Interview de M. Bernard Cazeneuve, Premier ministre, à France Inter le 2 janvier 2017, sur la détermination de la France à gagner le combat contre l'Etat islamique, les initiatives diplomatiques en vue du règlement du conflit intersyrien et le bilan du quinquennat de M. François Hollande. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, Premier ministre, à France Inter le 2 janvier 2017, sur la détermination de la France à gagner le combat contre l'Etat islamique, les initiatives diplomatiques en vue du règlement du conflit intersyrien et le bilan du quinquennat de M. François Hollande.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard, COHEN Patrick.

FRANCE. Premier ministre;

ti : PATRICK COHEN
Le Premier ministre est notre invité ce matin, bonjour Bernard CAZENEUVE.

BERNARD CAZENEUVE
Bonjour.

PATRICK COHEN
François HOLLANDE est en Irak, on l'a appris ce matin, il ira tout à l'heure à Erbil au Kurdistan irakien, au plus près du front contre l'organisation Etat islamique, au plus près d'une offensive à Mossoul qui se prolonge. Quel est le sens de cette visite ?

BERNARD CAZENEUVE
Le sens de cette visite, c'est d'abord de témoigner à nos militaires – qui sont sur le théâtre des opérations extérieures – de toute la reconnaissance de la nation pour le travail qu'ils font dans le cadre de la lutte résolue que nous menons contre le terrorisme. J'étais moi-même il y a de ça quelques jours au Tchad, où j'ai pu remercier les militaires qui sont engagés dans l'opération Barkhane avec Jean-Yves Le DRIAN. La lutte contre le terrorisme elle se fait à l'extérieur de nos frontières dans le cadre de l'opération Chammal et elle se fait également à l'intérieur de nos frontières par le travail de nos services de renseignement, nos forces de sécurité intérieure. Et le sens de la visite du président de la République c'est de marquer au début de cette nouvelle année la résolution de la France à gagner ce combat contre Daesh.

PATRICK COHEN
Mais que répondez-vous Bernard CAZENEUVE à ceux qui pensent que les interventions militaires sont justement la cause ou l'une des causes du terrorisme, qu'à chaque offensive occidentale, à chaque recul de l'EI sur le terrain, les djihadistes répliquent par des attentats de masse sur nos territoires ?

BERNARD CAZENEUVE
Je réponds deux choses. La première, c'est que ces attentats qui sont commis ou qui ont été commis en Europe l'ont été sur la base d'instructions données par l'état-major de Daesh, là où cet état-major se trouve, c'est-à-dire en Irak et en Syrie. Et par conséquent, si nous ne créons pas les conditions d'un affaiblissement durable de Daesh, alors nous ne serons pas en situation d'éviter ces attentats dans le temps long de l'histoire de notre pays et de l'Europe. Donc ça, c'est le premier point. Et deuxième point, si nous voulons éviter des attentats sur le territoire européen, il faut que nous continuions à faire monter en puissance notre dispositif antiterroriste. Je veux rappeler que nous avons recrée des postes en nombre dans les services de renseignement et les forces de sécurité intérieure, près de 9.000 dont 2.000 dans les services de renseignement et, notamment, dans le renseignement territorial et le renseignement intérieur français. Nous avons augmenté les budgets de ces forces pour leur permettre de se moderniser. Ce sont aujourd'hui près de 100.000 policiers et gendarmes de la Sécurité publique qui assurent la sécurité sur le territoire national face au terrorisme ; ce sont les 7.000 militaires de Sentinelle ; ce sont près de 450 personnes que nous avons arrêtées en 2016 parce qu'ils s'étaient engagés dans des groupes qui voulaient commettre des attentats en France. Ce sont 17 attentats qui ont été déjoués, donc cela montre qu'à l'intérieur comme à l'extérieur, nous sommes dans un combat résolu contre le terrorisme et que ce combat, nous le gagnerons.

PATRICK COHEN
Mais la menace reste très élevée. Dans ce combat Bernard CAZENEUVE, la Russie de POUTINE elle nous aide ou elle vous inquiète, c'est un partenaire ou un adversaire ?

