Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à LCI le 23 juin 2017, sur le remaniement ministériel du 21. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à LCI le 23 juin 2017, sur le remaniement ministériel du 21.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvvernement;

ti : AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour à tous. Bonjour Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement et Porte-parole du gouvernement. Alors, Gérard COLLOMB est à Calais, le gouvernement a changé mais pas le problème, « il n'y aura pas de nouveau centre » dit le ministre, mais les migrants dorment dehors, sont chassés par les policiers notamment. Les associations réclament une solution durable. Quelle solution, durable, propose le gouvernement ?

CHRISTOPHE CASTANER
La meilleure des solutions durables c'est de ne pas laisser se reconstituer une « jungle » à Calais, parce qu'on sait qu'humainement, même en matière de santé, pour plein de sujets, ce n'est pas acceptable, et donc il faut durablement changer d'abord notre droit pour les demandes de statut de réfugié.

AUDREY CRESPO-MARA
C'est-à-dire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Aujourd'hui il faut 18 mois, jusqu'à 2 ans, d'instruction pour ce dossier. Pour une raison simple, l'Administration avait fait une sorte de choix, celle de montrer qu'en étant hostile d'un point de vue administratif on allait diminuer le nombre de demandes en France. Le président de la République, mercredi, en Conseil des ministres, a demandé à Gérard COLLOMB, au Premier ministre et au gouvernement, de se mobiliser pour que nous réformions les procédures d'instruction et qu'en 6 mois on puisse avoir une réponse claire et nette pour le statut de réfugié. Et, à ce moment-là, soit on a le statut de réfugié et on est accompagné, on est accueilli, on a un titre, on est formé, on travaille sur les questions d'intégration, soit on ne l'a pas, et on est reconduit à la frontière.

AUDREY CRESPO-MARA
On est reconduit, ce n'est pas du tout le cas aujourd'hui ! Les reconductions aux frontières c'est un pourcentage…

CHRISTOPHE CASTANER
C'est toute la difficulté, c'est que ce sont en fait des personnes qui sont dans le cadre du statut de réfugié, et qui sont dans ces procédures lentes, qu'on ne sait pas accueillir, et puis des points de fixation, à Calais comme à Paris, qui posent un vrai problème sanitaire, et nous devons, là encore, encourager ces femmes et ces hommes à aller dans des centres d'orientation, il y a des places disponibles, pour qu'on puisse les accompagner et instruire leur dossier. Ils ne le souhaitent pas, pour deux raisons. Ceux qui sont à Calais n'ont qu'une seule ambition, franchir la frontière et partir à Londres, et ceux qui sont sur Paris ont peur de l'éloignement administratif de Paris et de perdre leurs droits, ce n'est pas le cas, mais il nous faut des conditions d'accueil humaines. Mais il faut aussi frapper les filières qui organisent cela, parce que moi je suis pour la défense des droits des migrants qui sont en France, notamment des droits humains, mais il faut aussi montrer quels sont ces marchands d'esclaves qui organisent ces filières, notamment par la Libye, qui est en train d'exploser aujourd'hui, et il nous faut, là-dessus, être fermes.

AUDREY CRESPO-MARA
Autre actualité de la matinée, beaucoup plus légère. A l'occasion de la Journée de l'Olympisme Paris sort le grand jeu pour impressionner le jury chargé d'attribuer les J.O 2024. Piste olympique sur la Seine, alors c'est sublime, mais, au-delà de la com., est-ce que vous n'avez pas peur que l'insécurité, qui règne à Paris, nous coûte ces Jeux Olympiques ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je crois que la France fait la démonstration, sur les grands événements, de sa capacité à mobiliser les forces de sécurité. Il y a deux jours c'était la Fête de la musique, 48.000 policiers, gendarmes et militaires, étaient mobilisés pour la sécurité des Français, c'est aussi ça que nous devons faire passer comme message au Comité olympique. Et puis, les Etats-Unis ne sont pas non plus garants de toute sécurité, je crois qu'il nous faut, là-dessus, tenir un engagement fort. Et puis on a un peu de temps devant nous, on a aussi le temps de lutter contre toute forme de radicalisation, contre tout risque de terrorisme, même si j'ai, hélas, la responsabilité de dire que le risque zéro n'existe pas aujourd'hui, et n'existera pas plus en 2024.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, parlons de vous. Vous avez été reconduit dans vos fonctions, on ne vous a pas demandé si vous deviez démissionner pour protéger le président, à vous ?

