Interview de M. Bruno Le Roux, ministre de l'intérieur, à France 2 le 17 février 2017, sur les suites de l'affaire de l'interpellation de Théo, victime d'un viol présumé lors de l'intervention de la police à Aulnay-sous-Bois. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Roux, ministre de l'intérieur, à France 2 le 17 février 2017, sur les suites de l'affaire de l'interpellation de Théo, victime d'un viol présumé lors de l'intervention de la police à Aulnay-sous-Bois.

Personnalité, fonction : LE ROUX Bruno, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti : Jeff WITTENBERG reçoit aujourd'hui monsieur Bruno LE ROUX.

JEFF WITTENBERG
Effectivement et avec lui, nous allons parler des questions naturellement de sécurité.
Bonjour monsieur LE ROUX. On l'a dit ce matin dans nos différents journaux, le jeune Théo est sorti de l'hôpital hier. Où en sont les enquêtes menées par l'IGPN, la police des polices dans cette affaire ?

BRUNO LE ROUX
Je veux d'abord lui souhaiter un bon rétablissement, c'est une bonne nouvelle qu'il sorte de l'hôpital. Il souhaite se reposer, pendant qu'il se repose l'enquête continue. La justice fait son travail, la justice fera son travail, nous lui avons donné tous les éléments pour cela, absolument tous. Et donc elle doit travailler en toute sérénité, c'est-à-dire dans le calme.

JEFF WITTENBERG
Un autre jeune homme, Mohamed, été lui aussi entendu, il aurait été victime d'un des policiers qui a participé à l'arrestation de Théo. Quel est le calendrier de la remise des conclusions ?

BRUNO LE ROUX
J'ai lu, j'ai lu ce témoignage et sans attendre, dès la fin de la lecture de l'article, j'ai saisi l'IGPN, l'Inspection générale de la police nationale pour me dire la réalité sur ce témoignage et pour le livrer à l'enquête, parce que cela devait s'ajouter, se traiter dans le cadre judiciaire et dans le cadre de l'enquête qui a été ouverte. La justice a son rythme, je souhaite bien entendu que l'enquête puisse être menée le plus rapidement possible. Mais là encore, le ministre de l'Intérieur que je suis veut être d'une responsabilité totale. Quand il appelle au calme pour laisser la justice travailler, ce n'est pas lui-même pour commenter son action.

JEFF WITTENBERG
Dans Envoyé Spécial sur France 2 hier soir, on a entendu le policier qui est mis en cause dire expressément qu'il s'agissait d'un geste accidentel – je reparle de l'affaire Théo – et non pas d'un viol. Est-ce que ses propos vous paraissent crédibles à vous qui êtes ministre de l'Intérieur ?

BRUNO LE ROUX
Mais c'est son témoignage et ce n'est pas à lui de qualifier ce qui s'est passé, de la même façon que ce n'est pas au ministre de l'Intérieur. On peut sur ces dossiers avoir des convictions, avoir une version, c'est à la justice d'établir les faits et d'établir les qualifications. Et moi, je veux être très scrupuleux sur cet élément-là parce qu'il est de nature à apaiser tout ce qui doit se passer autour. La justice doit travailler en sérénité et elle est la seule à pouvoir qualifier les faits et à y apporter des sanctions.

JEFF WITTENBERG
Si cette version était néanmoins corroborée par la justice, si les policiers ne devaient pas être sanctionnés, est-ce que vous craignez dès lors une nouvelle flambée de violence dans les quartiers ?

BRUNO LE ROUX
Non. D'abord, je ne crains pas le travail de la justice, il y a des conséquences particulièrement graves…

JEFF WITTENBERG
Même si la vérité ne fait pas plaisir à tout le monde ?

BRUNO LE ROUX
Oui mais la vérité en tout cas, c'est que le jeune Théo a été très gravement blessé, et qu'il doit donc y avoir des explications qui soient données et des sanctions qui puissent être prises si ça n'a pas été fait et si les interventions n'ont pas été faite de bonne façon. Ça, c'est à la justice de le dire. Pour le reste, la solidarité avec Théo, la compassion que l'on peut avoir, l'émotion ne justifient en rien les violences, en rien. Et on peut manifester aujourd'hui cette émotion, cette compassion sans casser, sans brûler. Et c'est pour cela qu'à chaque fois qu'il y a des exactions qui sont commises, il y a des interpellations qui sont faites par les policiers et je veux les en féliciter.

JEFF WITTENBERG
11.624 policiers blessés en 2016, on l'entendait dans nos journaux, c'est à peu près le même chiffre qu'en 2015, c'est un chiffre qui reste très élevé !

BRUNO LE ROUX
Et on ne doit pas l'oublier, les policiers… les 150.000 policiers de notre pays paient un lourd tribut à la protection de notre territoire et de nos concitoyens. 500 d'entre eux sont blessés chaque mois, plus de 10.000 chaque année, de gravité différente mais ils paient un lourd tribut à ce qu'ils apportent à nos concitoyens, leur protection.

JEFF WITTENBERG
De nouvelles tensions ont eu lieu – vous en parliez vous-même – hier soir encore à Bobigny. On n'est pas encore dans la situation à peu près redevenue normale que vous évoquiez hier !

BRUNO LE ROUX
En matière d'activité policière, je parlais de normalité en matière d'activité policière. L'activité…

JEFF WITTENBERG
Il y a toujours des tensions, vous le voyez bien, avant même qu'on connaisse le verdict dans l'affaire Théo !

