Interview de Mme Hélène Geoffroy, secrétaire d'Etat à la ville à RMC le 14 février 2017, sur la politique de la ville et la lutte contre les discriminations. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Hélène Geoffroy, secrétaire d'Etat à la ville à RMC le 14 février 2017, sur la politique de la ville et la lutte contre les discriminations.

Personnalité, fonction : GEOFFROY Hélène, DUCHEMIN Raphaëlle.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la ville;

ti :


RAPHAËLLE DUCHEMIN
Bonjour Hélène GEOFFROY.

HELENE GEOFFROY
Bonjour.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Merci d'être avec nous dans Bourdin Direct ce matin, la banlieue, c'est quelque chose que vous connaissez bien, vous êtes élue de Vaulx-en-Velin, Vaulx-en-Velin faut-il le rappeler, qui a été par le passé théâtre aussi de violences urbaines. Alors il y a eu cette nuit encore des incidents en banlieue, je vais citer peut-être Goussainville, Clichy, d'autres villes aussi de la banlieue parisienne, mais pas seulement, ont connu, comme à Argenteuil, comme à Bobigny, des incidents, des interpellations. Ma question est simple, Hélène GEOFFROY, l'Etat est-il impuissant face à ça aujourd'hui ?

HELENE GEOFFROY
Bien sûr que non, mais c'est un travail qui ne peut être… une réponse qui ne peut être que collective en réalité. Hier le Premier ministre réunissait avec le ministère de l'Intérieur et moi-même des associations, celles connues sur le champ de la lutte contre les discriminations…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Oui, Dominique SOPO était à votre place, à ce micro hier matin sur RMC.

HELENE GEOFFROY
… mais aussi les acteurs de la politique de la ville que sont les associations de médiation sur le terrain. Aujourd'hui au moment où nous en sommes, ce sont celles que nous devons continuer à mobiliser, elles sont présentes, elles nous ont dit la nécessité que nous refassions des lieux de débats et de dialogues pour continuer à rapprocher…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais ils existent ces lieux de débats, ils ne fonctionnent plus aujourd'hui ?

HELENE GEOFFROY
Non, ils doivent être, de mon point de vue, renforcés. Des actions existent depuis deux ans, nous finançons des actions sur le champ de la relation, du rapprochement entre les jeunes et la police, malgré tout, il faut les multiplier et c'est la raison pour laquelle nous avons décidé hier de pouvoir faire des rencontres territoriales sur la thématique du rapprochement police-population en mobilisant tous les médiateurs que nous avons remis sur le terrain.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
C'est la raison pour laquelle effectivement le ministre de l'Intérieur sera en banlieue pour parler rapprochement population-police justement. Je vous repose la question autrement, comment on remet du calme dans les banlieues aujourd'hui après l'affaire Théo ? Qu'est-ce qu'on dit ?

HELENE GEOFFROY
D'abord il faut dire évidemment que la justice sera au rendez-vous, ce que demandent les habitants des quartiers populaires.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Mais ça vous l'avez dit.

HELENE GEOFFROY
Oui, mais il faut que nous continuons à l'incarner, à l'exprimer au travers finalement de ce que sont les réalités, la justice prend du temps, c'est normal, pour mener une action qui est importante, elle sera exemplaire. Et puis il faut que du coup tous ceux qui travaillent sur le terrain, nos médiateurs, délégués du préfet, tous ceux-là qui sont au contact aussi puissent exprimer aussi cette réalité-là. Et pour se faire il faut incarner les choses. Moi, je crois beaucoup à ce qui est opératoire, parce que vous l'avez dit, j'habite Vaulx-en-Velin.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Alors effectivement vous habitez Vaulx-en-Velin, mais j'ai le souvenir de Fadela AMARA qui comme vous connaissait bien la banlieue, qui comme vous a été sur le terrain, s'est occupée de la politique de la ville, a fait un plan Marshall et combien de plans Marshall y a-t-il eu pour la banlieue ? François LAMY s'en est occupé aussi et finalement on s'aperçoit que les années passent et que le problème de fond n'est toujours pas réglé.

HELENE GEOFFROY
Les choses sont lentes à remettre en place. Vous savez sur la question de la police, moi je l'ai vécu localement, lorsque la police de proximité a été supprimée, la réalité c'est que c'est d'abord dans nos quartiers populaires qu'elle a été enlevée et aujourd'hui tout au long de ce quinquennat, en recrutant des policiers, nous avons voulu les y remettre, remettre les enseignants, nous avons remis, aider à remettre, réconforter le tissu associatif, mais il faut un peu de temps. Mais nous pouvons faire confiance aux habitants de nos quartiers populaires, vous savez chaque fois qu'il y a un élément de violence, ce sont les premiers qui en pâtissent parce que ce sont les jeunes ensuite qui ont du mal à trouver du travail.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Alors les jeunes justement, ils sont au coeur des violences qui ont lieu en ce moment, ils sont aussi au coeur des actions à mener, je pense par exemple à la Garantie jeunes, puisque François HOLLANDE sera dans un peu moins de deux heures maintenant à Aubervilliers pour en parler, pour faire le point, pourquoi Aubervilliers ? Tout simplement parce que c'est là que l'expérimentation a démarré, c'est là-bas que ça a été testé pour la toute première fois, mais ça fonctionne ailleurs aussi, par exemple à Orléans où Pierre GALLACCIO s'est rendu hier à la mission locale.

