Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "France Inter" le 14 février 2017, sur les relations entre la police et les jeunes, sur les propositions de Benoît Hamon sur le travail. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "France Inter" le 14 février 2017, sur les relations entre la police et les jeunes, sur les propositions de Benoît Hamon sur le travail.

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Stéphane LE FOLL.

STEPHANE LE FOLL
Bonjour.

PATRICK COHEN
Il y a une mesure qui permettrait de rétablir la confiance entre la police et les jeunes de banlieue, c'est une attestation nominative qui serait délivrée à chaque contrôle d'identité. Vous avez reconnu la promesse de François HOLLANDE de 2012, et celui qui parle ainsi, celui qui a en parlé ainsi, il était assis à votre place hier matin, c'est le Défenseur des droits Jacques TOUBON. Que lui répond le gouvernement ?

STEPHANE LE FOLL
Le gouvernement lui répond que, après y avoir réfléchi, longtemps, cette question du récépissé, qui a été présentée, et je me souviens très bien des débats qu'il y a eu, comme une solution, puisque c'était l'idée que chaque contrôle donnait droit à un papier qui pouvait donner, pour celui qui le recevait, ce papier, donc qui avait été contrôlé, le fait de dire au policier suivant : « j'ai déjà été contrôlé. » Ce papier, on peut comprendre aussi que ce soit fragile, je l'ai, je ne l'ai pas, et que les caméras, telles qu'elles sont prévues aujourd'hui, sont une bien meilleure réponse dans le rapport entre celui qui contrôle, le policier, et le contrôlé, pour faire en sorte que le respect qui est nécessaire dans toute interpellation, le respect de la loi, la respect des règles, soit vérifiable, et avec une caméra je pense qu'on est là dans un sujet beaucoup plus efficace et qui a beaucoup plus de capacités à sécuriser, justement, toutes ces interventions.

PATRICK COHEN
Pour Jacques TOUBON il ne faut pas de papiers, il propose une autre solution, mais qui permet la traçabilité des contrôles, il l'a expliqué longuement hier matin.

STEPHANE LE FOLL
C'est laquelle ?

PATRICK COHEN
C'est un système de double anonymisation en l'occurrence, pour à la fois le policier et pour la personne contrôlée, pour qu'il n'y ait pas de concours à la réception de papiers.

STEPHANE LE FOLL
Moi je pense que la caméra, franchement, aujourd'hui après… ce n'est pas moi en discute, ce n'est pas moi qui ai regardé tout ça, mais je pense que même les policiers considèrent qu'aujourd'hui c'est un outil qui va permettre de jouer la transparence la plus totale et d'éviter ce qui s'est passé, les dérapages, et ça c'est très important de le rappeler.

PATRICK COHEN
Mais enfin il y avait une caméra, ça a été filmé en l'occurrence… ça n'a pas empêché le dérapage.

STEPHANE LE FOLL
Pas par les policier, c'est une caméra qui était, une caméra de surveillance.

PATRICK COHEN
Absolument. Et pour l'histoire je rappelle que la promesse, cette promesse de François HOLLANDE du récépissé, elle a été relayée par Jean-Marc AYRAULT, Premier ministre, mais enterrée par Manuel VALLS, ministre de l'Intérieur, il y a eu un bras de fer entre les deux hommes et c'est Manuel VALLS qui a eu le dernier mot.

STEPHANE LE FOLL
Mais sur ce sujet je l'ai dit, je ne suis pas là pour dire « non », mais dans les discussions que j'ai pu avoir, dans ce que je sais, je vous l'ai dit assez rapidement, la question du récépissé, peut donner des solutions, mais on voit bien aussi sa fragilité, celui qui a le récépissé il le garde ou il ne le garde pas, il le perd ou il l'a, franchement, il faut regarder tout ça avec beaucoup de franchise, de transparence et de volonté d'aller vers la transparence.

PATRICK COHEN
Il aurait mieux valu le regarder avant de le promettre. Que vient faire François HOLLANDE en banlieue parisienne ce matin, il est attendu à Aubervilliers ?

