Déclaration de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, sur l'accompagnement et l'aide aux victimes, à Paris le 12 décembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, sur l'accompagnement et l'aide aux victimes, à Paris le 12 décembre 2016.

Personnalité, fonction : MEADEL Juliette.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes

Circonstances : 7ème Conférence des Présidents des 130 associations d'aide aux victimes sur le territoire, adhérentes de la Fédération nationale des associations d'aide aux victimes (Inavem), à Paris le 12 décembre 2016

ti : Mesdames, Messieurs,


Je remercie l'INAVEM de m'avoir conviée à cette septième conférence des présidents des associations d'aide aux victimes.

Si je suis parmi vous aujourd'hui, c'est parce que je suis convaincue que la politique d'aide aux victimes ne se construit pas dans les vases clos des pouvoirs publics. Depuis ma nomination je travaille main dans la main avec ceux qui sont sur le terrain et qui font l'aide aux victimes chaque jour.

Je tiens à saluer votre engagement et le travail de qualité que vous conduisez. Notre mission est difficile et belle. J'ai pu constater à l'occasion de mes déplacements la grande mobilisation des professionnels de vos associations, qu'il s'agisse de se mobiliser en urgence ou d'accompagner une personne particulièrement vulnérable.

Permettre à chacun d'être accueilli, écouté, orienté, pris en charge sur le plan psychologique, c'est offrir à chacun la possibilité de se reconstruire.

En 1982, Robert Badinter mettait en place la Commission d'Etude et de Propositions dans le domaine de l'aide aux victimes entouré notamment de magistrats, de médecins, de professionnels du secteur social et de gendarmes. Son rapport mettait l'accent sur le fait que la détresse, le besoin d'aide et le droit à la réparation doivent être considérés du point de vue de la victime. Ce point de vue vous le défendez depuis la création des premières associations en 1983, c'est un combat que je soutiens et pour lequel je vous remercie.

Aujourd'hui vous êtes 130 associations conventionnées et fédérées à l'INAVEM, vous accompagnez gratuitement les victimes sur l'ensemble du territoire dans les tribunaux, dans les commissariats, dans les hôpitaux, dans les mairies, au plus près des besoins des victimes. Les budgets consacrés à l'aide aux victimes progressent depuis deux ans.

Historiquement les associations d'aide aux victimes sont très ancrées sur le terrain judiciaire. Mais juger ne suffit pas à rendre justice. Pour la victime, l'agression n'est nullement une infraction, et l'accident n'est pas en premier lieu une erreur ou une faute à élucider, c'est d'abord un malheur. A cet égard, j'ai soutenu auprès du Garde des Sceaux la proposition faite par les avocats quant à une méthode d'évaluation spécifique du préjudice d'angoisse des victimes directes, et du préjudice d'attente des victimes indirectes ; car la nécessité de leur reconnaissance pleine et entière ne fait aucun doute à mes yeux. Je me réjouis d'ailleurs que vous abordiez cet après-midi les « nouveaux horizons » en matière d'aide juridique pour les victimes, car c'est là un point essentiel sur lequel travailler.

L'approche judiciaire ne saurait suffire. Notre rôle est aussi de trouver de meilleures façons de prendre soin des victimes. Les attentes des publics que nous prenons en charge ont évolué. Pour faire face aux attentats, vous avez dû vous renforcer et pour certains, faire évoluer vos pratiques. Moins de juridique peut être, plus de social et d'intervention, des dispositifs spécifiques. Cette évolution doit se poursuivre.

Sur ce point, je voudrais insister sur la prise en charge psychique, dont la nécessité est encore mal ancrée dans les esprits. Je souhaite faire progresser cette question, et c'est à cet effet que j'ai lancé ce lundi un cycle de « tables-rondes psy » afin de penser avec les professionnels de santé les pratiques déjà existantes et celles encore à inventer. Ces réflexions ne manqueront pas de nourrir notre politique de prise en charge des besoins de chacun – quels que soient ces besoins.

Ce travail que nous menons ensemble, nous le menons au nom de l'intérêt général, comme je l'ai dit. En créant un secrétariat à l'aide aux victimes rattaché au Premier ministre, le gouvernement souhaitait installer la « fraternité » au sommet de l'Etat. La « parente pauvre » de la devise républicaine, comme l'appelle Mona Ozouf, se retrouvait ainsi mobilisée et motrice au coeur de la puissance publique.