PIERRE GALLACCIO
Après trois ans d'inactivité, Quentin, 24 ans vient de signer un CDD d'un an en tant que carrossier grâce à la Garantie jeunes.

QUENTIN
Déjà de se lever de bonne heure pour aller à la mission locale tous les jours, déjà ça redonne un rythme de travail. On a refait le CV, la lettre de motivation et tous les papiers.

PIERRE GALLACCIO
Faire tout cela tout seul, c'était trop dur.

QUENTIN
Quand on n'a pas de soutien, au bout d'un moment, se prendre des réponses négatives, au bout d'un moment, il y en a marre.

PIERRE GALLACCIO
Un coup de pouce pour gagner en confiance et pouvoir être d'abord testé pendant un stage, Christophe SOUCHARD (phon) le patron de cette carrosserie ne connaissait pas la Garantie jeunes, mais Quentin l'a épaté.

CHRISTOPHE SOUCHARD
Il est arrivé à pied tranquille en me demandant si je prenais des stagiaires. Je l'ai pris en stage d'un mois. Voilà, c'est quand même le jeune qui vient vers toi, donc tu te dis, oui il y a quelque chose à en faire, je pense.

PIERRE GALLACCIO
Une réussite pour Faiza SABERT (phon) conseillère à la mission locale d'Orléans.

FAIZA SABERT
Nous en Garantie jeunes, notre objectif, c'est l'autonomie, on pousse à maximum le jeune à faire de lui-même, après bien sûr la mission locale a son réseau, on a des offres en interne, nos partenaires.

PIERRE GALLACCIO
En quatre mois 75 jeunes d'Orléans ont bénéficié du système et 15 ont trouvé un emploi stable.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Hélène GEOFFROY, quand on est en charge de la politique de la ville, qu'on voit qu'il y a des résultats avec cette Garantie jeunes, on se dit quoi, que c'est un bon début pour justement retisser le dialogue avec les jeunes qui sortent du système ?

HELENE GEOFFROY
Vous parliez de la loi que nous avons faite avec François LAMY en 2014, elle a été concoctée du renouvellement urbain, vous savez la transformation physique de nos quartiers, il fallait s'occuper de l'emploi et de l'éducation comme priorité absolue. Et ce que nous avons fait avec la Garantie jeunes, c'est s'assurer que les jeunes de France, bien sûr y ont accès, mais surtout les jeunes des quartiers populaires et pour la première fois en dix ans, le chômage baisse aussi dans nos quartiers populaires. C'est insuffisant, c'est 3 % sur l'année qui vient de s'écouler…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Est-ce qu'ils le voient, est-ce qu'ils s'en rendent compte parce que c'est aussi ça le problème, est-ce que les jeunes ont conscience qu'ils ont tout ça à la disposition ?

HELENE GEOFFROY
Pas toujours, parce que nous avons aussi un travail d'explications, mais ce sont des vies individuelles qui sont en train de changer. Et je peux en témoigner au travers la Garantie jeunes, des emplois d'avenir, nous avons fait en sorte que quand une politique est déployée partout en France, elle le soit aussi dans nos quartiers populaires et ce n'était pas toujours le cas. Nous avons travaillé avec les jeunes diplômés, je le dis aussi, qui à diplôme égal trouvent moins de travail que des jeunes des quartiers plus favorisés et c'était un sujet pour notre pacte républicain. Aujourd'hui nous travaillons à leur donner du réseau comme les jeunes de la Garantie jeunes.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
C'est important aussi d'essayer de leur faire passer ce message, vous le disiez vous-même, vous le reconnaissiez il y a quelques instants, ils ne sont pas tous au courant qu'ils ont ces outils-là à leur disposition ?

HELENE GEOFFROY
Evidemment parce que quand les jeunes sont éloignés, sont dans de la grande précarité…

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Vous allez comment les chercher ?

HELENE GEOFFROY
On va les chercher, moi c'est le côté opératoire dont je vous parlais, de même que je fais des réunions territoriales pour parler des questions police-population, là aussi nous avons les acteurs de terrain qui sortent, qui ne sont pas dans leur bureau et qui vont chercher les jeunes là où ils sont, mais c'est un travail de dentelle, et il nécessite d'avoir de la continuité dans l'action et vous le voyez, les résultats commencent à émerger sur le champ de l'emploi et il faut que nous maintenions l'effort.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Merci Hélène GEOFFROY d'avoir été avec nous ce matin en direct sur RMC.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 février 2017

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