BERNARD CAZENEUVE
Nous parlons avec les Russes en permanence et nous essayons de trouver avec eux, par le dialogue, une modalité d'évolution dans la zone qui permette de dégager une solution politique qui mette fin au conflit ; et qui mette fin aussi au terrorisme. C'est l'esprit de la résolution 22.54 qui a été adoptée il y a de ça quelques mois et qui constitue la feuille de route de la France. Nous souhaitons que la Russie avec ses partenaires contribue à la fin du conflit, contribue à la réussite du cessez-le-feu. Nous constatons que la Russie avec la Syrie et le gouvernement de Bachar el-ASSAD et les Iraniens n'ont pas jusqu'à présent contribué à cela. La résolution qui a été adoptée il y a de cela quelques jours, à la demande de la France, établissant les conditions d'un cessez-le-feu, l'accès de l'aide humanitaire, la protection des hôpitaux va dans le sens d'un apaisement. Mais ce qu'il faut, c'est mettre en oeuvre la résolution 22.54, c'est-à-dire une résolution qui permette une solution politique à terme, la fin des conflits et la réussite du combat que nous menons contre…

PATRICK COHEN
Ce n'est pas du tout la feuille de route des Russes apparemment, partenaires ou adversaires Bernard CAZENEUVE, quand François HOLLANDE dans ses voeux parle de guerre froide, mais il…

BERNARD CAZENEUVE
Nous condamnons résolument tout ce que la Russie peut faire en Syrie qui contribue à la poursuite des combats, qui conduit le gouvernement de Bachar el-ASSAD à tuer son propre peuple avec des exterminations, des massacres inacceptables que nous condamnons depuis des mois et pour lesquels depuis 2013, nous proposons une solution politique. Nous souhaitons que le dialogue entre les différentes forces syriennes se poursuive de manière à ce que le cessez-le-feu aboutisse. Et nous demandons bien entendu aux Russes de cesser de participer à ces opérations militaires qui sont des opérations funestes, quant aux massacres qu'elles occasionnent et aux morts à l'origine desquels elle se trouve.

PATRICK COHEN
Funestes dites-vous, d'autres ont parlé de crime de guerre à Alep…

BERNARD CAZENEUVE
Mais ce sont des crimes de guerre et c'est la raison pour laquelle, la diplomatie française sous la conduite de Jean-Marc AYRAULT a tout mis en oeuvre pour que nous puissions dégager des solutions qui permettent encore une fois : 1) la fin des combats ; 2) l'accès de l'aide humanitaire ; 3) la protection des hôpitaux, la mise en place d'observateurs indépendants. Et tout cela n'est pas la fin de l'histoire, tout cela est destiné à permettre la poursuite des discussions de telle sorte à ce que nous puissions dégager une solution politique qui permette d'avoir en Syrie l'apaisement, la fin de la guerre et la fin du régime de Bachar el-ASSAD.

PATRICK COHEN
François HOLLANDE a présenté ses voeux samedi soir, les derniers de son quinquennat, mais sans dire ce qu'il souhaitait précisément pour les échéances politiques à venir. Quel est votre souhait à vous ?

BERNARD CAZENEUVE
Mon souhait c'est que la gauche gagne les élections présidentielles, c'est assez simple…

PATRICK COHEN
Ah bon !

BERNARD CAZENEUVE
Oui, c'est mon souhait. Et vous imaginez peut-être que j'en aurai un autre.

PATRICK COHEN
Mais quelle gauche ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais la gauche qui gouverne le pays depuis maintenant 5 ans et qui a un excellent bilan. Une gauche qui a réussi à maîtriser la dépense publique et à réduire les déficits, une gauche qui a réussi à restaurer la situation des entreprises, à restaurer leurs marges, une gauche qui a réussi à relancer l'investissement industriel, il est de 3,4 % cette année, il était 3 fois moins – c'est important – il y a de cela quelques années. Une gauche qui réussit à faire reculer le chômage puisque nous avons près de 120.000 chômeurs de moins dans le courant de l'année 2016. Une gauche qui parvient aussi à lutter contre les inégalités et qui a fait progresser un certain nombre de protections sociales, je pense à la mise en place du tiers-payant pour ceux qui ont besoin de se soigner, je pense au compte personnalisé d'activité pour ceux qui ont besoin de se former, je pense à…

PATRICK COHEN
Une gauche incarnée par un président sortant qui n'était pas en mesure… qui n'avait pas le poids politique pour se représenter.

BERNARD CAZENEUVE
Mais il y a pendant ce quinquennat énormément de sujets qui ont progressé, un président de la République qui a pris en conscience la décision de ne pas se représenter pour des raisons qui tiennent à la conception qu'il a des institutions, à la volonté aussi qu'il a de voir sa famille se rassembler, à l'idée qu'il se fait de ce qu'est l'avenir du pays, c'est-à-dire un homme qui est suffisamment soucieux de l'intérêt général pour ne pas se mettre au centre de tout. Et c'est rare en politique que de voir de grands chefs d'Etat s'effacer, pour faire en sorte que l'essentiel puisse être préservé.

