Déclaration de Mme Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion, sur la mobilité (dite inclusive)et les déplacements physiques dans le cadre de l'autonomie et du handicap, Paris le 18 janvier 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion, sur la mobilité (dite inclusive)et les déplacements physiques dans le cadre de l'autonomie et du handicap, Paris le 18 janvier 2017.

Personnalité, fonction : NEUVILLE Ségolène.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion

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Bonjour à tous,


Hier, j'étais aux côtés du Président de la République pour inaugurer une fondation dont l'objectif est de démontrer que ce que l'on appelle les dépenses « sociales » - et que certains considèrent comme un poids pour notre société - sont en fait de véritables investissements d'avenir. En tant que secrétaire d'Etat chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l'exclusion, membre d'un Gouvernement qui affirme haut et fort cette vérité, en tant qu'élue d'un département rural qui a inventé le trajet à un euro, et aussi en tant que citoyenne, j'ai plaisir à participer avec vous aujourd'hui à cette rencontre de la mobilité inclusive.

L'importance des questions de mobilité, il faut bien l'admettre, n'a été reconnue que récemment dans le débat public. Alors que notre société se construit de plus en plus sur le mouvement, que nos vies dépendent de plus en plus de notre capacité à nous déplacer - 73% des salariés quittent par exemple chaque jour leur commune de résidence pour aller travailler, nous n'avons pris qu'assez tard la mesure de l'enjeu qu'elle représente.

La mobilité est évidemment géographique. Elle est nécessaire pour permettre aux personnes d'accéder physiquement à tout ce que la société a à leur offrir et de participer en retour à la vie collective. Pour mesurer l'importance de cette question, il suffit de rappeler que des millions de personnes se retrouvent aujourd'hui empêchées dans leurs déplacements, que ce soit en raison d'un handicap, de l'absence de moyens de transports ou de leur difficulté à les utiliser, ou tout simplement en raison de leur isolement. Elles ne peuvent de ce fait accéder, et dans des conditions décentes, ni à l'emploi, ni aux soins, ni aux loisirs, ni à la vie citoyenne…

Les freins à cette mobilité sont liés aux territoires et à leur évolution vers une concentration des zones d'accès aux biens et aux services – c'est par exemple le phénomène de désertification des campagnes. Ils sont également économiques et matériels, car tous aujourd'hui n'ont pas les moyens de financer leurs transports, et ils peuvent enfin être liés aux difficultés spécifiques rencontrées par les personnes, puisque se déplacer implique bien souvent de maîtriser la langue, d'être en capacité de demander son chemin lorsque l'on est perdu, ou encore de savoir lire un plan de circulation de bus.

Cette situation a un coût pour la société : vous le savez, 50% des personnes en parcours d'insertion ont déjà dû refuser un emploi pour des questions de mobilité. Quel gâchis pour nous tous si, après avoir investi dans des dispositifs d'accompagnement, de formation, d'orientation professionnelle, ces efforts achoppent au final sur l'impossibilité pour les personnes de se déplacer !

Mais je considère également que la notion de mobilité dépasse largement le cadre des déplacements physiques. Elle interroge les questions d'autonomie et d'émancipation : gagner en mobilité est un moyen de rendre la Cité accessible à tous et de garantir à terme la capacité de chacun à y évoluer librement face aux accidents de la vie, à l'évolution de la société et à ses souhaits de développement personnel, c'est-à-dire finalement d'accéder à ses droits.

En outre, la mobilité peut être qualifiée d'inclusive lorsqu'elle permet à tous de s'adapter à de nouveaux environnements et d'y être acceptés en retour comme des citoyens à part entière.

Qui peut nier aujourd'hui, pour prendre un exemple dans le champ du handicap, que l'accès des personnes concernées à l'exercice de leurs droits passe non seulement par des dispositifs visant à les « rapprocher » de l'emploi, de la culture, du sport, de l'exercice de la citoyenneté, mais également par un travail de sensibilisation de la société dans son ensemble ?