STEPHANE LE FOLL
Oui. Que vient faire François HOLLANDE ? Il est président de la République et il a, comme il l'avait fait avec la visite à Théo, une volonté d'être présent, de montrer que… Je connais les débats sur, rien n'a été fait – des choses ont été faites, des choses bougent. Il y a encore de gros problèmes, mais les choses sont en train de bouger, à la fois sur – c'est l'objet de la Garantie Jeunes, et je l'ai constaté chez moi dans mon département, ce que c'était que ce système qui prenait des jeunes éloignés du marché du travail, qui les encadrait pendant près d'1 an et qui leur donnait les moyens de faire des choix en termes de possibilités professionnelles, ça c'est très important. Et puis de continuer aussi les grands enjeux liés aux Emplois d'Avenir, et emplois spécifiques, qui ont été salués d'ailleurs par un rapport, pour une fois, de la Cour des comptes, pour dire que ça avait eu un impact positif, et en même temps cette volonté que les jeunes de banlieue ont de pouvoir réussir, ça c'est un vrai sujet. Un sujet que moi j'ai constaté aussi au Mans, qui m'avait conduit à créer ce qu'on appelle « une fabrique » aujourd'hui, parce que les jeunes ont besoin, ont envie de créer, faut-il pouvoir les accompagner justement dans la création de nouvelles entreprises. Ils ont cette volonté : on veut être comme tout le monde, on veut pouvoir aussi, nous, réussir, accéder à des emplois et faire de notre vie quelque chose de motivant.

PATRICK COHEN
68 jours, Stéphane LE FOLL, nous sommes à 68 jours du premier tour, qui est, à vos yeux, la meilleure chance de la gauche de succéder à François HOLLANDE ?

STEPHANE LE FOLL
La meilleure chance, aujourd'hui, c'est qu'il n'y en n'a pas beaucoup. Moi je vais vous parler franchement ce matin. La seule chance d'être au deuxième tour aujourd'hui, celle qui l'a, c'est Marine LE PEN, et de manière de plus en plus claire, et avec un choix, et je l'entends parfaitement sur le terrain, parce que moi je fais ici Paris jusqu'au jeudi et le vendredi, samedi, dimanche, je retourne chez moi, dans mon département, j'entends ce qui se passe, je vois bien. Et, en face de ça, la gauche elle est divisée, divisée, c'est le mot, c'est la réalité, MELENCHON d'un côté, et je crains que les efforts de Benoît HAMON pour essayer de fusionner ou d'avoir un rassemblement avec MELENCHON soient vains, soient vains. D'ailleurs, je l'ai vu, je l'ai parfaitement entendu, dans ce qu'a dit Jean-Luc MELENCHON il n'y a pas longtemps encore, « on veut me faire des bisous partout, je n'en n'ai rien à faire », enfin je ne sais plus ce qu'il a dit, toujours avec des images assez fortes et un discours, ou un phrasé, qui lui est propre.

PATRICK COHEN
Vous n'imaginiez pas, personne n'imaginait, que Jean-Luc MELENCHON renonce à sa candidature, non ?

STEPHANE LE FOLL
Vous l'avez dit vous-même. Donc, premier point, Jean-Luc MELENCHON ne renoncera pas à sa candidature. C'est vous qui l'avez dit, je le pense comme vous. Je suis d'accord avec vous…

PATRICK COHEN
Pardon, je n'y suis pour rien…

STEPHANE LE FOLL
Mais si, c'est très bien, au contraire, on partage le même avis. Donc, Jean-Luc MELENCHON ira jusqu'au bout, donc premier point. C'est une vraie donnée. Et ensuite il y a, et Benoît HAMON, et Emmanuel MACRON, c'est la situation telle qu'on l'a, aujourd'hui. Rappelez-vous d'ailleurs qu'en 2012 il y avait MELENCHON, et puis il y avait HOLLANDE, il y avait déjà MELENCHON, MELENCHON était déjà candidat, il a fait 11 %, et François HOLLANDE a fait 28. On est dans une situation où la division entre Benoît HAMON et Emmanuel MACRON fait qu'il y a un partage, et c'est ce qui fait que le risque de ne pas être au deuxième tour existe.

PATRICK COHEN
Alors je retourne ma question, je vous ai demandé quelle était la meilleure chance de la gauche, quel est le meilleur scénario pour éviter l'élection de Marine LE PEN ?

STEPHANE LE FOLL
Eh bien c'est de faire en sorte qu'on doit capable, sur un projet politique, de gauche, progressiste aussi, d'avancer pour être au deuxième tour et battre Marine LE PEN, ça va être ça l'enjeu. Benoît HAMON fait des propositions, il a engagé sa campagne, il m'a appelé et m'a fait des propositions, le jour où il me fera des propositions je suis prêt à aider, mais je l'ai dit…

PATRICK COHEN
Il vous a fait des propositions pour être dans son équipe de campagne ?

STEPHANE LE FOLL
Dans son comité politique…. Pour l'instant son équipe de campagne elle est faite.