PATRICK COHEN
Si je résume votre souhait Bernard CAZENEUVE, vous souhaitez que le vainqueur de la primaire sociale ou la primaire de la BAP, la Belle alliance populaire gagne la présidentielle ?

BERNARD CAZENEUVE
Ce que je souhaite c'est qu'effectivement, le candidat qui sera désigné par les primaires gagne l'élection présidentielle. Et je souhaite…

PATRICK COHEN
Même s'il…

BERNARD CAZENEUVE
Que celui…

PATRICK COHEN
Critique à l'égard des actions du quinquennat de François HOLLANDE ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais je pense qu'il sera très difficile de gagner la primaire et de gagner l'élection présidentielle a fortiori en étant critique à l'égard du bilan de François HOLLANDE, parce que nous n'allons pas aller aux élections présidentielles en indiquant : voilà, ce que nous avons fait n'est pas bien, c'est la raison pour laquelle nous vous invitons à continuer. Moi, je suis convaincu que ce que nous avons fait est bien, qu'il y a des choses qui auraient pu être faites plus rapidement, qu'il y a des résultats qui auraient pu arriver plus vite. Mais le bilan est bon et c'est parce que le bilan est bon que nous devons nous adosser au bilan pour gagner l'élection présidentielle.

PATRICK COHEN
Mais tous les candidats sont critiques à des degrés divers Bernard CAZENEUVE.

BERNARD CAZENEUVE
Je pense que – et je l'ai dit très clairement au cours des dernières semaines et je l'ai redit ce week-end – il est tout à fait illusoire de prétendre gagner l'élection présidentielle, si on le fait sans défense du bilan du quinquennat de François HOLLANDE. Pour des raisons très simples, c'est que ce bilan est bon, deuxièmement nous savons ce qu'est la droite et l'extrême-droite et nous voyons parfaitement la différence entre ce que nous avons fait et ce qu'ils veulent faire. Et par conséquent, ceux qui n'ont pas compris aujourd'hui qu'il y a un véritable danger de voir une droite ultraconservatrice défaire le modèle social français et une extrême-droite nous conduire dans des impasses dissimulées derrière des mensonges n'ont pas compris ce qu'est le moment historique dans lequel nous nous trouvons. Et moi, je souhaite donc que l'on puisse : 1) défendre le bilan de François HOLLANDE ; 2) le faire avec force ; 3) dénoncer ce qu'est la vraie nature de la droite et de l'extrême-droite et que sur cette base-là, nous parvenions à faire en sorte dans les semaines qui viennent qu'un candidat de gauche succède au président François HOLLANDE.

PATRICK COHEN
Bernard CAZENEUVE, Premier ministre, vous restez avec nous, vous répondrez tout à l'heure aux questions des auditeurs de France Inter.

FABIEN
Bonjour, bonjour Monsieur le Premier ministre.

BERNARD CAZENEUVE
Bonjour.

FABIEN
Une mesure emblématique de la fin de ce quinquennat a été enfin adoptée, puisque beaucoup de Français l'attendent, c'est le prélèvement de l'impôt à la source qui aura lieu donc à partir du 1er janvier 2018, comme dans beaucoup de pays développés. Est-ce que cette mesure, vu qu'elle s'inscrit quand même dans un calendrier aussi électoral et qu'elle est déjà annoncée comme étant potentiellement remise en cause par vos adversaires politiques en cas de victoire à l'élection présidentielle, et législative, est-ce que cette mesure, techniquement, peut être remise en cause par ces adversaires s'ils venaient au pouvoir ?

BERNARD CAZENEUVE
Ils peuvent toujours le faire, mais ils auraient tort de le faire. Pourquoi ? Parce que le prélèvement à la source c'est une mesure qui est favorable aux contribuables qui sont les plus vulnérables. Lorsque vous perdez votre emploi, vous payez les impôts de l'année précédente, avec le prélèvement à la source vous paierez les impôts de l'année en cours, et par conséquent vous serez beaucoup moins soumis aux aléas de la vie et notamment de la vie professionnelle et de la vie économique, et lorsque vous êtes un contribuable qui est en situation de vulnérabilité, ou de fragilité, c'est un progrès considérable que le prélèvement à la source. Donc, ils peuvent toujours le faire, mais je doute qu'ils le fassent, d'abord parce que c'est une mesure de simplification, ensuite parce que l'Administration…

PATRICK COHEN
Pas forcément pour les entreprises, Bernard CAZENEUVE, c'est la principale critique, source de complication au contraire pour les…