Le concept de mobilité inclusive en effet nous concerne tous. Il nous impose de réfléchir à l'accès aux biens et aux services pour l'ensemble des citoyens, en tenant compte de la fracture numérique, de l'isolement de certains, des déficiences physiques ou cognitives des autres, de l'existence selon les personnes de codes culturels différents… Il nous invite par ailleurs collectivement à l'acceptation de l'autre et à oeuvrer pour une société plus accueillante à la différence, une société où chacun peut nourrir des rêves, faire des choix, s'épanouir, avoir des projets. Autrement dit une société permettant l'émancipation de tous. C'est cette double exigence que nous devons collectivement nous imposer si nous souhaitons faire de la mobilité un vecteur de cohésion nationale.

Vous l'aurez compris, ce que je place dans l'objectif de mise en oeuvre d'une mobilité inclusive digne de ce nom, recouvre en réalité une multitude de domaines et de chantiers. J'irais même plus loin. En raison des progrès techniques, technologiques et de l'élaboration de réponses nouvelles issues de l'innovation sociale, il est certain que nous pourrons dans le futur rendre accessibles plus de lieux et de services que nous savons le faire aujourd'hui.

Pour illustrer mon propos, je ne prendrai qu'un seul exemple : longtemps, l'accessibilité des conversations téléphoniques aux personnes sourdes a été considérée comme un objectif inatteignable ; grâce au numérique et à l'appel « en visio », c'est désormais un chantier ouvert dans la loi pour une République numérique qu'a portée le Gouvernement devant le Parlement.

Autrement dit, non seulement la mobilité inclusive se décline en une multitude de chantiers, mais elle est aussi amenée à être réinterrogée, réactualisée, et étendue à des secteurs ou des sujets que l'on pensait inaccessibles par nature à certains de nos concitoyens. C'est la raison pour laquelle le Gouvernement a lancé, en partenariat avec Bpifrance, le « Concours handicap et innovation » qui a pour objectif de faire émerger de nouvelles solutions répondant aux besoins de personnes en situation de handicap. Parmi les lauréats, on compte le beau projet « I Wheel Share » d'Audrey SOVIGNET, laquelle a été invitée à participer à vos échanges cet après-midi.

J'en reviens à mon propos initial. Parmi les chantiers que le Gouvernement s'est attaché à faire avancer, on compte bien sûr celui de l'accessibilité de la ville.

Accéder à la ville, pour les personnes en situation de handicap, cela signifie pouvoir se rendre dans les commerces, dans les lieux de culture, dans les mairies… Notre pays accuse un retard certain en matière d'accessibilité du bâti aux personnes en situation de handicap. En effet, si la loi « handicap » de 2005 donnait 10 ans aux responsables d'établissements recevant du public pour faire des travaux, un rapport du Sénat publié en 2012 révélait que seuls 300 000 établissements, sur le million estimé, étaient aux normes.

C'est la raison pour laquelle le Gouvernement a eu recours à une ordonnance, l' « ordonnance accessibilité », qui a permis la création de ce que l'on appelle les agendas d'accessibilité programmée, les Ad'AP, qui sont des documents via lesquels les responsables chiffrent les travaux nécessaires et s'engagent à les réaliser dans des délais resserrés - la plupart du temps deux ans. A ce jour, les Ad'AP enregistrent des résultats très encourageants. Depuis décembre dernier, on compte en effet 384 000 établissements accessibles et près de 594 000 engagés dans la démarche « Ad'AP ».

Je l'évoquais tout à l'heure, accéder à la ville, notamment lorsque l'on est à la campagne, implique de pouvoir se déplacer. C'est la raison pour laquelle l'ordonnance accessibilité implique aussi un volet « transports ». A ce jour, les autorités organisatrices de transports, les AOT, sont elles aussi entrées dans le dispositif Ad'AP qui leur est dédié. On en compte 521. Aux dernières nouvelles, 253 d'entre elles ont déposé leur Ad'AP et 131 autres sont entrées dans la démarche.

En outre, en novembre dernier, une charte d'engagement a été signée entre l'Etat et la SNCF. Via cette charte, la SNCF s'est engagée à rendre accessibles aux personnes handicapées 160 gares nationales (desservies par TGV ou Intercités) supplémentaires d'ici à 2024, ce qui représente plus de 800 millions d'euros d'investissements.

Des solutions existent, et la créativité de la société civile est comme bien souvent inépuisable. Et c'est à l'évidence une bonne nouvelle, car ce n'est qu'ensemble que nous pourrons relever ce défi.


Je vous remercie.


Source http://social-sante.gouv.fr, le 20 janvier 2017

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