S'il s'agissait alors de répondre à un besoin urgent et une nécessité républicaine face à la menace terroriste qui se présentait, nous devons proposer une vision politique large à long terme, un projet commun de solidarité. Un projet qui doit rassembler au-delà des Etats. C'est le sens que j'ai voulu donner à la conférence internationale de l'aide aux victimes qui se tiendra les 9 et 10 janvier. Car, vous le savez, la fraternité qui nous est si chère s'entendait d'abord comme fraternité entre les peuples portés par ce même souffle démocratique.

Dans nos démocraties où le lien social est parfois menacé, la solidarité se forme sur nos émotions partagées d'indignation devant le corps souffrant et son ignominieux agresseur. La victime devient notre commune mesure. Mais, hors de tout cadre, la pure colère contre les persécuteurs ou la pure pitié pour les victimes ne mènent qu'à la confusion.

Le rôle du politique, ici, est de rendre possible le passage d'une indignation vaine qui reste à un stade émotionnel de son expression, à une indignation féconde. Un sentiment qui sache dépasser ce stade pour entrer dans une démarche réfléchie, une démarche qui s'inscrive sur tout le territoire et de manière pérenne.

Sur tout le territoire, car la solidarité ne peut se faire au détriment de l'égalité de traitement. Toutes les victimes, où qu'elles soient, doivent pouvoir bénéficier d'un même accès à l'information et à leurs droits.

Car si depuis 30 ans, vous oeuvrez quotidiennement aux côtés des victimes des infractions, de violences, d'accidents ou de catastrophes diverses, 2015 nous a plongé dans une dimension nouvelle de l'accompagnement des victimes avec en quelques mois plus de victimes de terrorisme que depuis la création de l'INAVEM. Les réponses à apporter se devaient donc d'évoluer. Sur la prise en charge psychologique comme je viens de le dire mais aussi dans l'organisation générale du soutien aux victimes dans l'urgence et dans la durée.

C'est le sens du maillage territorial que j'ai voulu réaffirmer en matière de terrorisme avec le déploiement de comités locaux de suivi des victimes sur chaque département.

Ces comités sont l'occasion pour vous, associations, de vous réaffirmer localement et de consolider des partenariats pérennes et apaisés, l'un ne va pas sans l'autre. A cet égard, je compte sur la prochaine convention autour du nouveau centre d'accueil et d'information à Nice, liant la Fédération Nationale des Victimes d'Attentats et d'Accidents Collectifs, l'Association française des Victimes du Terrorisme et l'association Montjoye, pour nous servir à tous d'exemple. L'augmentation des moyens de l'aide aux victimes ne saurait donner de résultats, sans le concours d'une meilleure collaboration et d'une définition plus cadrée des charges qui incombent à chacun.

Cette solidarité doit aussi être assurée à long terme. C'est le sens de la création d'un secrétariat général à l'aide aux victimes en 2017. Ce service public de l'aide aux victimes pourra alors s'inscrire définitivement dans des perspectives larges en bénéficiant de sa position interministérielle, et dans un temps long en échappant au calendrier électoral.

Nos moyens se sont aussi adaptés aux usages des citoyens. L'utilisation du numérique et la dématérialisation des procédures font partie des attentes naturelles des victimes comme de tous les citoyens.

Le Secrétariat d'Etat a ouvert en juillet dernier une plateforme numérique d'aide aux victimes qui recense depuis plus de 35 000 visites et sur laquelle les victimes peuvent soumettre leur dossier.

De votre côté, vous diffusez aujourd'hui une application mobile « Aidez-moi » qui répond à ces usages de la vie quotidienne en délivrant des informations locales et des renseignements généraux. C'est un outil qui vient utilement compléter ceux développés par les pouvoirs publics.

Grâce aux efforts combinés de la société civile que vous incarnez dans toute sa vivacité citoyenne, et des pouvoirs publics, les victimes ne seront plus seules. L'humilité qui nous incombe ne doit pourtant pas nous empêcher d'être fiers de notre action, encore moins freiner notre envie commune de poursuivre cet élan de solidarité qui nous unit.


Je vous remercie.


Source http://www.gouvernement.fr, le 25 janvier 2017

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