BERNARD CAZENEUVE
C'est une source, en tous les cas, au moment où le prélèvement à la source sera mis en oeuvre, qui impliquera des démarches de la part des entreprises, mais lorsque ces démarches auront été faites, elles auront été faites définitivement, le dispositif fonctionnera, et ce sera un dispositif de simplification, à la fois pour les contribuables et, à terme, pour les entreprises. Et c'est, encore une fois, une mesure qui permettra aux contribuables qui sont en situation de difficulté, de vulnérabilité, qui connaissent les aléas de la vie professionnelle ou de la vie économique, d'être beaucoup moins impactés qu'ils ne l'étaient auparavant, au moment du paiement de l'impôt, et, de ce point de vue là, c'est une mesure, aussi, de progrès social, ce n'est pas simplement une mesure de simplification. Donc, vous avez eu raison de souligner que c'est une décision importante, que c'est une décision qui changera positivement la vie des Français, et pour toutes ces raisons je doute, vraiment beaucoup, qu'un gouvernement, quelle que soit sa sensibilité, remette cette mesure en cause.

PATRICK COHEN
J'ai le même type de question au standard à propos de la généralisation du tiers payant chez les médecins, est-ce que là aussi les candidats de droite, qui se sont exprimés lors de la primaire, ont tous dit qu'ils allaient mettre fin, abroger cette mesure et ne pas généraliser le tiers payant comme ça a été…

BERNARD CAZENEUVE
Ils auraient tort là aussi de le faire, pourquoi, parce que…

PATRICK COHEN
Ils peuvent le faire.

BERNARD CAZENEUVE
Oui, ils peuvent le faire, mais enfin on voit bien que tout ce que propose la droite, à travers les quelques questions que nous évoquons, c'est de remettre en cause tout ce qui, finalement, est favorable aux Français les plus modestes, aux Français qui peuvent être les plus en difficulté, aux Français qui doivent se battre quotidiennement pour pouvoir vivre dans des conditions décentes. Nous, ce que nous voulons, c'est au contraire les protéger davantage, et c'est ce que nous n'avons cessé de faire. Le tiers payant, qui permettra aux femmes enceintes et aux Français qui sont victimes d'affection longue, de pouvoir bénéficier de ce tiers payant dès le 1er janvier, et puis il y aura sa généralisation au mois de novembre prochain. C'est un progrès considérable pour ceux qui ont des difficultés pour accéder aux soins, et l'accès aux soins, l'inégalité d'accès aux soins est une des inégalités les plus flagrantes, c'est une des inégalités les plus inacceptables. Nous avons voulu garantir l'égalité de l'accès aux soins, à travers le tiers payant, mais pas seulement. Je me rendrai cet après-midi à Orléans pour inaugurer l'extension d'un hôpital. Nous aurons créé 31.000 emplois de soignants dans les hôpitaux pendant ce quinquennat, nous aurons mis 10 milliards pour moderniser, par des investissements permettant la création de plateaux techniques performants, des hôpitaux en France, et nous l'aurons fait dans un contexte où nous aurons ramené le déficit du régime général de la Sécurité sociale de 17,4 millions d'euros, quasiment à l'équilibre puisque nous sommes à 400 millions, aujourd'hui, de déficit.

PATRICK COHEN
Muriel nous appelle du Calvados, bonjour Muriel.

MURIEL
Bonjour. Moi je voulais réagir parce que je suis déléguée syndicale et donc à ce titre – et puis conseiller du salarié – donc à ce titre je vais aider des salariés qui sont en difficulté, souvent… l'employeur, qui lui n'a pas forcément envie de respecter le Code du travail. Donc j'ai été, moi à titre personnel, et avec des collègues, porter des dossiers devant les Prud'hommes, moi ce que je constate aujourd'hui c'est que c'est long, c'est coûteux, c'est souvent le parcours du combattant et souvent en face vous avez des employeurs qui ont des batteries d'avocats et souvent les salariés abandonnent. Je trouve que dans mon métier, en tant que déléguée syndicale, parce que c'est un métier aussi, on a été vraiment, par les lois successives, on n'a pas été aidés, on a bien du mal aujourd'hui à obtenir des choses et à faire passer des choses parce que c'est très difficile pour les employeurs. Moi je vous ai entendue tout à l'heure, Monsieur CAZENEUVE, dire que vous parlez de gauche, moi je suis de gauche, je vais aller voter aux primaires, je vais sanctionner, parce que je pense que monsieur VALLS n'a pas à se présenter, il a fait la politique que nous contestons, nous gens de gauche, parce que moi je ne suis pas la seule, on est vraiment déçu de ce qui a été fait. On a été déçu, parce que je crois que la droite en a rêvé, et vous vous l'avez fait, pour plein de choses, et aujourd'hui, eh bien voilà, j'irai voter, en mon âme et conscience parce que j'irai voter pour les primaires de la gauche…

PATRICK COHEN
Vous pensez notamment à la loi El Khomri, à la loi Travail ?

