faire que l'école de la République puisse non seulement assurer l'excellence, assurer la transmission du savoir, des connaissances, permettre l'élévation de la compréhension, mais en même temps que l'école puisse réduire les inégalités, lutter contre les décrochages, faire en sorte que ce ne soit pas des fatalités de reproduction sociale qui donnent à chaque fois les meilleurs résultats aux meilleurs établissements. Nous avons pensé que l'outil numérique pouvait être aussi un moyen de réduire les inégalités, d'abord en faisant en sorte que tous les élèves puissent être dotés de ces outils, ensuite en faisant en sorte que nous puissions également changer le rapport de l'élève avec l'enseignant, de lui permettre d'avoir plus de liberté mais aussi plus de discipline et enfin, de faire en sorte que nous puissions faire des accompagnements individuels grâce au numérique.

Il y a cette innovation mise au service des plus fragiles, des plus faibles, des plus vulnérables et c'est cette expérience, ce rêve que vous avez eu et qui ne sera pas puni, je vous l'assure, ni dans la vie terrestre ni - mais là, j'ai moins d'autorité - dans la vie au-delà.

C'est vrai qu'il y a des élèves qui peuvent manquer la classe parfois durablement mais qui sont toujours dans la classe et c'est ce que vous avez réussi avec Raymond DOMENECH et avec Marc LAVOINE, avec ce cartable, qui permet d'être toujours relié à l'établissement. La charte qui a été signée permettra, je l'espère, de généraliser ce processus au-delà des deux expériences académiques qui sont pour l'instant tentées.

Nous voulons que le numérique puisse intégrer les élèves qui sont les plus en difficulté, les plus loin : loin géographiquement, loin socialement, loin culturellement, de manière à ce que le numérique puisse être un lien. Faut-il aussi que nous puissions également transformer au-delà des rapports à l'intérieur de la classe, au-delà de ce que l'élève peut faire avec l'outil, qu'il puisse y avoir une transformation des éditions, des livres, des manuels. C'était d'ailleurs une question qui a été posée dès le départ du plan numérique par les parents.

A quel moment sera-t-il possible d'alléger le cartable pour qu'il n'y ait plus que finalement la tablette ou l'ordinateur ? Cela suppose un changement considérable, non pas dans les contenus - les contenus seront les mêmes - mais dans les manières de les diffuser tout en protégeant les droits qui s'attachent aussi bien aux auteurs qu'à la protection de la vie privée.

Je veux saluer, là aussi, tout ce qui a été engagé pour les services numériques innovants, pour les ressources multimédias, pour les éditions et pour que nous puissions donner là aussi à nos entreprises, elles sont ici présentes, des opportunités pour créer des contenus et des outils.

Voilà ce qu'est le Plan numérique. On en voit bien l'ambition. L'ambition est éducative d'abord, ce n'est pas simplement une satisfaction que de mettre des tablettes ou des ordinateurs à la disposition des élèves et des enseignants, ce n'est pas simplement pour nous adapter, c'est pour faire en sorte que ce soit une chance de plus pour l'élève et pour la réussite.

Nous savons aussi que l'enjeu est républicain car l'outil numérique doit être aussi maîtrisé et ce qui va être en cause à travers la pédagogie, à travers les enseignements qui vont pouvoir être dispensés, c'est la lecture critique des informations qui sont sur Internet, c'est de faire en sorte que les élèves puissent savoir ce qu'est une information, une opinion, une rumeur, voire même une falsification, de pouvoir être déjà citoyen par rapport à la masse de données que l'élève reçoit.

Un jeune passe beaucoup plus de temps sur son ordinateur qu'à la télévision. C'était ma génération qui passait du temps à la télévision - je ne parle pas du temps passé dans les émissions de télévision - je parle du rapport que nous avions avec la télévision. Aujourd'hui, c'est essentiellement par rapport aux outils numériques avec ce qu'ils peuvent avoir aussi de captivant ou d'asservissant parce que d'une certaine façon, l'outil numérique est une forme aussi de contrainte. Nous devons absolument permettre que le jeune puisse lui-même s'émanciper de l'outil, se libérer de l'outil, le maîtriser et notamment le contenu.

L'enjeu du Plan numérique, c'est un enjeu éducatif, c'est un enjeu citoyen, c'est un enjeu républicain et c'est aussi un enjeu culturel pour que nous puissions utiliser pleinement les contenus. Enfin, c'est un enjeu économique parce que ce que nous avons à faire, c'est à préparer les jeunes aux métiers de demain et d'après-demain.

Lorsqu'il a été dit que l'industrie numérique qui représente à peu près 750 000 emplois aujourd'hui, était à la fois une source de création et aussi un risque de destruction ou d'adaptation, nous n'avons pas suffisamment souligné qu'il nous faut pourvoir des emplois qui aujourd'hui ne peuvent pas disposer de jeunes ou de moins jeunes disposant de la qualification nécessaire. Donc l'enjeu est aussi économique : l'école doit préparer des jeunes à pouvoir aller vers les métiers du numérique.

Alors, je vous remercie tous pour avoir contribué à la réalisation de cette ambition qui était notre rêve. Notre rêve - parce qu'il faut en avoir - c'était que d'ici quelques années et cela sera réalisé, tous les jeunes de France puissent disposer d'un outil numérique ; c'était de faire en sorte que dans toutes les écoles, dans tous les collèges, il puisse y avoir l'utilisation de ces outils et en même temps la transformation à travers l'outil de ce que l'on peut enseigner. Notre rêve, c'était de réduire grâce à l'outil numérique les inégalités et c'était aussi de pouvoir donner une éducation citoyenne par rapport aux informations qui peuvent être reçues. Alors, vous y avez tous participé et je voulais ici vous exprimer toute ma gratitude.


Merci !

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