PATRICK COHEN
Vous avez réservé votre réponse ?

STEPHANE LE FOLL
Non, je lui ai dit que quand il me ferait la proposition avec qui serait dans le comité politique, je peux tout à fait aider et je n'ai pas de souci de ce côté-là. En même temps, dans le programme, il y a des questions qui sont posées, sur l'emploi, je n'ai pas encore vu de mesures sur la question de l'emploi…

PATRICK COHEN
Si, l'abrogation de la loi El Khomri.

STEPHANE LE FOLL
Oui, et ça je pense que, se contenter de ça, alors qu'on a créé près de 192.000 ou 200.000 emplois l'an dernier, il y a quand même des questions très importantes, sur, les emplois aidés, je les ai évoqués tout à l'heure, sur la Garantie jeunes, très important, sur le Compte Personnel d'Activité…

PATRICK COHEN
Les 200.000 emplois créés l'an dernier ça vous fait dire quoi, que les baisses de charges ça marche, que l'abaissement du coût du travail, la politique du CICE et du Pacte de responsabilité ça marche, c'est ça que vous en tirez comme leçon ?

STEPHANE LE FOLL
Moi je l'ai vu dans mon secteur, secteur à fort intensité d'emplois, le CICE, en particulier les abattoirs, les industries agroalimentaires, comme le Pacte de responsabilité, s'il n'y avait pas eu ça à un moment, en particulier dans la période 2013-2014 où on avait beaucoup d'entreprises, et malheureusement on en a perdu, qui étaient en grande difficulté, je sais qu'on aurait perdu encore beaucoup plus d'emplois. Ça, j'en suis parfaitement convaincu. Que la question de la compétitivité, on peut considérer que, il n'y a pas une économie de marché, on n'est pas avec une concurrence qui peut venir, et d'autres entreprises françaises, mais surtout à l'international, moi je sais que ça existe, je l'ai vu, je l'ai parfaitement perçu, en même temps ça ne peut pas être l'alpha et l'oméga d'une stratégie économique qui vise à donner à l'économie française, aussi, une place dans l'Europe et dans le monde. Ça aussi j'en ai parfaitement conscience.

PATRICK COHEN
Donc, pour l'instant, vous ne croyez pas au programme économique de Benoît HAMON.

STEPHANE LE FOLL
Ce n'est pas je ne crois pas, le programme économique de Benoît HAMON s'appuie sur la question du Revenu Universel, c'est quand même le sujet, et j'ai parfaitement écouté dimanche, c'est-à-dire hier, non, avant-hier maintenant, ça va vite, France Inter et Thomas PIKETTY, sur la question du Revenu Universel, qui reprenait d'ailleurs, dans une discussion, la note que j'avais faite sur la Fondation Jean Jaurès sur le patrimoine. Je trouve que, sur ce sujet, ce qu'a dit Thomas PIKETTY me semble plus réaliste, en tout cas, que ce que j'avais cru comprendre du Revenu Universel tel que l'avait présenté Benoît HAMON.

PATRICK COHEN
Au fond Stéphane LE FOLL, et après on va s'interrompre pour la revue de presse d'Hélène JOUAN, au fond, celui qui est le plus proche sur le plan économique de ce qui a été accompli pendant le quinquennat, c'est Emmanuel MACRON, non ?

STEPHANE LE FOLL
Sur le plan économique, je ne vais pas évacuer la question que vous me posez, mais quelle est la ligne stratégique du plan économique ? il y a une mesure, que j'ai parfaitement identifiée, qui existe, qui a été faite par Emmanuel MACRON, c'est l'idée d'une Assurance chômage universelle, qui ferait que celui qui crée une entreprise puisse accéder aussi, prenant ce risque-là, au chômage, ça c'est le vrai sujet, j'allais dire, d'Emmanuel MACRON, qui prend une économie…

PATRICK COHEN
Qui l'a proposé il y a plusieurs mois, oui.

STEPHANE LE FOLL
Qui la prend à la fois avec le salariat et aussi les indépendants en supprimant le RSI. Bon, ça c'est un choix stratégique. Pour le reste, sur la politique économique, macroéconomique, bon, j'attendrai aussi des précisions.

PATRICK COHEN
Bon, là aussi vous attendez. Stéphane LE FOLL, invité de France Inter, on vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs et puis on parlera aussi de la grippe aviaire et de ce que vous avez préconisé, ou annoncé, hier, parce que c'est très important pour les éleveurs et pour tout ce circuit de production, évidemment.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 février 2017

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