CHRISTOPHE CASTANER
A priori non, la question ne s'est pas posée.

AUDREY CRESPO-MARA
Est-ce que vous étiez inquiet, est-ce que vous avez toujours fait attention au travail que faisaient vos assistants parlementaires ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, enfin dans mon cas je ne me suis jamais senti dans cette obligation-là, j'avais des assistants parlementaires en province, dans ma circonscription, un assistant parlementaire à Paris, et je sais les avoir suffisamment encouragé à bien travailler pour ne pas être inquiet.

AUDREY CRESPO-MARA
C'est plus simple de les avoir près de soi que de les faire payer par le Parlement européen, par exemple, tout en les ayant près de soi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Par exemple, mais il n'y a pas ce phénomène-là pour un député de l'Assemblée nationale, il connaît ses collaborateurs. Soit il choisit, ça a été le cas, des collaborateurs familiaux, certains ont travaillé, d'autres non, et c'est aussi ce qui nous amène aujourd'hui à cette espèce de mise en cause collective, alors que je peux vous dire que dans 95 % des cas, pour les parlementaires, comme pour presque 100 % de leurs collaborateurs, vous avez des femmes et des hommes extrêmement dévoués.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, il y a donc un deuxième gouvernement PHILIPPE, cette fois-ci c'est le bon, vous êtes sûr du passé judiciaire de chacun d'entre eux ?

CHRISTOPHE CASTANER
Si je vous répondais oui, je mets ma main à couper, je prendrai le risque, non pas de vous mentir, mais de me tromper, parce que la nature humaine est ainsi faite, mais je crois que celles et ceux qui sont rentrés au gouvernement savent la responsabilité qu'ils ont. Ils savent aussi le travail des journalistes, et le contrôle que vous allez faire, et c'est sain, c'est bon, et quelque part ça nous oblige. Vous savez, moi il y a longtemps que j'ai lu ROUSSEAU, j'ai su que l'homme était naturellement bon, mais j'ai depuis rencontré de nombreuses exceptions, ça vaut aussi dans le monde politique, mais c'est parce que nous avons une pression, notamment la pression des juges, la pression du contrôle, que nous sommes meilleurs. Ça vaut pour les hommes et les femmes, dans toutes leurs situations, ça vaut aussi pour les politiques.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, devant porter la loi sur la moralisation de la vie publique, Nicole BELLOUBET a-t-elle une moralité au-dessus de tout soupçon, sûr de sûr ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ecoutez non, moi je n'ai pas fait d'examen personnel, je ne suis pas là pour distribuer des bons ou des mauvais points, mais je ne doute pas que quelqu'un qui a son expérience de professeur de droit, qui était au Conseil Constitutionnel, qui a été élue, peu de temps, à la mairie de Toulouse, sait sa responsabilité.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, la démission, en tout cas, de François BAYROU arrange tout le monde, au moins on ne vous pose plus de questions sur François BAYROU, est-ce que vous n'avez pas peur qu'on vous pose des questions sur la ministre du Travail, Muriel PENICAUD, et cette affaire Business France ? Je rappelle qu'elle était directrice de l'agence publique lors du déplacement à Las Vegas d'Emmanuel MACRON, pour lequel le Parquet a ouvert une enquête préliminaire pour soupçons de favoritisme.

CHRISTOPHE CASTANER
Alors, je n'ai aucun état d'âme, aucun état d'âme pour défendre la ministre du Travail parce que je suis juriste, et j'ai regardé le dossier. Que s'est-il passé ? Il y a un marché public confié à une entreprise pour le plus grand show international en matière d'électronique et de numérique, c'est la représentation de la France. Et puis on s'aperçoit que, finalement, pour une soirée il faut des moyens supplémentaires, on fait une sorte d'avenant, on se plante. La directrice le sait, elle convoque immédiatement une mission d'inspection qu'elle confie à un bureau d'études spécialisé, puis elle saisit l'Inspection générale pour contrôler le résultat de la négociation, il paye sur la base d'un accord transactionnel. Et il y a aujourd'hui une enquête sur ce sujet, mais elle, dans tous les cas, a déclenché tous les warnings, comme on dit, et a su protéger Business France, et je ne doute pas que toute enquête qui se fera le confirmera.

AUDREY CRESPO-MARA
On parlait d'un gouvernement resserré, vous êtes désormais 30 ministres et secrétaires d'Etat, ça fait +7, ça ne devait pas être moins ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est moins que les gouvernements précédents.