MURIEL
Oui, tout à fait.

PATRICK COHEN
Est-ce que vous pourriez nous dire pour qui vous comptez voter à la primaire ?

MURIEL
Oui, je n'ai pas du tout de problème, je pense que je vais aller voter, enfin même sûr, je vais aller voter pour monsieur HAMON qui me semble le plus correspondre à ce qu'il défend. Et je voulais juste terminer pour les présidentielles, je ne sais pas pour qui j'irai voter, suivant ce qui se présentera, mais si vraiment il y avait deux personnes et qu'il n'y avait personne de gauche, je pense même, et j'entends beaucoup de gens autour de moi, des amis, collègues et autres, j'irai voter blanc.

PATRICK COHEN
Restez en ligne Muriel, Bernard CAZENEUVE vous répond.

BERNARD CAZENEUVE
Moi je fais de la politique en regardant les faits, et j'entends parfaitement ce qui est dit là, mais par rapport à ce qui est dit là, je vois ce que nous nous avons fait sur de multiples sujets auxquels madame tient et qui sont des sujets qui relèvent de ce que l'on appelle le progrès social. Est-ce qu'il y avait la Garantie jeunes avant que ce gouvernement n'arrive en situation de responsabilité ? Est-ce qu'il y avait la possibilité donnée aux jeunes, pour accéder à l'emploi, de se former plus facilement en bénéficiant d'une allocation, dont jusqu'à présent ils ne bénéficiaient pas ? Non. Est-ce qu'il y avait, à l'époque où monsieur FILLON et monsieur SARKOZY étaient au pouvoir, la création de près de 9000 emplois dans les forces de sécurité, de 60.000 emplois dans l'Education nationale pour permettre à l'égalité des chances d'être rétablie, est-ce qu'il y avait une possibilité, pour les enseignants, de se former comme ils peuvent le faire aujourd'hui, après que nous avons établi la possibilité de formation pour les enseignants ? Non. Est-ce qu'il y avait la mise en place du tiers payant à l'époque où François FILLON et Nicolas SARKOZY étaient au pouvoir, ou est-ce que c'est nous qui l'avons mis en place ? C'est nous. Est-ce que nous avons rétabli ou pas les comptes de la Sécurité sociale de telle sorte à pouvoir renforcer notre système de protection sociale et renforcer la solidarité en France ? Oui. Et est-ce que nous l'avons fait au détriment de l'hôpital public – j'indiquais tout à l'heure que nous avons mis 10 milliards d'euros pour moderniser les hôpitaux et que nous avons créé 31.000 emplois de soignants dans les hôpitaux ? C'est nous qui l'avons fait. Est-ce qu'il existait…

PATRICK COHEN
Mais Muriel vous a entendu déjà…

BERNARD CAZENEUVE
Non, mais peut-être…

PATRICK COHEN
Dérouler cet argumentaire…

BERNARD CAZENEUVE
Peut-être, mais la politique ce sont des actions dont on décide de la mise en oeuvre, et des faits, et on peut toujours considérer qu'il puisse y avoir plus à gauche. Moi j'invite simplement chaque auditeur, et chaque Français, à constater quel est le bilan de ce quinquennat, dans le domaine de l'éducation, pour la jeunesse, où nous avons créé le Service civique, où nous avons créé 500 millions de bourses supplémentaires, où nous avons créé 40.000 logements étudiants de plus, où nous nous sommes mis en situation de cautionner les étudiants et les jeunes qui ne peuvent pas avoir accès à un logement parce qu'ils n'ont pas de revenu, désormais ils pourront bénéficier de la caution de l'Etat. Nous avons fait 6 milliards d'allégements de fiscalité pour les plus modestes des Français depuis 2014. Nous relevons le plafond de la CSG pour que les retraités les plus modestes paient moins de CSG, ou s'en trouvent exonérés, alors que le gouvernement précédent avait mis en place la demi-part des veuves. Et je pourrai comme ça pendant 10 minutes égrener tout ce que nous avons fait.

PATRICK COHEN
Oui, mais non.

