Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, Premier ministre, en réponse à diverses questions portant sur les relations diplomatiques entre la France et les Etats-Unis, au Sénat le 26 janvier 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, Premier ministre, en réponse à diverses questions portant sur les relations diplomatiques entre la France et les Etats-Unis, au Sénat le 26 janvier 2017.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Séance des questions d'actualité au Sénat le 26 janvier 2017

ti : Le président Trump multiplie les déclarations surprenantes, inquiétantes pour ceux qui, comme nous, sont attachés à un ordre du monde fondé sur la liberté, la tolérance et le respect. La France continuera de porter haut ces valeurs. Les Européens doivent prendre en main leur destin, et d'abord se protéger contre le terrorisme : Frontex monte en puissance - j'ai demandé, avec Thomas de Maizière, des exercices grandeur nature - et la réforme du code Schengen, notamment de son article 7-2, est engagée. Nous devons contrôler toutes les entrées, y compris de ressortissants européens revenant de théâtres d'opérations djihadistes. Interconnexion des fichiers, PNR, directive sur les armes à feux... : nous devons agir vite.

L'Europe doit aussi défendre son modèle de société et ses intérêts économiques. Si les États-Unis se replient sur eux-mêmes - mais je ne doute pas que les industriels américains sauront faire entendre au nouveau président tous les méfaits du protectionnisme - nous devons, pour notre part, nous garder de toute naïveté. Le plan Juncker de 300 millions d'euros va dans le bon sens.

Sur le climat et la COP21, le président Trump a tenu des propos que l'on ne peut accepter, et qu'il faut combattre. Nous continuerons à agir pour que l'accord soit intégralement appliqué.

La défense européenne, elle, doit passer du concept à la réalité. Une poignée de pays ne peuvent continuer à assumer seuls la défense du continent. Des investissements, des unions entre nos industries de défense sont nécessaires. Le président de la République, avec la chancelière, est déterminé à agir, comme il le fait depuis quatre ans et demi.

Malgré les propos excessifs que l'on a entendus - sans doute regrettables de la part du plus haut responsable politique d'une grande puissance - on ne peut rien contre le temps long de l'histoire, pour reprendre une notion chère à Fernand Braudel. Le temps long de l'histoire nous dit que nous sommes unis aux États-Unis par des liens que rien ne peut détruire. En tant qu'élu de Normandie, je n'oublie pas le jour où les Américains ont foulé le sol de notre pays pour aider à sa libération. Nos deux pays étaient liés par la même aspiration à la liberté et à la tolérance, par la même conception du respect que les grandes nations se doivent.

Cela dit, la France et l'Union européenne doivent agir vite et apporter aux propos du président Trump une réponse ferme et claire. S'agissant de l'environnement, la France et l'Europe ont réussi à emporter la conviction d'autres grandes nations pour parvenir à la signature de l'Accord de Paris sur le climat. Nous mettrons la même énergie à le faire appliquer.

Face au terrorisme, qui déstabilise le monde, l'Union européenne doit faire la preuve de sa puissance : cela passe, je l'ai dit par la réforme du code Schengen, la montée en puissance de Frontex, la mise en place rapide du PNR, de l'interconnexion des fichiers...

La réponse à la crise migratoire passe, elle, par un dialogue renforcé avec l'Afrique et notamment les pays du Sahel, par la coopération et le développement.

La France s'est très fortement mobilisée pour parvenir à un accord sur le nucléaire iranien, et nous ferons en sorte de le préserver.

Sur tous ces sujets, nous devons agir en coopération étroite avec l'Allemagne. C'est également indispensable pour renforcer la défense européenne par des investissements et des unions entre nos industriels. L'Europe doit aussi défendre sans naïveté ses intérêts économiques et commerciaux, défendre ses filières d'excellence.

Nous souhaitons enfin que le multilatéralisme l'emporte sur les excès et les outrances, pour que l'ordre mondial repose sur la paix, la tolérance, le respect et la liberté.

Les déclarations de fermeté sont importantes, mais les actes comptent davantage, et c'est pourquoi nous avons mis fin à la baisse des effectifs militaires, mis en oeuvre scrupuleusement la loi de programmation militaire, fait en sorte de conserver toute son efficacité à notre dissuasion.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 février 2017

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