AUDREY CRESPO-MARA
Pas beaucoup moins.

CHRISTOPHE CASTANER
Si, un petit peu, mais, vous savez, toute la difficulté c'est que, quand on a installé le premier gouvernement à 22, moi je n'ai pas arrêté de rencontrer des gens qui disaient « ah oui, mais alors il manque tel secrétaire d'Etat, il manque tel secteur, il n'y a pas le tourisme, il n'y a pas… »

AUDREY CRESPO-MARA
Finalement les précédents n'exagéraient pas ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, mais au fond il faut un certain nombre de moyens. La nouveauté c'est que vous avez des secrétaires d'Etat qui sont rattachés aux ministres délégués, qui renforcent la puissance du ministre délégué, mais qui ne vont pas, chacun, avoir un petit portefeuille dans leur petit coin et créer des petits murs pour protéger leurs champs d'action. C'est une force collective qui doit être au service de l'action gouvernementale.

AUDREY CRESPO-MARA
30, d'où la nouvelle photo du gouvernement, dans le jardin, parce que vous auriez été serrés dans le vestibule quand même ! Photo plus posée, regardez, que la précédente, en revanche on a l'impression que c'est Nicolas HULOT le président. Pourquoi Emmanuel MACRON s'est placé derrière comme ça, un petit coup de fausse modestie ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, il s'est placé au coeur du pack. Regardez cette photo, on voit qu'il est au milieu, alors il est à la fois protégé par les ministres, donc c'est peut-être effectivement un symbole, mais il y a cette volonté d'être au coeur de l'équipe gouvernementale. Moi je la vis comme ça cette photo.

AUDREY CRESPO-MARA
On affiche aussi le ministre le plus populaire devant, et puis la parité, on l'affiche, un homme/ une femme, un homme/ une femme, un homme/ une femme. Vous voulez aussi donner un côté écolo en posant devant les arbres plutôt que devant l'Elysée ?

CHRISTOPHE CASTANER
J'avoue ne pas avoir piloté la photo, moi je trouve qu'elle est jolie, c'est déjà pas mal, et puis j'étais jaloux parce que vous parlez du ministre le plus populaire, je me demandais qui ça pouvait être au premier rang.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors vous, vous êtes impeccable, en costume trois pièces sous 40 degrés quand même, ça c'est fort !

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais l'été le trois pièces ça va sans problème.

AUDREY CRESPO-MARA
Ah bon ? Il fait quand même très chaud. Un quart du gouvernement qui part, donc deux ministres régaliens, c'est au bas mot un demi-échec ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est une difficulté, je ne vais pas la nier, je ne vais pas vous dire que tout ça était prévu, etc., mais je pense qu'on a des ministres qui ont choisi de reprendre leur liberté de parole, ils étaient dans une tourmente. C'est un vrai problème de savoir quelle attitude on doit avoir. La règle a été fixée par le Premier ministre, une mise en examen vaut départ, là on anticipe une mise en examen qui a toutes les chances de ne pas avoir lieu, et pourtant on le fait, parce que la tourmente médiatique dans laquelle nous sommes nous, les femmes et les hommes politiques, elle est des fois très positive, on vous adore, mais elle est des fois très dure.

AUDREY CRESPO-MARA
Je ne sais pas si vous nous adorez, mais…

CHRISTOPHE CASTANER
Non, on vous adore, je parle des politiques vis-à-vis de la presse, mais quelquefois c'est effectivement une situation qui est plus tendue, qui est plus difficile, et qui est humainement très dure à vivre. Ça a été le cas pour Richard FERRAND ces dernières semaines, je sais que Sylvie GOULARD avait cette inquiétude personnelle dans le mouvement qu'on peut connaître, et donc elle a souhaité de protéger, avoir tout le temps de se défendre, moi je lui rends hommage.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous parlez de Richard FERRAND trop soupçonné pour être ministre, mais pas assez pour ne pas être chef du groupe la République En Marche à l'Assemblée, comment vous argumentez ça ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est ce que je suis en train de vous dire, c'est toute la difficulté. C'est que, une mise en cause, qui n'est pas une mise en examen, qui pourrait aboutir dans quelques jours à un non-lieu, le journal l'Opinion hier faisait la liste de tous les politiques qui ont été cloués au pilori à un moment donné…

AUDREY CRESPO-MARA
Oui, mais si on estime que l'homme est soupçonné…

CHRISTOPHE CASTANER
Mais on n'a rien estimé.