BERNARD CAZENEUVE
Et donc, moi je tiens à ce que cette élection présidentielle ne soit pas simplement une occasion de bruit, de postures, de confrontations, qu'elle soit aussi l'occasion, et c'est mon rôle de Premier ministre que de le faire avec la plus grande honnêteté intellectuelle, de dire : voilà ce que nous avons fait, voilà ce qu'a fait la droite, voilà ce que la droite nous propose de faire, sur la retraite, allongement de l'âge de la retraite, faire en sorte que l'on remette en cause les conditions d'indemnisation des chômeurs, déremboursement pour les soins, il s'agit de lire le programme de celui qui a gagné la primaire, même s'il essaie d'en édulcorer le contenu, pour se rendre de ce qu'est le véritable programme de la droite aujourd'hui…

PATRICK COHEN
François FILLON.

BERNARD CAZENEUVE
Et donc j'invite tous les électeurs de gauche à bien comprendre aujourd'hui qu'entre ce que la droite a fait, ce qu'elle se propose de faire et ce que nous avons fait nous, et je viens d'expliquer, à travers quelques exemples, quelles sont les actions que nous avons posées, les décisions que nous avons prises, il y a une différence majeure. Et, aujourd'hui, ne pas créer les conditions du rassemblement de toute la gauche pour faire en sorte que la droite et l'extrême droite ne soient pas en situation d'appliquer leurs programmes, serait une faute politique majeure, compte tenu du moment historique particulier où nous nous trouvons.

PATRICK COHEN
Avant de revenir au standard, question de Frédéric METEZEAU.

FREDERIC METEZEAU
Oui, Monsieur le Premier ministre, la question de Muriel, notre auditrice dans le Calvados, finalement est-ce que ce n'est pas une question qui va au-delà de la présidentielle, quel que soit le résultat, est-ce qu'une recomposition ne sera pas nécessaire à gauche, il y a au moins deux gauches ? Vous vous venez de parler de toute la gauche, mais il y a plusieurs gauches, est-ce qu'il ne faudra pas, à un moment, retracer les cartes, les frontières et les limites, après la présidentielle ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais moi je suis un Premier ministre résolument de gauche et je souhaiterai qu'il n'y en ait qu'une qui se rassemble, de manière à faire en sorte que, encore une fois, dans le moment historique où nous nous trouvons, avec les populismes qui gagnent partout, la démagogie qui s'impose dans le vacarme et le bruit du débat politique, une droite dont on voit qu'elle assume, et c'est très bien ainsi, son conservatisme, et se propose de remettre en cause le modèle de protection sociale, nous ayons une gauche qui soit, encore une fois, suffisamment conscience du moment historique particulier où nous nous trouvons, pour rassembler ses forces.

FRÉDÉRIC METEZEAU
Mais ce n'est pas le cas ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais rien n'est le cas spontanément en politique, la politique c'est un combat. C'est par l'engagement que l'on prend la sincérité que l'on met dans le discours que l'on tient, les actes que l'on pose que l'on parvient à créer les conditions de la confiance et du rassemblement, en politique rien n'est jamais donné, c'est par l'énergie que l'on met sur le métier tous les jours que l'on parvient à créer les conditions du rassemblement et est-ce que vous imaginez qu'à la fin des années 60, lorsque François MITTERRAND s'emploie à rassembler une gauche éparse - qui elle-même est parfois dans l'antagonisme de ces familles - il le fait sans y mettre toute son énergie et toute sa force ? Moi je suis convaincu que les mois qui viennent - et qui sont les mois de la campagne présidentielle - peuvent permettre à la gauche de rassembler ses forces, peuvent permettre à la gauche aussi de dire sa différence avec la droite et l'extrême droite et ne pas le faire compte tenu du risque qui se présente au pays serait de la part de tous ceux dont le coeur bat à gauche totalement irresponsable et, moi, je veux être un Premier ministre qui rassemble tous ceux qui sont dans la conviction que le progrès est possible dans la société.

PATRICK COHEN
Une autre question d'auditeur, Thomas qui nous appelle de l'Oise, bonjour Thomas, nous vous écoutons.

THOMAS, AUDITEUR DE L‘OISE
Bonjour, bonjour Monsieur le Premier ministre.

BERNARD CAZENEUVE
Bonjour.

THOMAS
Vous avez été ministre de l'Intérieur, qu'est-ce que vous répondez au responsable du Front national qui accuse le gouvernement, qui vous accuse, de ne pas fermer les mosquées salafistes, des mosquées qui pourraient représenter un danger sur notre territoire ?