BRUNO LE ROUX
Mais il y a toujours des tensions et c'est pour cela que je veux sans cesse rapprocher la police de la population. Rapprocher la police de la population d'ailleurs, cela part d'abord par ce que nous faisons en matière d'effectifs sur le terrain. Vous savez, il y a un terrum qui ne trompe pas, il y a d'autant moins de problèmes qu'il y a plus de policiers sur le terrain. Et la façon dont on avait supprimé ces dernières années, notamment dans les quartiers les plus sensibles, les policiers du quotidien pour ne faire qu'une police d'intervention, c'est-à-dire une police qui était sous-dotée en effectifs n'était absolument pas la bonne politique. Ce dont ont besoin nos quartiers, ce n'est pas de moins de policiers, c'est de plus de policiers.

JEFF WITTENBERG
Monsieur LE ROUX, au-delà du chiffre, du nombre de policiers, il y a aussi la façon dont les policiers agissent. Vous avez lu la tribune il y a 2 jours publiée par un certain nombre d'artistes, d'élus qui prétendent, qui affirment qu'il y a aujourd'hui dans la police nationale des policiers racistes, qui viennent d'un parti qui n'est pas nommé mais dont on comprend très bien qu'il s'agit du Front national. Est-ce que vous êtes sensible à ce phénomène, est-ce qu'il existe ?

BRUNO LE ROUX
Mais dans les 150.000 policiers, on y retrouve ce que l'on retrouve chez tous les Français, c'est-à-dire des opinions politiques qui peuvent être très différentes…

JEFF WITTENBERG
57 % des policiers votent pour Marine LE PEN, selon un sondage CEVIPOF publié en octobre 2016 !

BRUNO LE ROUX
J'attends mais c'est au ministre de l'Intérieur peut-être de leur adresser…

JEFF WITTENBERG
Est-ce que cela pose un problème ?

BRUNO LE ROUX
Mais moi, je veux leur adresser un message de confiance dans l'action qu'ils mènent et je veux leur dire qu'ils doivent être les premiers à défendre les valeurs de la République. Et si j'estime qu'ils ne le font pas, alors il y a des sanctions parce que quand on ne fait pas son travail dans un cadre républicain, il y a des sanctions, plus de 2.000 chaque année, contre les policiers qui ne sont pas intervenus de la bonne façon. Mais ça ne doit pas jeter l'opprobre sur les 150.000 policiers qui font un travail exceptionnel et qui ont toute ma confiance. S'il devait s'avérer qu'un certain nombre d'entre eux penchent vers des solutions qui, pour moi, ne sont pas inspirées des valeurs de la République, alors c'est au ministre de l'Intérieur que je suis de les convaincre.

JEFF WITTENBERG
S'il devait s'avérer ou vous savez déjà que…

BRUNO LE ROUX
Non.

JEFF WITTENBERG
Ces idées-là sont plus présentes dans la police nationale ?

BRUNO LE ROUX
Non, d'abord elles ne sont pas présentes en matière d'intervention, et je demande à chaque policier de ne pas intervenir en fonction de convictions politiques, mais en fonction de la formation qui a été la sienne et du travail qui lui est demandé par sa hiérarchie en matière d'intervention. Mais pour le reste dans le débat politique, je m'adresserai bien entendu dans cette campagne aux policiers et aux gendarmes de notre pays, pour leur donner le cap… le gouvernement après l'élection, les propositions qui vont être les nôtres et je leur dirai de défendre la République. Et j'essaierai de démontrer le fait que certains candidats – et notamment une candidate – n'est pas aujourd'hui dans la défense des valeurs de la République.

JEFF WITTENBERG
Alors vous parliez des effectifs de la police, dans moins de 3 mois ce sera la fin du quinquennat de François HOLLANDE qui avait promis une augmentation de ces effectifs. Vous savez qu'il y a une polémique là-dessus, par exemple le député Eric CIOTTI expliquait en octobre, il y a quelques mois, que les effectifs de police avaient plutôt baissé, notamment sur un rapport de la Cour des Comptes entre 2011 et 2015. Quels sont les chiffres, allez-vous en avoir ?

BRUNO LE ROUX
Le rapport me sera remis d'ici quelques minutes au ministère de l'Intérieur, un rapport de l'Inspection générale de l'administration et de l'Inspection générale des finances. Je le rendrai public en début de semaine à l'Assemblée nationale pour que la vérité…

JEFF WITTENBERG
Que dit-il ?

BRUNO LE ROUX
Il dit – et j'en donnerai le détail bien entendu – mais il dit que les engagements qui ont été pris par le président de la République ont été tenus ; et que l'augmentation du nombre de policiers dans notre pays qui était annoncée par le ministre de l'Intérieur est bien entendu la réalité. Bernard CAZENEUVE tenait absolument à ce qu'il n'y ait pas la moindre polémique possible sur le fait que des postes de policiers ont été supprimés massivement, nous mettant en difficulté sous le quinquennat précédent ; et que plus de 9.000 ont été recrées sur ce quinquennat.

JEFF WITTENBERG
Et vous affirmerez, vous prouverez que ces 9.000 postes de policiers et de gendarmes ont été créés ?

BRUNO LE ROUX
Bien entendu.

JEFF WITTENBERG
Pendant 5 ans ?

BRUNO LE ROUX
Mais bien entendu, c'est l'objet de ce rapport que de dire très précisément, en regardant les documents budgétaires et en regardant les arrivées sur le terrain, de donner aux Français, à la représentation nationale, c'est d'ailleurs mardi lors des questions d'actualité que je donnerai ces éléments. Mais il doit être clair que les engagements qui avaient été pris par Bernard CAZENEUVE ont été totalement tenus.

JEFF WITTENBERG
Eh bien ! On vous a entendu. Merci beaucoup Bruno LE ROUX.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 février 2017

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