AUDREY CRESPO-MARA
Est suffisamment soupçonné pour ne plus être ministre, mais pour ne plus non plus être président de groupe.

CHRISTOPHE CASTANER
Attention, on n'a rien estimé, personne n'a demandé à Richard FERRAND de quitter le gouvernement, par contre on a cherché celui qui pouvait être le meilleur pour présider le groupe, dans cette particularité d'un groupe, puissant, avec des députés qui ne se connaissent pas, et il y a peu d'hommes qui font partie, qui sont l'ADN de la République En Marche, Richard FERRAND en fait partie. Et son choix a été courageux, parce qu'il y a un certain confort, peut-être, à être ministre, il y aura moins de confort à être président du groupe, et c'est un choix personnel, courageux, et nous l'avons soutenu parce que nous savons que c'est le meilleur pour prendre la présidence du groupe.

AUDREY CRESPO-MARA
L'ébranlement du gouvernement en tout cas, comme un château de cartes, ça a aussi pu donner l'impression que le Jupitérien président MACRON était plus fragile qu'il n'y paraissait.

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez, moi je trouve dommage qu'on ait parlé lus du changement gouvernemental de cette semaine, même si j'en suis membre…

AUDREY CRESPO-MARA
Parce que c'est inédit.

CHRISTOPHE CASTANER
Et qu'on ait déjà oublié les élections de dimanche dernier, c'était il n'y a pas longtemps, c'était il y a 5 jours, qui ont apporté une formidable majorité à ce président Jupitérien dont vous parlez.

AUDREY CRESPO-MARA
Oui, mais il s'est passé des choses depuis.

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, mais n'oublions pas l'essentiel. L'essentiel c'est que pendant 5 ans vous avez une majorité forte, vous avez un pack, vous avez aujourd'hui un gouvernement constitué, avec une vraie sérénité, il est renforcé, il est rajeuni, il est féminisé, et je pense que tout cela va dans le bon sens.

AUDREY CRESPO-MARA
Le choix de deux ministres issus du MoDem s'est fait avec François BAYROU ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je ne sais pas.

AUDREY CRESPO-MARA
Vraiment ?

CHRISTOPHE CASTANER
Oui, vraiment. Vous savez, la discussion ministérielle elle se fait entre le Premier ministre et le président de la République, le porte-parole du gouvernement on lui donne les éléments d'information après, et je n'ai pas posé cette question, je le regrette.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous la poserez, je vous reposerai cette question.

CHRISTOPHE CASTANER
Promis.

AUDREY CRESPO-MARA
Vu la durée de son discours de passation de pouvoir, à François BAYROU, manifestement il a du ma à quitter son poste, ceci étant il a dit « pour les mois qui viennent je vais retrouver ma ville de Pau. » « Pour les mois qui viennent », est-ce que François BAYROU va revenir au gouvernement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi je sais qu'il a une place dans la vie politique française…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais au gouvernement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Et qui si effectivement il est libéré de cette pression du moment, il a toute sa place dans la vie politique française, il peut l'avoir dans le gouvernement.

AUDREY CRESPO-MARA
Il peut l'avoir dans le gouvernement, à nouveau ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, et là encore je ne constitue pas le gouvernement de dans 2 ans.

AUDREY CRESPO-MARA
C'est-à-dire que s'il n'est pas mis en examen, une fois l'enquête terminée, il est envisageable qu'il revienne au gouvernement ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais, moi j'espère qu'on peut ne pas avoir besoin d'être réhabilité quand on n'a rien à vous reprocher. Ce serait assez naturel qu'on considère que si, après la tourmente médiatique dans laquelle il est aujourd'hui, il est établi qu'il n'a rien à se reprocher, qu'on ne pose même pas la question, et que s'il est mesure de rentrer au gouvernement, de devenir président d'une institution, de siéger au Conseil constitutionnel, je ne vais pas vous faire la liste de tous les possibles, il a toute sa place. C'est un homme politique qui a marqué notre histoire politique, ma génération, et qui, encore aujourd'hui, peut poursuivre son action.

AUDREY CRESPO-MARA
C'est parce qu'il estime que le gouvernement, qu'il a envie en tout cas, que le gouvernement lui tienne une place au chaud le temps de l'enquête, qu'il a eu autant de mots doux à l'égard d'Emmanuel MACRON ?