BERNARD CAZENEUVE
Je dis deux choses au Front national : je dis d'abord au Front national qu'il s'opposait à toutes les mesures antiterroristes, lorsqu'il s'est agi de mettre en place le PNR européen – qui permet de contrôler les flux de passagers à l'intérieur de l'espace européen mais aussi au moment du franchissement des frontières extérieures – madame LE PEN s'est faite nommée rapporteur pour avis de ce texte au Parlement européen pour s'y opposer ; lorsque j'ai proposé le blocage administratif des sites Internet qui appellent et provoquent au terrorisme, lorsque nous avons proposé l'incrimination pénale d'entreprises individuelles terroristes madame LE PEN s'y est opposée avec son parti ; lorsque nous avons fait voter la loi sur le Renseignement qui permet au Service de renseignements de disposer de davantage de moyens pour prévenir des attentats elle s'y est opposée...

PATRICK COHEN
Oui, et sur les mosquées salafistes ?

BERNARD CAZENEUVE
Donc premier élément de ma réponse, si vous me permettez, c'est que madame LE PEN parle beaucoup du terrorisme et accuse beaucoup mais elle s'oppose à tout ce qui permet de lutter ce qui permet de lutter contre le terrorisme, premier point ; Deuxième point, pour ce qui concerne les mosquées salafistes, je veux quand même rappeler que nous avons fermé une vingtaine de mosquées, que j'ai procédé à la fermeture de la mosquée de..., nous en avons fermées cinq récemment, que nous avons utilisé le moyen de l'état d'urgence pour cela, mais que l'on ne ferme pas des mosquées dans ce pays en contravention avec toutes les règles de droit et des principes constitutionnels parce que la lutte contre le terrorisme se fait dans le cadre de l'état de droit et, donc, madame LE PEN parle beaucoup, elle fait beaucoup de bruit, dans le bruit qu'elle fait il y a beaucoup de mensonges, ses mensonges sont destinés à dissimuler beaucoup d'impasses – y compris sur la question du terrorisme – et moi j'appelle les Français là aussi à bien sentir que la lutte contre le terrorisme ne peut se faire que dans le cadre de l'état de droit, que la lutte contre le terrorisme implique que tous les moyens de l'état de droit soient mobilisés pour faire en sorte que ceux qui veulent nous frapper n'y parviennent pas et, si nous avons arrêté autant de personnes et déjoué autant d'attentats cette année, c'est précisément parce que cette stratégie donne aussi des résultats et ça implique qu'on agisse au plan européen par la modification du code frontière Schengen, la réforme du système d'information Schengen, la lutte contre le trafic d'armes - elle s'oppose aussi à la directive destinée à lutter contre le trafic d'armes – ça suppose l'interconnexion des fichiers criminels, ce sur quoi nous nous mobilisons et nous nous battons. Donc, la campagne présidentielle doit être aussi l'occasion de bien montrer ce que sont les propos du Front national dans leur dimension démagogique et dans leur dimension souvent mensongère et de montrer aussi ce que nous faisons.

PATRICK COHEN
Une question, question d'auditeur aussi - si vous pouvez y répondre brièvement Bernard CAZENEUVE – Paul, de l'Hérault, qui vous demande : comment se fait-il que l'on trouve normal que des voitures soient brûlées le soir du 31 décembre ? On a exposé les statistiques tout à l'heure à 8 h, 650 voitures incendiées en tout, une hausse de 10 % sur un an, chiffre qui a été un peu masqué par votre successeur Bruno LE ROUX.

BERNARD CAZENEUVE
Non, non.

PATRICK COHEN
Si, si.

BERNARD CAZENEUVE
D'abord personne n'admet que l'on brûle des voitures et, s'il y a une mobilisation aussi forte des forces de l'ordre pendant la nuit du Réveillon et s'il y a une mobilisation aussi forte des forces de l'ordre dans les quartiers, c'est précisément parce que personne n'admet cela et, moi, je veux rendre hommage au travail des forces de l'ordre pour l'engagement qui est le leur pour éviter que ces actes ne se produisent. Ensuite...

PATRICK COHEN
Donc, ce n'est pas normal ?

BERNARD CAZENEUVE
Non ! Et, ensuite, au cours des cinq dernières années, les cinq dernières années, c'est-à-dire pendant ce quinquennat, le nombre de voitures brûlées pendant cette nuit particulière du 31 a diminué de 20 %, il faut quand même le signaler...

PATRICK COHEN
Oui, vous avez trouvé le point de référence qui vous arrange.

BERNARD CAZENEUVE
Non.

PATRICK COHEN
Mais si.

BERNARD CAZENEUVE
Le point de référence qui nous arrange sur l'insécurité, c'est ce que vous appelez le point de référence qui nous arrange, c'est le travail qui a été fait pendant le quinquennat. Quelle était la situation lorsque nous sommes arrivés, quelle est la situation que nous laissons et est-ce que les statistiques ont évolué à la baisse ou à la hausse ?