CHRISTOPHE CASTANER
Peut-être qu'il a des sentiments personnels qui l'ont amené à le dire, soyons un peu positifs. Tout à l'heure j'étais inquiet sur la nature humaine, là j'ai envie d'être plus positif.

AUDREY CRESPO-MARA
On parlait de Richard FERRAND tout à l'heure, et vous savez que l'immunité parlementaire entretient tous les soupçons, on se dit est-ce qu'ils ne deviennent pas députés pour être protégés justement. Louis ALIOT refuse de répondre à la police, faut-il supprimer ce principe d'immunité parlementaire ?

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, si les députés le souhaitent, j'y suis favorable, mais c'est les députés qui dans la loi… Alors, je vais être plus précis. S'ils veulent, par amendement, dans la loi que nous avons déjà présentée en Conseil des ministres, et que nous ne pouvons pas changer avant qu'elle soit déposée sur la table des députés et des sénateurs, si les parlementaires veulent changer cela, le gouvernement ne s'y opposera pas. Je voudrais quand même faire une précision parce que…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais, les parlementaires, qui sont les premiers concernés, on peut imaginer qu'ils n'aient pas envie de supprimer leur immunité. Est-ce que le gouvernement n'envisage pas lui-même de supprimer cette immunité ?

CHRISTOPHE CASTANER
De toute façon, si on l'envisageait, il faudrait qu'ils la votent, donc, dans les deux cas, s'ils ne la veulent pas, de toute façon ils ne l'auront pas. Mais, moi j'ai envie d'être optimiste. Richard FERRAND lui-même a dit que, de toute façon, s'il était convoqué, à n'importe quel moment, il n'opposerait pas l'immunité parlementaire. Et enfin sachez que l'immunité parlementaire c'est une protection toute relative. Il suffit que le Bureau de l'Assemblée nationale dise « Monsieur CASTANER, qui était député, est convoqué, il doit se rendre devant le juge, oui, il s'y rend, point. Passons à autre chose. » Donc, de toute façon, ce n'est pas une surprotection, il ne faut pas croire que les parlementaires échappent à la justice, il suffit juste que le Bureau de l'Assemblée nationale dise « Monsieur untel, qui est député, est convoqué, il s'y rend. »

AUDREY CRESPO-MARA
Donc, très concrètement, le Bureau pourrait obliger Louis ALIOT à se rendre devant la police ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr, et je ne doute pas qu'il le fera.

AUDREY CRESPO-MARA
Que le Bureau le fera ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr. Il n'y a aucune raison de protéger un député ou un sénateur pour des fautes qui relèvent du pénal et qui n'ont rien à voir. Pourquoi l'immunité existe, c'est pour protéger le politique, le législatif, du pouvoir exécutif, là ça n'a strictement rien à voir. Ils ont commis des fautes, s'ils sont convoqués, je ne dis pas pour Louis ALIOT, je dis en général, ils doivent se rendre aux convocations. La vraie différence, vous avez raison, c'est que le Front national s'est servi, soit de la campagne électorale, soit du statut de député européen, pour Marine LE PEN, pour refuser les convocations devant la justice et devant la police, ceux qui se prétendent les tenants de l'ordre montrent qu'ils sont pour l'ordre, mais pour les autres.

AUDREY CRESPO-MARA
Tous les matins je pose une question récurrente, la question off, mais devant les caméras. C'est off, entre nous. Vous avez fait un petit lapsus après le dernier Conseil des ministres, en déclarant en pleine affaire BAYROU, le Premier ministre met en oeuvre la polémique au lieu de met en oeuvre la politique. Le lapsus, c'est votre pire cauchemar en tant que porte-parole ?

CHRISTOPHE CASTANER
C'est-à-dire que le problème c'est que j'en ai fait un à chacun des comptes-rendus du Conseil des ministres depuis le début, donc là j'ai proposé, avant-hier, de le faire tout de suite, comme ça j'étais libéré, et je crois que j'ai réussi à passer l'heure de compte-rendu sans en faire. Oui, vous avez raison. Si on s'en aperçoit ça va, mais il est quand même repris le lendemain matin dans plein d'émissions un peu satyriques, voilà. Ça fait partie du jeu, mais c'est vrai que, manifestement, je suis un peu abonné, il faut que je fasse attention.

AUDREY CRESPO-MARA
C'est quoi, c'est la fatigue ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je crois que c'est la fatigue, oui.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci beaucoup Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 juin 2017

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