PATRICK COHEN
Sur un an, c'est à la hausse.

BERNARD CAZENEUVE
Parce qu'un quinquennat ça dure cinq ans...

PATRICK COHEN
Oui, mais…

BERNARD CAZENEUVE
C'est sur cinq ans que se juge l'action d'un quinquennat et, ça, vous pouvez difficilement le contester.

PATRICK COHEN
Si vous voulez on peut le faire pour le chômage, mais là c'est à la hausse.

BERNARD CAZENEUVE
Non, mais sur le chômage...

PATRICK COHEN
C'est à la hausse et sur un an c'est à la baisse.

BERNARD CAZENEUVE
Non, mais sur le chômage…

PATRICK COHEN
Et pour les voitures brûlées c'est l'inverse.

BERNARD CAZENEUVE
Sur le chômage il y a eu effectivement une augmentation du chômage, mais pas du chômage des jeunes qui a diminué pendant le quinquennat, et nous avons trouvé une situation en 2012 concernant l'appareil productif, les marges des entreprises, la désindustrialisation du pays qui nous imposait de prendre des mesures que nous avons prises et ces mesures commencent à donner des résultats, ce que je vous ai dit pendant votre émission.

PATRICK COHEN
Je vous présente Augustin TRAPENARD, bonjour Augustin…

AUGUSTIN TRAPENARD
Salue Patrick, bonjour Bernard CAZENEUVE,

PATRICK COHEN
Vous avez une question pour notre Premier ministre.

AUGUSTIN TRAPENARD
Oui,

BERNARD CAZENEUVE
Bonjour, bonne année.

AUGUSTIN TRAPENARD
Tous mes voeux et...

BERNARD CAZENEUVE
Plein de bonnes choses à vous.

AUGUSTIN TRAPENARD
Justement vous savez peut-être que tous les ans Médiapart ouvre ses colonnes à un citoyen qui se met dans la peau du président de la République et qui présente ses voeux aux Français, cette année leur choix s'est porté sur Assa TRAORE pour des voeux de fraternité, vous qui avez été ministre de l'Intérieur au moment du drame qui a frappé sa famille en juillet dernier, la mort tragique de son frère Adama TRAORE, qu'est-ce que ça vous inspire, comment est-ce que vous appréciez ce choix d'Assa TRAORE citoyenne-présidente pour Médiapart ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais moi je ne commente pas les choix éditoriaux et je comprends que et je souhaite même que dans l'espace historial, public français, chacun puisse dire ce qu'il a à dire même si ce qui est dit n'est pas ce que je dirais moi-même et donc la presse dans une démocratie, ce sont des indignations possibles, ce sont des confrontations possibles, ce sont des prises de position souhaitables ; et pour ce qui concerne la situation qui s'est produite dans le Val d'Oise avec la famille TRAORE, j'ai toujours souhaité que la vérité soit faite et j'ai toujours souhaité que l'ensemble des investigations qui sont en cours, l'ensemble des procédures judiciaires qui sont engagées permettent à la vérité d'advenir, parce que sur des sujets aussi graves on doit la vérité à la famille et moi je souhaite la vérité.

PATRICK COHEN
Boomerang dans 10 minutes, Augustin ?

AUGUSTIN TRAPENARD
Avec un romancier, ça me tient vraiment à coeur, c'est pour moi la sensation de la rentrée littéraire de janvier, il est dans la liste je le dis des France Inter, je le dis en avant-première, il est Russe, je l'avais reçu il y a cinq ans dans une émission d'été qui s'appelait Toute première fois sur France Inter, son deuxième roman s'appelle « Face au Styx », Dimitri BORTNIKOV dans Boomerang évidemment.

PATRICK COHEN
A tout à l'heure Augustin. 9 h moins 2, 8 h 58 si vous préférez...

SOPHIE ARAM
On est à la bourre.

PATRICK COHEN
Sophie ARAM, mais c'est à vous...

SOPHIE ARAM
Ce n'est pas grave.

PATRICK COHEN
Non, non, prenez votre temps, allez-y.

//diffusion de la chronique de Sophie ARAM//

SOPHIE ARAM
Sur ce j'espère que vous aurez le temps de répondre à chacun et chacune, bonne année Monsieur le Premier ministre.

BERNARD CAZENEUVE
Bonne année.

PATRICK COHEN
Et vous nous donnerez les réponses, on les diffusera. Merci à vous Sophie ARAM, à lundi prochain, merci Bernard CAZENEUVE...

BERNARD CAZENEUVE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 janvier 2017

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